La Conjuration des imbéciles

Un roman de John Kennedy Toole, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso.

Lu dans le cadre d’un club de lecture, avec des amis et un petit verre.

2 carottes

Federico a lu ce roman pendant une période littéraire creuse. Ou bien était-ce à cause de ce roman que la période était creuse ? (vous avez trois heures)

En tout cas, il lui a fallu des semaines pour en venir à bout, sans que cela soit un supplice non plus. De fait, La Conjuration des imbéciles n’est pas une lecture laborieuse ou inintéressante, mais elle n’a certainement pas été séduisante aux yeux de notre ami lapin.

laconjurationdesimbecilesTout ça, c’est la faute des personnages, qui sont tous sans exception de parfaits imbéciles (oui, d’où le titre). Non contents d’être des imbéciles, ils sont aussi de fieffés loosers et d’insupportables énergumènes. Bien entendu, la palme revient au héros, Ignatius J. Reilly, qui mériterait toutes les baffes du monde.

Imbu de sa personne, cet immonde colosse moustachu ne pense qu’à son confort personnel, consistant en l’engloutissement sans fin de hot-dogs et de pâtisseries bon marché, sa personne macérant dans une baignoire tiédasse ne sentant certainement pas la noix de coco. Ignatius est un dilettante asocial de 30 ans passés, un couard fini et un fauteur de trouble, un tanguy invétéré qui ne se prend pas pour du popo de chat, et qui se cache, vêtu d’une nuisette XXL, dans l’antre sombre et malodorante de sa chambre, au bout du couloir de la maison de sa pauvre mère, veuve, qui commence à en avoir raz-les-bigoudis de ce fiston inutile et ingrat.

Car la maigre indemnité du défunt Mr Reilly ne suffit plus pour ce train de vie ; surtout que Mrs Reilly se retrouve avec une facture salée sur les bras (suite à un petit accident entre sa vieille auto et la façade d’une ruelle du Quartier Français de La Nouvelle-Orléans, les nombreuses bières qu’elle avait enfilées auparavant y était peut-être pour quelque chose…). Aussi est-il grand temps pour Ignatius de mettre la main à la pâte et de ramener un salaire. Il va sans dire contre son gré.

Federico n’a pas tellement envie de vous faire la liste de la tripotée de personnages pénibles et paumés qui viennent jouer dans l’opéra tragi-comique d’Ignatius (et pour lequel il ne s’est fendu ni la poire ni d’une larmichette) : tout simplement parce que cette critique commence à être bien longue pour un roman qui a trop souvent agacé notre ami lapin. S’il reconnait une écriture fluide et des bons mots truculents (surtout dans la bouche d’Ignatius qui cause comme un aristocrate et se croit un grand écrivain en devenir), beaucoup de situations et de dialogues se répètent à l’identique, des longueurs qui étaient franchement épuisantes et retardait un final libérateur, autant pour le lecteur que pour les personnages (la fin n’est pas si pire).

« Mais c’est un roman pittoresque, pourrait-on entendre, qui dépeint une certaine réalité des quartiers populaires du Sud de l’Amérique des années 1960. » Ouais, ok, mais ils sont tous un peu trop barjos pour que cela semble juste vous dirait Federico. « C’est parce que c’est une satire, l’auteur se moque de ses contemporains. » Mais il n’y en a aucun pour racheter l’autre, on ne sait pas comment se placer, en qui avoir espoir ! Et surtout, le dessein de l’auteur n’est pas du tout clair. Non, Federico pense qu’il n’y a pas de grand message politique entre les pages de La Conjuration des imbéciles, et c’est ce qui aurait pu lui donner un peu d’intérêt aux yeux de notre ami lapin. (Et puis maintenant, quand on lui parle de satire, Federico pense à ce cher Jonathan, la comparaison est de haut niveau.)

En bref, Federico voit bien ce qu’il y a d’intéressant dans ce roman (comme on peut le lire ici), mais cela lui est passé bien au-dessus des oreilles.

John Kennedy Toole, trad. Jean-Pierre Carasso, La Conjuration des imbéciles, 10/18, 1981, 480 pages

NdL : les aficionados de ce roman aime raconter son histoire maudite. En effet, son auteur, se faisant refuser par tous les éditeurs son manuscrit écrit en 1963, est tombé en dépression et s’est suicidé en 1969. Sa mère a continué à le soumettre après sa mort et, finalement publié en 1980, il gagne le prix Pulitzer l’année suivante, devenant un classique de la littérature américaine.