Les Orphelines d’Abbey Road

Une série jeunesse d’Audren.

noté 2 sur 4

C’est parce qu’il est un amoureux fou de Jane Austen et des sœurs Brontë que Federico a été attiré par les couvertures de la série Les Orphelines d’Abbey Road. Les orphelinats, les robes grises, les cols en dentelle, toussa… Les Orphelines, c’est un peu ça, mais avec d’autres choses encore ! Notre ami lapin a donc été positivement surpris par ces romans qui prennent une tournure inattendue, mais il s’est un peu ennuyé ensuite…

Au final, quelle est l’histoire ?

© L'école des loisirs, 2012Pensionnaire de l’orphelinat d’Abbey Road, Joy conserve l’espoir de revoir un jour ses parents, disparus dans un naufrage. Cela fait pourtant des années qu’elle y réside, obéissant à l’éducation stricte des sœurs et se liant d’amitié avec Margarita, June, Prudence et les autres (jeune orpheline triste, éducation sévère et amitiés de dortoirs, check ! Pour le moment, on n’est pas loin de Jane Eyre). Lorsqu’elles découvrent le souterrain sous l’abbatiale, les jeunes filles ne se doutent pas des choses étranges et dangereuses qu’elles pourront y dénicher. Depuis leur dernière excursion, Prudence est comme possédée d’un mal étrange causé par le Diable Vert (ah tiens, du surnaturel, là on se sent plus chez Mary Shelley ou sur les hauts de Hurlevent !). C’est pour la guérir que Joy, accompagnée de l’espiègle Ginger aux pouvoirs étonnants, fera connaissance avec le mystérieux monde d’Alvénir (qui ressemble beaucoup au pays des merveilles d’Alice !).

On ne sait pas trop à quelle époque se déroulent les aventures de Joy, mais on situe tout de même vers la fin du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, on est inévitablement marqué par les références de la littérature anglaise, celle du vent sur les landes et des jeunes filles ballotées par la vie. Les Orphelines d’Abbey Road mêle donc le roman d’époque, le merveilleux et le surnaturel. Certains passages inquiétants peuvent donner le frisson, tout comme l’univers d’Alvénir amuse et éveille la curiosité. Mais c’est aussi une histoire sur la construction des liens : l’autorité, la famille, l’amitié voire l’amour. Alors qu’elles rêvent tout simplement d’être des enfants aimés et écoutés, les orphelines seront conduites à se rebeller face à la déraisonnable rigidité des adultes.

Joy réfléchi beaucoup à ce qu’elle est et à ce qu’elle apprend au fil de ses aventures. Notre ami lapin l’associe à une Alice plus mature et perspicace que l’héroïne de Lewis Carroll. Quant à l’univers d’Alvénir, fluctuant et absurde, c’est un Pays des merveilles revisité et approfondi. Les dialogues sont l’occasion de jeux de mots et de réflexions sensées face aux incongruités, et ce non sans rappeler avec plaisir l’autre côté du miroir…

Tout allait bien, donc, avec une préférence pour le deuxième tome.

Mais la lecture du troisième tome a été plus mitigée. Bon, Federico n’avait pas de grandes attentes, étant prêt à se laisser emporter n’importe où ! Mais cet opus, Les lumières du passé, est assez redondant vis-à-vis du deuxième : les orphelines retournent une seconde fois dans le monde d’Alvénir pour y chercher quelque chose (Federico ne sait plus quoi). Et ça cause, et ça marche, et ça cogite… Comme ça arrive souvent dans les univers parallèles, leurs habitants ont l’air moins consistants et plus neuneus que ceux du vrai monde, ce qui est assez dommage et ennuyant à la longue. Ajoutez à ça l’héroïne qui vire fleur bleue, et vous gagnez un lapin pas fâché de terminer sa lecture pour passer à autre chose !

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1 : Le diable vert, Audren, 2012, L’école des loisirs, 288 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 2 : Le monde d’Alvénir, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 3 : Les lumières du passé, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Jane Eyre

Un roman de Charlotte Brontë (1847)

En commençant Jane Eyre, Federico était fâché. En effet, l’édition de poche qu’il avait sous les yeux lui proposait une quatrième de couverture fort bavarde dévoilant plusieurs clés de l’intrigue. Notre ami lapin était donc persuadé que sa lecture serait considérablement moins intéressante. C’était sans compter sur le talent de Charlotte Brontë. Alors, avant de démarrer cette critique, voici un conseil de rongeur lecteur : si un jour un malotru vous raconte Jane Eyre dans son intégralité vous aurez le droit de le frapper, mais surtout, que cela ne vous empêche pas d’aller à la rencontre de cet ouvrage grandiose.

Dès les premières pages, une relation se noue entre Jane et le lecteur, à qui elle s’adresse. Inutile de résister : laissez-la vous raconter son histoire, vous présenter les gens qu’elle a rencontrés et vous guider dans ces lieux d’Angleterre qu’elle a vus.

C’est après avoir vu la bande annonce de la nouvelle adaptation du livre (prévue en France pour début 2012), que Federico a mis son museau dans le roman de Charlotte Brontë. Sans grande conviction au départ. Rappelez-vous qu’il connaissait déjà une bonne partie de l’intrigue. Enfin, ça, c’est ce qu’il croyait. Il a bien vite découvert que quelques lignes au dos du livre étaient bien insuffisantes pour résumer ce roman ! Il y a tellement de choses à en dire. Construit comme l’autobiographie de Jane Eyre, le récit de Charlotte Brontë est d’une force phénoménale. Il vous entraîne dans un tourbillon romanesque au cœur duquel se trouve Jane. Parce qu’il ne peut pas vous raconter tout ce qu’il a ressenti en lisant ce livre, Federico veut au moins partager avec vous son coup de cœur pour cette héroïne.

Jane Eyre est un personnage d’une grande modernité comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Entière, intelligente, passionnée, humble, droite dans ses principes, elle pose sur le monde un regard aiguisé, parfois tranchant mais aussi plein d’affection, d’amour. Ce même amour dont elle a manqué et qu’elle va successivement chercher et fuir. Si Federico s’est senti aussi impliqué dans le destin de Jane, s’il a partagé la moindre des ses émotions c’est grâce à la virtuosité de l’auteur. En effet, Charlotte Brontë nous fait partager les pensées de son héroïne avec une grande maîtrise et beaucoup d’empathie. Pour notre ami lapin, il a donc été impossible de rester insensible aux sentiments de Jane, qu’elle soit en colère, en proie au doute, au comble du bonheur ou plongée dans le plus profond des désespoirs.

Pour finir cette critique, voici un nouveau conseil de votre envoyé spécial en direct de son terrier : lisez Jane Eyre. C’est un voyage dans l’œil du plus passionnant des cyclones : la lutte de la passion amoureuse et de la raison, ponctuée d’une touche de suspens gothique et de rebondissements bien choisis. Et en plus, ça se passe dans l’Angleterre sauvage du XIXe siècle. Quoi de plus propice à la rêverie que ses landes et ses collines ?

Jane Eyre, Charlotte Brontë, à lire dans plein d’éditions. Un conseil de lapin : si vous achetez la version Pocket, ne lisez pas la 4e de couverture… Spoiler !!