Les petites consolations

Un roman de Eddie Joyce, traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik.

3 carottes

les petites consolationsQuand en 2001 les tours jumelles du World Trade Center de New York se sont effondrées, elles ont emporté avec elles des milliers de vies et brisé autant de familles. Les Amendola ont ainsi été marqués par la disparition de Bobby, fils, mari et père.

L’auteur nous fait traverser le deuil et la reconstruction pas toujours possible des cœurs à travers l’arrivée d’un nouvel amour dans la vie de Tina, la veuve de Bobby. Pour les parents et les frères de ce dernier, la nouvelle agit comme un électrochoc et fait rejaillir les souvenirs. L’auteur laisse glisser le flux de cette mémoire désordonnée et nous raconte par petites touches le destin de cette famille italo-irlandaise installée à Staten Island, ville dortoir reliée à Manhattan et au trou béant de Ground Zero par un ferry dont la symbolique est habilement exploitée.

On revient sur la rencontre des parents, les matchs de basket suivis par les hommes de la famille, les échecs amoureux des frères de Bobby, etc. Autant de moments fondateurs qui se mêlent au récit du présent au risque de semer le trouble dans l’esprit du lecteur : Federico ne savait parfois plus très bien à quelle époque il était. Mais au fond, cela ne rend que plus réaliste l’histoire de cette famille ordinaire et très attachante. Eddie Joyce décrit les sentiments des différents personnages avec beaucoup de justesse et de pudeur ; le pathos larmoyant n’a pas sa place dans ce livre.

Notre ami lapin est, vous le savez, très sensible aux détails du quotidien, à la routine et à la magie de sa transgression. Les petites consolations en est plein et sa lecture a été un grand plaisir pour Federico qui a été ému par la fragilité des personnages, par leur chagrin et aussi par cette rage de vivre qui s’exprime souvent de façon inattendue.

Eddie Joyce, trad. Madeleine Nasalik, Les petites consolations, Rivages, avril 2016, 476 pages.

Les messagers de la nuit

Un roman de Alicia Gimenez Bartlett, traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

3 carottes

©Rivages/PayotC’est sur le conseil d’une dévoreuse de polar que notre ami lapin s’est intéressé à ce livre pour le moins étonnant. En effet, après un passage à la télé espagnole pour vanter les mérites de la police, l’inspecteur Petra Delicado commence à recevoir des centaines de lettres de la part du public. Si cette femme assez discrète trouve la situation plutôt incongrue, sa nouvelle célébrité va bientôt virer au cauchemar lorsqu’un petit paquet arrive mêlé au courrier. En l’ouvrant, elle découvre avec effroi qu’il contient… un pénis ! Sectionné chirurgicalement et conservé dans le formol, ce membre mystérieux et ceux qui vont arriver ensuite vont plonger Petra et son équipe dans une enquête épuisante qui piétine et use les nerfs de tous. En effet, l’expéditeur de ce macabre colis semble chercher à orienter l’enquête grâce à ces indices phalliques mais il apporte plus de questions que de réponses.

Si l’intrigue a intéressé notre ami lapin (difficile de vous en dire plus sans dévoiler des aspects cruciaux de l’histoire) c’est surtout le traitement des personnages qui lui a plu. La narration est confiée à Petra Delicado une femme flic qui n’estime ne rien avoir à prouver. Elle ne se comporte pas comme un homme le ferait pour avoir le respect de ses pairs et quand elle veut se faire obéir de ses subalternes elle leur rappelle simplement que c’est elle qui commande.

Ouverture d’une parenthèse.

En se réjouissant devant le personnage de Petra, Federico ne peut pas s’empêcher de penser au décalage avec l’enquêtrice de Am Stram Gram qui suscite l’admiration de ses collègues du fait qu’elle est une dure à cuire qui fait de la moto vroum-vroum et sait se battre. Si vous ne voyez pas où notre ami lapin veut en venir, précipitez-vous sur le blog de Mirion Malle qui (entre autres) fustige le sexisme dans les séries et les films. Alors que Federico était en train de galérer sur cet article, l’auteure a eu le bon goût de publier une note sur les personnages féminins et la virilité qui colle assez avec ce que notre ami lapin n’arrive pas à écrire. Par conséquent, plutôt que de s’embourber dans les mots, Federico laisse parler les images.

Fermeture de la parenthèse.

Il est très amusant d’observer sa relation avec son adjoint, Fermín Garzón. Ce dernier est assez protecteur à son égard et on rigole de leur joutes verbales où s’affrontent le côté paternaliste de Fermín et l’indépendance de Petra. Malgré cela, leur équipe fonctionne à merveille car au final ils se complètent assez et chacun est assez grand pour défendre sa position. Federico a beaucoup apprécié la façon dont Petra – certes choquée de recevoir des pénis en boîtes – décrit la réaction de Fermín Garzón. Pour lui, priver un homme de son membre viril est le plus vil des crimes et il va mettre du temps à se remettre de cette atrocité. Elle se moque gentiment de son collègue, mais pas trop. Il y a quand même plusieurs mecs qui se baladent avec un truc en moins dans le slip et ils sont peut-être même très morts ! L’enquête emmène ces deux personnages assez loin dans la bizarrerie humaine et Federico a été un peu décontenancé par le dénouement, mais cette lecture lui a plutôt bien plu !

Alicia Gimenez Bartlett, Les messagers de la nuit, Payot Rivages, février 2003, 384 p.