Le roi disait que j’étais diable

Un roman de Clara Dupont-Monod.

3 carottes

Il est certains personnages, historiques ou non, qui font tellement partie de notre paysage que l’on croit – à tort – tout connaître d’eux. Ainsi, en lisant Le roi disait que j’étais diable, Federico a réalisé qu’il ignorait beaucoup de choses d’Aliénor d’Aquitaine, cette mythique reine médiévale dont Clara Dupont-Monod a fait son héroïne. Il avait notamment oublié qu’après son divorce avec le roi de France, Aliénor est devenue reine d’Angleterre et a donné naissance à Richard Coeur de Lion.

prince jean

Et au Prince Jean, également. On a les références qu’on peut.

Ce manque de culture aura néanmoins apporté un goût particulier à la lecture, car il a permis à Federico de regarder Aliénor non pas comme une statue de marbre drapée dans sa légende mais comme n’importe quelle héroïne de roman. Notre ami lapin a donc pu sauter à pattes jointes dans ce livre qui semble avoir comme objectif de donner un corps et des sens à la jeune Aliénor.

le roi disait que j'étais diableLe roi disait que j’étais diable balaye son premier mariage avec le roi Louis VII. Ils divorceront après quinze années d’une union tumultueuse marquée par la Deuxième Croisade. Ces deux-là n’étaient pas faits pour s’entendre : à Louis la passion de Dieu et des mots, à Aliénor l’amour des troubadours et le fracas des armes. Mettez-les face à un opposant, le premier réglera le problème en usant de diplomatie, la seconde le passera au fil de l’épée et brûlera ses domaines. Malheureusement, à l’époque, les mariages royaux ne se faisaient pas sur la base de tests d’affinités. Ces deux voix vont s’affronter tout au long du livre, donnant à ce dernier une dynamique assez fascinante.

Clara Dupont-Monod le précise à la fin de son livre : il n’était pas question pour elle d’écrire un livre historique. Elle s’est emparée des vides que comprend la biographie d’Aliénor et les a comblé avec une belle palette d’émotions et de sensations. Sous sa plume le Moyen Âge et les lieux parcourus par la reine prennent vie. Dans les pas d’Aliénor, le lecteur peut sentir le soleil qui baigne le Poitou et les odeurs qui émanent des marchés parisiens. Federico aurait aimé que ce roman soit plus long, afin de prolonger cette expérience !

Clara Dupont-Monod, Le roi disait que j’étais diable, Grasset, août 2014, 192 p.

Dark island

Un roman anglais de Vita Sackville-West, trauit par Micha Vicha.

noté 4 sur 4

Il suffit de quelques détails pour qu’un roman que vous n’étiez pas du tout sensé acheter atterrisse dans votre bibliothèque. Avec sa jolie couverture et sa typo très soignée, Dark Island a fait les yeux doux à Federico, qui s’est empressé de l’acheter. Le flair de notre ami lapin ne l’a pas trompé : Dark Island est un grand roman.

©LGFEncore une fois, la personne qui était chargée de rédiger la quatrième de couverture s’est un peu emballée et nous sert la moitié d’une intrigue que Federico aurait préféré découvrir tout seul. Seule chose à sauver : la citation de Sandrine Mariette (qui est-ce ?) à propos du livre. Elle présente Dark Island comme étant un roman « avec château et lord, bal et flirts, amour à mort, le tout écrit à l’eau de rosse. » À l’issue de sa lecture, Federico ne peut être plus d’accord et serait tenté de ne rien ajouter. Mais il faut absolument qu’il vous parle de Shirin.

La belle, la fascinante, l’insaisissable Shirin. Placée au centre du roman, on la suit sur quatre décennies et malgré le temps passé à ses côtés, il est impossible de la connaître vraiment. Comme le lecteur, ses proches ne parviendront jamais à percer le mystère qui l’entoure. Elle a le monde à ses pieds mais le seul amour qu’elle connaisse est celui qu’elle porte à l’ïle de Storn, caillou inaccessible, capricieux et sauvage. Shirin est douce, cruelle, maternelle, égoïste, inaccessible, tout cela à la fois. Dark Island n’est pas un roman très long mais sa construction (on retrouve les personnages tous les dix ans) lui donne une densité exempte de détails inutiles. Il s’en dégage une atmosphère teintée de mystère, aussi forte que délicate.

Dark Island, Vita Sackville-West, LGF/Livre de Poche, mars 2013, 325 p.