Marathon critique à la bourre

Federico ne va pas vous faire de poésie sur le temps qui passe et tout et tout. Tout est dans le titre d’façon !

Les maisons

Un roman de Fanny Britt.

3 carottes

Avec Les maisons, nous sommes dans la tête de Tessa pendant les trois journées qui précèdent ses retrouvailles avec son premier amour, Francis. Trois garçons adorables, un époux aimant, un boulot d’agente immobilière, des souvenirs d’enfance et d’adolescence… Tessa remue sa vie dans tous les sens à l’aune de cet amour passionné et jamais cicatrisé.

Et ouais, l’héroïne de Fanny Britt est une jeune maman bobo blasée par sa routine et ses rêves éteints, qui va vibrer de nouveau au retour dans sa vie de son premier amour… Mais Federico a beaucoup aimé ! Car Les maisons demeure la vraie vie, pas un conte de fée ; pas de sentimentalisme, plutôt des émotions décrites avec justesse et style.

De plus, cette totale remise en question a particulièrement intéressé notre ami lapin, parce qu’il s’est retrouvé dans ce monologue intérieur. Ne jouons-nous pas nous aussi nos drames personnels et notre insatisfaction chronique dans le cercle fermé de nos pensées, sans interruption, avec des hauts et des bas, une multitude de « et si… » et de monde refait ? Voilà ce qui se cache dans Les maisons !

img_0596Naufrages

Un roman de Biz.

2 carottes

Roman court qui se lit d’une traite, Naufrages a englouti Federico pour le recracher un peu paumé sur la plage. Car il y a un twist assez horrible au milieu de ce livre qui en précipite la lecture ; mais une fois fini, il est mieux de ne plus y penser et ce sont ses défauts qui resurgissent…

Le fait que notre ami lapin s’attendait à un ouvrage à tendance dystopique mais qui tourne en drame familial contemporain l’a déstabilisé. Frédérick est un jeune fonctionnaire qui se voit relégué au département des Archives au sous-sol, mais aucun travail ne lui est donné. Il commence à déprimer d’être aussi inutile et de s’ennuyer autant, sa jolie femme et son adorable bébé étant tout ce qui lui reste de sympa au quotidien. Alors que cette première partie a des allures d’absurde Orwellien, bim ! le twist arrive et l’histoire prend une autre direction : sortez vos mouchoirs…

Si Naufrages a beaucoup touché notre ami lapin sur le coup, il n’en reste maintenant pas grand-chose. En partie certainement en raison de cette écriture, maîtrisée certes, mais parfois trop stéréotypée, que ce soit dans la narration ou dans ses personnages souvent décrits de manière caricaturale.

La mare au diable

Un roman de George Sand.

2 carottes

400px-sand_-_la_mare_au_diable_illustration10Avec La mare au diable, classique de cette chère George Sand, notre ami lapin était content de retrouver l’univers de La petite Fadette, c’est-à-dire la campagne berrichonne et les amourettes paysannes. Ici c’est l’histoire de Germain, veuf de 28 ans dont le beau-père conseille le remariage avec une veuve d’un village voisin. Il part à cheval accompagné du petit Pierre, son fils, et de Marie, jolie fille de 16 ans qui va devenir bergère. Au crépuscule, les alentours de la mare vont faire tourner la tête à Germain.

Force et simplicité des sentiments, description et incarnation des mœurs paysannes : voilà ce qu’il y a de plaisant chez George Sand. L’histoire de La mare au diable est également entourée d’une lourde préface commentant une gravure allégorique de la vie champêtre, et de longues appendices décrivant les coutumes d’un mariage dans le Berry ; l’histoire de Germain et Marie semble toute petite à côté… C’est pourquoi Federico préfère La petite Fadette à La mare au diable, roman plus long et donc plus attachant, lu voilà plus de 6 ans mais qui l’a davantage marqué !

L’homme qui mit fin à l’histoire

Un roman de Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti.

2 carottes

Voici un court roman de science-fiction qui prend la forme étonnante d’un documentaire télé.

Les chapitres débutent donc par des didascalies nous présentant la scène et les mouvements de caméra, le récit devenant une série de reportages, témoignages et débats télévisuels. C’est le combat de l’historien Evan Wei et de son épouse physicienne Akemi Kirino qui nous est raconté. Ensemble, ils ont créé un procédé permettant d’observer le passé à une date et un lieu donné (Federico vous passe les détails techniques de leur découverte scientifique).

15933974_10158005864165082_1996396183_oLa période qu’Evan Wei choisit d’observer est celle de la seconde guerre mondiale en Chine, à Pingfang précisément. Y étaient installés les militaires japonais de l’Unité 731 qui réalisaient des expériences plus que sordides sur des prisonniers chinois. Vivisections, amputations, inoculation de maladies, viols, etc. Les témoins oculaires envoyés par Evan et Akemi attestent de ces horreurs, mais la communauté internationale a du mal à accepter cette nouvelle façon de traiter l’Histoire, surtout le Japon, bien sûr, mais aussi la Chine et dans le fond tous les pays ayant quelque chose à se reprocher (beaucoup donc).

L’auteur nous dresse une savante réflexion sur l’Histoire, la mémoire collective et le rôle des états vis-à-vis du passé. Federico a été assez touché par cette lecture, notamment par cette partie de l’histoire sinno-japonaise qui lui était inconnue. Toutefois, la brièveté du roman lui laisse un souvenir assez diffus, comme s’il manquait quelque chose pour donner corps au récit qui perd son identité SF au profit du documentaire.

Récap’ :

Les maisons, Fanny Britt, 2015, Le Cheval d’août, 222 pages

Naufrages, Biz, 2016, Leméac, 136 pages

La mare au diable, George Sand, 1846, 192 pages

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti, 2016, Le Bélial’, 112 pages

La fiancée américaine

Un roman d’Éric Dupont.

4 carottes

Federico va enfin vous parler de ce pavé formidablement cool qu’est La fiancée américaine.

Cela lui a pris du temps avant de se lancer, car il ne savait pas comment mettre des mots sur cette lecture. De toute façon, il sera plus juste de se faire une idée de ce roman en le lisant. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, qui est étrangement à côté de la plaque !

La fiancée américaine est un roman comme Federico les aime : des histoires en veux-tu en voilà, qui amusent, indignent, attristent, questionnent, émeuvent le lecteur, mais aussi des personnages pas piqués des vers qui évitent les stéréotypes, des pérégrinations de par le globe qui font voyager dans la tête, et enfin un style d’écriture solide couplé à un plaisir de la langue évident de la part de l’auteur.

la fiancée américaineEn gros, La fiancée américaine parle des descendants successifs de Madeleine l’américaine, une cousine éloignée que l’on a fait venir des États-Unis en 1918 pour épouser le jeune Louis-Benjamin Lamontagne dans le village québécois de Rivière-du-Loup (à cause qu’elle s’appelait Madeleine, parce que dans la famille on n’épouse que des Madeleine, c’est comme ça). Mais cette fiancée yankee n’est la vedette que du premier chapitre de ces 750 pages, et c’est davantage les générations suivantes dont l’on va suivre les pas : son fils, Louis Lamontagne, homme-fort surnommé le Cheval Lamontagne ; sa petite-fille Madeleine, aux sentiments insondables et l’ambition implacable ; et ses deux-arrières petits-fils, Gabriel et Michel, qui vont s’envoyer des lettres entre Rome et Berlin pendant un bon quart du bouquin. Ajoutons-leur Madeleine la « Mére », qui va traverser le siècle avec la fidèle sœur Marie-de-l’Eucharistie, ainsi qu’une Magdalena allemande et une touchante Solange, la petite voisine qui va se faire ombre des Lamontagne.

Truffé d’univers variés, La fiancée américaine a fait trembler notre ami lapin sous les remous tragiques de la débâcle allemande de 1945, transpirer au rythme de cours de gym musclés à Toronto et vibrer sous la mélodie persistante de l’opéra fellinien Tosca. Cette lecture se rappelle à lui comme un chemin pavé de petites croix en pendentif, de flèches perdues dans les nuages et de rumeurs qui montent et descendent allégrement la rue principale d’une petite bourgade au bord du fleuve.

Ouais, c’est pas très clair… parce qu’il faut lire le livre !

Vous l’aurez compris, tout s’éparpille à droite à gauche. Federico s’est trouvé face à un gigantesque puzzle dont il connait toutes les pièces mais qu’il aurait bien du mal à assembler parfaitement. À la fin, l’œuvre est belle et ressemble à quelque chose de tangible, foisonnant et furieusement sympatoche. De sacrées bonnes histoires lui ont été contées là !

Éric Dupont, La Fiancée américaine, Marchand de feuilles, 2012, 748 pages

La femme qui fuit

Un roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

3 carottes

Dans la petite tête de Federico, La femme qui fuit a ouvert la porte à une flopée de profondes réflexions ; on peut même dire que cette lecture l’a un peu secoué.

Car quel mystère que cette femme, Suzanne Meloche, ontarienne francophone, qui a abandonné tour à tour ses parents et ses frères et sœurs, son époux et ses jeunes enfants… une femme qui a constamment passé sa vie à fuir ?

la femme qui fuitLa femme qui fuit est tissé des bribes éparses que l’auteure a pu retrouver sur la vie tumultueuse de sa grand-mère insaisissable. Anaïs Barbeau-Lavalette a dû engager une détective privée pour enquêter ; et, peu à peu, son histoire, son enfance, ses errances se sont dévoilées à elle.

D’abord dérouté par le ton et tiraillé par ses suspicions envers la véracité de chaque faits et gestes rapportés, imaginés sûrement, Federico a vite été pris au jeu du passionnant, singulier et dramatique destin que cette femme s’est construit.

Suzanne Meloche passe une enfance rude et frustrée pendant la Grande dépression, entre son père honteux d’avoir perdu son poste d’instituteur et d’être réduit à cueillir des pissenlits pour quelques sous, et sa mère sévère et épuisée qui ne compte plus les enfants qu’elle met au monde. Lorsqu’à 18 ans Suzanne part étudier à Montréal, elle fait des adieux succincts à ses parents, ses frères et ses sœurs qu’elle ne reverra pour ainsi dire jamais. Dans la métropole québécoise, elle joint un groupe de jeunes intellectuels et artistes de l’automatisme qui signeront le manifeste du Refus global en 1948. Elle s’essaie à la peinture et à la poésie, épouse le jeune peintre et ébéniste Marcel Barbeau, avec qui elle aura deux enfants ; elle reste au foyer, ils vivent pauvrement. Puis elle part, les abandonne tous les trois. Elle part en Gaspésie, puis Bruxelles, l’Angleterre, New York et les États-Unis où elle se joint à la cause des Noirs dans les états du Sud. Amants et amantes s’enchaînent au fil des ans. Elle revient un temps à Montréal, puis à Ottawa où, femme âgée, elle recevra pendant quelques minutes la visite impromptue et douloureuse de sa fille et sa petite-fille qui l’auront retrouvée.

Pendant sa lecture, notre ami lapin était en proie à d’intenses questionnements sur la construction du rôle social de la femme, la maternité comme accomplissement féminin, le choc des personnalités et la confrontation des êtres, les conséquences de l’abandon parental, le combat entre nos envies et nos choix dans le fil de notre quotidien et comment ils construisent notre existence…

Rien de moins.

Il est difficile de dire ce que Federico a véritablement ressenti en lisant La femme qui fuit : un mélange d’émerveillement, d’incompréhension et de jugement devant l’effronterie de cette femme envers les devoirs que la société lui assigne, sa faiblesse et son irresponsabilité, sa personnalité indépendante et froide, difficile à cerner, déroutante. Federico a été dérouté.

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, Marchand de feuilles, 2015, 464 pages

Federico au Québec : jour 6, 7 et 8

Federico se pose entre deux promenades pour vous faire un résumé en photo et en cartes de ces derniers jours, c’est reparti !

Jour 6 : ascension du Mont-Royal (en bus…)

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Non, Federico ne chausse pas ses skis, ni ses raquettes, ni rien du tout : il monte sur le Mont-Royal en bus, fait quelques mètres à pieds, admire la vue et redescend en bus. Pour l’aventure on repassera. Il faut dire qu’il a entrepris ce périple en milieu d’après-midi, ce qui en hiver au Québec, équivaut à la tombée de la nuit. Mais il n’a pas été déçu du voyage : depuis le Mont-Royal la vue sur le centre-ville de Montréal sous le soleil couchant est à couper le souffle !

Jour 7 : Federico à Québec

(La carte spéciale Québec, c’est par ici !)

IMGP2956Après trois heures de train à travers la blanche campagne Québécoise, Federico débarque dans la ville de Québec. Notre ami lapin fait un rapide tour du Vieux Québec puis part étancher sa soif de connaissances au Musée des Civilisations. Il va entre autres assister à une visite guidée éclair de la section consacrée au Québec depuis les premiers colons, avec une guide intéressante mais un peu trop pressée d’en finir ! En sortant du musée à la nuit tombée, Federico découvre un Vieux Québec tout en lumières. Le quartier du Petit Champlain semble tout droit sorti d’un conte de Noël. Vitrines chaleureuses, guirlandes lumineuses, sculptures de glace : tout est mis en œuvre pour émerveiller les touristes. Et ça marche ! Toutes ces émotions, ça creuse : votre chroniqueur dévore une nouvelle poutine dans la brasserie La Souche.

IMGP3044Jour 8 : Federico encore à Québec

Un bon pain perdu au sirop d’érable dans le ventre, Federico se rend en bus aux chutes Montmorency. Le spectacle ne cesse d’impressionner notre ami lapin :  la rivière jaillit entre les blocs de glace et va rejoindre l’eau gelée en bas. Au loin, le Saint-Laurent trimballe ses bébés icebergs. La promenade autour des chutes est très plaisante, Federico y rencontre des mésanges à tête noire et de gros écureuils. De retour dans le Vieux Québec, les pas de Federico le conduisent sur les remparts, puis sur la terrasse Dufferin et la promenade des Gouverneurs. Au cours de ce petit périple, il peut admirer d’un côté la force tranquille du fleuve Saint-Laurent, de l’autre les constructions humaines destinées à nous en mettre plein la vue : les remparts et leurs canons, le château Frontenac et ses fenêtres, et enfin la citadelle Vauban.

Mais déjà la nuit tombe et le train de Federico part bientôt : au-revoir Québec !

Federico au Québec : jour 3, 4 et 5

Les aventures de Federico continuent ! Le « décalcage » horaire et le rhume n’ont pas empêché notre ami lapin de profiter de la belle ville de Montréal. Résumé des derniers jours (avec encore une fois la carte et les photos en cliquant sur les miniatures !)

IMGP2805Jour 3 : dans le pâté.

Mercredi, votre chroniqueur décide de se reposer un peu, parce que n’oublions pas qu’il est en vacances et qu’il peut se permettre une journée off. De plus, il fait très froid et le vent souffle fort, il fait -16° C, ressenti -27° C. Federico se contente donc d’une petite promenade dans le pâté de maison où il réside, déambulant dans les rues De Lorimier, Beaubien et autour du parc Père-Marquette. Il ne prend qu’une photo, la voici.

Jour 4 : papilles et musée.

IMGP2806Jeudi, Federico se frotte aux spécialités culinaires locales. Il commence dès midi en allant dîner au St-Viateur Bagel & Café de l’avenue du Mont-Royal. Au menu, un bagel classique avec saumon et fromage frais. Le bagel est très bon mais la garniture est assez fade, à moins que le rhume n’obstrue les papilles de notre ami lapin ? Après ce bon repas, il descend l’avenue Christophe-Colomb et va se balader dans le parc La Fontaine. Celui-ci est totalement recouvert de neige (ailleurs dans la ville, elle a bien fondu sur les routes et trottoirs) et pour Federico qui n’est pas habitué à ce genre de paysage, c’est tout simplement magique. Le lac gelé accueille les patineurs et les écureuils font les fous dans les arbres. Notre ami lapin passerait bien son après-midi ici mais il a d’autres projets. Il reprend un métro qui le conduit en centre-ville, près du Musée des Beaux-Arts. La visite commence avec une section Arts décoratifs qui plaît beaucoup à Federico : dans une explosion de couleurs et de formes, les œuvres se dévoilent. Si le reste du musée l’emballe moins, l’aménagement des œuvres et leur mise en valeur sont très réussis et en fait un lieu vivant où il est très agréable de déambuler. Après un aussi riche après-midi, Federico s’attaque au monument culinaire du cru : la poutine. Des patates, du fromage, de la sauce : ça cale !

Jour 5 : des vieilleries.

IMGP2855Le Vieux-Montréal est un quartier emblématique de la ville : c’est ici que s’est écrit son histoire depuis l’arrivée des colons européens. Federico est donc très curieux d’aller à sa découverte. Ses pas l’entraînent dans un premier temps sur la promenade du Vieux-Port depuis laquelle il peut admirer le fleuve Saint-Laurent, le pont Champlain et l’île Sainte-Hélène. Dans le port de plaisance quasiment vide, deux bateaux sont pris dans les glaces. Federico s’attarde sur le quai de l’Horloge puis décide d’entrer dans le vif du sujet. Il débarque dans la vieille ville par Le château Ramezay, qui a été transformé en un musée relatant l’histoire de la Nouvelle-France. Malgré les louanges unanimes des guides touristiques, la visite ennuie copieusement Federico et il en ressort un peu assommé. C’est peut-être pour cette raison que le Vieux-Montréal n’arrive pas à le séduire. Beaucoup de boutiques sont fermées et toute la zone autour de la Basilique Notre-Dame de Montréal est bouclée pour cause… d’hommage au défunt mari de Céline Dion. Federico a très envie de se poser dans un endroit chaud pour boire et manger des choses sucrées. Qu’à cela ne tienne, il reprend le métro vers le plateau du Mont-Royal, direction St-Viateur Bagel & Café !

Federico au Québec : jours 1 et 2

Bonjour les amis ! Vous pensiez que Federico vous avait oublié et qu’il n’allait finalement pas vous raconter ses trépidantes aventures en Amérique du Nord ? Pas du tout, il avait juste oublié son mot de passe WordPress. Le décalage horaire… même Federico en est victime !

Ce problème étant résolu (celui du mot de passe, pas celui du décalage horaire), Federico peut à présent vous faire partager ses découvertes. À travers les albums photos en ligne (cliquez sur les photos !) et une carte de Montréal, suivez les traces de notre ami lapin durant ses deux premiers jours d’exploration.

IMGP2767Jour 1 : Federico fait du magasinage !

Pour commencer la semaine de la bonne patte, Federico sacrifie à une coutume nord américaine qui commence à envahir l’Europe : le brunch. Direction Chez Régine, un très sympathique café dans lequel notre ami lapin se régale d’un déjeuner des plus copieux (c’est-à-dire le petit-déjeuner). Il se rend ensuite au marché Jean-Talon pour faire le plein de bons légumes et de sirop d’érable ! Dehors, la neige tombe en continu et maintient la ville sous un manteau tout blanc qui n’en fini pas d’émouvoir Federico. Cette journée se termine par une déambulation dans le quartier du Plateau Mont-Royal et dans l’avenue du même nom, très commerçante.

Jour 2 : un peu d’architecture !

IMGP2786Les effets du décalage horaire se faisant sentir sur les petits yeux fatigués de notre ami lapin, celui-ci décide d’y aller mollo et ne commence son exploration montréalaise qu’après le dîner (le déjeuner des français, vous suivez ?). Cela ne l’empêche pas de faire une bonne promenade dans le centre-ville, entre les rues Sainte-Catherine, Peel et University. Le nez en l’air, Federico admire tours de verre et immeubles de la fin du XIXe entre lesquels viennent se glisser des églises. La balade est très dépaysante car les architectures qui se dévoilent sous les yeux de Federico sont très typiquement américaines ! Le froid étant particulièrement mordant, notre ami lapin en profite pour découvrir les galeries souterraines dont on lui a tant parlé. Si le chauffage et les toilettes sont un intérêt non négligeable de ces places, cela reste néanmoins un enchaînement de centres commerciaux pour chaînes internationales de vêtements et d’alimentation, ce qui ne passionne pas vraiment votre chroniqueur. La journée de Federico se termine devant un saladier de ramens (oui, un saladier) chez Lan Zhou, dans le quartier chinois de la ville.

P. S. : Pour que les légendes des photos s’affichent sur Picasa, cliquez sur l’icône Infos.

Atterrissage immédiat

arrivalFederico vous avait promis de vous emmener en vacances avec lui et c’est chose faite : bienvenue à Montréal !

Pendant treize jours, Federico va manger de la neige et faire des bonds dans le sirop d’érable, mais aussi écouter les gens parler et les regarder vivre.

Voici en exclusivité les premières photos de votre chroniqueur-baroudeur, prises cet après-midi, quelques minutes seulement après son arrivée au Québec.

Après de longues heures d’avion au cours desquelles il a littéralement voyagé dans le temps (six heures de décalage horaire, ça décalque !) notre ami lapin avait bien besoin de se dégourdir les pattes. Quoi de mieux qu’un petit plongeon dans la neige montréalaise ? Ne trouvez vous pas que Federico a toute la noblesse du lièvre polaire sur ce cliché ?IMGP2755

 

Putain

Un roman autobiographique de Nelly Arcan.

1 carotte

Au commencement, ce livre avait 3 carottes.

La narration était limpide et franche, l’écriture bien tournée, embarquant Federico dès les premières lignes dans des phrases immenses (s’étalant souvent sur plusieurs pages) dans un récit outrageusement déstabilisant qui a fait couler beaucoup d’encre lors de sa parution. Car Nelly Arcan fait dans Putain le récit intérieur d’une jeune prostituée retranchée dans son être autant que dans sa chambre d’hôtel en haut de sa tour du centre-ville de Montréal. Crue, sans pudeur ni illusion, l’auteure développe un œil tristement analyste et nous fait douter des frontières entre sa réalité et la fiction, puisqu’elle fut elle-même escort lors de ses études en littérature. Elle parle aussi beaucoup du suicide ; c’est embarrassant car on sait comment ça finit

Puis, ce livre est tombé à 2 carottes.

putain-nellyarcanCar, de plus en plus, Federico avait la nette impression que la narratrice (ou l’auteure) prenait le lecteur pour son psy. Elle ne s’arrêtait plus de ressasser les mêmes affaires, éternisant ses réflexions sur sa putasserie (comme elle aime à répéter ce mot), et remplissant des pages et des pages sur sa mère puis son père, son père encore et sa mère de nouveau, rabâchant continuellement les mêmes obsessions œdipiennes. Notre ami lapin fut bien content d’arriver à la fin de cette litanie !

Mais il ne reste plus qu’une carotte au compteur…

Car, en écrivant sa critique, Federico réalise ne pas avoir un très bon souvenir de cette lecture, finalement décevante, voire agaçante. Cet épanchement intimiste et égocentrique l’a au bout du compte épuisé et lassé, les propos touchants et intéressants ne pesant finalement plus grand-chose au regard de cette sordide et longue confession.

Et puis il y a certainement aussi cette vision insupportable de la femme et de son image qui déplait férocement à Federico et que Nelly Arcan entretient : dans ses mots, la femme est comme un bout de viande victime de sa condition de bout de viande, une fatalité qui serait en définitive dans l’ordre des choses… Eurk.

Nelly Arcan, Putain, Éditions du Seuil, 2001, 190 pages

Nikolski

Un roman de Nicolas Dickner.

Notre ami lapin a eu un véritable coup de cœur pour ce roman qu’il a dévoré en très peu de temps ! Paru chez un petit éditeur indépendant, ce livre est un best-seller couronné de nombreux prix au Québec et à l’étranger. Federico ne pouvait donc pas le mettre de côté dans sa découverte de la littérature québécoise contemporaine, et il a eu bien raison.

Nikolski, c’est un livre plein de vie, de mots et de voyages. Un livre comme il se doit, en somme.

Nikolski est donc un livre que l’on lit avec grand plaisir, et ce dès les premières pages. D’emblée, les histoires des divers personnages nous sautent à la figure avec entrain et joie de vivre ; on découvre avec délectation les petites et grandes aventures des héros, à la fois très communs et hors du commun…

Entre autres, c’est l’histoire de Noah, de Joyce et celle d’un narrateur sans nom. Chacun de leur côté, ces jeunes gens (autour de la vingtaine) entament leur premier grand voyage, celui de l’autonomie, dans la ville de Montréal. Noah quitte sa mère qui parcourt en roulotte depuis des années les prairies de l’Ouest canadien, Joyce laisse derrière elle le village isolé des îles du nord au parfum d’Acadie, quant au narrateur inconnu, il fait le ménage dans la maison familiale de la banlieue de la métropole après le décès de sa mère. Le roman vous fait donc pas mal voyager dans les paysages canadiens, de Sept-Île à Vancouver, et avec un crochet par l’Amérique du Sud…

Petite note : Nikolski, c’est le nom d’un village sur une minuscule île au large de l’Alaska. Pour savoir ce qu’il fait là, il faudra lire le livre bien sûr !

Si les trois héros ne le savent pas, le lecteur, lui, est dans la confidence : tous ces personnages sont liés, que ce soit par des liens familiaux ou par des objets incongrus comme un compas qui n’indique pas le nord ou un livre sans couverture… On a même droit à des récits de flibustiers, de civilisations amérindiennes, d’une poissonnerie, de l’archéologie des déchets et du fonctionnement des bureaux de poste… Non, ce n’est pas fouillis, c’est bien au contraire foisonnant d’inventivité et de grande ouverture sur le monde !

Federico vous incite très fortement à lire ce livre si vous avez besoin de vous détendre, de prendre le temps de vivre et vous laissez porter par des mots justes sur des histoires touchantes. Car le style de l’auteur est lui aussi un argument de poids pour vous décider : la maîtrise de l’écriture est si complète et sincère que la lecture n’en est que plus agréable et enivrante… On aimerait juste pouvoir se resservir à volonté !

Nikolski, Nicolas Dickner, Québec, éditions Alto, 2005, 328 pages (publié en France chez Denoël)

Nikolski est pas mal proche de l’esprit de cet autre livre, déjà adoré auparavant par votre serviteur lapin. Voilà une nouvelle raison d’aller le lire !

Les enfants moroses

Une recueil de nouvelles de Fannie Loiselle.

Comme la plupart des humains, Federico n’est pas un grand lecteur de nouvelles. Bien mal lui en a pris jusque-là de bouder ce genre littéraire ; grâce aux éditions Marchand de feuille, il peut maintenant lire Les enfants moroses.

Première publication d’une jeune québécoise de 26 ans, ces textes sont qualifiés de nouvelles, mais ils ont tous les airs d’un roman. Chaque histoire s’attache à un petit moment, un fait dans la vie de jeunes adultes désorientés, désabusés, désenchantés, taciturnes, à l’humeur ombragée… moroses quoi.

Ainsi, dans les rues de Montréal, on croise Camille, Christophe, Sarah, Audrey… Parfois nommés dans le titre de la nouvelle (« Le voisin d’Audrey »), parfois non identifiés, on recroise plus tard l’un ou l’autre, en se demandant si Audrey est bien la sœur d’unetelle, celle qui avait adopté un serpent, qui coure la nuit et qui trouve une lettre de rupture au verso d’une recette de pain à la banane. Mais les liens entre ces historiettes ont finalement très peu d’importance, ces moments fugaces et anecdotiques nous emportent et nous rappellent les nôtres, lorsque nous avons l’humeur triste ou pensive.

On se laisse guider très facilement par l’écriture de Fannie Loiselle qui peint avec finesse et simplicité le quotidien d’une jeunesse un peu paumée. On songe beaucoup, la tête dans la lune, comme ces êtres moroses qui errent, un peu perdus, dans leur vie qui stagne un instant avant de repartir.

Avec la très agréable surprise de cette lecture aérienne et émouvante, Federico a découvert un éditeur québécois qui mérite son attention : les éditions Marchand de feuilles, dont le soin apporté à la fabrication et au graphisme enchante les mains et les yeux de notre ami lapin.

Pour finir, il faut noter qu’on trouve dans ce livre une histoire de lapin, celui qui n’a pas d’oreille. Pour être comme tout le monde, on lui conseille « d’arracher les oreilles d’un autre lapin et de se les coller sur la tête ». Le lapin va-t-il oser faire ça ? Moralité de l’histoire : « Dans la vie, on n’a pas tout ce qu’on veut, mais ce n’est pas une raison pour arracher des oreilles. » À méditer.

Les enfants moroses, Fannie Loiselle, Éditions Marchand de feuilles, 2011, 152 pages

L’enfirouapé

Sorti de son hibernation hivernale, Federico gambade avec joie dans les flaques de neige fondue, museau frissonnant dans le vent printanier. De retour parmi ces congénères friands d’histoires, il exhume pour vous de son nid douillet les ouvrages québécois qui ont accompagné sa retraite.

Pour débuter, Federico va vous parler de deux romans qui prennent chacun pour décor une page importante de l’histoire du Québec, celle de la Révolution tranquille.

Parenthèse historique : s’étendant sur les années 1960, la Révolution tranquille marque la construction de l’actuelle province québécoise et de son identité francophone. Elle sera notamment marquée par la Crise d’Octobre de 1970 déclenchée par la cellule armée du Front de libération du Québec (FLQ).

Commençons avec le premier roman d’Yves Beauchemin, L’enfirouapé.

En bon français québécois, Enfirouaper signifie « se faire avoir », « se faire arnaquer ».

Un beau matin, Maurice décide de quitter son travail ingrat dans une manufacture montréalaise pour aller tenter sa chance ailleurs (en commençant par se ressourcer chez ses parents…). Sur la route pour quitter la ville, il prend Julie en auto-stop. Bien mal lui en a pris… Si la jeune fille est charmante comme tout, elle aura la mauvaise idée de lui présenter son oncle, le député véreux Jerry Turcotte. Embobiné en beauté par ce dernier, Maurice passera trois années emprisonné à ruminer sa vengeance, et deviendra malgré lui un activiste de cette période troublée d’octobre 1970.

Federico n’a eu aucune peine à entrer dans cette histoire, notamment à travers le ton détaché et burlesque de l’auteur. Les expressions québécoises (parfois potaches dans le discours du député et de son homme de main) nourrissent le récit d’une vitalité et d’une chaleur qui rendent la lecture accrocheuse. Il en est de même pour les personnages à la fois truculents et poétiques, étonnamment anormaux et attachants : le poète d’opérette, le muet conciliant, la jeune fille illuminée (au sens propre : elle voit Jésus !), le révolutionnaire buté, le (très) mauvais avocat, etc. Et, parmi eux, le héros qui, s’il n’est pas si bête que ça, parvient à se faire entuber par un personnage qui n’encourage pourtant aucune confiance et qui se révèlera finalement extrêmement pathétique lorsque le vent tourne.

Si l’on se doute dès le début que Maurice va « s’enfirouapé », il est par la suite perturbant de suivre le cheminement de personnages qui s’embrigadent dans une action révolutionnaire sans, semble-t-il, en avoir véritablement la volonté. Ce roman est donc à la fois cynique et tragique… une belle fable sur cette période troublée, mais faut-il la prendre au sérieux ?

L’enfirouapé, Yves Beauchemin, Éditions Stanké, 1974, 272 pages

La Pastèque

Vous n’en croyez pas vos oreilles, la communauté des lapins non plus… voici le 100e article de Federico sabe leer ! Pour fêter dignement cet événement monumental, votre lecteur poilu préféré a la joie de vous raconter un chouia sa vie ! En partance au Québec pour quelques mois, Federico va vous parler de ces trouvailles littéraires et lapines qui pullulent ici, de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour sa première chronique, notre ami lapin a décidé de vous parler non pas d’un seul et unique livre, mais d’une maison d’édition québécoise de bande dessinée, il s’agit de La Pastèque. Ses livres sont de beaux objets, on y sent le soin infini qui a été mis dans chaque projet d’édition. Ainsi, le catalogue de la maison regorge de perles et de curiosités où l’on aimerait avoir le temps d’aller fourrer ses moustaches. Federico a donc toutes les peines du monde à faire une sélection des titres et des auteurs qu’il apprécie le plus et espère de tout cœur qu’il réussira à vous donner l’envie d’aller voir par vous-même ce qu’il y a de chouette chez La Pastèque.

Macanudo

Une des premières découvertes de Federico chez La Pastèque fut celle de la traduction en français des strips de l’auteur argentin Liniers. La série Macanudo parait chaque jour dans le quotidien La Nacion, et trois tomes sont parus à ce jour chez l’éditeur québécois.

Au fil des cases, le lecteur de Macanudo se familiarise avec la rêveuse Madariaga, petite fille et grande lectrice, et de son chat Fellini, avec Z-25 le robot sensible qui pourrait parvenir à vous faire pleurer, avec une pléthore de pingouins et de lutins qui s’amusent comme des petits fous mais toujours avec un flegme assuré (sans compter une vache cinéphile, des olives, et que sais-il encore…).

En quelques mots, Macanudo c’est de la finesse, du burlesque et de l’optimisme. À lire sans prise de tête, le cœur et l’esprit ouvert !

Les éditeurs de La Pastèque parviennent à mettre davantage de mots sur le travail de Liniers, Federico invite donc les lecteurs dont la curiosité a été titillée à aller les lire sur leur site.

Valentin

Vous aimez les chats ? Eh bien ce n’est pas forcément nécessaire pour aimez Valentin. Car si Valentin est le nom d’un bon gros matou câlin, il est aussi l’élément perturbateur de l’histoire car il vient carrément chambouler la vie d’un couple !

C’est donc l’histoire de Stéphanie, montréalaise, la trentaine, qui tombe en amour avec ce chat si adorable et affectueux. Le problème, c’est que son chum (son mec) est terriblement allergique à ces bêbêtes. Il pose un ultimatum à sa blonde (sa meuf) : c’est Valentin, ou lui ! Qui Stéphanie va-t-elle choisir ? L’histoire, entre drame et comédie, se joue avec naturel sur un ton humoristique inattendu. Le trait fin du dessin associé à de très jolies couleurs aquarelles nous permettent de suivre avec délice les saisons qui se succèdent dans la ville québécoise ; ils allument l’espace urbain où l’on aimerait prendre une marche avec les personnages.

Avec cette bande dessinée, Federico a découvert l’auteur québécois Pascal Girard. Chez La Pastèque, vous pouvez lire de cet auteur Paresse, une série de strips autobiographiques plein d’auto-dérision et de réflexions quotidiennes, ainsi que Jimmy et le Bigfoot.

Paul à la pêche

Pour finir cette courte sélection, Federico ne peut passer à côté de la série Paul, véritable succès littéraire au Québec et à l’international. L’auteur québécois Michel Rabagliati vient de publier le sixième opus de son héros et alter ego de papier, Paul au parc, déjà en tête des ventes au Québec.

Que dire, sinon que Paul est une série à la fois moderne et classique. En noir et blanc, les dessins font penser au style atome des années 1950 et il est impossible de ne pas penser à Tintin et la ligne claire (Rabagliati est un grand fan de bande dessinée, notamment de Hergé). Mais l’auteur a un trait et une voix bien à lui : ses personnages attachants évoluent avec force sous nos yeux et ses décors sont étonnamment détaillés. Certes profondément ancrés dans la culture et le quotidien québécois (et la langue !), les livres traitent de thèmes universels avec tact et émotion. Eh puis, comment ne pas aimer ce brave Paul ?

Federico a choisi Paul à la pêche (mais toute la série est à dévorer !). On y parle de pêche, bien entendu, mais l’écologie n’est pas très loin… On y parle aussi d’usines qui se robotisent et délocalisent, et d’assistanat social. On y parle aussi du désir de maternité de Paul et Lucie, et des coups durs éprouvants qu’ils encaissent avant d’être enfin parents… Coudon ! Si vous n’avez pas les larmes aux yeux avec cette histoire-là, en quoi êtes-vous fait ?

Federico aime l’hypertexte, voici de quoi vous informer et vous donner envie de lire les aventures de Paul :

– d’un point de vue québécois.

– d’un point de vue français.

Régalez-vous !

Liniers, Macanudo, La Pastèque, 2008, 96 pages

Yves Pelletier et Pascal Girard, Valentin, La Pastèque, 2010, 136 pages

Michel Rabagliati, Paul à la pêche, La Pastèque, 2006, 208 pages