La compagnie des menteurs

Un roman anglais de Karen Maitland, traduit par Fabrice Pointeau.

3 carottes

Quand on commence ce livre, on n’a pas envie de lire autre chose. Ce texte hybride situé quelque part entre le thriller historique et le conte fantastique est d’une densité telle qu’elle a enveloppé Federico et l’a embarqué dans une aventure mystérieuse et très inquiétante.

©SonatineL’Angleterre au XIVe siècle, c’est pas sympa. Il y a des loups, la peste et des gens qui vous torturent pour un oui ou pour un non. Entre autres. Au début du roman on rencontre un camelot qui promène sa gueule cassée de foire en sanctuaire. Avec la peste qui se déclare tout le monde se jette sur les routes (ah, les débiles, comme s’ils allaient y échapper en courant très vite !) et le camelot se retrouve, au hasard des rencontres, à voyager avec d’autres personnages qui sont ont deux points communs : ils ont un très gros secret dans leur sacoche et ils fuient (mais qui ? mais quoi ?).

Chacun est bien décidé à garder son secret et, mis au pied du mur, parvient à le déguiser sous une histoire à la lisière du fantastique, où démons et loups garous s’en donnent à cœur joie. Ces contes racontés à la faveur d’un maigre feu ne parviennent pas à faire fuir la nuit et ses dangers. La compagnie évolue dans une atmosphère de méfiance très communicative : Federico attendait toujours le prochain coup fourré.

Avec la peste qui tue tout le monde, plein de concepts sympas sont mis en avant. On marie des handicapés pour échapper au fléau, on pourchasse les juifs, parce que de toutes façons c’est toujours de leur faute, et on fait dire ce qu’on veut aux gens en leur chatouillant les pieds… avec des objets contondants. La plongée dans cette époque étonnante et très angoissante est passionnante. C’est d’ailleurs pour cette raison que Federico n’a pas vu venir une grande partie des révélations du livre et qu’il pardonne à la personne sous payée qui a rédigé le résumé de quatrième de couverture en regardant Inspecteur Derrick.

Malgré certains passages un peu plus faibles l’ensemble est vraiment très prenant. Notre ami lapin a vécu ce voyage à fond, a supporté le sale caractère des nombreux héros et partagé leurs craintes.

Karen Maitland, trad. Fabrice Pointeau, La compagnie des menteurs, Sonatine, mars 2010, 650 p.

Peste et choléra

Un roman de Patrick Deville.

Si, comme Federico, vos connaissances en termes de recherches scientifiques se réduisent à la découverte du vaccin contre la rage par Louis Pasteur, sachez que ce dernier a fait des émules, et pas des moindres.

Parmi ces disciples, on trouve Alexandre Yersin, découvreur, entre autres, du bacille de la peste. C’est quand même la classe… Et pourtant, cet homme au destin grandement intéressant, est très peu connu du grand public. Patrick Deville a eu la géniale idée d’offrir à ce génie (si si) la notoriété qu’il a toujours évité, sans jamais trahir sa discrétion. En effet, en se basant sur les correspondances du scientifiques et les archives des Instituts Pasteur, l’auteur fait plus que nous étaler la vie d’Alexandre Yersin. Il en fait le témoin de quelques décennies, de 1885 et l’ouverture du premier Institut Pasteur à la Seconde guerre mondiale. Il raconte avec une plume légère la petite et la grande histoire comme autant d’anecdotes passionnantes.

À travers son personnage de « fantôme du futur », observateur curieux et malicieux, Patrick Deville nous entraîne dans cet étonnant voyage en solitaire qu’a été la vie d’Alexandre Yersin. De sa Suisse natale à l’Asie colonisée, cet homme – que personne n’a jamais pu enfermer dans un laboratoire plus de quelques mois – a été un véritable baroudeur, doté d’une curiosité et d’une détermination qui ont bluffé notre ami lapin.

Peste et choléra est, comme son ravissant titre l’indique, une biographie très ludique. On y rencontre un touche à tout hyperactif dont les pérégrinations ont régalé Federico.

Patrick Deville, Peste et Choléra, Seuil, août 2012, 228 p.