L’avalée des avalés

Un roman de Réjean Ducharme.

Difficile de parler de L’avalée des avalés, premier texte publié par le québécois Réjean Ducharme et lecture incontournable des lycéens de la province. Lui-même, Federico a eu du mal à définir s’il avait apprécié ou non ce livre. Au vu des trois carottes, la réponse est donc plutôt positive.

Chose étrange que ce roman dont un court épilogue – de la main de l’auteur – résume la totalité de l’histoire… Chose étrange que cette narration décousue et profonde de la petite Bérénice Einberg, héroïne du roman.

Les parents Einberg, une mère catholique polonaise et un père juif, exilés dans une abbaye sur une île québécoise, ont décidé de se partager l’éducation de leurs enfants. Le premier né, Christian, suit l’enseignement catholique de sa mère, et la seconde, Bérénice, l’enseignement juif de son père. À cette étape, il est difficile pour Federico de vous en dire plus, car il y a peu et tant à dire… Le cœur même de l’histoire réside dans l’esprit de Bérénice : comment elle voit l’univers qui l’entoure, fillette puis adolescente.

Si notre ami lapin a premièrement été déboussolé par ce long discours déroulé par la jeune narratrice, alimenté de ses mots inventés, il a très rapidement compris qu’il devait s’immerger totalement dans ce récit pour qu’il l’avale à son tour…

Il a alors compris que ce n’est pas un long monologue verbeux, mais davantage le déroulement du fil de la pensée de Bérénice, qui appréhende et combat le monde dès son plus jeune âge. Enfant privée de l’amour de ses parents, nourrie avec la haine qu’ils se vouent entre eux, Bérénice accuse les adultes de ne pas savoir vivre. Elle voue une admiration sans faille à son frère Christian, garçon taciturne, et à son amie Constance Chlore. Ambiguë, éprise de folie et d’exubérance, elle veut mordre à pleine dent dans l’intensité des moments qu’elle s’octroie avec force. Le personnage de Bérénice est le portrait surnaturel d’une enfant haute en couleurs, qui dérange et séduit le lecteur par tant de liberté. Elle n’est pas facile à oublier…

Ce roman dispose donc d’une narration intense qui a réussi à capter l’intérêt de notre ami lapin, sans qu’il s’en aperçoive. Trois carottes pour cette prouesse !

L’avalée des avalés, Réjean Ducharme, Gallimard, 1966, 378 pages