Le Clan suspendu

Un premier roman d’Étienne Guéreau.

2 carottes

Après avoir dévoré Les enfants sauvages, le premier ouvrage de la nouvelle collection « Y » de Denoël, Federico s’est laissé tenté par Le Clan suspendu, et ce malgré les bandeaux rouges qui ont davantage tendance à repousser plutôt qu’à attiser le désir d’achat/de lecture de notre ami lapin. Ces bandeaux proclament « Addictif » ainsi que l’argument tapageur « Quand Antigone rencontre Hunger Games » (encore une fois, Federico s’est senti rabaissé au rang d’huître consumériste).

Pour commencer, sachez que Federico n’a pas trouvé ce roman addictif (il a failli laisser tomber plusieurs fois), et que le parallèle avec Hunger Games est tout simplement mensonger. Quant à Antigone, la pauvre n’avait rien demandé…

Mais bon, 2 carottes tout de même, alors pourquoi ? Parce qu’on oublie pas si facilement cette histoire étonnante, enfin, surtout son dénouement… C’est ballot, parce que Federico ne va pas vous dévoiler la fin, donc il va broder autour pour vous donner une idée.

Alors c’est l’histoire d’Ismène, 13 ans, qui habite avec quelques adultes et d’autres enfants dans des cabanes dans les arbres (appelé le Suspend). Ils sont contraints de vivre ainsi perché à cause d’un monstre, une ogresse, qui menace de les dévorer s’ils s’aventurent en bas. Leur vie est régie par des rituels, notamment celui de réciter la pièce de Sophocle, Antigone. L’équilibre de cette vie va être bouleversé par de nouvelles tensions au sein du Suspend : disparitions, luttes de pouvoir… Ismène quant à elle se pose beaucoup de questions, notamment liées à la puberté, et s’entiche d’un garçon, tout en attisant le désir d’un autre, cruel et dangereux.

©DenoëlFederico s’est ennuyé sévère tout au long des deux premiers tiers du bouquin (c’est beaucoup, deux tiers de 480 pages…). D’une part, l’ambiance et le contexte lui faisaient une très forte impression de déjà-vu : une communauté qui vit en vase clos, ne connaissant pas son passé et suivant des rites, des tensions qui excluent certains membres, des effets de foule panurgique… notre ami lapin a déjà lu ça dans un autre roman français pour ado, Lunerr, donc ça l’a un peu gavé. D’autre part, on s’embrouille dans les personnages au début, puis on ne s’attache pas à eux : ils sont trop naïfs, bêbêtes et sans volonté, se laissent mener par le bout du nez par un seul ado qui roule des mécaniques. L’héroïne semble plus maligne, mais elle fait preuve de très peu d’initiative, voire de jugeote, et tarde à prendre des décisions de survie. Et il ne se passe pas grand chose finalement, Federico n’avait qu’une hâte : qu’Ismène quitte le Suspend, on sait que c’est inévitable alors pourquoi tarder ?

Mais pour quelles raisons Federico a-t-il continué alors ? Parce qu’il est curieux tout de même, et qu’il voulait savoir d’où viennent ces gens, pourquoi ils sont là. Si notre ami lapin se doutait de la réponse, les derniers éléments révélés sont tout de même perturbant : on découvre un univers lubrique, fait de viol, d’inceste et de mort. Miam. Euuuh… il y a quand même un décalage entre le ton léger type roman ado et les actes des personnages, cruels, malsains… Ce que l’auteur nous décrit en fin d’ouvrage est tout de même terrifiant !

Voilà autre chose qui a gêné Federico : il y a une vision malsaine de la sexualité qui se développe dans ce livre, et si elle s’explique par leur vie reculée et étrangement primitive socialement (dans le Suspend, on ne sait pas trop ce qu’est le sexe et l’amour), cela a malgré tout horripilé notre ami lapin : les liens entre parents et enfants sont flous et arbitraires, donc peu crédibles, les personnages féminins, même non pubères, sont tous rapportés à un moment ou à un autre à leur fonction reproductive, les hommes sont des chasseurs-violeurs, etc., sans oublier la scène horripilante et inévitable des premières règles qui confèrent comme par magie du jour au lendemain le statut de femme…

Federico hésite à laisser les 2 carottes au Clan suspendu… Allez, bon prince, gardez-les ! Même s’il trouve beaucoup à redire, c’était quand même une histoire pas banale ! (Cette critique est pleine de contradictions, là on peut dire que l’avis de notre ami lapin est partagé…)

(Vous l’aurez remarqué, Antigone est complètement passée à l’as dans la critique de Federico, mais c’est aussi le cas dans le bouquin.)

Étienne Guéreau, Le Clan suspendu, Denoël, « Y », 2014, 480 pages

La fabrique du monde

Un roman de Sophie Van der Linden.

noté 3 sur 4

« Petit mais costaud », voici ce que pense Federico du premier roman de Sophie Van der Linden (bien connue par les aficionados du livre jeunesse, mais ici ce n’est pas un livre pour enfants…). La Fabrique du monde raconte en effet une histoire courte et assez simple, mais bigrement dense de messages et de ressentis.

© Buchet Chastel, 2013Mei est une chinoise de dix-sept ans qui, comme des milliers d’autres jeunes filles de son pays, travaille comme couturière dans une usine. Les vêtements qu’elle manipule mécaniquement viennent grossir les commandes express des clients européens. Les journées sont longues et éreintantes ; les bols de nouilles sont engloutis vite fait, debout dans la file indienne, avant de retourner au travail jusqu’à la tombée de la nuit ; les courtes soirées sont consacrées à la toilette et aux discussions entre filles dans les dortoirs. Mei trouve le moyen de s’échapper de cet abrutissant quotidien dans son sommeil et ses rêves. Et, lorsqu’ils deviennent réalité, lorsque la beauté de la nature, de l’amour et de la liberté s’offrent à elle pendant quelques jours dans l’usine désertée pour les fêtes, Mei s’y jette corps et âme.

Sous la plume fine et sensuelle de l’auteure, notre ami lapin a découvert un roman à double facette : celles de la romance et du livre engagé. Pour le côté « love », il y a cette adolescente qui apprivoise ses sens et ses émotions avec le désir farouche de s’en remettre totalement à eux. Mais il demeure le côté « dark » (non non, pas de vampires mystérieux, ni d’anges dangereux, ni de loups garous ténébreux), celui de la dure réalité des vêtements « Made in China » vendus en Europe (c’est moins sexy). Autant vous dire tout de suite qu’ils ne vécurent pas heureux ni eurent beaucoup d’enfants.

Une fois refermé, ce petit livre résonne encore longtemps dans la tête de Federico : la paie misérable et les usines-dortoirs, le travail incessant et répétitif de l’usine qui anesthésie la pensée et les sens, l’état totalitaire de la République populaire de Chine, les perspectives d’avenir restreintes pour les jeunes chinoises des campagnes… et la fin aussi, pas si étonnante mais particulièrement radicale.

La Fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet Chastel, 2013, 160 pages

La promenade des Russes

En ce moment, Federico à un peu de mal. À lire, à écrire, à regarder des films en entier, à se concentrer, etc. La faute à une procrastinéose en plaque doublée d’une crise aigüe de rêveralgite qui le conduit souvent à digresser à mort sur Internet.

Pour ne rien arranger, Federico a essuyé quelques déceptions littéraires. Après s’être pâmé sur Anima et Les Apparences, les dernières lectures n’ont pas été des plus emballantes. Le deuxième livre de Gilles Legardinier, Complètement cramé lui est tombé des pattes. Alors qu’il s’attendait à un bon moment de rigolade, Federico a été franchement déçu et a rapidement interrompu sa lecture. La chose la plus marrante du livre semble être le chat halluciné de la première de couverture, qui est digne des meilleurs lolcats. Le premier roman jeunesse de Henning Mankell (qui avait pourtant séduit Federico avec Les chaussures italiennes, ne cherchez pas l’article, il n’y en a pas) a complètement dérouté notre ami lapin. Centré sur un héros coincé entre l’enfance et l’adolescence, Les ombres grandissent au crépuscule est un joli roman mais sa couverture et son titre (plutôt moroses et inquiétants) sont en total décalage avec le contenu. Il n’en fallait pas plus pour que Federico soit perturbé.

Sans parler des quelques livres dont Federico n’a lu que quelques pages, parce que ça ne l’emballait pas et qu’il préférait lire un Jane Austen (dont il sera bientôt question sur ce blog) et rêvasser en crinoline, ou se prendre des claques dans le museau en lisant la suite de Divergente. Notons que ce deuxième tome à entièrement répondu aux attentes de Federico. Pour ne pas spoiler l’histoire du tome 1 (la bonne excuse), notre ami lapin a eu la flemme choisi de ne pas en faire un article. Sachez seulement qu’il envoie du pâté en terme d’action et de surprises, et que Tris fait face à des choix qui la rendent terriblement intéressante.

À ce stade, vous vous dites : « D’accord, Federico a décidé de faire un marathon critique anorexique, mais du coup, c’est quoi cette histoire de promenade des Russes ? »

Patience lecteur ! Cette longue introduction est là pour expliquer que malgré toutes les difficultés que Federico a vécues dans ses lectures dernièrement, il va sous vos yeux ébahis, chroniquer un ouvrage.

Et cet ouvrage, ben c’est La promenade des Russes. De Véronique Olmi. Et paf, 3 carottes !

noté 3 sur 4

Trouvé par hasard, ce roman est la jolie surprise de fin d’année pour Federico. On y rencontre Sonia, 13 ans qui, quelque part dans les années 1960-70 (aucune précision précise sur ce point dans le livre) va squatter chez sa grand-mère alors que sa mère a décidé de faire une énième escapade et que son père n’est pas très motivé pour s’occuper d’elle.©LGF

Voici donc Sonia coincée à Nice avec une grand-mère constamment inquiète. Macha a en effet quitté la Russie pendant la révolution et voit partout le spectre meurtrier des soviétiques. C’est un poids lourd à porter pour Sonia qui préférerait être une catholique bien française et jouer dans les rues plutôt que de se balader au ralenti avec la main de sa grand-mère qui lui broie l’épaule.

Pourtant, l’été de ses 14 ans va marquer un tournant décisif dans la relation entre Sonia et Macha. Cette dernière garde avec elle un terrible secret lié à l’assassinat de la famille Romanov et à la disparition d’Anastasia. Quand Sonia réalise que cette histoire est en train d’engloutir cette vieille femme qui se veut plus solide qu’elle ne l’est, la jeune fille décide de prendre les choses en main.

Ce roman aux allures d’autobiographie est aussi vif et malicieux que son héroïne. Federico a beaucoup apprécié cette balade toute simple, le temps d’un été, dans le Nice de Sonia et Macha. Véronique Olmi maîtrise l’art d’aller à l’essentiel et conte les pensées de Sonia avec beaucoup de spontanéité.

Véronique Olmi, La promenade des Russes, LGF, novembre 2012, 216 p.