Ru

Un roman de Kim Thúy.

3 carottes

Dans les classiques de la littérature contemporaine québécoise, il y a Putain, qui n’a pas séduit Federico, et il y a Ru, qui l’a au contraire charmé !

Notre ami lapin ne connaissait pas ce mot : un ru, c’est un petit ruisseau. Il ne connaissait aussi que vaguement la tragédie des boat people. Le témoignage de Kim Thúy vient y mettre des images fortes et limpides, avec des mots justes minutieusement choisis, et des chapitres courts qui transitent de l’un à l’autre avec finesse. Comme un ru peut-être.

IMG_0092Kim Thúy est la fille d’une famille aisée de Saïgon, au Sud Viêt Nam ; les troupes communistes du Nord Viêt Nam envahissent la ville en 1975. Après quelques années de cohabitation difficile, ses parents décident de prendre la fuite sur des bateaux de fortune surchargés affrétés par les passeurs. La dangereuse traversée restera indélébile dans l’esprit de la jeune fille alors âgée de 10 ans. Par la suite, c’est dans un camp malaisien que les boat people (comme les appellent les médias occidentaux) survivront tant bien que mal avant d’être accueillis en tant que réfugiés, au Québec notamment.

Il semble à notre ami lapin qu’aucun conflit identitaire ne bouscule l’auteure : vietnamienne d’origine, québécoise d’adoption, exilée assumée. Sûre d’elle, riche de sa double culture, elle semble avoir pleinement maîtrisé le traumatisme vécu pendant son enfance et fait preuve d’une émouvante nostalgie non seulement de sa terre natale, où elle retourna d’ailleurs vivre pendant trois ans une fois adulte, mais aussi des premiers temps de l’arrivée de sa famille dans la campagne québécoise.

En parallèle au ru, Federico comparerait ce texte à un merveilleux tissage, constitué d’un camaïeu de fils de couleurs reconstituant la fresque de la tragédie familiale. Les images, les sons et les odeurs fourmillent dans les souvenirs de l’auteure, et nous donnent le privilège d’entrapercevoir la richesse de son histoire personnelle.

Une courte, émouvante et belle lecture ; malgré son sujet dur et sa tristesse, Ru nous fournit une bonne dose de tendre sagesse, ce qui nous fait tant de bien ces temps-ci…

Kim Thúy, Ru, Libre Expression, 2009, 152 pages