Faillir être flingué

Un roman de Céline Minard.

noté 3 sur 4

Chose étonnante dans la rentrée littéraire 2013 : un western ! Ça tombe bien, Federico adore l’harmonica.

Au début, c’est un peu confus pour notre ami lapin : il y a quatre hommes seuls qui errent dans la nature désertique du far west. Federico a eu du mal à retenir qui était qui : qui a des sacoches remplies de billets de banque, qui a volé le cheval de l’autre, qui joue aux cartes avec untel, qui est dans la grotte, qui se bat contre les bandits, qui fait copain-copain avec les indiens, etc. Il y a Elie, Zébulon, Bird Boisvert, Gifford… Au moins, Brad, Jeffrey et Josh, on les repère facilement car se sont ceux qui se baladent dans une carriole tirée par des bœufs ; quant à Arcadia Craig, c’est une contrebassiste, et Xiao Niù, une petite chinoise qui parle aux coyotes. Sous l’œil bienveillant de la jeune chamane Eau-qui-court-sur-la-plaine, aussi appelée « la femme sans peuple », ils finissent tous par arriver l’un après l’autre dans cette ville qui prend progressivement forme. Il y a déjà un barbier (qui sert de chirurgien lorsqu’il le faut), un boucher, un éleveur de mouton qui loue également des lits, et, le plus important, un saloon ! Tous ces personnages sont à la recherche d’un endroit où s’installer (et accessoirement, s’enrichir) à l’heure de la conquête américaine, en quête de liberté et d’un avenir radieux…

© Rivages, 2013Tous les ingrédients du western y sont : les indiens (avec chamanisme, troc, scalp et danse autour du feu), les bandits (avec attaque de diligence et repaire dans la montagne), les chasseurs de prime (avec traque, sentinelles sur les toits et duels dans la rue principale), le saloon (avec tenancière sexy qui fume la pipe, prostituées, poker, portes battantes et whisky), des chinois (qui ouvrent une blanchisserie), des cow-boys (qui essaient de revendre des vaches pas nettes). Bref, tout ce qu’il faut, comme dans Lucky Luke et les films de John Ford.

Peut-être que le hic de la lecture est là : le roman ratisse large. Trop large ? Mais heureusement, le style lyrique de Cécile Minard camoufle tous ces clichés, ce qui ne fait pas de son texte un script pour le cinéma. En effet, plus qu’un roman d’aventures, c’est aussi une petite plongée dans l’intimité des personnages qui ne sont pas élevés au rang de héros à la John Wayne ou Clint Eastwood.

Malgré le début un peu laborieux, ce fut donc une lecture fort sympathique, mais pas aussi enthousiasmante et originale du point de vue western que l’épatant True Grit, de Charles Portis. Et oué, même si on est pris parfois par l’action, on ne tremble pas de peur pour les personnages de Faillir être flingué, comme c’est le cas pour Mattie Ross dans True Grit. Car au final, pas de stress pour l’avenir radieux tant attendu.

Faillir être flingué, Céline Minard, Payot-Rivages, 2013, 326 pages

La veuve

Un roman canadien de Gil Adamson, traduit par Lori Saint-Martin et Paul Cagné.

noté 2 sur 4

Bon, on ne va pas se mentir, Federico n’a pas été autant emballé qu’il l’aurait voulu par ce roman. Pourtant, ce western au féminin ne manque pas d’action et de grands espaces propices à séduire notre ami lapin.

©Le roman démarre sur des chapeaux de roues et jette le lecteur sur les pas de Mary Boulton qui fuit ses deux affreux beaux frères. À 19 ans, elle a déjà tout perdu : elle vient de tuer son mari et les deux zozos qui lui courent après sont bien décidés à ne pas lui faire de cadeau. Désespérée, en proie à la folie, Mary n’a nulle part où aller. Alors elle court vers les montagnes, à l’ouest, là où la suivre deviendra plus difficile. Dès ce moment, le rythme du livre ne va pas faiblir. Et pourtant Federico, même s’il a apprécié sa lecture, aurait aimé ressentir plus fortement les sensations qui traversent ce livre puissant. Heureusement, la dernière partie du livre à fait remonter l’estime de notre ami lapin : fracassante – dans tous les sens du terme – elle est à l’image de cette veuve, incroyablement culottée et imprévisible.

Folle, Mary Boulton l’est certainement un peu. Mais on découvre bien vite que c’est ce qui va la sauver au cours de cette incroyable épopée. L’auteur ne cherche pas plus que ça à justifier le crime de la veuve, d’apitoyer le lecteur sur son sort. C’est inutile car, même si objectivement Mary Coulson mérite la pendaison, subjectivement, elle est trop badass. Du coup, on a qu’une envie : la laisser s’enfuir. Chut, on a rien vu. Au cours de ses aventures, elle va rencontrer des personnages dignes des westerns les plus timbrés. De l’ermite génial à l’indien taciturne en passant par le pasteur-boxeur, l’auteur nous régale d’une galerie de héros qui mériteraient eux aussi leur livre.

Qu’a-t-il manqué à la première partie de ce livre pour que Federico l’apprécie totalement ? Difficile à dire. Peut-être un quelque chose dans l’écriture qui nous ferait ressentir plus viscéralement les émotions de cette héroïne complexe ?

Gil Adamson, La veuve, 10-18, mai 2011, 432 p.

Federico au far west

Le saviez vous ? Federico aime les westerns. Ouaip.

Il n’y connaît pas grand chose, mais du peu qu’il ait vu, tout est dans l’ambiance. Notre ami lapin aime la poussière du désert, la musique des saloons, les silences qui en disent long, les duels méchant vs gentil qui suspendent le temps, le clic d’un revolver qu’on arme, le sifflement des balles qui ricochent sur rien, Clint Eastwood, Steeve McQueen… Il ne manque plus qu’un lapin à éperons qui font « kling » et on approcherait la perfection.

La plus grosse dose d’ambiance western euphorisante qu’a goûté Federico se trouve dans… un livre ! Ce même livre s’étant transformé en un formidable film, il était temps que votre chroniqueur aux longues oreilles vous fasse part de son enthousiasme.

Étape 1 : True Grit, le (génial) roman de Charles Portis, publié en 1968

Mattie Ross a 14 ans quand son père est assassiné par son contremaître Tom Chaney. Ce dernier prend la fuite vers les territoires indiens. Mais Mattie est bien décidée à ce que justice soit rendue, quitte à aller chercher Chaney par la peau des fesses. La jeune fille, loin d’être une gourde, sait pourtant qu’elle n’y parviendra jamais seule. Elle entreprend donc d’embaucher le marshall le plus coriace du secteur, Rooster Cogburn. Pourquoi lui ? Parce qu’il a du cran. Et au fil du livre, on découvre que Mattie n’en manque pas non plus, qu’il s’agisse de négocier des poneys (preuve de plus que le far west est coolissime : il y a des poneys) ou de tenir la dragée haute à un Texas ranger (non, ce n’est pas Chuck Norris) également à la poursuite de Chaney.

Dès les premières lignes, Federico était prêt à prendre la direction du fan club de Mattie Ross. Charles Portis a eu la merveilleuse idée de lui confier la narration de son livre. Il en résulte un ton très franc et un regard sans concession sur les différents protagonistes. Mattie est une fille droite dans ses principes, réfléchie, parfois un peu naïve mais jamais stupide et dotée d’un sens acéré de la répartie. Ce fut un délice pour notre ami lapin de la voir évoluer dans l’univers brut et sauvage des territoires indiens.

L’écriture de Charles Portis est rêche et terriblement efficace : elle donne vie en quelques mots à des personnages qui ont, à l’instar de Mattie et de Cogburn, marqués notre ami lapin. Il n’y a aucun temps mort dans l’action et le final, littéralement explosif, a laissé Federico tout chose.

Étape 2 : True Grit, l’épatant film réalisé par Joel et Ethan Cohen en 2010

True Grit est un livre tellement formidable qu’un an après sa sortie, il était déjà adapté au cinéma avec John Wayne dans le rôle de Rooster Cogburn. Ça calme. Mais Federico il s’en moque car il n’a jamais vu ce film (qui est très bon, paraît-il). Par conséquent, en allant voir la version des frères Cohen, il n’avait que le livre pour référence, ce qui place la barre assez haut.

La bande annonce (que voici) laissant présager du meilleur, c’est un Federico frétillant d’impatience qui s’est rendu au cinéma un soir de février, en 2011.

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Une heure et cinquante minutes plus tard, c’est un lapin aux yeux émerveillés par tant de westernitude qui est sorti de la salle obscure.

Malgré quelques écarts nécessaires à l’adaptation cinématographique, ce film reste très fidèle au livre dont il est tiré. Les frères Cohen (non cela ne désigne pas une bande de voleurs) ont réussi à extraire l’atmosphère de sa maison de papier et à lui donner son indépendance.

Les acteurs, les dialogues, la musique (plus discrète que dans la BA), les décors… Federico n’arrive pas à mettre la patte sur un défaut. Tout s’articule avec un naturel qui enveloppe le spectateur et l’embarque dans le mythe du western. Alors qu’il regardait True Grit pour la seconde fois sur son petit écran, Federico ne cessait de se dire « nom d’un pâté de carottes, ce film est formidablement génial ! ». Notre ami lapin est à chaque fois ému par cette ébouriffante aventure, et surtout par Mattie, personnage littéraire passionnant, interprétée avec beaucoup d’aplomb par Hailee Steinfeld. Au cœur d’un casting aux petits oignons, c’est elle qui retient le plus l’attention de Federico : très naturelle, elle parvient à donner vie aux différentes facettes de Mattie.

Il va sans dire que la prochaine fois que vous ne saurez pas quoi faire de votre argent, suivez les conseils de votre dévoué chroniqueur et investissez dans du divertissement de qualité. Ce sera toujours plus fiable que les actions Tête de Livre…