Someone in Brooklyn

3 carottes

En l’espace de quatre mois, Federico a lu deux livres consacrés à des femmes d’origine irlandaise et à leur vie dans le quartier de Brooklyn. Coïncidence ? Je ne pense pas. Une telle manipulation du destin méritait bien un article un peu foutraque avec pour thématiques, en vrac : Brooklyn, les irlandais, les romans qui pincent le cœur, le bleu des couvertures de la collection Quai Voltaire, Nick Hornby, etc.

New York, Cape Cod, Boston -

Le paillasson de Brooklyn, par Baptiste, via nature-etc.net

Commençons avec Someone de Alice McDermott, que Federico a lu en juin et qui lui a permis d’entamer brillamment la saison de la rentrée littéraire (oui, Federico lit les romans avant leur sortie, parce qu’il a des amis hauts placés). someone (2)Someone est un beau roman à bien des niveaux. Notre ami lapin ne se lasse pas d’admirer sa couverture d’un superbe bleu (auquel la photo ci-contre ne rend pas du tout hommage) et agrémentée d’un bandeau qui nous change des habituels placards publicitaires qui n’apportent pas grand chose esthétiquement parlant. Il s’agit ici d’une photo de Ralph Morse intitulée « Spring Comes to Brooklyn« . Instantané dans la vie d’un quartier, elle résume parfaitement le roman.

En effet, si on s’intéresse à ce qui est écrit dans cet écrin bleu, on rencontre Marie, fille d’immigrés irlandais qui raconte, par petites touches et dans le désordre, sa vie de fillette, de jeune femme pendant la seconde guerre mondiale et de mère. Des rues de son enfance à une maison de retraite anonyme, le lecteur la suit à pas feutrés. Alice McDermott possède ce talent rare de transformer le quotidien ordinaire des gens ordinaires en une lecture touchante et captivante. En quelques scène d’une apparente banalité mais riches de détails précieux, elle évoque, l’air de rien, des questions sensibles (mort, famille, oubli, etc.) avec beaucoup de justesse.

Federico vous laisse une quinzaine de minutes pour filer chez votre libraire et acheter ce livre.

C’est bon, vous êtes revenus ?

Bien, passons à Brooklyn, de Colm Tóibín qui lui n’a pas brillé lors de cette rentrée littéraire et pour cause, sa parution en France date de 2011. Federico a découvert ce livre à travers la bande annonce de son adaptation cinématographique, sur vos écrans en mars 2016 et scénarisé par Nick Hornby, oui, celui-là. L’histoire se déroule dans les années 1950 et suit le parcours d’Eilis, une jeune irlandaise sans emploi poussée par sa sœur à aller tenter sa chance aux États-Unis. Elle rejoint alors le quartier de Brooklyn où, après une adaptation difficile, elle va poser les premières pierres de sa nouvelle vie.

brooklynUne fois que vous avez vu la bande annonce du film et lu le résumé du livre, vous connaissez à peu près 80 % de l’intrigue mais franchement ce n’est pas si grave : lisez-le, il est génial. Federico l’a dévoré en quelques jours, à la faveur des vacances, et Eilis a continué à le suivre pendant un moment après sa lecture. Son imagination a certainement été dopée par la bande annonce, qui magnifie l’esthétique de l’époque et dans laquelle la talentueuse Saoirse Ronan prête ses traits à l’héroïne. Cela apportait donc plus de substances aux habituels visages flous que Federico se figure lors de ses lectures.

Néanmoins, l’intérêt de notre ami lapin pour cette histoire est à mettre au crédit de la virtuosité de l’auteur qui a créé une héroïne toute en nuances. Au cours du livre, Eilis se retrouve régulièrement tiraillée entre deux univers : le cocon familial irlandais et la vie qu’elle s’est construite aux États-Unis. L’impossibilité de concilier ces deux mondes est symbolisée par cet océan Atlantique qu’on ne traverse à l’époque qu’en bateau, au prix de quelques jours de mal de mer.

À plusieurs reprises dans le livre, on voit la jeune fille faire face à des décisions qui ne sont pas les siennes et qui changent radicalement sa vie, mais auxquelles elle se plie par amour ou sens du devoir. Partir à Brooklyn n’est pas le choix d’Eilis : c’est sa sœur qui a tout organisé avec l’aide d’un prêtre qui, sur place, lui trouve un travail et un logement. C’est finalement dans les rares moments où elle reprend sa vie en main, à travers des détails, des petites transgressions ou dans des situations beaucoup plus graves, qu’Eilis se révèle et devient encore plus intéressante aux yeux du lecteur. Au final, c’est son sens des responsabilités qui va primer et quand le roman s’achève, elle n’est plus une jeune fille hésitante mais une adulte prête à assumer ses choix.

Pour résumer : ces deux romans ont permis à Federico de découvrir une facette de l’histoire de l’exil à travers deux très beaux portraits de femmes. Trois carottes pour eux !

Alice McDermott, trad. Cécile Arnaud, Someone, La Table Ronde, août 2015, 264 p.

Colm Tóibín, trad. Anna Gibson, Brooklyn, 10/18, octobre 2012, 331 p.

Funny Girl

Un roman de Nick Hornby, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

3 carottes

Federico a lu deux romans de Nick Hornby : Vous descendez, farce drôlatique sur des candidats au suicide qui vont changer de vie plutôt que d’y mettre un terme et Juliet, naked, chronique existentielle qui met en scène un couple et un chanteur mythique. Notre ami lapin garde un très bon souvenir de ces deux lectures et Funny Girl lui en laissera un meilleur encore.

funny girlCe livre l’a plongé dans l’univers de la télévision anglaise des années 1960 et plus précisément au cœur de l’élaboration d’une série humoristique pour la BBC. Cette série se proposant d’être un miroir de la société de l’époque, le roman devient à son tour une jolie chronique sur l’industrie du divertissement des sixties, à travers le parcours de quelques uns de ses rouages. En tête du casting, l’irrésistible Barbara, reine de beauté qui a quitté son Angleterre profonde pour Londres et la vie excitante qu’elle promet. Mais si Barbara rêve d’être actrice, ce n’est certainement pas pour jouer la potiche ni les faire-valoir : ce qu’elle veut, c’est faire rire. Évitant les pièges et la facilité, elle devient rapidement une vedette du petit écran. Bientôt, cette comédienne née qui n’a pas la langue dans sa poche mais la tête sur les épaules découvre que son personnage dans la série est bien plus qu’un alter ego aux yeux du public.

Autour de ce personnage solaire gravitent acteurs, scénaristes, producteurs et metteurs en scène. Comme il y a peu de personnages, Nick Hornby peut développer le caractère et la vie de chacun. Aussi, même si Barbara est clairement au cœur de ce roman, les seconds couteaux n’en sont pas vraiment, ne serait-ce que parce qu’ils occupent une place centrale dans la vie de la jeune actrice. Les dialogues quant à eux sont aux petits oignons : percutants et plein d’esprit. On suit la petite équipe sur plusieurs années – qui correspondent aux saisons de la série – au rythme des évolutions professionnelles et personnelles des personnages. Le roman reste égal du début à la fin : toujours difficile à lâcher. Federico n’avait pas envie de quitter cette ambiance sixties et d’être séparée de cette joyeuse bande disparate.

Funny Girl est une très belle chronique sociale et humaine, sensible et drôle.

Nick Hornby, trad. Christelle Barbaste, Funny Girl, Stock, août 2015, 432 p.