Les fugueurs de Glasgow

Un roman de Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

1 carotte

Vous ne le saviez certainement pas (parce qu’il n’en n’a pas pas parlé ici) mais Federico a déjà lu un roman de Peter May, L’île du serment, il y a quelques mois et il l’avait beaucoup aimé. L’histoire, l’ambiance et les personnages : tout l’avait séduit dans ce polar mélancolique sur fond de quête des origines.

les fugueurs de glasgowAussi, en commençant Les fugueurs de Glasgow, notre lapin était plus qu’enthousiaste et les premiers chapitres l’ont maintenu dans cet état. L’histoire est celle d’un groupe d’amis originaires de Glasgow qui vont fuguer vers Londres. Une première fois en 1965, alors qu’ils ont 17 ans et des rêves plein la tête. La deuxième fois, cinquante ans après, afin de respecter les derniers volontés de l’un des leurs qui est en train de mourir d’un cancer. Ce dernier veut les conduire sur les lieux où leur vies ont été irrémédiablement changées afin de leur révéler la vérité sur un crime commis cinquante ans plus tôt.

Peter May excelle à créer une ambiance qui change d’une époque à l’autre. On ressent très bien l’exaltation des ados en fuite : leur motivation et leur moral jouent au yoyo au fil des tuiles qu’ils doivent affronter (et pas des moindres) mais aussi des rencontres qu’ils font (l’amûûûûûr, le vrai, le seul, le dégoulinant, entre autres). Le ton est radicalement différent quand il s’agit de retrouver nos héros cinquante ans plus tard. La mélancolie et l’amertume sont de mises car ils ont tous plus ou moins raté leur vie et n’ont d’autre perspective que leur fin prochaine. Ces sentiments dominants sont pourtant souvent nuancés par la joie de partir à l’aventure alors qu’ils n’attendaient plus rien de la vie.

Donc tout allait bien jusqu’à ce que, patatras, notre ami lapin cesse d’aimer ce livre. Cela n’est pas arrivé aussi brutalement qu’il n’y paraît. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme par exemple l’histoire d’amour entre le narrateur et une jeune femme qui est racontée avec autant d’originalité que dans un roman pour ados pas trop regardants. Malheureusement, cela ne s’arrête pas là : dans la deuxième partie du livre, Federico est resté de marbre face aux situations les plus chargées en émotions à cause de la platitude de leur description. La palme est décernée au dernier chapitre, celui où la vérité éclate, qui a vaguement rappelé à notre ami lapin l’époque où il regardait les feuilletons de l’été de TF1 chez sa mamie. Cette fin vient porter le coup de grâce au roman, d’autant plus qu’au regard du reste du livre, elle n’était pas vraiment nécessaire. Federico a eu l’impression qu’elle n’était là que pour justifier la présence du livre dans une collection policière.

C’est vraiment dommage parce que ce roman aurait pu être un beau double road trip avec des personnages qui se demandent d’où ils viennent et où ils vont. Heureusement que l’écriture de Peter May reste agréable malgré les faiblesses du scénario, cela a grandement aidé Federico a poursuivre sa lecture jusqu’à la fin !

Peter May, trad. Jean-René Dastugue, Les fugueurs de Glasgow, éditions du Rouergue, septembre 2015, 332 p.

Les messagers de la nuit

Un roman de Alicia Gimenez Bartlett, traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

3 carottes

©Rivages/PayotC’est sur le conseil d’une dévoreuse de polar que notre ami lapin s’est intéressé à ce livre pour le moins étonnant. En effet, après un passage à la télé espagnole pour vanter les mérites de la police, l’inspecteur Petra Delicado commence à recevoir des centaines de lettres de la part du public. Si cette femme assez discrète trouve la situation plutôt incongrue, sa nouvelle célébrité va bientôt virer au cauchemar lorsqu’un petit paquet arrive mêlé au courrier. En l’ouvrant, elle découvre avec effroi qu’il contient… un pénis ! Sectionné chirurgicalement et conservé dans le formol, ce membre mystérieux et ceux qui vont arriver ensuite vont plonger Petra et son équipe dans une enquête épuisante qui piétine et use les nerfs de tous. En effet, l’expéditeur de ce macabre colis semble chercher à orienter l’enquête grâce à ces indices phalliques mais il apporte plus de questions que de réponses.

Si l’intrigue a intéressé notre ami lapin (difficile de vous en dire plus sans dévoiler des aspects cruciaux de l’histoire) c’est surtout le traitement des personnages qui lui a plu. La narration est confiée à Petra Delicado une femme flic qui n’estime ne rien avoir à prouver. Elle ne se comporte pas comme un homme le ferait pour avoir le respect de ses pairs et quand elle veut se faire obéir de ses subalternes elle leur rappelle simplement que c’est elle qui commande.

Ouverture d’une parenthèse.

En se réjouissant devant le personnage de Petra, Federico ne peut pas s’empêcher de penser au décalage avec l’enquêtrice de Am Stram Gram qui suscite l’admiration de ses collègues du fait qu’elle est une dure à cuire qui fait de la moto vroum-vroum et sait se battre. Si vous ne voyez pas où notre ami lapin veut en venir, précipitez-vous sur le blog de Mirion Malle qui (entre autres) fustige le sexisme dans les séries et les films. Alors que Federico était en train de galérer sur cet article, l’auteure a eu le bon goût de publier une note sur les personnages féminins et la virilité qui colle assez avec ce que notre ami lapin n’arrive pas à écrire. Par conséquent, plutôt que de s’embourber dans les mots, Federico laisse parler les images.

Fermeture de la parenthèse.

Il est très amusant d’observer sa relation avec son adjoint, Fermín Garzón. Ce dernier est assez protecteur à son égard et on rigole de leur joutes verbales où s’affrontent le côté paternaliste de Fermín et l’indépendance de Petra. Malgré cela, leur équipe fonctionne à merveille car au final ils se complètent assez et chacun est assez grand pour défendre sa position. Federico a beaucoup apprécié la façon dont Petra – certes choquée de recevoir des pénis en boîtes – décrit la réaction de Fermín Garzón. Pour lui, priver un homme de son membre viril est le plus vil des crimes et il va mettre du temps à se remettre de cette atrocité. Elle se moque gentiment de son collègue, mais pas trop. Il y a quand même plusieurs mecs qui se baladent avec un truc en moins dans le slip et ils sont peut-être même très morts ! L’enquête emmène ces deux personnages assez loin dans la bizarrerie humaine et Federico a été un peu décontenancé par le dénouement, mais cette lecture lui a plutôt bien plu !

Alicia Gimenez Bartlett, Les messagers de la nuit, Payot Rivages, février 2003, 384 p.

Am stram gram

Un roman de M. J. Arlidge, traduit de l’anglais par Elodie Leplat.

2 carottes

Dans ce roman, une personne tordue s’amuse à kidnapper des gens par deux, les enferme à double tour avec une arme à feu et un téléphone. Quand le téléphone sonne, une voix annonce aux deux victimes que la première qui tue l’autre a gagné. Voilà qui pourrait faire un bon pitch pour une émission de téléréalité, mais en attendant c’est le point de départ de ce thriller anglais.

©Les EscalesLe commandant Helen Grace est chargée de l’enquête ; elle et son équipe vont être entraînés dans une course contre la montre pour empêcher ces meurtres par procuration d’arriver. Pour Federico, le thème central du livre semble être le traumatisme : celui que vivent les survivants meurtriers malgré eux et celui que porte l’enquêtrice comme un lourd fardeau. L’histoire a plutôt tenu notre ami lapin en haleine. Les scènes d’enquêtes et de séquestrations sont méchamment bien fichues. Il y a plusieurs moments de grande tension et même si les meurtres se répètent suivant le même schéma, cela ne crée pas de redondance.

Am stram gram a tout du bon thriller et devrait plaire aux aficionados du genre. Alors pourquoi seulement deux carottes ?

Parce que ce roman est absolument déprimant ! Qui a envie de lire ça franchement ? On a envie de donner une corde et un tabouret à l’intégralité des personnages et les agissements du psychopathe-qui-a-eu-une-enfance-difficile mettent très mal à l’aise car le lecteur se retrouve dans la posture d’un spectateur voyeur.

Helen Grace, qui est bien malgré elle au centre de l’histoire est un personnage intéressant mais, comme le reste du livre, elle a mis notre ami lapin mal à l’aise. Elle a une façon de gérer ses traumatismes d’enfance et sa culpabilité plutôt expéditive. Le divan du psy, très peu pour elle. Ce qui est intéressant en revanche, c’est que l’auteur lui a appliqué des codes qui sont le plus souvent réservés aux personnages masculins badass : oubliez la mère nourricière et symbole de douceur. Helen Grace s’habille comme un homme, fait de la moto et a des liaisons sans lendemain. Vous pourrez dire que Federico sombre dans la parano et qu’il va chercher la petite bête, mais une question a hanté sa lecture : cette héroïne reçoit-elle le respect de ses homologues masculins parce qu’elle se comporte comme l’un d’entre eux ? Cet aspect du livre a soulevé beaucoup de questions chez notre ami lapin. Trop peut-être. Au bout du compte, Federico en est venu à se demander si ce n’était pas un peu sexiste de trouver ça sexiste ? Vous suivez ? Non ? Dommage…

Votre chroniqueur s’est donc dédoublé pour écrire cette critique : il y a le lecteur objectif qui reconnait les grandes qualités du roman et le lecteur subjectif qui n’a pas vraiment aimé l’humeur dans laquelle il l’a plongé.

M. J. Arlidge, Am stram gram, Les Escales, mars 2015, 364 p.

Mort à la Fenice

Un roman de Donna Leon, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond.

3 carottes

Federico repart bientôt à l’aventure : dans quelques jours notre ami lapin s’envole pour Venise. Avant de partir, il s’était promis qu’il apprendrait l’italien et dévorerait tous les guides de la ville (en papier les guides, Federico est végétarien, on vous le rappelle). Malheureusement, votre chroniqueur préféré est un adepte de la procrastination et pour l’instant il est un peu à la traine sur son programme.

©PointsMais il reste la littérature ! Lors de ses dernières vacances (oui, Federico aussi prend des vacances), notre ami lapin s’est plongé dans la lecture de la première enquête du commissaire Brunetti au cœur de Venise.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un des lieux les plus emblématiques de la cité : la Fenice, magnifique opéra que Federico a hâte de voir de ses propres yeux. L’enquête tourne autour d’un chef d’orchestre retrouvé empoisonné au cyanure dans sa loge entre deux actes. Avec une liste de suspects longue comme le bras et beaucoup de secrets bien enfouis, le commissaire Brunetti a du pain sur la planche. En bonne chochotte, Federico a apprécié l’absence de scènes qui font peur, de cadavres biens crades et de psychopathes bien sadiques. L’enquête ne vous cloue pas à votre fauteuil et n’impose pas son épuisant suspens. Dans ce roman, il est plus question de mœurs, de vieilles rancunes et d’amours empoisonnés, le tout dans un milieu du spectacle propice aux mesquineries et autres coups bas.

Les personnages des différents suspects sont très biens construits et l’investigation, agréable à suivre. Mais c’est le commissaire Brunetti que Federico a le plus aimé, c’est normal c’est lui le héros. Cet homme très attachant apporte une agréable touche d’humour au roman. On suit avec délice ce vénitien pur canal (il n’y a pas trop de souches à Venise) dans les méandres de la ville encore épargnée par les touristes.

Si vous avez envie d’une petite visite guidée de la Sérénissime et d’un polar pépère à lire dans le train, pensez à Dona Leon !

Donna Leon, trad. William Olivier Desmond, Mort à La Fenice, Points, juin 2014 (première parution aux États-Unis en 1992), 283 p.

La compagnie des menteurs

Un roman anglais de Karen Maitland, traduit par Fabrice Pointeau.

3 carottes

Quand on commence ce livre, on n’a pas envie de lire autre chose. Ce texte hybride situé quelque part entre le thriller historique et le conte fantastique est d’une densité telle qu’elle a enveloppé Federico et l’a embarqué dans une aventure mystérieuse et très inquiétante.

©SonatineL’Angleterre au XIVe siècle, c’est pas sympa. Il y a des loups, la peste et des gens qui vous torturent pour un oui ou pour un non. Entre autres. Au début du roman on rencontre un camelot qui promène sa gueule cassée de foire en sanctuaire. Avec la peste qui se déclare tout le monde se jette sur les routes (ah, les débiles, comme s’ils allaient y échapper en courant très vite !) et le camelot se retrouve, au hasard des rencontres, à voyager avec d’autres personnages qui sont ont deux points communs : ils ont un très gros secret dans leur sacoche et ils fuient (mais qui ? mais quoi ?).

Chacun est bien décidé à garder son secret et, mis au pied du mur, parvient à le déguiser sous une histoire à la lisière du fantastique, où démons et loups garous s’en donnent à cœur joie. Ces contes racontés à la faveur d’un maigre feu ne parviennent pas à faire fuir la nuit et ses dangers. La compagnie évolue dans une atmosphère de méfiance très communicative : Federico attendait toujours le prochain coup fourré.

Avec la peste qui tue tout le monde, plein de concepts sympas sont mis en avant. On marie des handicapés pour échapper au fléau, on pourchasse les juifs, parce que de toutes façons c’est toujours de leur faute, et on fait dire ce qu’on veut aux gens en leur chatouillant les pieds… avec des objets contondants. La plongée dans cette époque étonnante et très angoissante est passionnante. C’est d’ailleurs pour cette raison que Federico n’a pas vu venir une grande partie des révélations du livre et qu’il pardonne à la personne sous payée qui a rédigé le résumé de quatrième de couverture en regardant Inspecteur Derrick.

Malgré certains passages un peu plus faibles l’ensemble est vraiment très prenant. Notre ami lapin a vécu ce voyage à fond, a supporté le sale caractère des nombreux héros et partagé leurs craintes.

Karen Maitland, trad. Fabrice Pointeau, La compagnie des menteurs, Sonatine, mars 2010, 650 p.

Marathon critique BD, les recalés de 2013

Mouais, pas terrible ! Ces bandes dessinées n’ont pas réussi à convaincre Federico l’année dernière, contrairement à celles-ci, mais toutefois pas aussi pire que celles-là… Voilà donc des BD pas mauvaises (pour la plupart), mais qui n’ont pas fait vibrer notre ami lapin. Allez hop, et après on passe aux choses sérieuses.

Come Prima

© Delcourt, 2013Voilà donc le Fauve d’or 2014. L’histoire d’un road trip estival à travers la France par deux frères fâchés. Federico a trouvé ça pas mal, mais sans plus. La narration est maîtrisée, rythmée, entre souvenirs douloureux et péripéties de la route ; le dessin étoffé donne une ambiance particulière, lourde de sens et de chaleur… Bref, une bande dessinée qui tient debout, mais sans surprises ni attachement pour notre ami lapin. C’est peut-être le scénario qui ne l’emballe pas, ou certainement le manque de petite flamme pour faire vibrer le tout, ou alors le déjà vu : ce côté road trip des années 1960 qui déterre le passé et réconcilie les gens… Une petite déception vis-à-vis du prix du meilleur album donc, mais sans vraie rancœur néanmoins.

Ma révérence

© Delcourt, 2013C’est exactement la même chose qu’a ressenti Federico à la lecture de Ma révérence : une bande dessinée polar au scénario efficace et au dessin enlevé, mais un peu trop années 1980 cette fois-ci, autant par les personnages que par le sujet et l’ambiance (on sent l’influence de Baru à plein nez), même si l’action se déroule de nos jours.

Rapido : c’est l’histoire d’un jeune gars paumé et je-m’en-foutiste qui veut braquer un fourgon blindé afin de partir se la couler douce au soleil. Il s’associe avec un roublard du style Johnny Hallyday (vieux rockeur santiags aux pieds et alcool dans le nez…), et les deux comparses vont en effet changer de vie, mais pas vraiment comme ils s’y attendaient. Pour faire le lien avec Come Prima, on n’échappe pas au road trip, semble-t-il une clé scénaristique incontournable des histoires de mecs 60’s-80’s like. Voilà donc une bande dessinée bien ficelée, mais notre ami lapin en a vu plusieurs, de ficelles… ce qu’il aurait aimé voir, c’est un peu d’originalité pour casser le genre.

Les jardins du Congo

C’est vraiment très très rare que Federico ait du mal avec le dessin d’une bande dessinée. Du simpliste au réaliste, en passant par le style underground américain torturé ou le cartoon, notre ami lapin est rarement gêné par le dessin. Et ben là, si. Federico est désolé pour l’auteur auquel il présente ses excuses en avance, mais il trouve que c’est mal dessiné, en particulier les personnages. Si ce n’était que ça… mais en plus l’histoire n’est pas terrible. C’est ballot, parce que c’est une histoire vraie !

© La boîte à bulles, 2013Les jardins du Congo raconte l’histoire à la première personne d’un homme assez antipathique, Yvon (le grand-père de l’auteur, d’où la gêne de notre ami lapin). Encore adolescent, Yvon se cache dans les bois de la campagne wallonne pour échapper aux camps de travail nazis, ce qui lui vaudra le rejet de son père qui le taxe de lâcheté (bravo le modèle paternel). La guerre terminée, il décide de tenter sa chance dans les colonies belges, au Congo. Le voilà qui devient donc un bon petit colon, sans beaucoup de jugeote et pas mal de racisme, qui retourne dans son pays natal pour y chercher femme, exploite ses travailleurs, déforeste la jungle, tue des bêtes sauvages pour sa collection, avant d’échapper de justesse aux représailles lors de l’indépendance du Congo. Le reste de sa vie est alors tristounette au possible, pleine de rancœur et de nostalgie, mais quand même occupée par la gestion tyrannique d’une petite usine campagnarde…

Pour sa défense, on peut relever qu’Yvon n’est pas un heureux tortionnaire car il est sans cesse hanté par ses démons issus de ses années passées dans les bois ; mais, il ne fait à vrai dire pas grand chose pour se racheter… On peut aussi se dire qu’Yvon est prisonnier de son époque et de sa génération, mais tout de même, l’esprit colonisateur des années 1950 n’est pas le même que dans les années 1920… Beaucoup de « mais », donc.

Federico est vraiment mal à l’aise face à cette bande dessinée mal fichue qu’il perçoit assez négativement. Est-ce vraiment l’idée et les sentiments que l’auteur voulait faire passer ? Si oui, pourquoi avoir fait cette BD qui rend si peu hommage à son héros ? Cela reste un mystère.

Cessons donc avec ces déconvenues, demain Federico vous parle de bandes dessinées plus chouettes !

Come Prima, Alfred, 2013, Delcourt, collection Mirages, 224 pages

Ma révérence, Wilfrid Lupano et Rodguen, 2013, 128 pages

Les jardins du Congo, Nicolas Spitz, 2013, La boîte à bulles, 144 pages

Le purgatoire des innocents

Un roman de Karine Giebel.

noté 2 sur 4

Bon. On ne va pas s’étaler sur l’intrigue parce que ce serait un peu méchant pour ceux qui n’ont pas lu le livre et qui veulent garder la surprise. Pour paraphraser le résumé, disons que quatre braqueurs de banque vont se réfugier chez une vétérinaire en pleine campagne. Très mauvaise idée…

Il semblerait que l’expression « page turner » ait été inventée pour l’écriture de Karine Giebel. Jamais Federico n’avait vu une lecture passer aussi vite. Non pas que l’histoire soit passionnante au point que notre ami lapin oublie la notion du temps : il s’agit plutôt de la fluidité du style qui fait que les yeux glissent sur les pages. Des phrases courtes, des paragraphes de cinq lignes maxi, beaucoup de dialogues et une mise en page indécemment aérée : la recette est simple et pourtant Federico ne l’avais jamais expérimentée à ce point. Signalons que notre ami lapin n’a pas une culture polar très étendue, ceci expliquant certainement cela.

©Fleuve NoirCeci explique également que Federico soit tombé dans le panneau à chaque révélation renversante, là où les adeptes du genres auront tout vu venir. Mais ce n’est pas des rebondissements de l’enquête que dépendent les nerfs des lecteurs de ce livre, puisqu’il n’y a pas d’enquête. Pendant 600 pages, Karine Giebel nous plonge au cœur du jeu pervers d’un psychopathe. On sait rapidement à quoi s’en tenir sur ce(tte) dernier(e) (voyez comme nous essayons de maintenir son identité top secrète), par conséquent, il ne s’agit pas savoir comment des enquêteurs vont découvrir qui est le-la psychopathe puis le-la mettre hors d’état de nuire, mais de savoir si ses victimes vont s’en sortir et dans quel état. Federico n’a que moyennement apprécié cette tournure du récit et s’il avait hâte de terminer le livre, c’était surtout pour en finir avec la perversion du-de la psychopathe et éventuellement assister à son dépeçage par des crabes.

Vous l’aurez deviné, cette histoire – fort heureusement exempte de détails insoutenables sur les tortures entreprises – n’a pas franchement passionné Federico. Les personnages dont il aurait du avoir pitié et espérer la survie, tout comme le-les-la psychopathes (maintenant, semons le doute sur la quantité) n’ont fait que l’agacer. Heureusement que Karine Giebel maîtrise parfaitement son style : c’est la qualité qu’il faut retenir de cette lecture.

Le purgatoire des innocents, Karine Giebel, Fleuve Noir, mai 2013, 600 p.

Les apparences

Un roman policier de Gillian Flynn, traduit de l’anglais par Héloïse Hesquié.

Autant vous le dire tout de suite : il n’y a pas grand chose à dire sur le livre de Gillian Flynn.

Ce serait en effet criminel de révéler l’intrigue de cet hallucinant polar ! On peut juste dire que l’histoire de ce roman fort bien nommé commence le jour où Nick rentre chez lui et découvre la maison sans dessus dessous. Détail supplémentaire : sa femme, Amy, a disparu. Cet événement perturbateur est tout d’abord prétexte à une dissection sans complaisance de la vie de couple. Pendant ce temps, l’auteur en profite pour bâtir le labyrinthe dans lequel elle prévoit de nous embarquer. Et puis soudain, paf ! le roman bascule dans le délire paranoïaque et entraîne tout le monde avec lui : les personnages et Federico, qui déjà ravi, continue de se faire mener par le bout du museau !

Mené d’une main de maître, l’intrigue déroule tranquillement ses rebondissements et ménage une délectable tension. Federico s’est régalé à la lecture de ce roman qui allie une chronique sociale pertinente et un thriller psychologique implacable.

Intelligent. Original. Surprenant. Tordu.

Génial.

Gillian Flyn, Les Apparences, Sonatine, août 2012, 400 p., 21,30 €.