Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde

Un roman ado de Philippa Gregory.

noté 1 sur 4

Que dire d’une intrigue policière lorsqu’on a trouvé la soluce à la moitié de l’enquête ? Et que dire d’un héros beau et intelligent (et aux origines mystérieuses), qui rencontre une princesse belle et intelligente (et déshéritée par son méchant frangin) ? Pour le récit original et la profondeur des personnages, on repassera…

© Gallimard jeunesse, 2013Déjà, les convocations mystérieuses dans les bas-fonds humides par des encapuchonnés moyenâgeux, ça sent le complot et la société secrète… pas la tasse de thé de notre ami lapin. Du tout. Mais passé cette mise en bouche qui ne donnait pas vraiment faim, l’intrigue se déroule principalement dans un couvent, en Italie, où Luca Vero (un moine novice de 17 ans) est envoyé pour enquêter sur la mystérieuse folie des religieuses. Tout semble mettre en cause Isolde, la nouvelle abbesse, jeune princesse à la magnifique chevelure blonde qui a fait le choix du couvent plutôt que d’épouser un prince lubrique.

Comme il vous l’a dit, Federico a trouvé le coupable très vite, ce qui rend assez agaçante la crédulité de Luca qui a beau être canon (parce qu’avoir les yeux bleus est un gage indéniable de beauté…), est également affublé de formidables œillères (sauf pour voir les jolies religieuses et culpabiliser un peu, rapport à ses vœux de chasteté). Luca est accompagné d’un serviteur, Freize, le rigolo de service, ainsi que d’un clerc, Pietro, qui lui sert de secrétaire et de comptable, c’est toujours utile quand on chasse les démons !

Alors que le premier chapitre parle de mathématiques et des infidèles qui menacent la chrétienté, toute la suite du roman ne revient que très peu là-dessus. Ce premier chapitre ne semble être là que pour justifier l’intrigue un peu louche : un modeste moinillon est mandaté par le Vatican pour enquêter sur des faits étranges. Difficile d’y croire… Dommage, car l’aperçu du Moyen Âge, sans être convaincant, n’est pas totalement irréel, en l’occurrence sur l’importance de la religion et la place des femmes (soit épouses, soit nonnes). Mais malgré tout, ces efforts sont torpillés par les personnages caricaturaux qui forment les couples attendus : le beau mec avec la jolie nana, le serviteur rigolo avec la servante maure (chacun reste à sa place et les clous sont bien gardés !).

Une fois qu’il a résolu le mystère du couvent, Luca se rend dans un village où il doit déterminer si le loup-garou capturé doit être abattu. Là encore, à peine « l’enquête » commencée, on comprend le nœud du problème. En fait, tous les faits et gestes relatés dans l’histoire sont des énormes indices ! Avec cette absence de suspense trépidant, le texte n’est pas non plus aidé par son découpage très inégal : trois ou quatre chapitres à rallonges. Malgré tout, le roman se lit assez vite, mais ne brille pas par une narration exemplaire : l’histoire est plutôt mal racontée, avec beaucoup de redites, les dialogues sont assez pauvres et irréalistes, le tout dans une mise en scène parfois ridicule et une approche historique un peu trop légère… Bref, beaucoup de pages pour pas grand chose.

Alors qu’il ne pensait pas avoir détesté le roman, notre ami lapin se rend compte maintenant que cette lecture fut assez insipide et agaçante quant au manque flagrant d’originalité dans l’intrigue et les personnages, assez pour ne certainement pas avoir envie de se jeter sur la suite lorsqu’elle sortira.

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde, Philippa Gregory, traduit de l’anglais par Alice Marchand, Gallimard Jeunesse, 2013, 320 pages

La fille de l’archer

Un roman de Serge Brussolo

Serge Brussolo a beau être un auteur très productif et surtout, très reconnu, Federico aura attendu qu’on lui mette son dernier ouvrage dans les mains pour faire sa connaissance.

Enchanté de cette rencontre, notre ami lapin va de ce pas vous en dire plus sur ce roman qui l’a tenu en haleine jusqu’à la fin.

S’il y a une leçon à retenir de La fille de l’archer, c’est que le Moyen Âge est résolument une époque où il ne fait pas bon vivre. Non seulement on était un vieillard à 40 ans (quand on était pas mort avant de pleins de morts douloureuses et purulentes) mais en plus les maisons étaient mal isolées et par dessus tout, les gens étaient franchement crades. Federico vous fera grâce des détails triviaux mentionnés par l’auteur, mais une chose est sûre : à cette époque, en France, il valait mieux ne pas avoir l’odorat trop fin.Voire pas d’odorat du tout. Car, 8 siècles plus tard, cette puanteur émane encore des pages du roman de Serge Brussolo qui nous immerge avec brio dans cette ambiance de début de guerre de cent ans.

C’est donc tout naturellement que Federico s’est retrouvé à suivre les pas de Wallah, 15 ans, fille d’un imposant guerrier Viking, Gunnar. Elle survit avec ce dernier au sein d’une troupe de saltimbanques menés par Bézélios, baratineur professionnel et montreur de fausses créatures fantastiques. Contrairement aux autres membres de ce groupe très bigarré, Wallah n’a aucun talent particulier :  elle est donc considérée comme une bouche inutile à nourrir par Bézélios, qui envisage même de la prostituer. C’est alors que tout bascule pour la troupe et surtout pour Wallah. Une succession d’événements tragiques et inattendus – dont on ne vous révélera rien ici, z’avez qu’à lire la quatrième de couverture – va métamorphoser la frêle jeune fille en une impitoyable guerrière. Fine archère – un don empoisonné ? – l’héroïne devient alors la meneuse d’une chasse qui va l’entraîner dans les coins les plus noirs de l’âme humaine.

Serge Brussolo orchestre cette quête avec un grand talent. Il balade son lecteur dans ce roman d’aventure à l’ambiance légèrement fantastique, distillant un suspens qui a souvent fait se dresser les poils de Federico sur son petit dos. Notre ami lapin a été absolument emballé par ce roman qui ne s’échappe jamais de l’intrigue principale pour mieux la détailler et la rendre vivante.

Serge Brussolo, La fille de l’archer, Fleuve Noir, juin 2012, 304 p.