Les enfants sauvages

Un roman de Louis Nowra, traduit par Arnaud Baignot et Perrine Chambon, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

noté 4 sur 4

Voilà un roman qui a chamboulé notre ami lapin, à tel point qu’il lui a fallu des semaines avant de parvenir à mettre des mots sur cette lecture !

Mais voici les mots qu’il a trouvé : intense, sauvage, viande, mélancolie…

Avant, lorsqu’il entendait « enfant sauvage », Federico voyait tout de suite débouler Victor et le docteur Itard, Truffaut et même Gotlib. À cause de ses cours de philo. Désormais, notre ami lapin aura en tête la Tasmanie, les tigres, Hannah et Becky, et ce n’est pas plus mal.

© Denoël, 2014Au XIXe siècle, Hannah a 6 ans et vit en Tasmanie avec sa mère et son père qui passe de longs mois en mer sur un baleinier. Un jour, le voisin (qui n’habite pas non plus la porte à côté), veuf, part en vadrouille en leur laissant sa fille de 7 ans, Becky. La petite famille et son invitée partent en barque pique-niquer dans le bush. Une tempête se lève, la barque se retourne, les parents se noient, les fillettes se retrouvent complètement seules… Mais des yeux les observent, et c’est là qu’elles trouveront leur salut.

Pour survivre dans la nature, les fillettes vont tout simplement vivre comme les tigres qui les ont recueillies : marcher à quatre pattes, vivre la nuit, nues, chasser leur nourriture et la manger sur place, dormir au chaud dans la tanière, migrer avec les saisons… pendant quatre année, jusqu’à ce qu’on les retrouve. Mais sont-elles des petites filles ou bien des tigres ?

Si Federico est un rongeur de carotte, il n’en a pas moins ressenti le goût du sang dans les pages de ce bouquin : lorsque les fillettes se jettent sur leur proies qu’elles dévorent goulument, faisant fi des convenances, ce qui ne donne plus trop envie de manger du steack, même hâché. Le lien entre les deux enfants est également surprenant : de camarades de jeu, Becky devient plus qu’une sœur pour Hannah, un membre de sa meute. Quant aux tigres de Tasmanie, *point wikipédia* sachez que l’espèce est considérée comme éteinte depuis 1936, donc bonne chance pour survivre si un jour vous vous perdez dans le bush, ne comptez pas sur les diables de Tasmanie. Il est aussi question de baleines dans ce livre (pas encore décimées celles-ci), ainsi que de l’ambre gris, ce qui rajoute un goût de sel à celui du sang, un régal.

Mais surtout, l’histoire de Hannah et Becky nous ramène aux fondamentaux de la vie. On se demande pourquoi on se prend la tête avec le métro, les rolex et la béchamel, alors que vivre c’est avant tout manger ce qu’on trouve et dormir où on peut. L’histoire des fillettes est tellement puissante et en dehors de tous repères qu’elle n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, loin de là. Pour dire, avec ce livre, Federico a atteint des niveaux de questionnements comme « l’être humain est un animal comme les autres », « qu’est-ce que la vie ? », « dans quel état j’erre ? » (finalement la philo n’est pas très loin, nature/culture, toussa). Une réponse qui est certaine, c’est que Les enfants sauvages va y rester sur l’étagère de Federico !

Les enfants sauvages, Louis Nowra, Denoël, mars 2014, 176 pages