Home

Un roman de Toni Morrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière.

2 carottes

Federico voulait depuis longtemps lire la plume de Toni Morrison. L’élu est le court roman Home, attrapé au vol dans le rayon de sa bibliothèque de quartier. 

Home - Toni MorrisonHome est un très beau texte, fort et imagé. En de courts chapitres et quelques personnages seulement, l’auteure dépeint la dureté du parcours d’un frère et une sœur afro-américains dans les années 1950 : leur enfance soudés l’un à l’autre, leur jeune vie d’adulte catastrophique, mais surtout leur retour dans la maison natale dans une petite ville du sud des États-Unis. Alors que le frère aîné doit apprendre à vivre avec le traumatisme de la guerre de Corée où il a perdu ses deux amis d’enfance et tué des innocents, la sœur cadette fait face aux divers individus malintentionnés qui profitent de sa naïveté pour la voler ou l’asservir. Violence de tous bords et tendresse fraternelle s’entremêlent à travers les voix éprouvées de ces héros qui peinent à combattre cette vie si dure envers eux ; eux qui souhaitent simplement trouver la paix.

Malgré toute la beauté terrible de ce récit, il manque une carotte à Home (qui a failli en avoir trois), mais la faute en revient à Federico. Tout simplement parce que la lecture de ce très court roman a été assez express et distante, hachée entre deux trajets de métro et un emploi du temps chargé. Des circonstances pas si rares pour notre ami lapin, mais qui, ici pourtant, l’ont empêché d’être complètement investi dans ce livre au demeurant très bon.

Sans rancune Toni, ce n’est que partie remise !

Toni Morrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, Home, Christian Bourgois éditeur, 2012, 154 pages

La couleur des sentiments

Un roman de Kathryn Stockett, traduit de l’anglais par Pierre Girard.

 noté 3 sur 4

Avec des mois de retard et parce qu’on le lui a mis dans les pattes, Federico a lu avec plaisir le roman de l’américaine Kathryn Stockett qui a connu un grand succès après l’adaptation cinématographique d’il y a quelques temps.

© Babel, 2012D’ailleurs, Federico a été plutôt désappointé par l’adaptation sentimentaliste du grand écran qui ressemble un peu trop à un bonbon acidulé, en désaccord avec le grave sujet qu’est celui de la ségrégation raciale. C’est même le film, visionné après la lecture du livre, qui lui a ouvert les yeux sur la version française du titre, La Couleur des sentiments (en version originale, il s’agit de The Help) : la couleur, le noir, le blanc, le racisme, tout ça… Oui, Federico n’avait pas capté, mais pour sa défense, sachez que cela ne reflète pas vraiment l’esprit du livre car, s’il y est question de couleurs, il n’y déferle pas une tripotée de bons sentiments, c’est un peu plus réaliste que ça.

Bref, vous l’aurez compris : même s’il n’est pas mauvais, ne vous attachez pas à voir le film, et préférez-lui le livre.

L’atout principal du bouquin, c’est que l’on entre tour à tour dans la tête des trois héroïnes : les bonnes noires Aibileen et Minny, et la jeune blanche Eugenia, surnommée Skeeter. Au fil de la lecture, leur histoire et leurs émotions se dévoilent avec naturel, partageant leurs doutes, leurs peurs et les espoirs qu’elles osent formuler.

Le livre est une captivante peinture sociale des conditions de vie et de travail des bonnes dans l’état du Mississipi dans les années 1960. Les luttes antiraciales et féministes se dessinent en arrière-plan, alors que les héroïnes s’y engagent d’une manière très peu militante, mais plutôt personnelle.

Les femmes au foyer (qui laissent l’entretien de leur susdit-foyer et l’éducation de leurs enfants à leur bonne noire afin de mieux passer leur temps chez le coiffeur et à l’organisation de diners caritatifs pour les pauvres petits enfants africains de l’autre bout du monde) en prennent pour leur grade. Quant aux hommes, ils sont soit très occupés à travailler, soit alcooliques, soit empotés… Bref, une époque (un peu caricaturale mais sûrement fidèle) où il ne faisait pas bon vivre lorsqu’on était femme et/ou noire.

On passe donc un chouette moment en compagnie de Skeeter, Minny et Aibileen, qui confèrent toutes trois un ton enlevé et attachant à ce bouquin qui se lit avec plaisir, aisance et quelques grincements de dents…

Kathryn Stockett, La Couleur des sentiments, Babel, 626 pages, 9,70 €