Sœurs de miséricorde

Un roman de Colombe Schneck.

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IMGP2741Azul est née en Bolivie, dans un village de montagne qui ressemble à une corbeille de fruits exotiques. Élevée par une mère seule qui ne parle que le Quechua au milieu d’une fratrie unie, la vie va la conduire à poursuivre des études dans la capitale, avant de devoir partir en Europe faire des ménages pour subvenir aux besoins de ses enfants et de son mari.

Sœurs de miséricorde évoque les sœurs de sang mais aussi les sœurs de cœur, celles qui vous tendent la main pour que vous puissiez la tendre à d’autres. L’histoire d’Azul est celle d’une femme qui passe son existence à donner aux autres, sans se poser de question. À travers ses yeux innocents mais pas naïfs, le contraste entre la Bolivie colorée et fruitée de son enfance et la triste grisaille des villes européennes est saisissant.

Federico a été un peu frustré par cette lecture. Le style de l’auteure, riche en redondances et en répétitions donne une apparence simpliste au texte. Pourtant l’histoire et les personnages sont beaucoup plus complexes qu’ils n’y paraissent. On sent bien que beaucoup d’émotions sont évoquées mais l’écriture ne les laisse qu’affleurer à la surface du livre ce qui met une certaine distance entre le lecteur et le sujet. Notre ami lapin, qui aime les romans qui le bousculent, n’est jamais vraiment rentré dans cette histoire et c’est dommage car Sœurs de miséricorde est un très beau portrait de femme, abordé avec empathie et poésie. Ce roman possède la richesse du jardin de la maison d’enfance d’Azul, mais il se tient à une distance que Federico n’a jamais franchie.

Colombe Schneck, Sœurs de Miséricorde, Stock, août 2015, 210 p.

Funny Girl

Un roman de Nick Hornby, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

3 carottes

Federico a lu deux romans de Nick Hornby : Vous descendez, farce drôlatique sur des candidats au suicide qui vont changer de vie plutôt que d’y mettre un terme et Juliet, naked, chronique existentielle qui met en scène un couple et un chanteur mythique. Notre ami lapin garde un très bon souvenir de ces deux lectures et Funny Girl lui en laissera un meilleur encore.

funny girlCe livre l’a plongé dans l’univers de la télévision anglaise des années 1960 et plus précisément au cœur de l’élaboration d’une série humoristique pour la BBC. Cette série se proposant d’être un miroir de la société de l’époque, le roman devient à son tour une jolie chronique sur l’industrie du divertissement des sixties, à travers le parcours de quelques uns de ses rouages. En tête du casting, l’irrésistible Barbara, reine de beauté qui a quitté son Angleterre profonde pour Londres et la vie excitante qu’elle promet. Mais si Barbara rêve d’être actrice, ce n’est certainement pas pour jouer la potiche ni les faire-valoir : ce qu’elle veut, c’est faire rire. Évitant les pièges et la facilité, elle devient rapidement une vedette du petit écran. Bientôt, cette comédienne née qui n’a pas la langue dans sa poche mais la tête sur les épaules découvre que son personnage dans la série est bien plus qu’un alter ego aux yeux du public.

Autour de ce personnage solaire gravitent acteurs, scénaristes, producteurs et metteurs en scène. Comme il y a peu de personnages, Nick Hornby peut développer le caractère et la vie de chacun. Aussi, même si Barbara est clairement au cœur de ce roman, les seconds couteaux n’en sont pas vraiment, ne serait-ce que parce qu’ils occupent une place centrale dans la vie de la jeune actrice. Les dialogues quant à eux sont aux petits oignons : percutants et plein d’esprit. On suit la petite équipe sur plusieurs années – qui correspondent aux saisons de la série – au rythme des évolutions professionnelles et personnelles des personnages. Le roman reste égal du début à la fin : toujours difficile à lâcher. Federico n’avait pas envie de quitter cette ambiance sixties et d’être séparée de cette joyeuse bande disparate.

Funny Girl est une très belle chronique sociale et humaine, sensible et drôle.

Nick Hornby, trad. Christelle Barbaste, Funny Girl, Stock, août 2015, 432 p.

Constellation

Un roman français d’Adrien Bosc.

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constellationLe 28 octobre 1949, l’avion Constellation d’Air France s’écrase dans l’archipel des Açores. Aucun des passagers ne survit. Parmi eux, on trouve le boxeur Marcel Cerdan mais aussi des anonymes. L’auteur retrace l’histoire de ces passagers victimes du destin et alterne avec le récit du crash et de ses suites. Il s’attarde sur ces ruses du destin qui font que, pressé par Édith Piaf de le rejoindre au plus vite, Marcel Cerdan a piqué leur place à des passagers qui finalement n’auront pas regretté de ne pas avoir pris ce funeste vol…

Pour son premier roman, Adrien Bosc réussit parfaitement l’exercice de redonner vie aux victimes tout en nous captivant avec l’enquête qui a suivi l’accident. Les équipes envoyées sur place après le crash ont tenté de comprendre comment l’avion avait pu à ce point dévier de sa trajectoire pour aller se cogner à une montagne, sur une île où il n’avait rien à faire. Ce roman très émouvant et très joliment écrit a beaucoup touché Federico. On découvre un épisode méconnu de l’histoire de l’aviation ainsi que le destin fascinant de la violoniste Ginette Neveu. Les plus jolis passages sont ceux consacrés à l’étonnant parcours du violon de la musicienne. Disparu lors de l’accident, des débris en seront récupérés bien plus tard et après être passés entre plusieurs mains ils seront finalement identifiés par le luthier de Ginette Neveu. Au détour d’une réflexion sur l’art et le destin, l’auteur s’égare parfois dans des digressions lyriques un peu obscures mais cela n’entache pas le plaisir de lecture.

Adrien Bosc, Constellation, Stock, août 2014, 198 pages