Le lièvre de Vatanen

Un roman d’Arto Paasilinna, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.

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Enfin ! Federico met ses moustaches dans Le lièvre de Vatanen, ce roman incontournable de la littérature scandinave dont il a tant entendu parler.

Comme le titre l’indique, l’un des héros de ce livre est un lièvre. Que faudrait-il de plus pour convaincre notre ami lagomorphe ? Si l’histoire se concentre sur le personnage de Vatanen, le lièvre n’est pas en reste, et vit selon Federico une aventure tout aussi mouvementée que son compagnon humain. De toute façon, sans lui, rien ne serait arrivé.

Vatanen est un journaliste d’Helsinki qui envoie tout promener du jour au lendemain : son travail pour un magazine médiocre et racoleur, son mariage raté et sans amour, sa vie routinière et sans intérêt dans la grosse ville… L’événement déclencheur sera sa rencontre avec le lièvre, percuté en pleine nuit par son collègue photographe sur une route de campagne. Vatanen part à sa recherche, ignorant les appels de plus en plus énervés de son ami qui finira par le laisser seul dans les bois. Mais il n’est pas seul. Recueillant le pauvre animal blessé et effrayé, il va progressivement apprendre à le soigner et le nourrir. Le lièvre devient alors son compagnon de route, son guide et sa muse dans sa quête de simplicité et de liberté à travers les forêts du grand nord.

le lièvre de Vatanen

Lecture rapide et cocasse, ce roman nous emmène aux quatre coins de la Finlande sur les pas de Vatanen et de son lièvre. Les différentes étapes et rencontres de son voyage prennent la forme d’historiettes se succédant en cours chapitres qui se lisent avec aisance. Univers truculent, parfois dur, parfois léger, Le lièvre de Vatanen est un texte aux allures picaresques se mêlant au nature writing et célébrant joliment une fable du retour à la nature, bien plus efficacement selon notre ami lapin que l’a fait Sylvain Tesson avec Dans les forêts de Sibérie.

Une réserve cependant pour finir : si sa lecture fut plaisante, Federico a tout de même souvent tiqué de la place qui était faite aux femmes dans Le lièvre. Pendant le voyage de Vatanen et du lièvre, les personnages féminins n’ont pas de nom (sauf si elles ont des relations sexuelles avec le héros), et endossent les rôles peu glorieux et stéréotypés de mégère castratrice (l’épouse de Vatanen), de mondaines futiles (les épouses des ambassadeurs), de « bonnes femmes » et autres plantes vertes. Des passages un peu sexistes qui teintent le texte d’Arto Paasilina d’un point de vue malencontreusement rétrograde de ce côté-là (on sent qu’il date de plusieurs décennies déjà), alors que le roman demeure joliment moderne dans ses autres aspects.

Arto Paasilinna, Le Lièvre de Vatanen, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, Denoël/Folio, 1989, 224 pages

Mr Vertigo

Un roman de Paul Auster, traduit de l’anglais (État-Unis) par Christine Le Bœuf.

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Federico a retrouvé Paul Auster avec plaisir à l’occasion du club de lecture de ses copains. Cette lecture était cool, foisonnante et voyageuse, comme toujours avec cet auteur.

Si Mr Vertigo ne détrône pas Moon Palace dans le cœur de notre ami lapin, il rejoint Brooklyn Folies dans le club des romans « plus légers » de Paul Auster. Federico aime Paul parce que c’est un formidable conteur, qui nous livre de vraies histoires romanesques, avec des personnages approfondis qui prennent immanquablement toute leur consistance au fil des pages, à travers leur passé, leurs émois, leurs pensées et leurs actions.

Mr VertigoDans Mr Vertigo, ce sont les pas du jeune Walt que nous suivons. Garnement d’à peine 10 ans promis à la délinquance dans les États-Unis des années 1920, Walt est pris sous l’aile de Maître Yehudi qui lui promet de lui apprendre à voler. C’est dans une petite ferme du Kansas qu’il grandit, en compagnie du maître, de Maman Sioux, vieille femme amérindienne, et d’Esope, jeune adolescent noir handicapé. Walt est soumis aux épreuves que lui fait passer le maître, les exécutant les unes après les autres, forgeant sa volonté et préparant certainement son esprit aux prodiges qu’il réalisera bientôt.

Ses exploits fabuleux seront pourtant mis à rude épreuve, et les malheurs successifs qui jalonneront ses jeunes années feront de lui un homme tantôt vengeur et effronté, tantôt ambitieux et crapuleux, tantôt brisé et terne…

Federico n’a pas spécialement apprécié le personnage du héros, mais ses aventures et surtout l’écriture de Paul Auster ont une nouvelle fois réussi à l’envoûter, lui faisant passer un bon moment dans une prose maîtrisée qui relate avec passion l’ambiance des routes, des plaines et des villes chahutées de l’Amérique de cette époque.

Paul Auster, Mr Vertigo, Le livre de poche, 1994, 320 pages

Rosa candida

Un roman de Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

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Avant d’être un bon bouquin, Rosa candida a un très grand mérite : celui d’avoir détendu, changé les idées et fait rire notre ami lapin dans une période absolument folle de sa vie où tout un tas de choses lui sont tombées dessus.

rosa-candidaPeut-être est-ce alors ce besoin de lâcher prise qui lui a permis d’apprécier grandement ce roman tout en retenue et légèreté. Federico y pense comme à un soleil réconfortant et printanier, une brise d’air frais sur son museau, un moment de détente délicat dans le calme du samedi matin au lit…

Rosa candida suit la route d’Arnljótur, jeune islandais d’une vingtaine d’année qui cherche candidement le chemin de son avenir, heureux de préférence. Une chose est certaine, ce sont les plantes, feuillues et fleuries, qui l’intéressent. Mais ce qui habite ses pensées lorsqu’il taille ses roses les genoux fichés dans la terre humide, ce sont les femmes, toutes si altières et énigmatiques, dont il se demande pour chacune s’il coucherait avec ou pas. Aussi étrange soit-il, cette obsession n’a pas paru agaçante ni dégradante aux yeux de notre ami lapin ; l’ingénuité d’Arnljótur le faisant davantage passer pour un novice intrigué plutôt qu’un harceleur déplacé. Car il ne fait rien que se poser la question à lui-même, après tout.

Outre ses fabulations charnelles, sa petite tête blonde d’islandais est également peuplée par le deuil de sa mère décédée accidentellement et avec qui il avait un lien très fort (c’est elle qui l’a initié à l’art botanique), son père-poule adorable qui commence un peu à radoter, la responsabilité croissante de sa fille illégitime âgée de quelques mois et aux airs de divin enfant, et la mère de sa fille, amante d’une nuit égarée qui aimerait bien continuer ses études…

Quand on ouvre le livre, Arnljótur quitte les terres peu fertiles d’Islande pour rejoindre une des plus anciennes roseraies du monde, en empruntant les petites routes de campagne de pays qui ne sont pas nommés mais que notre ami lapin suggère être la France et l’Espagne (ou bien l’Italie ?). C’est là-bas, dans le village, le monastère et la roseraie, qu’il compte trouver les réponses à ses questions.

Federico a aimé les moments cocasses qui jalonnent son road trip improvisé, ainsi que les échanges parfois irréels avec ses divers compagnons de voyage. Il arrivait tellement bien à se plonger dans le roman qu’il avait vite l’impression de marcher avec ce jeune homme attachant dans les rues ensoleillées et pentues de ce petit village paisible et isolé, à l’écart du monde.

Federico a trouvé dans Rosa candida les mêmes thématiques et ambiances qui lui avaient aérées l’esprit dans L’Embellie, de la même auteure : celles de fuites voyageuses, de rencontres et de non-dit, d’endroits éloignés où il fait bon se chercher soi-même, et surtout de héros et héroïnes farouches qui vivent comme ils l’entendent. De belles retrouvailles en somme.

Auður Ava Ólafsdóttir (traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson), Rosa candida, Zulma, 2010, 334 pages

Atterrissage immédiat

arrivalFederico vous avait promis de vous emmener en vacances avec lui et c’est chose faite : bienvenue à Montréal !

Pendant treize jours, Federico va manger de la neige et faire des bonds dans le sirop d’érable, mais aussi écouter les gens parler et les regarder vivre.

Voici en exclusivité les premières photos de votre chroniqueur-baroudeur, prises cet après-midi, quelques minutes seulement après son arrivée au Québec.

Après de longues heures d’avion au cours desquelles il a littéralement voyagé dans le temps (six heures de décalage horaire, ça décalque !) notre ami lapin avait bien besoin de se dégourdir les pattes. Quoi de mieux qu’un petit plongeon dans la neige montréalaise ? Ne trouvez vous pas que Federico a toute la noblesse du lièvre polaire sur ce cliché ?IMGP2755

 

L’embellie

Un roman de Audur Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

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Enfin Federico a trouvé un chouette livre à bouquiner lors d’un voyage en Islande ! Mais vous pouvez le lire n’importe où, hein, c’est juste que ça se passe en Islande.

Tout simplement, c’est l’histoire d’une fille qui part en road trip sur la route circulaire de l’île, de Reykjavík (à l’ouest) aux fjords de l’est. C’est à cause de son divorce avec son mari, un pauvre gars qui lui préfère une pépette plus blonde qu’il a mise enceinte. Faut dire que la narratrice n’est pas « facile » à vivre pour ce bougre : trop bohème, trop négligée, trop imprévisible… et puis elle ne veut pas d’enfant.

9782757833155Notre ami lapin, contrairement à ce rabat-joie de première, a adoré la personnalité de l’héroïne, une jeune femme qui vit la vie sans se poser trop de question, qui a l’air extrêmement détachée et profite de l’instant présent comme jamais. Bon, elle cogite quand même un peu, mais se laisse très facilement emporter par le vent sans tergiverser trois plombes !

Dans son aventure, elle embarque Tumi, le fils de quatre ans de sa meilleure amie, une femme aussi allumée qu’elle et enceinte jusqu’aux yeux. Dans sa bulle, ce petit gars presque sourd qui porte d’énormes binocles est fort attachant, somme toute un bon compagnon de route pour la narratrice.

Des personnages bien altiers dans L’Embellie, c’est ce qui fait le charme de ce bouquin qui fleure bon l’Islande : l’air frais, les plaines volcaniques désertes, les stations services le long de la route 1 qui servent à toute heure des hot-dogs, du fish’n chips, de la pizza et du chocolat…

Par contre, un regret pour notre ami lapin : aucun indice n’est donné pour savoir si l’héroïne effectue son trajet ouest-est par le nord ou par le sud… un petit plus qui aurait ravi la lecture de Federico, lui permettant alors de s’imaginer les paysages pour de vrai et en détail, un luxe !

Audur Ava Ólafsdóttir, trad. Catherine Eyjólfsson, L’Embellie, éditions Zulma, 2012, en poche chez Points, 400 pages

Sérénissime Federico

Après l’Italie en 2013, l’Angleterre en 2014, en 2015 Federico a décidé de changer de secteur et d’aller… en Italie, encore. Parce que.

Cette fois c’est vers Venise, sa lagune, ses gondoles que Federico s’est envolé. Résumé en images.

Un océan de chantilly !

Le voyage en avion ce n’est plus une nouveauté pour Federico, mais il est toujours ému par la mer de nuage qui s’étale sous ses pattes.

Comme vous le savez, Federico aime beaucoup marcher, le museau à l’affut de la moindre découverte. À Venise, la marche est moins une affaire de goût qu’une obligation. En effet, ses rues étroites et ses canaux n’ont jamais vu une roue et pour ceux que les grands trajets effraient, restent les vaporetti, les fameux bus aquatiques. Federico en a pris un pour venir de l’aéroport et il a cru qu’il allait vomir tout son foin tellement ça vous secoue.

Bateau, sur l'eau...

Un vaporetto qui passe sur le canal de la Giudecca. Il a l’air sympa comme ça, mais c’est pour mieux vous attirer à lui et vous secouer dans tous les sens.

Hormis ces quelques émotions maritimes, Federico a donc beaucoup marché et ce dans un tel dédale de rues que notre ami lapin serait bien incapable de vous donner son itinéraire exact. Bon prince, il vous a quand même concocté un petit plan avec des carottes pour indiquer les quartiers dans lesquels il est allé promener son pompon. (Ce n’est pas lui qui a pris la photo, merci l’Internet)

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Vu d’en haut, Venise ressemble à un gros poisson qui flotte. Donc… c’est un poisson MORT ! Mouhahaha !

Voici donc le récit palpitant des trois jours que Federico a passé à Venise (techniquement, il est arrivé le 15 mars et reparti le 19 mars mais c’était à des heures tellement indues que ça ne compte pas !). En bonus, vous pouvez aller constater son immense photogénéitude dans les albums photos qu’il a concocté rien que pour vos yeux en cliquant sur les portraits de votre chroniqueur aux longues oreilles.

Jour 1 : la pluie, c’est humide.

À Venise, quand il pleut, l’ambiance n’est pas vraiment tropicale. Federico a donc pris son parapluie et fait pousser sa fourrure pour affronter ce temps bien maussade. Installé dans le quartier de San Marco, près du mythique pont du Rialto, c’est dans ces parages que Federico a fait ses premiers pas vénitiens. Malgré le temps pourri, la vue du grand canal a été un choc visuel et émotionnel pour notre ami lapin, qui a passé les jours suivants à s’émerveiller à chaque coin de canal et devant chaque maison décrépite. Venise c’est beau tout le temps. À tel point que c’en est parfois épuisant !

Après une visite au marché pour acheter des carottes, Federico s’en est allé se promener dans le quartier de San Polo. Il en a profité pour faire la connaissance d’une charmante dame, fabricante de masques traditionnels en papier mâché, dans son atelier L’Arlecchino.  Puisqu’il est en mode Routard, notre ami lapin en profite pour vous donner le seul conseil culinaire de l’article. Si un jour vous allez à Venise, rendez-vous à l’osteria Al Sacro e Profano où il s’est régalé ce midi-là de divins cicchetti et de polenta. En quête d’émotions religieuses et picturales (et d’un abri), Federico a visité la basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari et la Scuola Grande di San Giovan Evangelista. Ces deux lieux impressionnants de grandiloquence ne resteront pas gravés dans la mémoire de notre voyageur aux longues oreilles (et en plus il y faisait froid), même si la possibilité d’admirer le riche plafond de la Scuola grâce à des miroirs était plutôt chouette.

Jour 2 : à la découverte du Dorsoduro

miniature2Ce jour-là, le parapluie est resté à la maison. Le ciel était bas et gris mais Federico n’en avait cure : il ne pleuvait pas ! Après un détour par le marché aux poissons, notre ami lapin s’en est allé vers le sud de la ville, direction le quatrier de Dorsoduro, en passant par San Marco. Encore une belle promenade ponctuée par la visite du musée la Galleria dell’Accademia et un concert d’orgue tout naze dans une basilique au nom grand comme le bras : Santa Maria della Salute. La ville s’est dévoilée un peu plus : d’émerveillement en éblouissements, Federico laisse la parole aux photos, plus nombreuses que la veille.

Jour 3 : une place (San Marco) au soleil

miniature 3Pour ce dernier jour et par un soleil radieux, Federico est parti de bon matin visiter la place San Marco. Au menu : le Campanile, le palais des Doges et la basilique. Alors que la place en elle-même, un peu trop sérieuse et symétrique n’a pas séduit pas notre ami lapin, les trésors qu’elle recèle l’ont faire rêver. Depuis le campanile, la ville s’étale dans toute sa beauté, baignée de soleil. Après une bonne partie de la journée à se promener parmi tant de merveilles, Federico s’est enfoncé au cœur du quartier San Marco pour visiter l’un des joyaux de la ville : le théâtre La Fenice, véritable bijoux rococo, reconstitué incendie après incendie dans toute la splendeur de ses débuts. Cette journée a été un véritable voyage dans le temps ! Notre ami lapin est retourné flâner aux alentours de la place San Marco jusqu’au coucher du soleil.

Le retour

Jeudi matin, 6 h 00, Federico s’est réveillé tout tristounet : il fallait reprendre l’avion et rentrer à la maison. Dire au revoir à cette somptueuse et mystérieuse ville. Heureusement, la vue depuis les hauteurs a consolé notre ami lapin :

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Ooooh, les glorieuses montagnes que voilà !

Ainsi se clôt l’album de vacances de Federico. En rentrant chez lui, notre lapin dépaysé a retrouvé ses livres et vous dit à bientôt pour de nouvelles critiques bien assaisonnées !

Ciao !

Mort à la Fenice

Un roman de Donna Leon, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond.

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Federico repart bientôt à l’aventure : dans quelques jours notre ami lapin s’envole pour Venise. Avant de partir, il s’était promis qu’il apprendrait l’italien et dévorerait tous les guides de la ville (en papier les guides, Federico est végétarien, on vous le rappelle). Malheureusement, votre chroniqueur préféré est un adepte de la procrastination et pour l’instant il est un peu à la traine sur son programme.

©PointsMais il reste la littérature ! Lors de ses dernières vacances (oui, Federico aussi prend des vacances), notre ami lapin s’est plongé dans la lecture de la première enquête du commissaire Brunetti au cœur de Venise.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un des lieux les plus emblématiques de la cité : la Fenice, magnifique opéra que Federico a hâte de voir de ses propres yeux. L’enquête tourne autour d’un chef d’orchestre retrouvé empoisonné au cyanure dans sa loge entre deux actes. Avec une liste de suspects longue comme le bras et beaucoup de secrets bien enfouis, le commissaire Brunetti a du pain sur la planche. En bonne chochotte, Federico a apprécié l’absence de scènes qui font peur, de cadavres biens crades et de psychopathes bien sadiques. L’enquête ne vous cloue pas à votre fauteuil et n’impose pas son épuisant suspens. Dans ce roman, il est plus question de mœurs, de vieilles rancunes et d’amours empoisonnés, le tout dans un milieu du spectacle propice aux mesquineries et autres coups bas.

Les personnages des différents suspects sont très biens construits et l’investigation, agréable à suivre. Mais c’est le commissaire Brunetti que Federico a le plus aimé, c’est normal c’est lui le héros. Cet homme très attachant apporte une agréable touche d’humour au roman. On suit avec délice ce vénitien pur canal (il n’y a pas trop de souches à Venise) dans les méandres de la ville encore épargnée par les touristes.

Si vous avez envie d’une petite visite guidée de la Sérénissime et d’un polar pépère à lire dans le train, pensez à Dona Leon !

Donna Leon, trad. William Olivier Desmond, Mort à La Fenice, Points, juin 2014 (première parution aux États-Unis en 1992), 283 p.

Dans les forêts de Sibérie

Un récit de voyage de Sylvain Tesson.

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Maintenant qu’il a un peu le temps de souffler, Federico va vous parler de ses dernières lectures, notamment celles faites au cours de ses derniers voyages (attention, ça date, mais Federico a une mémoire d’éléphant).

danslesforetsdesiberieCet été, pendant qu’il vadrouillait, campait et mangeait de la semoule, notre ami lapin avait envie de lire l’histoire de quelqu’un ayant à peu près les mêmes occupations. Il s’est donc penché sur l’un des plus récents récits de l’écrivain voyageur Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie. C’est la première fois que Federico lisait du Sylvain Tesson, des livres connus pour affiner l’âme des voyageurs et penseurs en tout genre, mais il ne sait pas encore s’il retentera l’expérience…

Dans les forêts de Sibérie raconte les six mois que l’écrivain a passé (presque) tout seul au bord du lac Baïkal, au fin fond de la Sibérie donc. Federico précise « presque tout seul » car si la majorité du temps Tesson était bien seul face à ses bouquins, sa vodka, sa cabane et son lac, il avait quand même souvent de la visite, ou bien rendait lui-même visite à ses copains, pêcheurs ou gardes forestiers russes disposant d’un bon stock de vodka eux aussi.

Bien écrit et bien pensé, le récit de Tesson embarque le lecteur dans de nobles considérations sur la nature belle et sauvage, la folie des hommes qui s’entassent et s’urbanisent irraisonnablement, le charme de la solitude et du confort rustique, etc. C’est très bien. Mais vous sentez un peu le manque de dithyrambisme de Federico ? En fait, si c’est très bien, l’auteur l’a quand même un peu saoulé, avec sa vodka et ses grands airs, il l’a trouvé parfois égocentrique et pédant… on attendrait un peu plus d’accessibilité et de philanthropie de la part de quelqu’un aimant autant la nature. Or, c’est davantage de l’élitisme que Federico a trouvé dans ces pages, un comble selon lui pour un récit de baroudeur !

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson, Gallimard, « Folio », 2011, 272 pages

Terriérama spécial Angleterre

Quoi de mieux qu’un Terriérama pour fêter l’ouverture du condo-terrier et la nouvelle année par la même occasion ? Et quoi de mieux qu’un Terriérama voyageur, en l’occurrence spécial Angleterre ?? Rien de mieux bien sûr, nous atteignons là la perfection blogesque.

Et oui, Federico a fait un merveilleux voyage en perfide Albion, sur les terres de Jane, des sœurs Brontë, d’Elizabeth et de Sherlock. Il faut l’avouer, c’était il y a longtemps, du temps où il ne faisait pas gris, humide, froid et moche, c’est à dire en été.

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Ce fut donc sous un soleil radieux (où un seul accident de chaussures trempées par la pluie fut à déplorer), que notre lapin voyageur a conquis l’Angleterre à coup d’émerveillement, de bus rouges, de vieux cailloux érigés, de conduite à gauche et de scones bien placés dans son bidou. Ces dix journées remplies à la cool n’en furent pas moins fort culturelles, et ce sont de ces découvertes qu’il va être question dans ce Terriérama. Sir and Madam, please let’s go.

Carottes en série

Ce qu’il y a de bien avec les romans de Jane Austen ou d’Elizabeth Gaskell (entre autres), c’est qu’une fois la lecture achevée, vous pouvez vous ruer sur l’adaptation filmique ou télévisée. Généralement réalisées par des britanniques qui ne sont pas manchots, ces adaptations vous plongent à coup sûr dans une délicieuse ambiance d’un autre siècle !

Peu de temps avant son séjour en Angleterre, notre ami lapin avait fait l’acquisition d’un coffret DVD contenant Cranford et Return to Cranford, adaptation de… Cranford of course, oui mais aussi des Confessions de Mr Harrison (lu mais pas chroniqué, pardon, désolé) et My Lady Ludlow (même pas traduit en français, what a shame). Ces trois romans d’Elizabeth Gaskell évoquant tous la vie dans la campagne anglaise du XIXe siècle, les réalisateurs ont décidé de les mettre dans un mixeur, d’ajouter des petites histoires et plouf, ça fait deux mini-séries !

En quittant le sol français, Federico n’avait toujours pas vu cette appétissant programme mais ce dernier s’est bien vite rappelé à lui.

Parce que la plupart des scènes extérieures de la série ont été tournée à Lacock…

… que Lacock est situé dans le Wiltshire…

… et que Federico a été promener son pompon dans cette région verdoyante.

Ha ! Si ça c’est pas le destin !

Quand on arrive à Lacock, on ne met pas trop longtemps à comprendre pourquoi l’équipe de tournage de Cranford y a posé ses valises et d’autres avant elle (notamment pour Harry Potter et le Prince de sang mêlé, le destin on vous dit !). La ville semble ne pas avoir changé depuis deux siècles. Bien sûr, les routes sont bitumées et il y a des enseignes modernes, mais un peu de sable sur le sol et quelques panneaux de bois suffisent à créer une rue digne d’une adaptation gaskellienne ! Grâce à ces clichés pris par Federico lui-même (cliquez dessus pour qu’ils arrêtent d’être minuscules), vous pouvez constater qu’on ne vous ment pas. Et toute la ville est comme ça. Il y a même des petites rues dans lesquelles les voitures peuvent à peine se garer et qui conservent un charme délicieusement suranné.

©Federico

La rue principale de Lacock, avec son Red Lion (le truc obligatoire si tu veux être un village anglais typique) et ses voitures moches. C’est là qu’ont été tournées la majorité des scènes situées dans le centre de Cranford.

Vous l’aurez compris, même si les photos de Federico ne lui rendent pas justice, Lacock est une ville absolument adorable, avec plein de vieilles pierres, de vieilles poutres, de vieilles fleurs et des ateliers d’artistes nichés dans des vieilles maisons. Un charme tout anglais que Federico a retrouvé avec joie dans la série Cranford.

Cette dernière a semblé trop courte à notre ami lapin. Et comme la règle du Terriérama est justement de faire court, il va évoquer brièvement le délicieux moment qu’il a passé avec les héros de cette mini-série aux petits oignons. Commençons d’abord par préciser que si vous n’êtes pas fluent in english, vous serez largement handicapé. La série n’a en effet jamais traversé la Manche et ne se peut trouver qu’en version anglaise sous-titrée anglais. Federico a dû s’en contenter mais le fait d’avoir lu deux des trois livres adaptés lui a permis de presque tout comprendre.

Cranford est l’une des adaptation les plus réussies qu’il ait eu l’occasion de voir. Le casting est parfait, les différentes histoires s’imbriquent à merveille, le souci du détail est présent dans chaque élément de décors et de costume, et les ajouts scénaristiques sont très respectueux de l’œuvre de Gaskell. Avant de laisser place aux autres étapes de son voyage, Federico souhaite insister sur le point de la série qui l’a le plus enchanté : le développement du personnage de Mary Smith, la narratrice du livre Cranford. Federico était très frustré qu’elle n’aie pas sa propre histoire et qu’on en sache si peu sur elle. Dans la série, elle prend une plus grande ampleur et les scénaristes lui réservent un destin dont notre ami lapin n’aurait même pas oser rêver !

A cup of Potter ?

Federico a grandi avec Harry Potter. S’il est parti vers plein d’autres horizons littéraires par la suite, notre ami lapin se souvient de ses bouquins tout racornis lus maintes et maintes fois lorsqu’il était un lapereaux réservé et binoclard qui se réfugiait dans les livres. Aujourd’hui, rien n’a beaucoup changé : Federico est encore parfois peu enclin à la grande socialisation, il porte fièrement ses binocles et il lit mille fois plus. Sauf que maintenant, lire c’est populaire ou c’est in, donc ce n’est plus un rebut de la société. Pour lui, la découverte de Londres et de l’Angleterre fut l’occasion d’entrer dans le côté très british des livres de J. K. Rowling.

Farouche opposant à l’adaptation cinématographique de la saga, notre ami lapin n’a quand même pas laissé passer l’occasion de se rendre aux studios Warner, au nord de Londres. Bien lui en a pris, car cette visite, fort iiiiiihhh ! et instructive, l’a rabiboché avec les films. En effet, le travail fourni pendant la dizaine d’années de tournage est non négligeable, allons jusqu’à dire impressionnant. Décors, costumes, maquettes, créations d’objets, effets spéciaux, voilà ce qu’on découvre, ainsi que moult anecdotes. La visite était un bon moyen de se replonger dans l’univers de son adolescence, et de lui donner la folle envie de tout relire (projet en cours). Mais surtout, ce que Federico a compris lors de la visite des studios, c’est pourquoi il n’aime pas les films. Car, avec tous ces efforts pour recréer l’univers des sorciers et avec un casting bad ass (Maggie Smith, Alan Rickman, Gary Oldman pour n’en citer que quelques uns), qu’est-ce qui cloche ? Federico a trouvé : selon lui, c’est la direction des acteurs et/ou la performance des trois loustics sur qui tout le film repose. C’est ben dommage mon ami…

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Mais passons outre, et parlons des studios ! Car là-bas, Federico a appris que chez Warner, tous les acteurs (ou presque) portent perruque ; que nombre de décors ont été réalisés pour de vrai, comme la porte de la Chambre des secrets, vous savez, celle avec les serpents ; que les murs de la salle commune de la maison Griffondor sont inspirés de la célèbre tapisserie rouge de la Dame à la licorne (celle avec des pitits lapiiins !), et qu’on y trouve accroché un portrait de McGonagall lorsqu’elle était une fringante jeune femme ; que les bocaux de formol de la salle de cours de potion ont été réalisés avec des peluches animalières achetées au zoo de Londres ; que le bureau de Dumbledore a été construit entièrement, et que les tableaux des anciens directeurs recouvrant ses murs sont les portraits du personnel de l’équipe de tournage ; que des centaines de baguettes et d’étuis à baguette ont été confectionnés pour le magasin d’Ollivander ; et surtout, surtout, que la bièraubeurre, c’est dégueulasse !

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La salle commune de la maison Griffondor, comme si vous y étiez mesdames et messieurs !

Allez, vu que Federico vous parle d’Harry Potter et que vous n’avez peut-être plus aucune idée de quoi ça cause, voici un résumé en bande dessinée par Lucy Knisley (l’auteure de Délices) : ici !

Et s’il vous était arrivé de vous demander à quoi ressemblerait la saga Harry Potter en anime japonais, voici de quoi vous donner une idée.

Miam-miam

Il l’a dit, Federico a mangé du scone en veux-tu en voilà. Sur les conseils de Pénélope, il a dégusté le premier chez Foxcroft & Ginger, qui a la merveilleuse idée de se trouver juste à côté d’une librairie spécialisée en bande dessinée (Gosh!). Que demander de plus ? Rien, si ce n’est d’importer le concept de clotted cream de ce côté-ci de la Manche, siouplait.

Mais Federico a aussi eu du flair par lui-même et a trouvé comme un grand une chouette adresse. En effet, un lapin qui marche dans Londres et en prend plein la vue devient forcément à un certain point un lapin affamé. Quand vos pattes et votre estomac commencent à protester de concert, comment résister à l’invitation d’un sympathique congénère qui vous tient la porte gentiment ?

C’est ainsi que Federico est entré dans un monde sucré, pastel, sucré, gourmand et trèèès sucré : le monde de Primrose Bakery. Cette boutique est tellement pleine de trucs qui ont l’air délicieux qu’elle pourrait très bien être tenue par une vilaine sorcière qui aimerait bien vous manger. Mais en fait pas du tout, de charmantes vendeuses attendent patiemment que vous ayez choisi entre toutes les variétés de cupcakes qui se pavanent dans la vitrine et décidé avec quel milkshake vous allez accompagner ce glorieux goûter. Federico n’en revient toujours pas de son milkshake au caramel au beurre salé à tomber par terre, accompagné d’un cupcake fort savoureux. Rien que d’y repenser, il en salive…

Restes du massacre...

Restes du massacre… (cliquez sur l’image pour voir les autres dessins de votre serviteur)

Moi Federico, toi Jane

Pour notre ami lapin, aller en Angleterre sans prendre le temps de marcher dans les pas de Jane Austen était inconcevable. Parmi tous les lieux de pèlerinage possibles, c’est la ville de Bath qu’il a retenue.

L’auteure y a en effet séjourné à plusieurs reprises et deux de ses romans ont la ville pour théâtre : Persuasion et Northanger Abbey. À l’époque de Jane Austen, Bath était the place to be : les gens y venaient en vacances pour boire de l’eau (attention à ne pas jeter bébé avec l’eau de Bath… et oui, Federico fait aussi des blagues). Dans Northanger Abbey, la jeune Catherine est dans un premier temps emportée par la folie des bals et ne sait plus où donner de la tête dans ses nouvelles relations. Austen en profite pour pointer du doigt la superficialité de telles amitiés.

La beauté de Bath, elle, n’est pas superficielle et a superbement traversé le temps. Federico s’est promené avec bonheur sur les traces de ses héroïnes favorites, près des Pump Room ou sur le Circus.

Si l’architecture locale n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, le clou de sa visite a été le Jane Austen Centre. Dans une coquette demeure, de sympathiques guides habillés à la mode régence vous font découvrir la vie de l’auteure à Bath. La visite est très enrichissante, pleine de détails intéressants et de reconstitutions émouvantes. Federico ne pouvait pas quitter ce lieu sans passer par le Regency Tea Room, un très beau salon de thé qui finit de vous plonger dans l’ambiance. Prêt à payer de sa personne pour vous apporter le plus de détails sur la culture anglaise, Federico n’a pas reculé devant les scones et la clotted cream. Les papilles de notre ami lapin ont été dûment récompensées pour ce sacrifice !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. ben quoi Jane, il n'est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. Ben quoi Jane, il n’est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Tea Time

Le tea time, c’est du sérieux : du thé (obligé, en Angleterre si tu n’aimes pas le thé ou la bière, tu meurs de soif), des scones et plein de trucs indécents à tartiner dessus. (idem, cliquez sur l’image)

Vous avez dit la reine d’Angleterre ?

Si vous êtes déjà parti en vacances en Angleterre ou si vous le faites un jour, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire « hé, tu diras bonjour à la Reine ! » (rire gras).

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

Federico y a eu droit lui aussi, et il n’a pas boudé son plaisir en rentrant de vacances, quand les gens lui demandaient comment était son voyage et qu’il répondait : « c’était intéressant, j’ai vu la reine » (air blasé).

Mais comment est-ce possible ?

Vous demandez-vous.

Le dernier jour de son séjour anglais, Federico s’est levé de bonne heure pour aller assister à la relève de la garde montée de la reine : les Horse Guards. En arrivant près du but, notre ami lapin a eu la surprise de découvrir que la relève n’aurait pas lieu. En effet, toutes les troupes étaient réquisitionnées pour un défilé près de Buckingham Palace. Piqué de curiosité, notre ami lapin a décidé de fendre la foule pour voir ce qui suscitait tant d’animation.

Il a alors appris que c’était le jour de célébration de l’anniversaire de la Reine Elizabteh II. Oui, comme elle est née en avril, elle fête son anniversaire en juin. Elle fait ce qu’elle veut, c’est la reine. Pour arroser l’événement, une petite sauterie était organisée, entre intimes, avec revue des troupes et défilé devant le bon peuple de Londres. Et devant Federico par extension. Malgré l’émotion qui étreignait son petit cœur, votre dévoué chroniqueur a pu prendre ce cliché digne des plus grands paparazzi.

la reine

Le flou artistique, c’est le secret d’une bonne photo royale. Si ce cliché déjà culte ne fini pas dans Point De Vue, c’est qu’on n’y connait rien.

Federico a donc aperçu vu très nettement la Reine d’Angleterre ainsi que quelques membres de sa royale famille.

La Reine d’Angleterre ! Non mais vous ne vous rendez pas compte ! C’est trop la méga-classe !

Avec tout ça, Federico a certainement gagné des points de charisme… et un bonus en attaque à cheval.

C’est sur cette royale note que ce clôt ce Terriérama d’outre-Manche. Federico espère qu’il vous a plu et vous a permis de voyager un peu, ou vous a donné envie de faire votre valise !

À bientôt pour un nouveau concentré de culture lapinesque !

elvis-thanks

Shenzen & Chroniques birmanes

Deux bandes dessinées de Guy Delisle.

Souvenez-vous (pour les nouveaux, qu’est-ce que vous attendez pour vous plonger dans les entrailles de la bibliothèque de Federico ?), il y a 1 an, votre ami lapin vous parlait de Pyongyang et Chroniques de Jérusalem. Depuis tout ce temps, il a lu les deux autres récits de voyages de Guy Delisle. Cette fois-ci, Federico est partagé. Alors que Pyongyang et Chroniques de Jérusalem l’avaient régalé chacun à leur manière, Shenzen et Chroniques birmanes ne sont pas sur le même pied d’efficacité. En fait, c’est surtout Chroniques birmanes qui a déçu et un peu ennuyé notre ami lapin.

Chroniques birmanes

noté 2 sur 4

© Delcourt, 2007

Cet opus suit le même principe que Jérusalem : la somme de petites anecdotes qui retracent la vie quotidienne de l’auteur dans une ville, ici Rangoun sous le régime birman. Alors que son épouse travaille pour Médecins sans frontières, lui est homme au foyer, s’occupant de son fils et peinant à travailler sur ses bandes dessinées ; il s’ennuie pas mal, déprime un peu, et fait beaucoup de ballades à poussette (comme sur la couverture). Il n’y peut rien, le pauvre, mais c’est ça qui a refroidi Federico qui ne retrouvait pas le décryptage passionnant présent dans Jérusalem et qui permettait de mieux connaître la ville en question. Bien que l’on apprenne quantité de choses sur la Birmanie, cela demeure un peu flou, voire noyé dans le reste de la BD, les chroniques birmanes étant un peu longues pour le coup.

Chroniques birmanes, Guy Delisle, 2007, Delcourt, collection « Shampoing », 224 pages

Shenzen

noté 3 sur 4

© L'Association, 2000Quant à Shenzen, votre lapin favori a vraiment apprécié ! De tous, cet opus est celui où l’humour est le plus visible. Normal : face à l’incongruité et la monotonie de cette ville chinoise où les gens ne font que travailler, à deux pas de l’effervescence et du multiculturalisme de Hong Kong, on se délecte du regard grinçant et amusé de l’auteur, mais avec une pointe de tristesse tout de même. En parallèle avec Pyongyang où la dictature est (on va dire) « assumée », Shenzen montre les ressorts (et les failles) de la puissance mondiale qu’est désormais la République populaire de Chine. Le dessin est plus sombre, dense et travaillé, moins « ligne claire » que celui de Jérusalem et Birmanes, et donne un aspect déprimant et fantomatique à cette ville. La bande dessinée jouit alors d’une identité plus singulière et romancée que le simple carnet de voyage.

Shenzen, Guy Delisle, 2000, L’Association, 200 pages

Brooklyn Folies

Un roman de Paul Auster, traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf.

© LGF, 2008En comparaison avec les romans d’Auster lus jusqu’ici, Brooklyn Folies a paru plus léger à Federico : moins lugubre et plus optimiste, c’est une belle fable citadine et humaine que nous conte l’auteur.

Ici, même si le récit est centrée autour du narrateur Nathan Glass, jeune retraité divorcé, ce sont les histoires de toute une galerie de personnage qui nous sont racontées. Au détour d’un coin de rue, d’un rayon de librairie ou d’une route de campagne, Nathan tombe amoureux de la plus jolie maman du quartier, retrouve son neveu perdu de vue depuis des années, fricote avec un escroc minable, héberge sa petite-nièce qui a juré le silence, part à la recherche de sa nièce disparue, et trouve la plénitude à l’Hôtel Existence, idyllique endroit à l’écart de la folie de la ville.

Loosers, anti-héros, énergumènes en tout genre se croisent, soulevant des situations assez dures ou tristes, mais d’où se dégage une certaine chaleur humaine à l’aube des événements tragiques de septembre 2001…

Brooklyn Folies, Actes Sud, 2005, Le livre de poche, 384 pages

C’est maintenant la fin du feuilleton Auster… Mais votre lapin favori reviendra sûrement très bientôt pour vous raconter ses prochaines lectures de cet auteur qu’il affectionne beaucoup. En attendant, n’hésitez pas à vous plonger dans ces livres foisonnants !

Moon Palace

 Un roman de Paul Auster, traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf.

© Paul Auster - Actes Sud

4 carottes

Peut-être est-ce parce qu’il l’a lu en premier, mais Moon Palace est (pour le moment) le roman de Paul Auster préféré de Federico.

Dans ce roman, on suit les pas de Marco Stanley Fogg, étudiant new-yorkais orphelin, sans le sous et gros lecteur. Ses pas le conduiront à l’errance dans les allées de Central Park, jusqu’à la demeure du vieil infirme Thomas Effing, en passant par les bras de la charmante Kitty Wu. Le récit de Marco est relayé par d’autres longs récits qui font voyager le lecteur à travers les destins d’autres protagonistes plus ou moins liés au héros. On retrouve les thèmes clés de Paul Auster : le vagabondage, le voyage, la quête d’identité, le hasard…

Cette lecture a un peu été comme une claque pour votre doux lapin : le style parfaitement maîtrisé de l’auteur et les histoires qui se dévoilent avec mystère et limpidité l’ont véritablement charmé. Les énormes paragraphes qui se lisent avec aisance ont englouti Federico dans une lecture captivée. Moon Palace a vraiment été une « lecture englobante », de celles qui vous happent dès les premières lignes et qui vous font tout oublier autour de vous. Un pur plaisir littéraire en somme.

Moon Palace, Paul Auster, Actes Sud, 1993 (version originale parue en 1989), 480 pages

Federicus Populusque Romanus

Du 3 au 7 mars, Federico est allé promener son pompon dans les rues colorées de Rome. Pour vous faire partager ses souvenirs de la ville éternelle, notre ami lapin vous ouvre les portes de son album photo et vous invite à le suivre dans ses pérégrinations. En route !

Vole, Federico, Vole !

La liaison inter-terriers pour rejoindre Rome étant un peu compliquée, Federico a choisi de prendre l’avion. Pour marquer le coup, il pose fièrement près de son billet d’embarquement :

©FedericoSabeLeer

Ne t’excite pas Federico, l’avion n’a pas encore décollé !

©FedericoSabeLeer

Premier jour : la grande promenade

Quand on feuillette un guide de Rome, un constat s’impose : il y a une fouletitude de choses à voir. Bien décidé à en découvrir le plus possible mais pas trop fixé sur la direction à prendre, Federico a donc commencé son voyage par une longue promenade au gré des monuments et au hasard des rues.

Pour les photos, c’est par ici.

Deuxième jour : retour dans l’Antiquité du futur

Bien claqué après sa longue promenade de la veille, Federico a choisi de passer sa journée dans quelques uns des lieux les plus mythique de Rome : le Colisée et ses voisins le Palatin et le Forum Romain. Une machine à remonter le temps à ciel ouvert qui sollicite beaucoup l’imagination. La plupart des monuments sont en effet en ruine. Mais des pierres qui restent se dégage le souffle de la grandeur de la cité, du temps où elle dominait l’Europe. Quelques clichés par là.

Troisième jour : en somnambule

Le mercredi, les forces de Federico l’abandonne. Il décide quand même d’aller admirer la Piazza di Spagna avant d’aller s’abriter aux musées du Capitole. La journée pluvieuse se cache ici.

Quatrième jour : les barbares débarquent au Vatican

Et voilà, on est à peine arrivé qu’il faut déjà repartir. Il reste quelques heures à Federico pour profiter de la ville. Comment ne pas les passer au Vatican ? Les photos de cette journées sont .

Au moment de repartir, notre ami lapin avait dans sa valise des tonnes de souvenirs et de sensations. Dans les photos que vous venez de voir on retrouve les monuments qui font la renommée de la ville mais ces images ne peuvent pas tout dire. Il règne à Rome une légère folie à l’image du baroque des monuments de la Renaissance. Les 2000 ans d’histoire cohabitent à merveille. Federico est absolument ravi de son voyage et compte retourner bien vite en Italie.

Pyongyang & Chroniques de Jerusalem

Deux bandes dessinées de Guy Delisle.

Ce n’est pas parce qu’il ne vous parle pas beaucoup de bande dessinée que Federico n’aime pas ça. Bien au contraire, il adore la BD ! Votre serviteur lapin va donc se rattraper sans délai et vous parler de cases et de bulles.

Pyongyang et Chroniques de Jérusalem sont deux récits de voyage, ou plutôt de séjour car Guy Delisle est resté un petit bout de temps dans ces villes bien particulières : deux mois à Pyongyang en Corée du Nord, dans le cadre de son travail dans l’animation de dessins animés, et une année à Jérusalem, accompagnant sa femme qui œuvre pour une ONG.

Fin observateur, l’auteur livre pour chacune de ces expériences un portrait étonnant de la vie quotidienne d’un étranger sur un territoire assez spécial… La Corée du Nord et l’Israël combinent tous deux divers taux d’horreur, d’obscurantisme, d’injustice et d’absurde. Le non-sens de la dictature nord-coréenne et des pratiques des colonies israéliennes se révèle avec force. Dans Pyongyang, la réalité de ce régime totalitaire est dure à croire tant l’on se croit dans un livre de science-fiction : la propagande, la surveillance, les camps de détention, tout ça existe bel et bien, et c’est hallucinant… Dans Chroniques de Jérusalem, l’engrenage dans lesquels les peuples juifs et palestiniens ont été pris est tout aussi effrayant : l’avancée constante des colonies qui s’installent par la force et en toute impunité sur les quelques restes des territoires palestiniens, mais aussi la multitude de communautés religieuses différentes qui cohabitent plus ou moins bien dans cette ville phare, c’est hallucinant pareil.

La lecture de ces récits hautement documentaires est donc fortement conseillée par votre dévoué lapin. Avec énormément de curiosité et un détachement assez marqué, Guy Delisle parvient à porter très peu de jugements personnels sur les faits et les gens qu’il rencontre ; sa désapprobation est peu mise en avant, la priorité étant davantage à la découverte et la tentative de compréhension de ces villes altières. La curiosité de l’auteur a vivement piqué celle de Federico, qui n’a désormais plus qu’à se précipiter sur les autres chroniques du voyageur réalisées en Chine et en Birmanie

Pyongyang, Guy Delisle, L’Association, 2003, 180 pages

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, Delcourt, collection « Shampooing », 2011, 336 pages

Voyage en bas du monde

Il est des voyages qui resteront certainement du domaine du rêve. Par exemple, Federico n’ira certainement jamais en Patagonie. Parce que c’est loin et qu’il n’a pas le sens de l’orientation. C’est moche.

Repassons dès à présent en mode optimiste : Federico n’ira peut-être jamais faire des bonds auprès des gauchos de Patagonie mais qu’à cela ne tienne, son esprit vagabond y va régulièrement. Et quelle est la meilleure façon d’aller se balader sans risquer de se perdre ou de tomber dans une embuscade ?

Les liiiivres !!!! (répondez-vous, hystérique)

Oui mais pas que. Le cinéma et Internet sont aussi d’excellents voyagistes. C’est d’ailleurs dans une salle obscure que Federico a fait la connaissance avec cet étonnant morceau de continent. Il ne vous en parlera pas ici car malheureusement il ne se rappelle d’aucune information sur ce documentaire consacré aux hommes et aux femmes qui vivent dans le Grand Sud. Il ne lui reste qu’un formidable sentiment de liberté et un immense respect pour ses personnes humbles et attachées à leur terre.

Du coup, notre ami lapin va vous parler de… livres. (évanouissements dans la foule en liesse)

Le premier voyage

En Patagonie, publié en 1977 fait de Bruce Chatwin un des piliers de la littérature de voyage du XXe siècle. Parti de Buenos Aires, l’auteur nous entraîne jusqu’à Ushuaïa, THE bout du monde, et ça, ça fait rêver notre ami lapin. Mais quand on n’a pas de boussole, il s’avère difficile de suivre le parcours de Chatwin dans ce territoire méconnu. Heureusement, au XXIe siècle, n’importe quel rongeur connecté peut, en quelques clics, réaliser un petit itinéraire. (Note du lapin : pour connaître les différentes étapes, cliquer sur les petits machins bleus.)

Évidemment, il ne s’agit pas de l’itinéraire exact emprunté par les augustes souliers de Bruce Chatwin. C’est plutôt un bricolage effectué à partir des indications données dans l’ouvrage. Pour notre ami lapin, cela aura eu le mérite de l’aider à prendre la mesure de cet étonnant voyage.

En Patagonie ne se contente pas de nous décrire un chemin et ne reste jamais centré sur son auteur-voyageur. C’est un roman résolument tourné vers les gens, ce qui le rend passionnant. Lire ce livre, c’est rencontrer les habitants de la Patagonie et écouter leurs histoires. Bruce Chatwin nous parle aussi bien de ceux qu’il a croisé en chemin que de ceux qui ont vécu sur cette terre il y a plus ou moins longtemps. C’est alors que le voyageur devient conteur, déployant sous nos yeux des histoires plus ou moins légendaires. Federico a tout particulièrement apprécié la partie consacrée à Butch Cassidy, le bandit flamboyant, qui a libéré un vrai souffle d’aventure dans son terrier.

Le retour

Il y a quelques mois, ce même air un peu rude mais terriblement agréable a de nouveau soufflé sur le museau de Federico. Pour ce deuxième voyage, notre ami lapin a embarqué avec Luis Sépulveda et Daniel Mordzinski. Leur virée en Patagonie a eu lieu dans les années 1990. Ces deux amis, l’un écrivain et l’autre photographe, sont partis vers le Cap Horn et ont avancé au gré de leurs rencontres. Le roman né de cette joyeuse aventure a su se faire attendre. Publié en France en avril 2012, cet ouvrage tient moins du récit de voyage que de l’hommage rendu à une terre souillée au nom de l’argent et à ceux qui la défendent. On sent la révolte et l’impuissance des deux explorateurs face à la situation (désespérée?) de ce Grand Sud majestueux. À partir des émouvantes photos de Daniel Mordzinski, Luis Sépulveda nous fait partager ses souvenirs avec une délicieuse malice : à sa façon de parler de tous ceux qu’il a rencontré, Federico avait l’impression d’avoir fait partie du voyage. C’est une véritable déclaration d’amour que signe l’auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour, vive comme l’air patagon. Dernières nouvelles du sud est un beau livre, d’une grande simplicité, évident comme l’amitié.

À présent, il ne vous reste plus qu’à ranger vos valises, à vous précipiter chez votre libraire et à vous vautrer dans votre canapé (parce qu’en ce moment il pleut et que s’allonger dans l’herbe mouillée, ça mouille) avec une botte de carottes.

Bon voyage, et n’oubliez pas d’envoyer une petite carte postale !

Bruce Chatwin, traduit par Jacques Chabert, En patagonie, Grasset, Paris, 2002 (édition d’origine parue en 1977), 290 p. (Collection « Cahiers rouges »)

Luis Sepulveda, photographies de Daniel Mordzinski, traduit par Bertille Hausberg, Dernières nouvelles du Sud, Métailié, Paris, 2012, 160 p., traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg.