Rosa candida

Un roman de Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

3 carottes

Avant d’être un bon bouquin, Rosa candida a un très grand mérite : celui d’avoir détendu, changé les idées et fait rire notre ami lapin dans une période absolument folle de sa vie où tout un tas de choses lui sont tombées dessus.

rosa-candidaPeut-être est-ce alors ce besoin de lâcher prise qui lui a permis d’apprécier grandement ce roman tout en retenue et légèreté. Federico y pense comme à un soleil réconfortant et printanier, une brise d’air frais sur son museau, un moment de détente délicat dans le calme du samedi matin au lit…

Rosa candida suit la route d’Arnljótur, jeune islandais d’une vingtaine d’année qui cherche candidement le chemin de son avenir, heureux de préférence. Une chose est certaine, ce sont les plantes, feuillues et fleuries, qui l’intéressent. Mais ce qui habite ses pensées lorsqu’il taille ses roses les genoux fichés dans la terre humide, ce sont les femmes, toutes si altières et énigmatiques, dont il se demande pour chacune s’il coucherait avec ou pas. Aussi étrange soit-il, cette obsession n’a pas paru agaçante ni dégradante aux yeux de notre ami lapin ; l’ingénuité d’Arnljótur le faisant davantage passer pour un novice intrigué plutôt qu’un harceleur déplacé. Car il ne fait rien que se poser la question à lui-même, après tout.

Outre ses fabulations charnelles, sa petite tête blonde d’islandais est également peuplée par le deuil de sa mère décédée accidentellement et avec qui il avait un lien très fort (c’est elle qui l’a initié à l’art botanique), son père-poule adorable qui commence un peu à radoter, la responsabilité croissante de sa fille illégitime âgée de quelques mois et aux airs de divin enfant, et la mère de sa fille, amante d’une nuit égarée qui aimerait bien continuer ses études…

Quand on ouvre le livre, Arnljótur quitte les terres peu fertiles d’Islande pour rejoindre une des plus anciennes roseraies du monde, en empruntant les petites routes de campagne de pays qui ne sont pas nommés mais que notre ami lapin suggère être la France et l’Espagne (ou bien l’Italie ?). C’est là-bas, dans le village, le monastère et la roseraie, qu’il compte trouver les réponses à ses questions.

Federico a aimé les moments cocasses qui jalonnent son road trip improvisé, ainsi que les échanges parfois irréels avec ses divers compagnons de voyage. Il arrivait tellement bien à se plonger dans le roman qu’il avait vite l’impression de marcher avec ce jeune homme attachant dans les rues ensoleillées et pentues de ce petit village paisible et isolé, à l’écart du monde.

Federico a trouvé dans Rosa candida les mêmes thématiques et ambiances qui lui avaient aérées l’esprit dans L’Embellie, de la même auteure : celles de fuites voyageuses, de rencontres et de non-dit, d’endroits éloignés où il fait bon se chercher soi-même, et surtout de héros et héroïnes farouches qui vivent comme ils l’entendent. De belles retrouvailles en somme.

Auður Ava Ólafsdóttir (traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson), Rosa candida, Zulma, 2010, 334 pages

L’arbre aux haricots

Un roman de Barbara Kingsolver, traduit de l’anglais par Martine Aubert.

3 carottes

Souvent, Federico entend des lecteurs dire qu’ils ont envie de lire un livre qui ne leur prenne pas la tête. Certains d’entre eux se dirigent donc vers des romans écrits au lance-pierre avec une histoire simpliste et des personnages caricaturaux. C’est leur droit, Federico ne juge personne.

Ahem.

©RivagesNotre ami lapin aimerait bien lire des livres qui ne prennent pas la tête et qui répondent aux critères ci-dessus. Mais en fait, ça l’énerve les livres comme ça. Vous avez pu le constater dans la dernière critique, une faiblesse dans l’ensemble et pan, c’est la fuite des carottes. Heureusement, pour détendre Federico, il y a des livres comme L’Arbre aux haricots, un roman qu’il a lu pendant ses vacances, en trois jours, dans le train, dans les transports en commun, dans un café, sous un arbre. Bref, un livre dont on peut lire plein de chapitres comme trois pages, et qu’on reprend à chaque fois avec plaisir et sans difficulté pour raccorder les personnages et les évènements. Le tout grâce à une écriture sans fioritures mais mordante, une histoire pleine de rebondissements et des personnages très très attachants.

L’histoire est celle de Taylor, une jeune femme qui après observation constate que l’avenir que lui propose son Kentucky natal (mariage-enfants-ennui) ne la satisfait pas. Elle abandonne donc sa maman adorée et part au volant d’une voiture qui a connu des jours meilleurs, direction : n’importe où. Enfin presque, puisque notre héroïne se promet de s’installer à l’endroit où sa voiture rendra l’âme. Cette dernière va tenir sa part du marché puisqu’elle lâche à Tucson, où Taylor va rencontrer des gens qui vont apporter de nouvelles couleurs à sa vie. Cependant, avant cela, la jeune fille a fait une halte dans une réserve Cherokee de l’Oklahoma et s’est vue confier une fillette par une vieille femme qui a ensuite disparu dans la nature. Normal.

Le lecteur suit donc Taylor, Turtle (c’est le nom de la fillette) et les autres personnages de ce roman au gré des situations plus ou moins difficiles, des beaux moments et des petites choses du quotidien. Tout cela est amené avec beaucoup de naturel et a beaucoup intéressé notre ami lapin, simplement parce que c’est raconté avec une empathie communicative. La vie des héros est loin d’être rose, pourtant il se dégage de ce roman une grande énergie positive, et il regorge de bonnes surprises, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Voici donc une belle comédie-dramatico-sociale pour vos moments de détente !

Barbara Kingsolver, trad. Martine Aubert, L’arbre aux haricots, Rivages poche, septembre 2014, 315 p.

L’embellie

Un roman de Audur Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

3 carottes

Enfin Federico a trouvé un chouette livre à bouquiner lors d’un voyage en Islande ! Mais vous pouvez le lire n’importe où, hein, c’est juste que ça se passe en Islande.

Tout simplement, c’est l’histoire d’une fille qui part en road trip sur la route circulaire de l’île, de Reykjavík (à l’ouest) aux fjords de l’est. C’est à cause de son divorce avec son mari, un pauvre gars qui lui préfère une pépette plus blonde qu’il a mise enceinte. Faut dire que la narratrice n’est pas « facile » à vivre pour ce bougre : trop bohème, trop négligée, trop imprévisible… et puis elle ne veut pas d’enfant.

9782757833155Notre ami lapin, contrairement à ce rabat-joie de première, a adoré la personnalité de l’héroïne, une jeune femme qui vit la vie sans se poser trop de question, qui a l’air extrêmement détachée et profite de l’instant présent comme jamais. Bon, elle cogite quand même un peu, mais se laisse très facilement emporter par le vent sans tergiverser trois plombes !

Dans son aventure, elle embarque Tumi, le fils de quatre ans de sa meilleure amie, une femme aussi allumée qu’elle et enceinte jusqu’aux yeux. Dans sa bulle, ce petit gars presque sourd qui porte d’énormes binocles est fort attachant, somme toute un bon compagnon de route pour la narratrice.

Des personnages bien altiers dans L’Embellie, c’est ce qui fait le charme de ce bouquin qui fleure bon l’Islande : l’air frais, les plaines volcaniques désertes, les stations services le long de la route 1 qui servent à toute heure des hot-dogs, du fish’n chips, de la pizza et du chocolat…

Par contre, un regret pour notre ami lapin : aucun indice n’est donné pour savoir si l’héroïne effectue son trajet ouest-est par le nord ou par le sud… un petit plus qui aurait ravi la lecture de Federico, lui permettant alors de s’imaginer les paysages pour de vrai et en détail, un luxe !

Audur Ava Ólafsdóttir, trad. Catherine Eyjólfsson, L’Embellie, éditions Zulma, 2012, en poche chez Points, 400 pages

Marathon critique BD, les recalés de 2013

Mouais, pas terrible ! Ces bandes dessinées n’ont pas réussi à convaincre Federico l’année dernière, contrairement à celles-ci, mais toutefois pas aussi pire que celles-là… Voilà donc des BD pas mauvaises (pour la plupart), mais qui n’ont pas fait vibrer notre ami lapin. Allez hop, et après on passe aux choses sérieuses.

Come Prima

© Delcourt, 2013Voilà donc le Fauve d’or 2014. L’histoire d’un road trip estival à travers la France par deux frères fâchés. Federico a trouvé ça pas mal, mais sans plus. La narration est maîtrisée, rythmée, entre souvenirs douloureux et péripéties de la route ; le dessin étoffé donne une ambiance particulière, lourde de sens et de chaleur… Bref, une bande dessinée qui tient debout, mais sans surprises ni attachement pour notre ami lapin. C’est peut-être le scénario qui ne l’emballe pas, ou certainement le manque de petite flamme pour faire vibrer le tout, ou alors le déjà vu : ce côté road trip des années 1960 qui déterre le passé et réconcilie les gens… Une petite déception vis-à-vis du prix du meilleur album donc, mais sans vraie rancœur néanmoins.

Ma révérence

© Delcourt, 2013C’est exactement la même chose qu’a ressenti Federico à la lecture de Ma révérence : une bande dessinée polar au scénario efficace et au dessin enlevé, mais un peu trop années 1980 cette fois-ci, autant par les personnages que par le sujet et l’ambiance (on sent l’influence de Baru à plein nez), même si l’action se déroule de nos jours.

Rapido : c’est l’histoire d’un jeune gars paumé et je-m’en-foutiste qui veut braquer un fourgon blindé afin de partir se la couler douce au soleil. Il s’associe avec un roublard du style Johnny Hallyday (vieux rockeur santiags aux pieds et alcool dans le nez…), et les deux comparses vont en effet changer de vie, mais pas vraiment comme ils s’y attendaient. Pour faire le lien avec Come Prima, on n’échappe pas au road trip, semble-t-il une clé scénaristique incontournable des histoires de mecs 60’s-80’s like. Voilà donc une bande dessinée bien ficelée, mais notre ami lapin en a vu plusieurs, de ficelles… ce qu’il aurait aimé voir, c’est un peu d’originalité pour casser le genre.

Les jardins du Congo

C’est vraiment très très rare que Federico ait du mal avec le dessin d’une bande dessinée. Du simpliste au réaliste, en passant par le style underground américain torturé ou le cartoon, notre ami lapin est rarement gêné par le dessin. Et ben là, si. Federico est désolé pour l’auteur auquel il présente ses excuses en avance, mais il trouve que c’est mal dessiné, en particulier les personnages. Si ce n’était que ça… mais en plus l’histoire n’est pas terrible. C’est ballot, parce que c’est une histoire vraie !

© La boîte à bulles, 2013Les jardins du Congo raconte l’histoire à la première personne d’un homme assez antipathique, Yvon (le grand-père de l’auteur, d’où la gêne de notre ami lapin). Encore adolescent, Yvon se cache dans les bois de la campagne wallonne pour échapper aux camps de travail nazis, ce qui lui vaudra le rejet de son père qui le taxe de lâcheté (bravo le modèle paternel). La guerre terminée, il décide de tenter sa chance dans les colonies belges, au Congo. Le voilà qui devient donc un bon petit colon, sans beaucoup de jugeote et pas mal de racisme, qui retourne dans son pays natal pour y chercher femme, exploite ses travailleurs, déforeste la jungle, tue des bêtes sauvages pour sa collection, avant d’échapper de justesse aux représailles lors de l’indépendance du Congo. Le reste de sa vie est alors tristounette au possible, pleine de rancœur et de nostalgie, mais quand même occupée par la gestion tyrannique d’une petite usine campagnarde…

Pour sa défense, on peut relever qu’Yvon n’est pas un heureux tortionnaire car il est sans cesse hanté par ses démons issus de ses années passées dans les bois ; mais, il ne fait à vrai dire pas grand chose pour se racheter… On peut aussi se dire qu’Yvon est prisonnier de son époque et de sa génération, mais tout de même, l’esprit colonisateur des années 1950 n’est pas le même que dans les années 1920… Beaucoup de « mais », donc.

Federico est vraiment mal à l’aise face à cette bande dessinée mal fichue qu’il perçoit assez négativement. Est-ce vraiment l’idée et les sentiments que l’auteur voulait faire passer ? Si oui, pourquoi avoir fait cette BD qui rend si peu hommage à son héros ? Cela reste un mystère.

Cessons donc avec ces déconvenues, demain Federico vous parle de bandes dessinées plus chouettes !

Come Prima, Alfred, 2013, Delcourt, collection Mirages, 224 pages

Ma révérence, Wilfrid Lupano et Rodguen, 2013, 128 pages

Les jardins du Congo, Nicolas Spitz, 2013, La boîte à bulles, 144 pages