La revanche du petit juge

Un roman de Mimmo Gangemi, traduit de l’italien par Christophe Mileschi.

2 carottes

L’histoire de ce roman policier se passe en Italie, en Calabre où la mafia locale, la Ndrangheta, fait sa loi.  Alors qu’il vient d’être condamné à une lourde peine de prison, un homme menace de mort le juge Giorgio Maremmi. Alors que personne ne prend au sérieux ces paroles, le juge est bientôt retrouvé mort dans la résidence réservée au personnel du palais de justice. Son collègue et ami, Alberto Lenzi, pourtant plus réputé pour ses conquêtes féminines et son manque d’investissement, décide de prendre part à l’enquête autour de cette mort mystérieuse.

©SeuilDans ce livre, Federico a aimé l’alternance de la narration, d’un personnage à l’autre, qui fait bien monter le suspens, sème des indices et embrouille tout le monde. On a le droit au juge qui meurt au début, à Alberto Lenzi bien sûr, à des gens qui ont des soucis avec la mafia et qui vont bientôt en avoir encore plus et, le meilleur pour la fin, Don Mico chef de la Ndrangheta. Ce dernier, mourant (enfin presque) croupit en prison et même si c’est lui qui y fait la loi, il aimerait bien en sortir quitte à aider un peu les enquêteur…

Dans ce livre, Federico a aimé l’ambiance et la plongée au cœur de cette mafia un peu old school qui tient à ses valeurs (si si). Le vocabulaire utilisé, les personnages, le paysage, tout cela vient créer un cadre qui vous plonge dans cette enquête pleine de dangers et de faux semblants.

Dans ce livre, Federico n’a pas du tout aimé la place des femmes. Elle n’ont jamais la parole, mais ça l’intrigue peut le justifier et le lecteur peut accorder son pardon. Elles sont divisées en deux catégories : les vieilles épouses moches et chiantes versus les beautés incendiaires qui servent à faire joli et qu’on met dans son lit. Mais après tout, nous sommes en Italie, terre de machos, on peut excuser.

Sauf qu’il y a une scène qui a fait passer à Federico l’envie de pardonner et d’excuser. Dans le passage en question notre héros bon vivant décide qu’il est temps pour une de ses jolies collègues d’arrêter de lui résister. Cette femme est une merveille de la création, il est évident qu’elle aime être désirée. C’est lui qui le dit. On ne peut que lui faire confiance puisque comme dit plus tôt, le livre ne donne jamais la parole aux personnages féminins. Le juge plaque donc la donzelle au mur. Malgré ses vagues protestations (répéter « non » à plusieurs reprises, c’est quand même super ambigu, c’est peut-être juste un « oui » maquillé. Dans le doute notre héros préfère prendre ça pour un oui) il est évident que la jeune femme brûle de désir. Tandis qu’elle continue à dire non, Alberto réfléchi à ce qu’il fait. Après tout et aussi dingue que ça puisse paraître, peut-être qu’en disant « non » elle pense « non ». « Ne serais-je pas en train de commettre une agression sexuelle manifeste ? » se demande-t-il. Et puis non en fait, elle ne se débat pas, ne donne pas de coups d’ongles, ne mord pas : par conséquent c’est qu’elle ne se sent pas agressée. Son petit tribunal intérieur continue à délibérer sur quelques lignes avant de déclarer le prévenu innocent, parce que bon, un morceau pareil, ce serait dommage de ne pas y goûter. Pendant ce temps, la jeune fille continue à dire « non » mais finalement notre héros fini par la convaincre du bien fondé de sa démarche en mettant les doigts dans sa culotte. Franchement, pas de quoi en faire tout un plat de carottes râpées.

Federico va se gêner. L’auteur a peut-être voulu décrire la vérité toute nue, mais au final cette scène est dépourvue de toute prise de recul et a rappelé une certaine vidéo sur le viol qui vous explique que c’est un des fantasme secret des femmes. Federico n’est qu’un lapin mais il se permet de remettre en question cette affirmation des plus hasardeuses.

Votre chroniqueur, seul juge de ce blog a donc rendu son verdict : à cause de ce gros dérapage et d’autres petits disséminés dans ce livre, la vengeance du petit lapin s’abat sur la note.

Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge, Seuil, avril 2015, 352 p.