Heureux les heureux

Un roman de Yasmina Reza.

noté 2 sur 4

©FlammarionLe dernier roman de Yasmina Reza est encensé par la critique, plébiscité par les lecteurs et talonne Fifty Shades Of Grey en tête des meilleures ventes. C’est bien. N’empêche que, quinze jours après l’avoir lu, Federico n’a toujours pas trouvé d’intérêt à cet ouvrage.

Pour notre ami lapin, Heureux les heureux n’est qu’une succession de plaintes émises par quelques bourgeois insatisfaits, égoïstes et gravement aigris. Le tout rarement éclairé par quelques moments de complicité salvatrice. Par ailleurs, les personnage sont tous liés par le sang, l’amour ou l’amitié. Il est donc parfois difficile de s’y retrouver sans avoir, à proximité, un petit schéma récapitulant les différentes connexions. Certes, l’auteur excelle dans l’art de mettre en scène les frustrations, les vexations et autres guerres froides du quotidien. L’écriture est assez percutante, très bien adaptée au propos et suffisamment emballante pour vous emmener au bout de ce roman. C’est cela qui a aidé Federico a supporter les jérémiades de ces exaspérants personnages. Jusqu’au bout notre chroniqueur a espéré un élément perturbateur qui viendrait enrayer l’écrasante monotonie de leur quotidien et les sortir du schéma ma femme/mon mari est rasoir et ma maîtresse/mon amant est chiant. C’est caricaturé certes, mais Federico n’a pas envie de faire d’efforts, pas plus que ceux qui sont pris dans la comédie humaine dépeinte par Yasmina Reza.

En résumé, un roman très bien écrit mais victime de ses personnages. C’est pas de bol.

Yasmina Reza, Heureux les heureux, Flammarion, janvier 2013, 220 p.

Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil

C’est drôle, récemment Federico a lu deux livres qui, sans aborder les même thèmes, arrivent à une conclusion à peu près similaire : la bonté, c’est chouette. Faire un livre sur la gentillesse et l’entraide n’est certainement pas un exercice facile en ces temps où le cynisme est à la mode. La preuve c’est que tout le monde ne s’en sort pas de la même manière.

L’atelier des miracles

 noté 1 sur 4

© JC LattèsVoici un livre dont l’écriture fluide et l’espérance d’une chute retentissante ont mené Federico jusqu’au dernières pages. La conclusion de notre ami lapin à l’issue de cette lecture était « mouais, bof ». Bon d’accord, on a déjà vu plus parlant comme phrase mais cela résume bien le manque d’intérêt de l’ouvrage. C’est l’histoire de trois personnes au bout du rouleau et plus ou moins dans la mouise qui s’offrent un nouveau départ grâce à l’Atelier, sorte de centre d’aide et de réinsertion. Cette structure est dirigée par le charismatique Jean, qui ne laisse personne indifférent. Federico a suivi le chemin de croix des trois héros avec un peu d’entrain quand même parce qu’il ressentait une certaine empathie pour eux, en particulier Mariette, la prof aux prises avec des élèves infects et mariée à un pervers narcissique. Notre ami lapin ne va pas s’en cacher : dès le début il a eu une quenotte contre le fameux Jean et voyait en lui le dirigeant d’une secte ou plus simplement un obsédé du contrôle. Malheureusement, malgré une petite virée dans le côté obscur (à peine quelques pages, pfff), le livre est bien rapidement entré dans le droit chemin avant de nous asséner une morale poussive sur l’entraide, étouétou. Excusez la dureté des propos de Federico sur un livre qui n’en méritait peu-être pas tant, mais notre ami lapin a eu la nette impression qu’il aurait pu utiliser les heures à lire ce livre à faire autre chose. Lire un autre livre par exemple.

 Valérie Tuong Cuong, L’atelier des miracles, JC Lattès, janvier 2013, 264 p.

Wonder

 noté 3 sur 4

© Pocket JeunesseVoici un roman qu’on peut qualifier de « gentil », dans le sens positif du terme. L’auteur a décidé de mettre la gentillesse sur un piedestal et de la draper de dépassement de soi et de générosité. L’histoire est celle d’August, né avec une rare anomalie génétique qui l’a laissé sérieusement défiguré. Cela en fait donc la cible idéal des regards en tous genres : plein de pitié, effrayé, moqueur, fuyant, etc. Pour lui épargner cela, ses parents ont décidé de lui épargner l’école. Quand August atteint l’âge d’entrer en 6ème, ils lui proposent quand même d’aller au collège.

Le COLLÈGE ? Vous voulez dire cette arène impitoyable où même ceux qui ont le nez à peu près au milieu de la figure vivent les pires années de leur vie ?

Autant lui proposer tout de suite une corde et une poutre.

Eh bien non, parce que c’est là que le roman devient gentil. À travers quelques épreuves initiatiques et d’importantes rencontres, August va apprendre à ne plus essayer d’être comme les autres. Malgré tous les bons sentiments qui le remplissent, Wonder évite brillamment l’écueil de la guimauve et de la morale à deux crottes de lapin. Ce livre nous offre une lecture certes pas inoubliable, mais enthousiasmante et rafraîchissante. Dès 11 ans (Fleuve Noir aussi a publié l’ouvrage pour essayer d’en refourguer dans les rayons adultes, mais ce n’est probablement pas là qu’il trouvera son public).

R. J. Palacio, traduction Juliette Lê, Wonder, Pocket Jeunesse, janvier 2013, 410 p.

Nord et Sud

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

noté 4 sur 4

On entend souvent les gens soupirer d’aise en évoquant le doux souvenir de nuits passées à dévorer un livre qui ne voulait résolument pas se fermer. Cela laisse Federico très pensif : il lui est en effet impossible de poursuivre une lecture, aussi passionnante soit-elle, à partir du moment où son horloge biologique le somme d’aller au dodo. Cela arrive en général avant minuit et se traduit par des grincements inquiétants au niveau de la nuque, des picotements dans les yeux et des lettres qui se mélangent. Malgré son envie de connaître la suite, Federico est donc obligé d’obéir à son petit corps et d’abandonner son livre, qui trépigne jusqu’au lendemain.

Pour maintenir notre lapin en éveil la moitié d’une nuit il faudrait donc du très très lourd, du plus que passionnant, du gros choc littéraire qui donne la fièvre du vendredi soir. Ne cherchez plus, nous avons trouvé. Il lui faut Nord et Sud de Elizabeth Gaskell.

Hier soir, notre ami lapin a repris la lecture de ce roman débuté la veille et croyez le ou non, la nuit fut courte. Pourtant, entre deux larmichettes, Federico s’est souvent dit que le chapitre en cours était le dernier, parce que bon, quand même demain il faut se lever (oui, Federico travaille le samedi). Mais c’était sans compter sur son horloge biologique totalement détraquée par cette nouvelle passion littéraire qui l’a maintenu dans une forme olympienne et lui a ainsi permis de venir à bout de ce chef d’oeuvre de 670 pages.

Federico s’est donc couché dans un improbable état d’excitation à 2 h 00 du matin, ce qui n’est pas sage du tout quand on est un lapin aux gros besoins en sommeil, et vers 2 h 30, son estomac a commencé à s’indigner d’avoir été oublié.

D’un point de vue spirituel, on peut donc considérer que cette lecture a permi à Federico de quitter son corps et d’en oublier les contingences matérielles.

Nous reviendrons plus tard sur le parrallèle qu’on peut (mais qu’on ne doit pas) dresser entre Elizabeth Gaskell et le bouddhisme.

© PointsNord et Sud est un peu l’ancêtre victorien de Bienvenue chez les Cht’is dans le sens où il raconte le choc culturel entre le nord industriel et le sud verdoyant de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle. Arrêtons là les comparaisons oiseuses (nous vous rapellons que Federico n’a que trois heures de sommeil à son actif, ce qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout suffisant !) et passons à l’histoire. Margaret Hale, fille d’un pasteur anglican, a grandi à Helstone, un charmant village du sud où l’air est pur et les arbres touffus. Cette vie idylique à l’abri des soucis bascule le jour où son père, tourmenté par le doute, décide de quitter son ministère. Il choisit d’aller s’établir comme instituteur à Milton, une ville du nord qui s’est développée grâce aux filatures de coton. Pour Margaret le choc est violent : les gens de Milton et leurs manières un peu rudes la prennent totalement au dépourvu. Elle va néanmoins se lier avec plusieurs personnes. Son amitié se déclare bientôt pour une famille d’ouvriers, les Higgins. Le père, virulent syndicaliste, incarne la lutte entre la main d’oeuvre et les patrons. Par ailleurs, Margaret se voit contrainte de fréquenter le nouvel ami de son père : John Thornton, patron d’usine fier et tenace qui, malgré sa fortune, ne correspond en rien à l’idée que la jeune femme a d’un gentleman. Confrontée à ces deux milieux que rien ne semble pouvoir concilier, Margaret va voir s’éveiller sa conscience sociale. Sa franchise l’entraine alors dans des discussions animées avec Mr Thornton qui lui devient de plus en plus anthipatique. Ce sentiment n’est pas du tout partagé : John tombe bientôt éperduement amoureux de Margaret.

Ce roman pourrait, selon Federico, se résumer d’une autre manière : on peut le voir comme un mélange parfait de certains aspects de Jane Eyre, de Germinal et d’Orgueil et Préjugés.

Le côté Jane Eyre

Margaret est une héroïne de la même trempe que Jane : son naturel, son goût pour les choses simples et sa franchise on fait fondre notre ami lapin. Il s’est ainsi pris d’une grande affection pour cette jeune femme qui se tient toujours droite malgré les malheurs qui l’accablent et la tristesse qui la ronge. L’omniprésence de Dieu dans la vie de Margaret la rapproche également de Jane Eyre : toutes deux agissent dans le respect de leur conscience et de Son jugement.

Le côté Germinal

Elizabeth Gaskell est connue pour avoir choqué la société anglaise à la sortie de ses livres. Son implication sociale et son avant-gardisme étaient en effet très mal vus. Elle prouve avec Nord et Sud à quel point elle connaît bien la vie de ceux qui donnent leur énergie aux usines, qu’ils soient patrons ou empoyés, et son regard sur les conflits sociaux est d’une grands acuité. Si ce livre est présenté avant tout comme une histoire d’amour, il va bien plus loin dans l’étude de la société, ce qui le rend encore plus passionnant.

Le côté Orgueil et Préjugés

Évidemment, comment ne pas voir les similitudes entre la relation Thornton-Margaret et le mythique duo Darcy-Elizabeth ? Les circonstances et les caractères sont bien différents mais le lecteur tremble de la même manière face aux nœuds inextricables de leur histoire d’amour. Les malheurs qui semblent s’acharner sur Margaret on fait couler les larmes sur les joues soyeuses de Federico. Les luttes sociales ont fait frissonné ses moustaches. Mais plus que tout, ce sont les élans de romantisme qu’Elizabeth Gaskell a su faire germer çà et là, qui ont le plus ému notre lapin. Ces moments de grâce font passer l’ouvrage de formidable à magnifique. Concernant le style, Elizabeth Gaskell a fait le choix judicieux de la discrétion. Le narrateur, omniscient, plonge le lecteur au cœur des pensées des personnages, inspirant beaucoup de bienveillance à Federico. A contrario, Jane Austen (à laquelle Federico compte consacrer une série d’articles prochainement) s’impose en tant que conteuse complice et instaure ainsi une distance entre les personnages et le lecteur.

Pour l’anecdote, Federico est actuellement dans une période de boulimie « roman d’amour en jupon exigeant » qui l’a frappé suite à la lecture de plusieurs ouvrages de Jane Austen. Souhaitant trouver des auteurs similaires, notre ami lapin a ainsi découvert l’existence d’Elizabeth Gaskell. Ayant commandé Nord et Sud chez son libraire et n’en pouvant plus d’impatience, il se disait que peut-être il serait déçu. C’est tout le contraire qui a eu lieu : ce livre l’a frappé droit au cœur. Malgré le fait qu’il connaissait en partie le fil de l’intrigue (merci Internet), Federico n’a pu abandonner sa lecture que lorsqu’il y était absolument, affreusement obligé et il a été transporté par un tourbillon d’émotions tel qu’il n’en avait pas connu depuis Jane Eyre. Nord et Sud est donc devenu, en l’espace de deux jours, l’un des livres les plus aimés par notre ami lapin.

Pour fêter ça, Federico vient de vous livrer un long et maladroit article (la fatigue le rend affreusement bavard), souhaitant de toutes ses oreilles vous avoir donné envie de découvrir ce trésor littéraire.

Une prochaine fois, il vous parlera de l’adaptation BBC de Nord et Sud, avec le chatoyant Richard Armitage (qui quand il n’est pas nain, interprète des grands bruns ténébreux). Federico ne l’a pas encore vu et, il ne va pas vous le cacher, il a un peu peur…

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, première parution (hors feuilleton) en 1855. L’édition que Federico a dans sa bibliothèque est la suivante : Points, 2010, 673 p. Traduction de Françoise du Sorbier.

Si par hasard quelqu’un connaît la date de la première parution française de l’ouvrage, Federico serait très curieux de la connaître. Merci et bonne nuit.

Federico a écouté Mrs Dalloway pour vous

Un roman de Virginia Woolf, lu par Sophie Chauveau.

noté 3 sur 4

Federico en avait fait l’exprience avec Orlando: quand on lit un livre de Virginia Woolf on peut rapidement se perdre, tant l’auteur fait vagabonder les pensées de ses personnages et affectionne les digressions. Autant vous dire que le passage à l’audio a été fatal pour les repères de notre ami lapin. Adieux précieux chapitres, disparus salutaires paragraphes : il n’y a plus rien à quoi se racrocher…

Quel bonheur !©Thélème

Federico s’est perdu avec délice dans l’univers de Virginia Woolf, guidé par la voix grave et posée de Sophie Chauveau, qui colle parfaitement au texte et le rend plus envoûtant encore.

Clarissa Dalloway fait partie de la société mondaine de Londres et en cette belle journée de printemps d’après guerre, elle organise une « soirée » qui réunira tout le gratin. Elle est l’héroïne du roman et c’est autour d’elle que gravitent la plupart des autres personnages. Mais ce jour-là dans Westminster, le lecteur-auditeur rencontre d’autres personnages qui se retournent sur leur passé et essaient de penser à l’avenir.

Il est difficile pour Federico de résumer Mrs Dalloway de façon plus précise. Le texte l’a accompagné pendant plusieurs jours tandis qu’il déjeunait, rapait des bettraves ou tout simplement restait assis à écouter. Il a pourtant plus l’impression d’avoir été plongé dans une atmosphère que d’avoir lu. Il ne faut pas se leurrer, quand on écoute un texte et qu’on fait autre chose en même temps, il y a toujours un moment où on est moins attentif et où on perd le fil de l’histoire. L’avantage avec Mrs Dalloway et la lecture que Sophie Chauveau en fait, c’est que de tels accidents ne sont jamais dramatiques. Quoi qu’il arrive l’ambiance et les mots de Virginia Woolf vous enveloppent et il suffit simplement de reprendre le cours des pensées parfois décousues des personnages.

Cette deuxième expérience du livre lu est donc un succès et Federico prépare ses grandes oreilles pour de nouvelles histoires.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway.

Première publication : 1925. Édition audio aux éditions Thélème : 2009.

Les moissons du futur

Un essai de Marie-Monique Robin.

noté 3 sur 4

Federico ne lit quasiment pas d’essais, mais dernièrement, il est allé mettre le museau dans l’ouvrage de Marie-Monique Robin : Les moissons du futur, comment l’agroécologie peut nourrir le monde. L’auteur y parle d’agroécologie, d’agroforesterie, d’agroalimentaire et plein d’autres trucs qui commencent par agro. Tout ce qui concerne le miam miam, en fait. Le point de départ du livre est le suivant : selon les pontes de l’industrie agroalimentaire, il est impossible de produire assez de miam miam pour tout le monde sans recourir à l’agriculture industrielle (engrais, pesticides et autres assaisonnements).

©La Découverte

Marie-Monique Robin a décidé de répondre à cette affirmation et de prouver que l’agriculture biologique est tout à fait capable de relever le défi du XXIe siècle : nourrir la planète. Pour ce faire, elle est partie à la rencontre des acteurs de l’agroécologie aux quatre coins du globe et en a fait un documentaire, dont est tiré le livre éponyme.

Federico – qui n’y connaît absolument rien en agriculture – a ainsi découvert que les cultures aiment bien avoir les arbres avec elles (c’est l’agroforesterie) et que l’association de plusieurs cultures permet d’enrichir le sol et de rendre les plantes plus résistantes.

Il a également appris que l’agriculture industrielle part du principe que les cultures sont de faibles choses qu’il faut nourrir aux engrais et soigner aux pesticides. Ces pratiques appauvrissent le sol alors que ce dernier est le garant de la santé des plantes. En effet, les études présentées par l’auteur affirment qu’un sol nourri correctement et naturellement suffit à assurer tout ce dont les cultures ont besoin.

Votre serviteur ne va pas se risquer à plus de paraphrase : ce serait risquer de dire des bêtises. Pour caricaturer très très grossièrement le propos de Marie-Monique Robin, disons que les produits chimiques c’est mal et que l’agroécologie c’est bien.

Si vous souhaitez en savoir plus, vous avez deux options : la lecture du livre ou le visionnage du documentaire. Pour commencer, vous pouvez aller vous balader ici.

Pour ce qui est de la forme, ce document à le mérite d’être accessibles aux plus incultes. L’auteur est très claire dans ses propos et son écriture assure une lecture très fluide. En choisissant de faire la part belle aux témoignages et en citant abondamment ceux qu’elle a rencontré ou qui l’ont inspirée, Marie-Monique Robin créé une dynamique qui donne envie de poursuivre la lecture.

Federico a été très intéressé par cet ouvrage, qui lui a permis de se poser pas mal de questions sur sa consommation et sur le miam miam en général. Dommage que les réponses proposées dans le livre le soient sur un ton un peu trop péremptoire. Néanmoins, ce dernier point n’est que le reflet de l’engagement de l’auteur pour la cause qu’elle défend. Et c’est tout à son honneur.

Marie-Monique Robin, Les moissons du futur – Comment l’agroécologie peut nourrir le monde, La Découverte et Arte/Éditions, octobre 2012, 297 p.

Anima

Un roman de Wajdi Mouawad.

4 carottes

Fermez les yeux. Imaginez que vous êtes dans un lieu paisible. Vous vous sentez en sécurité. Vous êtes bieeeen. Laissez-vous guider par la voix de votre ami lapin.

Dans quelques instants, vous allez vous lever et vous rendre chez votre libraire favori. Vous y ferez l’acquisition, non pas d’un prix Goncourt dont vous ignorez le titre, mais d’un livre absolument époustouflant : Anima de Wajdi Mouawad.

Réveillez vous.

Cette petite séance d’hypnose est la solution qui s’est imposée à Federico pour vous convaincre de lire l’ouvrage qui a serré son petit estomac et bouleversé son petit esprit. Ne se sentant pas assez brillantissime pour être à la hauteur d’un tel chef d’œuvre (appelons un chat un chat), Federico a préféré la manipulation cérébrale à un véritable article pour en faire la promotion.

Si vous êtes curieux, que vous aimez les expériences littéraires et que vous n’avez pas peur des mots qui bousculent, ne passez surtout pas à côté de ce livre.

Wajdi Mouawad, Anima, Actes Sud, septembre 2012, 400 p.

D’acier

Dans à peine deux mois, la rentrée littéraire va débouler avec ses centaines de romans. Comme tous les ans, vous allez essayer de vous y retrouver dans tout ce papier. Pour faire un choix parmi les 646 meilleurs romans du monde (à ce qu’il paraît), vous pourrez développer plusieurs tactiques.

La première consiste à attendre sagement le mois de novembre et la saison des prix littéraire. Ainsi, c’est le cœur léger que vous irez acheter le Goncourt de l’année. Sauf si vous préférez le Renaudot ou le Fémina. Après tout, chacun ses goûts.

La deuxième technique est de marcher d’un pas déterminé vers votre libraire favori, en prenant l’air de celui qui est prêt à en découdre, histoire de lui montrer que tout cela ne vous impressionne pas. Arrivé à sa hauteur, assurez vous qu’il ne peut pas s’enfuir et lancez-lui une salve de « Vous avez lu le dernier Olivier Adam ? Et le Guénassia ? Et celui-là, il est bien ? Et lui, vous l’avez lu ? Et le Djian ? ». Mettez la dose. Comme votre dévoué commerçant aura bien entendu lu l’intégralité des ouvrages de cette rentrée, il pourra vous faire un résumé court mais percutant de tous les livres qui envahissent ornent ses rayonnages. Ça risque de prendre un bon moment, mais au moins vous serez fixé.

Sinon, vous pouvez aussi suivre les conseils de votre avisé chroniqueur qui va aujourd’hui vous faire une enthousiaste présentation de Silvia Avallone. Cette jeune auteur sera présente en septembre avec Le Lynx, dont les quelques extraits lus dans la presse laissent présager du meilleur. Mais c’est son premier roman, D’acier, que Federico aimerait vous inciter à lire.

Piombino est une ville italienne posée au bord de la mer, face à l’île d’Elbe. Ici, c’est vaguement la dèche : les hommes se tuent la santé dans la tentaculaire aciérie qui fait vivre la ville tandis que les femmes attendent que leur jeunesse se fane pour enterrer leurs rêves d’ailleurs. Anna et Francesca, 14 ans, irradient ce petit univers de leur insolente beauté. Leur amitié exclusive décuple leur pouvoir de séduction et leur permet de traverser le morne quotidien sans avenir de Piombino.

Grâce à son crayon très affûté, Silvia Avallone a embarqué Federico dans cette ville d’Italie qui ne croit plus à grand chose. Notre ami lapin n’est revenu de ce voyage qu’en achevant sa lecture.

L’auteur ne s’intéresse pas seulement à Anna et Francesca. Sur l’année que couvre son roman (été 2001-été 2002), elle déroule le quotidien de tout leur entourage, livrant ainsi une chronique sociale à la fois crue et généreuse. Le récit des petits hauts et des très bas des habitants de Piombino a passionné Federico : il a eu de la peine quand la vie les amochait, il s’est mis en colère quand l’injustice était trop… injuste, il s’est apaisé quand un espoir faisait son apparition, et ainsi de suite. De quoi vous chambouler durablement un lapin.

D’acier est un roman sincère qui dégage une énergie folle, une lumière crue. Ce livre n’a pas de début ni de fin. C’est un instantané dans la vie de deux adolescentes qui vont grandir sous nos yeux tandis que, quelque part de l’autre côté du monde, deux tours s’effondrent et une nouvelle guerre commence.

Finalement, c’est son auteur qui en parle le mieux.

Silvia Avallone, traduit par Françoise Brun, D’acier, Liana Lévi, avril 2011, 400 p.

Faux profil

Un roman de Jérôme Dumoulin.

Dans Faux profil on fait la connaissance d’une petite bande d’amis bobos qui ont la particularité de ne jamais s’être rencontrés dans la « vraie vie » et de ne se connaître qu’à travers leur profil sur Livre de Tête (Facebook en VO). Sur le réseau social, ils rivalisent de mots d’esprit et de photographies énigmatiques pour épater la galerie et entretenir des amitiés beaucoup moins superficielles que n’aurais pu l’imaginer notre ami lapin, peu adepte des relations en haut débit.

Dans cette sphère, la star c’est Cyril Molotov. Ce mystérieux personnage distille son élégance de prince russe sous les yeux ébahis de ses « amis », qui l’admirent aveuglément, quand ils n’en tombent pas éperdument amoureux.

Jusqu’au jour où ce fascinant profil finit par éveiller les doutes chez quatre de ses plus proches contacts. Chacun à sa façon se lance sur la piste des indices qui permettront de résoudre l’énigme Cyril Molotv.

Jusqu’à ce stade du roman, Federico n’était pas plus emballé que ça par sa lecture. Tous ces bourgeois branchés qui s’attachent via les gentils petits pixels de leur « mur », cela laissait notre ami lapin bien perplexe. Néanmoins, Faux profil est un livre écrit dans une langue fluide et se lit très facilement. Federico a donc poursuivi sa lecture tout naturellement jusqu’à éprouver de la sympathie pour ces enquêteurs précieux mais pas ridicules, avec régulièrement un petit sourire sur le museau.

La deuxième partie est beaucoup plus captivante : aussi rythmée que surprenante. L’air de rien, l’auteur fait basculer sa chronique des mœurs facebookiennes dans une ambiance de polar informatique. Dès lors, Federico a réellement été tenu en haleine par les investigations des enquêteurs amateurs qui, perpétuellement rattrapés par leur soif de romanesque, s’emballent d’un rien et prennent des risques qui n’ont rien de virtuel.

À défaut de « liker » grave, Federico donne deux carottes pour ce roman à deux vitesses.

Jérôme Dumoulin, Faux profil, Grasset, avril 2012, 312 p.

Lointain souvenir de la peau

Un roman de Russel Banks

Désireux de découvrir cet auteur majeur de la littérature étasunienne, Federico s’est attaqué à son dernier roman Lointain souvenir de la peau. Il y a fait l’étonnante rencontre du Kid, un jeune homme condamné pour délinquance sexuelle. Sa peine de prison purgée, il se retrouve en liberté surveillée. Le terme de liberté est un peu fort quand on sait que le Kid à l’interdiction de quitter la ville de Calusa et de s’approcher des lieux fréquentés par des enfants. Le seul endroit qu’il lui reste alors est un viaduc où d’autres délinquants sexuels ont élu domicile. Bientôt le Kid attire l’attention du Professeur, un homme venu étudier les sans abris, qui va l’entraîner dans ses mystérieux projets.

Federico a trouvé ce roman long et la première partie ne l’a pas captivé, si bien qu’il l’a lue par toutes petites bouchées. Erreur : notre ami lapin n’en a éprouvé que plus de difficultés à entrer dans l’histoire, devant à chaque fois se remettre dans la peau très inconfortable des deux protagonistes. En réalité, Lointain souvenir de la peau n’est pas un divertissement immédiat et facile, c’est un roman exigeant envers son lecteur qui doit être considéré dans sa globalité. De ce fait, c’est en lisant la deuxième partie de l’ouvrage puis après l’avoir refermé définitivement que Federico a compris la portée de cet ouvrage magistral.

À travers le parcours de ces deux personnages, c’est toute une partie de la société qu’a approché Federico : les marginaux. Ceux qui ne répondent pas aux codes de la normalité et que la communauté cherche – plus où moins consciemment – à effacer de la carte. Notre ami lapin est resté perplexe face au personnage du Professeur, qu’il a eu beaucoup de mal à cerner et à ne pas considérer plus comme un ordinateur que comme un humain. En revanche, au cours de sa lecture, il a ressenti une empathie grandissante pour le Kid, constamment rappelé à sa « déviance » et qui en souffre dans sa chair et dans sa tête.

Comme on peut le lire ici, Russel Banks montre comment l’ère virtuelle a déconnecté les gens de leur propre corps. Pourtant, ce n’est pas ce qui a le plus frappé Federico. En terminant ce livre, notre lecteur aux longues oreilles est resté très pensif face à la description d’un système qui stigmatise les condamnés et les oblige à vivre en marge de la société. Comme si contraindre ces hommes à se cacher sous l’ombre du viaduc pouvait permettre de les faire disparaître définitivement.

Alors pour une fois, ce n’est pas en se basant sur son plaisir de lecteur que Federico attribue sa note. Il donne 3 carottes à la complexité et l’intelligence d’un roman aux multiples niveaux de lecture qui n’a eu de cesse de le questionner.

Russel Banks, Lointain souvenir de la peau, Actes Sud, mars 2012, 448 p.

Eureka Street

Un roman de Robert McLiam Wilson

Lors de sa dernière lecture, Federico a rencontré beaucoup de gens : Jake, Chuckie, Aoirghe, Roche, Max, Peggy, Caroline, Slat, Sceptic, Mary, etc.

« Tout ça ? », vous exclamez-vous, cher lecteur. Mais oui, car Eureka Street parle d’une rue, certes, mais aussi de la ville qu’il y a autour : Belfast. Dans cette cité irlandaise meurtrie par les attentas, chacun cohabite à sa façon avec la menace de la prochaine explosion.

Foisonnant, émouvant, drôle, surprenant, simple, indispensable… Il est difficile pour notre ami lapin de trouver les termes qui rendront le mieux hommage à un roman aussi généreux qu’Eureka Street. Gravitant affectueusement autour de ses personnages, Robert McLiam Wilson a construit un roman d’une richesse fabuleuse, véritable caverne d’Ali Baba pour les amoureux de la grande aventure du quotidien. Grâce à cette incursion dans la vie des habitants de Belfast, l’auteur signe une véritable déclaration d’amour à sa ville d’origine. Il nous rappelle ainsi que, plus que des richesses architecturales ou naturelles, ce qui fait la beauté d’une ville ce sont les gens qui y vivent.

Ce roman a été offert a Federico par quelqu’un qui voulait lui faire partager cette belle histoire. Aujourd’hui, notre ami lapin est donc ravi de vous avoir parlé de ce livre qui rejoint la liste de ses ouvrages préférés.

Robert McLiam Smith, trad. Brice Matthieussent, Eureka Street, éditions 10/18, 1999, 545 p.

Baguettes chinoises

Un roman chinois de Xinran

La Chine est un pays tellement grand qu’il contient plusieurs époques : plusieurs décennies séparent le mode de vie des campagnards et celui des citadins. Rassurez-vous, Federico ne compte pas développer les raisons économiques, politiques et culturelles d’un tel décalage. Une fois n’est pas coutume, il va vous parler d’une de ses dernières lectures : Baguettes chinoises de Xinran.

L’auteur conte l’histoire de trois sœurs issues d’une fratrie de six filles. Tout irait bien dans le meilleur des mondes si dans la campagne chinoise le fait de ne pas avoir de fils était considéré comme un véritable déshonneur. En effet, on considère que les hommes sont les poutres du foyer tandis que les filles ne servent à rien (en gros) : elle sont de simples baguettes. Dans le livre le concept est poussé jusqu’au bout : les parents n’ont pas jugé utile de donner de véritable prénoms à leurs filles. Elles portent donc le numéro de leur ordre de naissance. Malgré tout, Trois, Cinq et Six sont bien décidées à montrer qu’elles peuvent subvenir aux besoins de leur famille et faire la fierté de leurs parents. Elles quittent donc leur campagne natale pour Nankin, la ville la plus proche, afin de tenter leur chance. Passé le choc des cultures, les trois sœurs vont chacune suivre leur voie vers l’indépendance ; quête plus ou moins couronnée de succès.

Xinran a longtemps animé une émission de radio chinoise dans laquelle elle recueillait les confidences de ses auditrices. Grâce au matériau accumulé elle a construit les personnages de Trois, Cinq et Six qui, grâce à l’anonymat de leur prénom, représentent toutes ces femmes chinoises privées d’une éducation digne de ce nom et réduite à un rôle de reproduction. Ce livre est donc une sorte d’hommage rendu à leur courage. C’est aussi une déclaration d’amour à la ville natale de l’auteur, Nankin, qui a jailli du livre sous les yeux dépaysés de notre ami lapin. La faiblesse de ce livre réside d’ailleurs dans l’aspect trop documentaire du livre qui instaure une distance entre le lecteur et les personnages.

Néanmoins, Xinran a réussi à créer des héroïnes de fiction très crédibles. Elles ont chacune leur caractère propre et savent exploiter leurs forces et faiblesses pour atteindre leur objectif. Ce sont également des modèles d’humilité. Cependant, leur ingénuité et leur résignation face à certains aspects de leur condition ont parfois hérissé les poils de Federico qui ne comprend évidemment pas comment des êtres humains peuvent encore être traités ainsi. Notre rongeur est donc sorti de sa lecture avec un sentiment d’amertume malgré la nette volonté de l’auteur de véhiculer un message d’optimisme. Cette dernière en profite d’ailleurs pour faire la promotion de l’association qu’elle a fondé afin, entre autres, de venir en aide aux enfants chinois qui n’ont pas accès à l’éducation, Mother’s Bridge of Love.

Xinran, Baguettes Chinoises, Philippe Picquier, 2008.

Into the Wild

Un roman de Jon Krakauer.

Federico avait vu le film, mais lorsque le livre lui est tombé sous la main, la grandiose et dangereuse nature sauvage de l’Alaska l’a englouti et transporté loin du wagon confiné du métro pour suivre l’aventure d’un humain pas comme les autres…

Moins romancé que le film de Penn, le livre du journaliste, écrivain et alpiniste Jon Krakauer est une enquête minutieuse sur l’épopée de Christopher McCandless. Une fois son diplôme en poche, ce jeune homme de 22 ans opte pour le nom de « Alexander Supertramp » et part sur les routes des États-Unis, à la rencontre de la nature et de la vie nomade, loin des perversités de la ville, de l’argent et des ambitions de carrière auxquelles le prédestinait son père.

À travers les lettres de Chris, ses cahiers et ses livres remplis de notes, ainsi que les témoignages de sa famille, de ses amis et des nombreuses personnes qui ont croisé sa route pendant ses deux années de vadrouille, Jon Krakauer tente de retracer son voyage. Atlanta, Mexique, Dakota du Sud, Fairbanks, jusqu’à la piste Stampede en Alaska ; il y découvre l’autobus abandonné où il s’installera pendant le printemps et l’été 1992, et où il trouvera la mort.

On connait l’histoire, vaguement, enjolivée, dramatisée. L’intérêt du livre, c’est de se questionner : pourquoi est-il parti ? Quelles motivations l’animaient, sa philosophie de vie ? L’auteur va au-delà du simple récit chronologique de l’aventure, il s’intéresse à la personnalité de Chris et recherche  quelles ont été ses motivations. Il s’appuie sur les récits et exploits d’autres personnes ayant mené des parcours semblables, et narre notamment sa propre aventure lorsque, au même âge que McCandless, il escalada le mont Devils Thumb en Alaska.

Ce livre fait du bien, à nos habitudes matérialistes, à notre égocentrisme. Il nous change les idées, il alimente nos questionnements sur nos chemins de vie et ceux des autres, il nous donne envie de « vivre pleinement », sans forcément vouloir être aussi extrémiste que McCandless.

Il semblerait que l’aventure de McCandless, son traitement par Jon Krakauer et l’adaptation cinématographique aient engendré quelques fureurs et autres controverses, mais notre lapin les trouve futiles et n’en a que faire. L’histoire est là, elle transporte, la nature est sauvage et impitoyable, et il y a des hommes qui tentent de la vaincre ou bien de cohabiter avec elle, mais, parfois, ils perdent.

Into the Wild, Jon Krakauer, 10/18

(En passant, Federico ne résiste pas à vous conseiller la bande originale du film, par Eddie Vedder.)

Attention on vous surveille…

… mais on surveille aussi ceux qui vous surveille !

Comment ? Serions nous alors doublement surveillés ?

Meuh non, voyez plutôt la découverte que Federico a faite aujourd’hui. Dans notre société de télé réalité, de profils Facebook et des fichiers Edwige, une ONG épingle tout ceux qui s’attaquent de près ou de loin à notre vie privée, voire à notre liberté.

Cette ONG, c’est Privacy International qui, en plus d’avoir un logo qui fait peur, a fait des petits dans le monde entier. Même en France, cocoricoo ! Mais le mieux, c’est que depuis 1998, la maison mère organise chaque année une sorte de festival de Cannes de la violation de vie privée : les Big Brothers Award. Selon différentes catégories, des « surveillants » sont sélectionnés et reçoivent un super trophée et un beau diplôme à mettre dans le hall d’entrée ou dans les wc. En France, les BBA sont organisés depuis 2000.

Parce que la paraphrase ne fait pas partie des envies du jour de Federico, lisez donc cet extrait du « manifeste » de l’organisation, à lire en entier sur le site http://bigbrotherawards.eu.org/ (page « à propos ») :

« Objectif : surveiller les surveillants, et montrer du doigt (« name and shame ») les personnes ou institutions qui représentent le mieux la société décrite par George Orwell dans son ouvrage de référence, 1984. (…)
Si nous ne voulons pas, comme Winston Smith le héros du roman d’Orwell, être arrêtés pour « crime-pensée », il est nécessaire, chaque jour, de surveiller les surveillants et de défendre ce qui nous reste de vie privée et de libertés. Il est urgent de ne plus se sentir coupable de vouloir préserver son intimité, ceux qui doivent avoir quelque chose à se reprocher sont précisément ceux qui violent cette intimité au grand jour. »

Pendant que vous y serez, vous n’aurez qu’à consulter la liste des nominés dans chaque catégorie pour les BBA France de 2010… Vous allez rire jaune.

Et comme Federico ne peut pas s’empêcher de vous mettre le nez dans les livres, voici un ouvrage publié au éditions La Découverte : Big Brother Awards, les surveillants surveillés. Co-écrit par plusieurs membres du collectif Big Brother Awards, il est paru en octobre 2010 dans la collection Zones.

Federico ne l’ayant pas lu, laissons l’éditeur nous en parler, et plus si affinités :

 

« « Mais qui surveillera les surveillants ? » La célèbre phrase du poète latin Juvénal n’a sans doute jamais été autant d’actualité que dans nos sociétés, où le perfectionnement rapide des technologies de surveillance s’accompagne de menaces inédites sur nos libertés. L’équipe des « Big Brothers Awards » décerne chaque année des « prix Orwell » aux Ministres, élus locaux, hauts fonctionnaires, institutions, grands patrons ou petits chefs s’étant distinguées par leur action en faveur de la restriction des libertés publiques, du fichage de la population, de la généralisation de la biométrie ou de la surveillance des salariés.
Les promoteurs de la société de surveillance sortent ainsi de l’ombre et peuvent jouir de l’attention légitime du public et  des médias. Les heureux gagnants auront cette année l’honneur de bénéficier d’une publicité supplémentaire, avec ce  premier rapport annuel, qui présente de façon documentée leurs solutions innovantes pour placer la population sous contrôle.
Outre la présentation complète de chaque lauréat de l’année 2008, le livre fait le bilan de près de dix ans de politiques liberticides en France comme à l’étranger, dressant ainsi une très inquiétante chronique des avancées de la surveillance globale. »

Federico vous remercie d’avoir lu cet article riche en… copiés collés et vous promet que la prochaine fois il invitera son imagination.

Johnny Chien Méchant

Un roman d’Emmanuel Dongala

noté  4 sur 4

Vous vous êtes déjà fait frapper par un livre ? Federico, lui, il a pris une grosse mandale dans son museau. Bien calé dans son fauteuil, au chaud dans un terrier creusé sur un territoire où la vie est plutôt calme, notre ami rongeur a reçu un uppercut venu tout droit du Congo, pays où il fait vachement moins bon vivre. En effet, la guerre civile qui y fait rage donne lieux à des viols, des pillages, des exécutions sommaires et autre réjouissances.

C’est dans ce décor que Federico a suivi le quotidien de Chien Méchant et de Laokolé. Ils ont tous les deux 16 ans et sont pris dans la folie guerrière des hommes. Voici leurs seuls points communs. Le premier, milicien, commet les pires exactions avec la certitude qu’il rend la justice, sentiment appuyé par les armes qu’il brandit et utilise contre ceux qui ont le malheur de lui résister. La deuxième, jeune femme aux études prometteuses interrompues par la guerre, fuit la violence avec sa mère grièvement blessée et son petit frère. À travers elle, l’expression « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » prend chair. Ballotée dans le flot des réfugiés, puis confrontée aux pires bassesses de l’âme humaine, Laokolé encaisse les drames qui l’assaillent et reprend peu à peu le contrôle de son destin,. Déterminée à se sortir de cette mouise et à apporter la lumière autour d’elle, elle contraste avec la noirceur que Chien Méchant répand consciencieusement à la tête de son groupe de miliciens. Ils se croisent tout au long du roman, jouant ainsi avec les nerfs du lecteur qui appréhende la confrontation entre ces deux forces opposées. C’est bien connu les contraires s’attirent.

Federico, passionné par les humains et leur comportement a été soufflé par le talent d’Emmanuel Dongala lorsqu’il s’agit de montrer sans complaisances l’âme de ses personnages. Chaque chapitre est le point de vue de l’un ou l’autre des protagonistes, narré à la première personne et c’est là que réside une partie de la force de ce roman. En nous faisant voir une même scène à travers leur deux regards, il nous confronte à la dualité de la réalité. La culture n’échappe pas à ce traitement. Pour Chien Méchant, qui se considère comme un intellectuel sous prétexte qu’il a été jusqu’au cours élémentaire, elle est un moyen de se mettre en avant et de justifier se actes. Entre deux viols, il vole des livres dans le but de se faire une belle bibliothèque : ça fait riche et intelligent. Pendant ce temps, Laokolé improvise une école dans un camp de réfugiés pour redonner un peu d’espoir et d’humanité à des familles disloquées et abaissées plus bas que terre.

Et les occidentaux dans tout ça ? Ils prennent plusieurs visages, et jamais très glorieux, à part peut-être certains membres du Haut Comité aux Réfugiés qui se battent contre des moulins à vent. Pour les autres, entre les ressortissants qui se carapatent, les écolos qui sauvent les gorilles mais pas les humains (bah oui, les gorilles ils sont tellement innocents) et les pontes qui tirent les ficelles de ce carnage, Federico s’est demandé comment ils osaient encore sortir de chez eux.

Notre ami rongeur, lui, est resté prostré comme un idiot sur son fauteuil en se disant qu’au moment où il lisait, tout cela avait lieu pour de vrai et qu’il ne faisait rien pour que ça change. Et ça, ça vous calme quatre carottes.

Emmanuel Dongala, Johnny Chien Méchant, Paris, Le Serpent à Plumes, 2002, 456 p., 9 €

Face d’humain !

Federico adore étudier les attitudes des humains, qu’elles soient spontanées ou totalement calculées. Pour observer ses sujets d’étude préférés en pleine pose, rien de tel que les portraits de photographes visibles sur le blog « Sexy People ». C’est une merveilleuse source d’informations pour notre ami lapin quand il veut étudier l’histoire des cheveux, des lunettes, des chemises à carreaux et des sourires crispés !

Voici la photo qui illustrait la sous partie 7 de la partie 5 du chapitre 11 de son mémoire sur la famille humaine : « la country, une valeur intergénérationnelle  ? »

sexy people country