Nikolski

Un roman de Nicolas Dickner.

Notre ami lapin a eu un véritable coup de cœur pour ce roman qu’il a dévoré en très peu de temps ! Paru chez un petit éditeur indépendant, ce livre est un best-seller couronné de nombreux prix au Québec et à l’étranger. Federico ne pouvait donc pas le mettre de côté dans sa découverte de la littérature québécoise contemporaine, et il a eu bien raison.

Nikolski, c’est un livre plein de vie, de mots et de voyages. Un livre comme il se doit, en somme.

Nikolski est donc un livre que l’on lit avec grand plaisir, et ce dès les premières pages. D’emblée, les histoires des divers personnages nous sautent à la figure avec entrain et joie de vivre ; on découvre avec délectation les petites et grandes aventures des héros, à la fois très communs et hors du commun…

Entre autres, c’est l’histoire de Noah, de Joyce et celle d’un narrateur sans nom. Chacun de leur côté, ces jeunes gens (autour de la vingtaine) entament leur premier grand voyage, celui de l’autonomie, dans la ville de Montréal. Noah quitte sa mère qui parcourt en roulotte depuis des années les prairies de l’Ouest canadien, Joyce laisse derrière elle le village isolé des îles du nord au parfum d’Acadie, quant au narrateur inconnu, il fait le ménage dans la maison familiale de la banlieue de la métropole après le décès de sa mère. Le roman vous fait donc pas mal voyager dans les paysages canadiens, de Sept-Île à Vancouver, et avec un crochet par l’Amérique du Sud…

Petite note : Nikolski, c’est le nom d’un village sur une minuscule île au large de l’Alaska. Pour savoir ce qu’il fait là, il faudra lire le livre bien sûr !

Si les trois héros ne le savent pas, le lecteur, lui, est dans la confidence : tous ces personnages sont liés, que ce soit par des liens familiaux ou par des objets incongrus comme un compas qui n’indique pas le nord ou un livre sans couverture… On a même droit à des récits de flibustiers, de civilisations amérindiennes, d’une poissonnerie, de l’archéologie des déchets et du fonctionnement des bureaux de poste… Non, ce n’est pas fouillis, c’est bien au contraire foisonnant d’inventivité et de grande ouverture sur le monde !

Federico vous incite très fortement à lire ce livre si vous avez besoin de vous détendre, de prendre le temps de vivre et vous laissez porter par des mots justes sur des histoires touchantes. Car le style de l’auteur est lui aussi un argument de poids pour vous décider : la maîtrise de l’écriture est si complète et sincère que la lecture n’en est que plus agréable et enivrante… On aimerait juste pouvoir se resservir à volonté !

Nikolski, Nicolas Dickner, Québec, éditions Alto, 2005, 328 pages (publié en France chez Denoël)

Nikolski est pas mal proche de l’esprit de cet autre livre, déjà adoré auparavant par votre serviteur lapin. Voilà une nouvelle raison d’aller le lire !

Dragonville, tome 1 : Porcelaine

Un roman (adulte) de Michèle Plomer.

Agréable découverte que ce roman de vie et d’aventure, entre la Chine et le Québec, entre 1910 et 2010. Notre ami lapin vous conseille vivement ce roman, premier tome d’une trilogie, un nouveau titre de l’éditeur Marchand de feuilles dont il a déjà parlé ici, une belle fable pour votre été.

Dragonville alterne donc entre deux époques et deux pays. Nous suivons d’un côté les pas de Sylvie, québécoise revenue dans sa ville natale après de longues années passées en Chine. Sylvie rachète une ancienne blanchisserie et entreprend de la rénover afin d’y ouvrir pour la saison touristique une boutique de chinoiseries. Mais, pendant les travaux, les murs dévoilent d’innombrables inscriptions calligraphiées et d’étonnantes fresques représentants de majestueux dragons… Sylvie se lance dans la recherche de l’histoire de ces mystérieux idéogrammes incrustés dans les murs de ce modeste local situé aux abords d’un lac comme on en trouve des centaines au Québec.

De l’autre côté du globe, cent ans auparavant, c’est l’histoire de la ville de Hong-Kong qui nous est racontée. Celle du jeune Li à la beauté ravageuse et de sa mère, celle du commissaire de police écossais qui tente de déjouer les mystères de la ville, et surtout celle de Jung, le dragon protecteur de la cité, qui, en cachette, règne depuis des siècles sous les traits d’une femme.

Le destin de Sylvie semble lié à celui de la ville chinoise du début du siècle. De retour chez elle après le décès de sa mère, l’héroïne est désorientée par les responsabilités et les choix auxquels elle doit faire face. La rêverie de la boutique de chinoiserie qu’elle souhaite ouvrir sur la rue Principale se heurte à la réalité immobilière de la région : la vieille maison de son grand-père est la dernière demeure encore en place sur la rive près du lac, entourée par les nouvelles constructions modernes, futures résidences secondaires des citadins les plus fortunés.

Federico a été emporté par cette lecture à la fois réelle et exotique, dont l’écriture franche se permet, avec naturel, quelques fantaisies et, bien sûr, quelques québécismes. Plus que l’histoire d’amour qui traverse les siècles, c’est la quête de Sylvie qui a le plus touché notre ami lapin : l’héroïne est à un tournant de sa vie et recherche les valeurs et les projets qui pourraient l’emmener plus loin dans son parcours. Un « Qui suis-je ? Où vais-je ? » un peu plus ancré dans le quotidien, et qui nous emporte dans une agréable aventure.

Dragonville, tome 1 : Porcelaine, Michèle Plomer, éditions Marchand de feuilles, 2010, 314 pages.

Vango

Un roman (ado) de Timothée de Fombelle

Paris, 1934. Le jeune Vango est sur le point d’être ordonné prêtre. Dans l’assemblée qui assiste à la cérémonie, plusieurs personnes s’apprêtent à passer à l’action. C’est le début d’une course poursuite semée de mystères.

Vango a offert à Federico un véritable voyage dans le temps. En disséminant habilement les éléments historiques, Timothée de Fombelle plonge le lecteur dans l’Europe des années 30. Cette époque charnière du XXe siècle où le totalitarisme était de plus en plus tendance joue un rôle capital dans le récit. En effet, l’énigmatique Vango ainsi que tous les autres personnages, sont entraînés dans les rouages de l’histoire en marche. Ce roman est très complexe mais il est si bien construit que l’intrigue se déroule avec une grande fluidité. Federico compare le récit à une toile d’araignée. En effet, les parcours des personnages sont autant de fils liés entre eux qui tendent tous vers un même point, une même énigme : qui est réellement Vango ?

Pour y répondre, l’auteur met les petits plats dans les grands et nous embarque dans une aventure sans frontière. Sur terre, en mer, dans le ciel : il souffle sur ce roman un vent d’aventure à vous ébouriffer un lapin à poils ras.

L’ensemble est parfaitement calibré : complexe mais limpide et surtout emprunt de beaucoup de poésie. Timothée de Fombelle façonne les mots de manière à faire oublier le texte et donner vie au personnages : la 3D sans les lunettes !

En un mot : formidable.

En plusieurs mots : Federico attends le tome 2 (prévu pour début octobre) avec impatience. En effet, il reste beaucoup de zones d’ombres sur la toile d’araignée…

Vango, Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, mars 2010, 370 p., 17 €.

Into the Wild

Un roman de Jon Krakauer.

Federico avait vu le film, mais lorsque le livre lui est tombé sous la main, la grandiose et dangereuse nature sauvage de l’Alaska l’a englouti et transporté loin du wagon confiné du métro pour suivre l’aventure d’un humain pas comme les autres…

Moins romancé que le film de Penn, le livre du journaliste, écrivain et alpiniste Jon Krakauer est une enquête minutieuse sur l’épopée de Christopher McCandless. Une fois son diplôme en poche, ce jeune homme de 22 ans opte pour le nom de « Alexander Supertramp » et part sur les routes des États-Unis, à la rencontre de la nature et de la vie nomade, loin des perversités de la ville, de l’argent et des ambitions de carrière auxquelles le prédestinait son père.

À travers les lettres de Chris, ses cahiers et ses livres remplis de notes, ainsi que les témoignages de sa famille, de ses amis et des nombreuses personnes qui ont croisé sa route pendant ses deux années de vadrouille, Jon Krakauer tente de retracer son voyage. Atlanta, Mexique, Dakota du Sud, Fairbanks, jusqu’à la piste Stampede en Alaska ; il y découvre l’autobus abandonné où il s’installera pendant le printemps et l’été 1992, et où il trouvera la mort.

On connait l’histoire, vaguement, enjolivée, dramatisée. L’intérêt du livre, c’est de se questionner : pourquoi est-il parti ? Quelles motivations l’animaient, sa philosophie de vie ? L’auteur va au-delà du simple récit chronologique de l’aventure, il s’intéresse à la personnalité de Chris et recherche  quelles ont été ses motivations. Il s’appuie sur les récits et exploits d’autres personnes ayant mené des parcours semblables, et narre notamment sa propre aventure lorsque, au même âge que McCandless, il escalada le mont Devils Thumb en Alaska.

Ce livre fait du bien, à nos habitudes matérialistes, à notre égocentrisme. Il nous change les idées, il alimente nos questionnements sur nos chemins de vie et ceux des autres, il nous donne envie de « vivre pleinement », sans forcément vouloir être aussi extrémiste que McCandless.

Il semblerait que l’aventure de McCandless, son traitement par Jon Krakauer et l’adaptation cinématographique aient engendré quelques fureurs et autres controverses, mais notre lapin les trouve futiles et n’en a que faire. L’histoire est là, elle transporte, la nature est sauvage et impitoyable, et il y a des hommes qui tentent de la vaincre ou bien de cohabiter avec elle, mais, parfois, ils perdent.

Into the Wild, Jon Krakauer, 10/18

(En passant, Federico ne résiste pas à vous conseiller la bande originale du film, par Eddie Vedder.)

Federico-sur-Loire

Federico a beau être un lapin et habiter dans un terrier, il ne reste pas de marbre devant les constructions humaines. Pour ses vacances, notre ami rongeur a choisi d’aller visiter quelques châteaux de la Loire. Au menu, quelques uns des plus mythiques monuments de la Renaissance : Chambord, Amboise, Chaumont et Blois.

Pour vous faire partager ce moment historique, Federico vous propose d’aller voir son album photo, ici.

Le japon n’existe pas

Un livre de Alberto Torres-Blandina.

le japon n'existe pasCette semaine notre ami lapin avait envie de faire des découvertes, d’être surpris. Il a donc jeté son dévolu sur un livre jaune poussin où figurent un balais et un titre pour le moins intriguant. Le Japon n’existe pas, c’est la théorie de Salvator Fuensanta, vieux balayeur d’un aéroport anonyme quelque part en Espagne. Cette certitude que le Japon a été inventé dans l’unique but de faire vendre de la haute technologie, il en fait part aux voyageurs en partance, quand il ne leur explique pas le langage codé propre aux aéroports.

Le Japon n’existe pas, c’est le portrait d’un grand bavard qui narre à qui veut l’entendre – voyageurs et personnels de l’aéroport – des histoires plus farfelues et absurdes les une que les autres. Tellement que le lecteur devrait se dire : ventrebleu, c’est impossible, je ne peux y croire ! Mais ce vieux monsieur bientôt à la retraite nous raconte ça avec tant d’humanité et d’affection, ne pouvant s’empêcher de donner son avis avec humilité, que même notre ami lapin s’y est laissé prendre. Il a voyagé au fil des histoires de Pau, l’écrivain raté, Eduardo l’idéaliste jusqu’au-boutiste, Rosalia et Roberto ou l’histoire d’un amour impossible , etc.

Federico a dévoré ce livre écrit comme un monologue, ponctué des réponses de Salvator à ses interlocuteurs… qu’on n’entend jamais parler. Cette construction, pleine d’exquises digressions, fluidifie la lecture et c’est sans difficultés que notre ami rongeur est arrivé à la surprenante et délirante fin de l’ouvrage. Son livre refermé, c’est un sourire de jubilation qui barrait le museau de Federico. Un tel moment de bonheur vaut bien trois carottes.

Alberto Torres-Blandina, trad. François Gaudry, Le Japon n’existe pas, Métailié, 2009, 159 p., 17 €