Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

3 carottes

Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages

Les fugueurs de Glasgow

Un roman de Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

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Vous ne le saviez certainement pas (parce qu’il n’en n’a pas pas parlé ici) mais Federico a déjà lu un roman de Peter May, L’île du serment, il y a quelques mois et il l’avait beaucoup aimé. L’histoire, l’ambiance et les personnages : tout l’avait séduit dans ce polar mélancolique sur fond de quête des origines.

les fugueurs de glasgowAussi, en commençant Les fugueurs de Glasgow, notre lapin était plus qu’enthousiaste et les premiers chapitres l’ont maintenu dans cet état. L’histoire est celle d’un groupe d’amis originaires de Glasgow qui vont fuguer vers Londres. Une première fois en 1965, alors qu’ils ont 17 ans et des rêves plein la tête. La deuxième fois, cinquante ans après, afin de respecter les derniers volontés de l’un des leurs qui est en train de mourir d’un cancer. Ce dernier veut les conduire sur les lieux où leur vies ont été irrémédiablement changées afin de leur révéler la vérité sur un crime commis cinquante ans plus tôt.

Peter May excelle à créer une ambiance qui change d’une époque à l’autre. On ressent très bien l’exaltation des ados en fuite : leur motivation et leur moral jouent au yoyo au fil des tuiles qu’ils doivent affronter (et pas des moindres) mais aussi des rencontres qu’ils font (l’amûûûûûr, le vrai, le seul, le dégoulinant, entre autres). Le ton est radicalement différent quand il s’agit de retrouver nos héros cinquante ans plus tard. La mélancolie et l’amertume sont de mises car ils ont tous plus ou moins raté leur vie et n’ont d’autre perspective que leur fin prochaine. Ces sentiments dominants sont pourtant souvent nuancés par la joie de partir à l’aventure alors qu’ils n’attendaient plus rien de la vie.

Donc tout allait bien jusqu’à ce que, patatras, notre ami lapin cesse d’aimer ce livre. Cela n’est pas arrivé aussi brutalement qu’il n’y paraît. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme par exemple l’histoire d’amour entre le narrateur et une jeune femme qui est racontée avec autant d’originalité que dans un roman pour ados pas trop regardants. Malheureusement, cela ne s’arrête pas là : dans la deuxième partie du livre, Federico est resté de marbre face aux situations les plus chargées en émotions à cause de la platitude de leur description. La palme est décernée au dernier chapitre, celui où la vérité éclate, qui a vaguement rappelé à notre ami lapin l’époque où il regardait les feuilletons de l’été de TF1 chez sa mamie. Cette fin vient porter le coup de grâce au roman, d’autant plus qu’au regard du reste du livre, elle n’était pas vraiment nécessaire. Federico a eu l’impression qu’elle n’était là que pour justifier la présence du livre dans une collection policière.

C’est vraiment dommage parce que ce roman aurait pu être un beau double road trip avec des personnages qui se demandent d’où ils viennent et où ils vont. Heureusement que l’écriture de Peter May reste agréable malgré les faiblesses du scénario, cela a grandement aidé Federico a poursuivre sa lecture jusqu’à la fin !

Peter May, trad. Jean-René Dastugue, Les fugueurs de Glasgow, éditions du Rouergue, septembre 2015, 332 p.

Enterrez vos morts

Un roman de Louise Penny, traduit de l’anglais par Claire et Louise Chabalier.

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Federico célèbre ses retrouvailles avec Louise Penny ! Notre ami lapin est bien décidé à lire l’intégralité des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache mais à sa façon, c’est à dire dans le désordre ! Ainsi, après avoir lu le deuxième volume, Sous la glace, il vient d’achever le sixième : Enterrez vos morts.

Encore une fois, Federico a cherché en vain l’ingrédient magique contenu dans l’encre utilisée par Louise Penny et qui suscite un tel plaisir de lecture chez lui. Il a rapidement abandonné pour savourer pleinement le délice de se promener dans les rues enneigées de Vieux-Québec – cadre principal de l’histoire – aux côtés de l’inspecteur Armand Gamache.

enterrez vos mortsCe dernier, meurtri par une intervention policière qui a viré au drame, se remet de ses blessures psychologiques à Québec, auprès de son ancien chef et ami de toujours, Émile. Il sillonne la ville et ses bibliothèques afin d’assouvir sa passion de l’histoire s’intéressant tout particulièrement à la bataille qui a opposé français et anglais sur la plaine d’Abraham, au pieds de Québec en 1759. Au cours de ses pérégrinations, il va se retrouver un peu malgré lui mêlé à une enquête qui va exacerber l’animosité entre les anglophones et les francophones. En effet, un cadavre est retrouvé dans le sous-sol de la Literary and Historical Society, association composé d’anglophones qui luttent pour la survie de leur culture dans une société majoritairement francophone. Le mort est  un archéologue amateur obsédé par l’histoire de Jacques Champlain. Cet homme, déterminé à retrouver le père fondateur du Québec faisait régulièrement des fouilles sauvage afin de retrouver la sépulture mystérieusement disparue de Champlain. Gamache va bientôt se retrouver sur les traces du secret qui a envoyé cet homme six pieds sous terre.

Federico aimerait vous décrire la sensation merveilleuse qu’il a ressenti en lisant ce livre plein d’érudition, en rencontrant des personnages à la psychologie bien dessinée et en suivant les subtils indices disséminés çà et là. Notre ami lapin est loin d’être expert de l’œuvre d’Agatha Christie, mais il semble acquis que Louise Penny est sa digne héritière.

On en apprend beaucoup sur la Belle Province dans ce roman. En premier lieu, Federico a été stupéfait de découvrir la fracture entre les anglophones et les francophones, les premiers étant considérés comme des ennemis héréditaires par les seconds, nombreux à être enclins au séparatisme.

En plus d’être un roman policier à énigmes plein d’informations historiques, Enterrez vos morts est également une brochure publicitaire très alléchante pour la ville de Québec : votre chroniqueur serait enchanté d’aller y construire des lapins de neige !

Louise Penny, trad. Claire et Louise Chabalier, Enterrez vos morts, Actes Sud, juin 2015, 464 p.

Les messagers de la nuit

Un roman de Alicia Gimenez Bartlett, traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

3 carottes

©Rivages/PayotC’est sur le conseil d’une dévoreuse de polar que notre ami lapin s’est intéressé à ce livre pour le moins étonnant. En effet, après un passage à la télé espagnole pour vanter les mérites de la police, l’inspecteur Petra Delicado commence à recevoir des centaines de lettres de la part du public. Si cette femme assez discrète trouve la situation plutôt incongrue, sa nouvelle célébrité va bientôt virer au cauchemar lorsqu’un petit paquet arrive mêlé au courrier. En l’ouvrant, elle découvre avec effroi qu’il contient… un pénis ! Sectionné chirurgicalement et conservé dans le formol, ce membre mystérieux et ceux qui vont arriver ensuite vont plonger Petra et son équipe dans une enquête épuisante qui piétine et use les nerfs de tous. En effet, l’expéditeur de ce macabre colis semble chercher à orienter l’enquête grâce à ces indices phalliques mais il apporte plus de questions que de réponses.

Si l’intrigue a intéressé notre ami lapin (difficile de vous en dire plus sans dévoiler des aspects cruciaux de l’histoire) c’est surtout le traitement des personnages qui lui a plu. La narration est confiée à Petra Delicado une femme flic qui n’estime ne rien avoir à prouver. Elle ne se comporte pas comme un homme le ferait pour avoir le respect de ses pairs et quand elle veut se faire obéir de ses subalternes elle leur rappelle simplement que c’est elle qui commande.

Ouverture d’une parenthèse.

En se réjouissant devant le personnage de Petra, Federico ne peut pas s’empêcher de penser au décalage avec l’enquêtrice de Am Stram Gram qui suscite l’admiration de ses collègues du fait qu’elle est une dure à cuire qui fait de la moto vroum-vroum et sait se battre. Si vous ne voyez pas où notre ami lapin veut en venir, précipitez-vous sur le blog de Mirion Malle qui (entre autres) fustige le sexisme dans les séries et les films. Alors que Federico était en train de galérer sur cet article, l’auteure a eu le bon goût de publier une note sur les personnages féminins et la virilité qui colle assez avec ce que notre ami lapin n’arrive pas à écrire. Par conséquent, plutôt que de s’embourber dans les mots, Federico laisse parler les images.

Fermeture de la parenthèse.

Il est très amusant d’observer sa relation avec son adjoint, Fermín Garzón. Ce dernier est assez protecteur à son égard et on rigole de leur joutes verbales où s’affrontent le côté paternaliste de Fermín et l’indépendance de Petra. Malgré cela, leur équipe fonctionne à merveille car au final ils se complètent assez et chacun est assez grand pour défendre sa position. Federico a beaucoup apprécié la façon dont Petra – certes choquée de recevoir des pénis en boîtes – décrit la réaction de Fermín Garzón. Pour lui, priver un homme de son membre viril est le plus vil des crimes et il va mettre du temps à se remettre de cette atrocité. Elle se moque gentiment de son collègue, mais pas trop. Il y a quand même plusieurs mecs qui se baladent avec un truc en moins dans le slip et ils sont peut-être même très morts ! L’enquête emmène ces deux personnages assez loin dans la bizarrerie humaine et Federico a été un peu décontenancé par le dénouement, mais cette lecture lui a plutôt bien plu !

Alicia Gimenez Bartlett, Les messagers de la nuit, Payot Rivages, février 2003, 384 p.

La revanche du petit juge

Un roman de Mimmo Gangemi, traduit de l’italien par Christophe Mileschi.

2 carottes

L’histoire de ce roman policier se passe en Italie, en Calabre où la mafia locale, la Ndrangheta, fait sa loi.  Alors qu’il vient d’être condamné à une lourde peine de prison, un homme menace de mort le juge Giorgio Maremmi. Alors que personne ne prend au sérieux ces paroles, le juge est bientôt retrouvé mort dans la résidence réservée au personnel du palais de justice. Son collègue et ami, Alberto Lenzi, pourtant plus réputé pour ses conquêtes féminines et son manque d’investissement, décide de prendre part à l’enquête autour de cette mort mystérieuse.

©SeuilDans ce livre, Federico a aimé l’alternance de la narration, d’un personnage à l’autre, qui fait bien monter le suspens, sème des indices et embrouille tout le monde. On a le droit au juge qui meurt au début, à Alberto Lenzi bien sûr, à des gens qui ont des soucis avec la mafia et qui vont bientôt en avoir encore plus et, le meilleur pour la fin, Don Mico chef de la Ndrangheta. Ce dernier, mourant (enfin presque) croupit en prison et même si c’est lui qui y fait la loi, il aimerait bien en sortir quitte à aider un peu les enquêteur…

Dans ce livre, Federico a aimé l’ambiance et la plongée au cœur de cette mafia un peu old school qui tient à ses valeurs (si si). Le vocabulaire utilisé, les personnages, le paysage, tout cela vient créer un cadre qui vous plonge dans cette enquête pleine de dangers et de faux semblants.

Dans ce livre, Federico n’a pas du tout aimé la place des femmes. Elle n’ont jamais la parole, mais ça l’intrigue peut le justifier et le lecteur peut accorder son pardon. Elles sont divisées en deux catégories : les vieilles épouses moches et chiantes versus les beautés incendiaires qui servent à faire joli et qu’on met dans son lit. Mais après tout, nous sommes en Italie, terre de machos, on peut excuser.

Sauf qu’il y a une scène qui a fait passer à Federico l’envie de pardonner et d’excuser. Dans le passage en question notre héros bon vivant décide qu’il est temps pour une de ses jolies collègues d’arrêter de lui résister. Cette femme est une merveille de la création, il est évident qu’elle aime être désirée. C’est lui qui le dit. On ne peut que lui faire confiance puisque comme dit plus tôt, le livre ne donne jamais la parole aux personnages féminins. Le juge plaque donc la donzelle au mur. Malgré ses vagues protestations (répéter « non » à plusieurs reprises, c’est quand même super ambigu, c’est peut-être juste un « oui » maquillé. Dans le doute notre héros préfère prendre ça pour un oui) il est évident que la jeune femme brûle de désir. Tandis qu’elle continue à dire non, Alberto réfléchi à ce qu’il fait. Après tout et aussi dingue que ça puisse paraître, peut-être qu’en disant « non » elle pense « non ». « Ne serais-je pas en train de commettre une agression sexuelle manifeste ? » se demande-t-il. Et puis non en fait, elle ne se débat pas, ne donne pas de coups d’ongles, ne mord pas : par conséquent c’est qu’elle ne se sent pas agressée. Son petit tribunal intérieur continue à délibérer sur quelques lignes avant de déclarer le prévenu innocent, parce que bon, un morceau pareil, ce serait dommage de ne pas y goûter. Pendant ce temps, la jeune fille continue à dire « non » mais finalement notre héros fini par la convaincre du bien fondé de sa démarche en mettant les doigts dans sa culotte. Franchement, pas de quoi en faire tout un plat de carottes râpées.

Federico va se gêner. L’auteur a peut-être voulu décrire la vérité toute nue, mais au final cette scène est dépourvue de toute prise de recul et a rappelé une certaine vidéo sur le viol qui vous explique que c’est un des fantasme secret des femmes. Federico n’est qu’un lapin mais il se permet de remettre en question cette affirmation des plus hasardeuses.

Votre chroniqueur, seul juge de ce blog a donc rendu son verdict : à cause de ce gros dérapage et d’autres petits disséminés dans ce livre, la vengeance du petit lapin s’abat sur la note.

Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge, Seuil, avril 2015, 352 p.

Mort à la Fenice

Un roman de Donna Leon, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond.

3 carottes

Federico repart bientôt à l’aventure : dans quelques jours notre ami lapin s’envole pour Venise. Avant de partir, il s’était promis qu’il apprendrait l’italien et dévorerait tous les guides de la ville (en papier les guides, Federico est végétarien, on vous le rappelle). Malheureusement, votre chroniqueur préféré est un adepte de la procrastination et pour l’instant il est un peu à la traine sur son programme.

©PointsMais il reste la littérature ! Lors de ses dernières vacances (oui, Federico aussi prend des vacances), notre ami lapin s’est plongé dans la lecture de la première enquête du commissaire Brunetti au cœur de Venise.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un des lieux les plus emblématiques de la cité : la Fenice, magnifique opéra que Federico a hâte de voir de ses propres yeux. L’enquête tourne autour d’un chef d’orchestre retrouvé empoisonné au cyanure dans sa loge entre deux actes. Avec une liste de suspects longue comme le bras et beaucoup de secrets bien enfouis, le commissaire Brunetti a du pain sur la planche. En bonne chochotte, Federico a apprécié l’absence de scènes qui font peur, de cadavres biens crades et de psychopathes bien sadiques. L’enquête ne vous cloue pas à votre fauteuil et n’impose pas son épuisant suspens. Dans ce roman, il est plus question de mœurs, de vieilles rancunes et d’amours empoisonnés, le tout dans un milieu du spectacle propice aux mesquineries et autres coups bas.

Les personnages des différents suspects sont très biens construits et l’investigation, agréable à suivre. Mais c’est le commissaire Brunetti que Federico a le plus aimé, c’est normal c’est lui le héros. Cet homme très attachant apporte une agréable touche d’humour au roman. On suit avec délice ce vénitien pur canal (il n’y a pas trop de souches à Venise) dans les méandres de la ville encore épargnée par les touristes.

Si vous avez envie d’une petite visite guidée de la Sérénissime et d’un polar pépère à lire dans le train, pensez à Dona Leon !

Donna Leon, trad. William Olivier Desmond, Mort à La Fenice, Points, juin 2014 (première parution aux États-Unis en 1992), 283 p.

Le purgatoire des innocents

Un roman de Karine Giebel.

noté 2 sur 4

Bon. On ne va pas s’étaler sur l’intrigue parce que ce serait un peu méchant pour ceux qui n’ont pas lu le livre et qui veulent garder la surprise. Pour paraphraser le résumé, disons que quatre braqueurs de banque vont se réfugier chez une vétérinaire en pleine campagne. Très mauvaise idée…

Il semblerait que l’expression « page turner » ait été inventée pour l’écriture de Karine Giebel. Jamais Federico n’avait vu une lecture passer aussi vite. Non pas que l’histoire soit passionnante au point que notre ami lapin oublie la notion du temps : il s’agit plutôt de la fluidité du style qui fait que les yeux glissent sur les pages. Des phrases courtes, des paragraphes de cinq lignes maxi, beaucoup de dialogues et une mise en page indécemment aérée : la recette est simple et pourtant Federico ne l’avais jamais expérimentée à ce point. Signalons que notre ami lapin n’a pas une culture polar très étendue, ceci expliquant certainement cela.

©Fleuve NoirCeci explique également que Federico soit tombé dans le panneau à chaque révélation renversante, là où les adeptes du genres auront tout vu venir. Mais ce n’est pas des rebondissements de l’enquête que dépendent les nerfs des lecteurs de ce livre, puisqu’il n’y a pas d’enquête. Pendant 600 pages, Karine Giebel nous plonge au cœur du jeu pervers d’un psychopathe. On sait rapidement à quoi s’en tenir sur ce(tte) dernier(e) (voyez comme nous essayons de maintenir son identité top secrète), par conséquent, il ne s’agit pas savoir comment des enquêteurs vont découvrir qui est le-la psychopathe puis le-la mettre hors d’état de nuire, mais de savoir si ses victimes vont s’en sortir et dans quel état. Federico n’a que moyennement apprécié cette tournure du récit et s’il avait hâte de terminer le livre, c’était surtout pour en finir avec la perversion du-de la psychopathe et éventuellement assister à son dépeçage par des crabes.

Vous l’aurez deviné, cette histoire – fort heureusement exempte de détails insoutenables sur les tortures entreprises – n’a pas franchement passionné Federico. Les personnages dont il aurait du avoir pitié et espérer la survie, tout comme le-les-la psychopathes (maintenant, semons le doute sur la quantité) n’ont fait que l’agacer. Heureusement que Karine Giebel maîtrise parfaitement son style : c’est la qualité qu’il faut retenir de cette lecture.

Le purgatoire des innocents, Karine Giebel, Fleuve Noir, mai 2013, 600 p.

L’année du volcan

Un roman de Jean-François Parot.

noté 3 sur 4

Nicolas Le Floch est classe : il est dans les petits papiers de Marie-Antoinette, Louis XVI lui fait confiance et en plus il résout des affaires super compliquées tout en mangeant des plats trèèès mauvais pour ses petites artères. Federico s’est décidé à faire sa connaissance lors de la sortie du dernier opus de ses enquêtes. Ce n’était pas l’idée du siècle car, si les enquêtes sont indépendantes d’un livre à l’autre, l’auteur aime bien faire des privates jokes que seuls les lecteurs fidèles depuis le début peuvent comprendre. Par conséquent, notre ami lapin s’est parfois trouvé bien perdu parmi tous les personnages de cette saga.

©JC LattèsLe deuxième point qui a freiné la lecture de Federico est la langue employée par Jean-François Parot. En effet, en plus des innombrables détails qui nous immergent dans cette fin de XVIIIe siècle, l’auteur se plaît à utiliser des mots et des tournures de phrases très usitées à l’époque et totalement désuètes aujourd’hui. Il aura donc fallu quelques dizaines de pages à notre chroniqueur pour surmonter ses petits problèmes linguistiques et se retrouver embarquer dans une passionnante enquête.

Nicolas Le Floch est informé par la reine elle-même (qu’il rencontre à Trianon, ô délice suprême) qu’un courtisan, le vicomte de Trabard, a été retrouvé mort, atrocement piétiné par un de ses chevaux. La souveraine lui demande de mener l’enquête. Le commissaire comprend bien vite que l’affaire ne se résume pas à une fâcherie entre le vicomte et son cheval, mais qu’elle est au cœur d’une sombre histoire qui concerne les plus hautes sphères du pouvoir.

Sans avoir suivi l’évolution de Nicolas Le Floch depuis les débuts de la série, Federico a apprécié de suivre ses réflexions de plus en plus désillusionnées sur les temps troublés dans lesquels l’enquête se déroule. En effet, nous sommes en 1783, les nobles font n’importe quoi, le clergé fait n’importe quoi et les pauvres font les pauvres. Bref, ça commence sérieusement à sentir la guillotine et Le Floch (ainsi que ceux qui l’entourent) perçoivent une sourde colère monter dans le peuple. Sans avoir idée de la révolution qui approche, ils ont conscience que la révolte pourrait bien éclater si les dirigeants du pays continuent à se comporter de façon inconséquente et irrespectueuse.

Incapable de juger de la qualité de cet opus par rapport aux autres, Federico se contentera de dire que c’est un très bon roman policier parfois un peu trop complexe pour notre ami lapin, mais les arcanes du pouvoir sont de bien sombres dédales. Sans être un spécialiste de l’histoire, Federico n’a pas eu l’impression qu’on se moquait de lui. Une fois entré dans l’intrigue, il s’y est trouvé plutôt bien et c’est le principal.

Jean-François Parot, L’année du volcan, JC Lattès, février 2013, 470 p.

Les apparences

Un roman policier de Gillian Flynn, traduit de l’anglais par Héloïse Hesquié.

Autant vous le dire tout de suite : il n’y a pas grand chose à dire sur le livre de Gillian Flynn.

Ce serait en effet criminel de révéler l’intrigue de cet hallucinant polar ! On peut juste dire que l’histoire de ce roman fort bien nommé commence le jour où Nick rentre chez lui et découvre la maison sans dessus dessous. Détail supplémentaire : sa femme, Amy, a disparu. Cet événement perturbateur est tout d’abord prétexte à une dissection sans complaisance de la vie de couple. Pendant ce temps, l’auteur en profite pour bâtir le labyrinthe dans lequel elle prévoit de nous embarquer. Et puis soudain, paf ! le roman bascule dans le délire paranoïaque et entraîne tout le monde avec lui : les personnages et Federico, qui déjà ravi, continue de se faire mener par le bout du museau !

Mené d’une main de maître, l’intrigue déroule tranquillement ses rebondissements et ménage une délectable tension. Federico s’est régalé à la lecture de ce roman qui allie une chronique sociale pertinente et un thriller psychologique implacable.

Intelligent. Original. Surprenant. Tordu.

Génial.

Gillian Flyn, Les Apparences, Sonatine, août 2012, 400 p., 21,30 €.

Les enquêtes d’Enola Holmes

Tome 5 – L’énigme du message disparu

Roman ado de Nancy Springer

En 2006, Nancy Springer a eu la formidable idée de donner vie à la petite sœur du célèbre détective Sherlock Holmes. Pourtant, il aura fallu attendre 5 ans avant que Federico ne fasse la connaissance d’Enola en mettant son nez (par hasard) dans le cinquième tome de ses aventures. Que de temps perdu ! La découverte d’un tel univers aurait mérité d’avoir lieu plus tôt !

Pourtant le pari de départ est très risqué : marcher dans les traces du grand Conan Doyle en prétendant ouvertement que le plus grand détective d’Angleterre n’est pas Sherlock Holmes mais sa petite sœur, il fallait oser. Nancy Springer a osé et aurait pu se casser toutes les dents.

Eh bien il faut croire que cet auteur a une dentition de première qualité car elle relève le défi avec audace et respect pour le modèle. Celui-ci n’est pas envahissant ou convoqué à outrance. Ici Sherlock Holmes n’est plus un détective infaillible mais un frère dont Enola doit se cacher si elle ne veut pas se retrouver engoncée dans un corset au sein d’une institution pour jeunes filles comme il faut. Enola multiplie donc les couvertures afin de passer incognito et de mener ses enquêtes en toute tranquillité dans ce XIXe siècle où la place des femmes était plutôt à la maison à faire la popotte et à mourir en couches que sur la piste de dangereux criminels.

Dans ce tome 5 des aventures de la jeune détective (qui se lit tout à fait indépendamment des autres), Enola remue ciel et terre (discrètement) pour retrouver sa logeuse et éclaircir le mystère qui plane autour de son enlèvement. Cette enquête est d’autant plus importante pour elle que, sa mère ayant disparu quelques temps auparavant, elle considère sa logeuse comme une mère de substitution.

C’est cette profondeur psychologique qui donne sa force au récit. Enola Holmes est une jeune femme qui doit composer avec ses faiblesses pour résoudre ce mystère. Et elle va avoir du travail car Nancy Springer a concocté une intrigue très complète, riche en rebondissements et en personnages ambigus. En plus, elle écrit très bien et ne prend pas son lectorat pour un banc d’huîtres : le style est soigné et le vocabulaire assez recherché pour une série adressée initialement à un public de collège. Et pour couronner le tout, elle a créé un personnage attachant et drôle, ce qui ne gâte rien !

Un livre à recommander aux lecteurs de 11 à 111 ans (si votre mamie à 112 ans elle peut le lire aussi, ça lui rappellera son jeune temps…).

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 5 – L’énigme du message disparu, Nancy Springer, Nathan, avril 2010, 191 p, 13 € 90.