Sous la vague

Un roman d’Anne Percin.

2 carottes

Le héros de Sous la vague, Bertrand Berger-Lafitte, est propriétaire d’un domaine de Cognac, divorcé et père d’une fille totalement hors de contrôle. Il vit dans une bienheureuse routine jusqu’à ce funeste jour de 2011 qui voit le Japon en proie à la colère des océans… et de l’uranium. Or, le pays du Soleil Levant étant son principal acheteur, l’entreprise familiale se rertouve menacée par cette catastrophe pourtant si lointaine. La révolte gronde au conseil d’administration et Bertrand est menacé d’éviction. Pour cet homme qui pensait se laisser porter tranquillement jusqu’à une retraite bien mérité, le choc est de taille.sous-la-vague Comme dans ce Japon qui le fascine tant, tout semble s’écrouler autour de lui. Un seul repère subsiste : Eddy, son dévoué chauffeur, qui l’intimide aussi bien par son aura de mystère que par sa franchise. Notre héros se met à errer dans sa vie et dans son domaine au risque de se perdre, comme lorsqu’il suit dans les bois un faon miraculeusement rescapé d’un accident de voiture (précisons que le faon n’était pas au volant). Ainsi, la même vague qui a recouvert Fukushima semble avoir enseveli notre héros, le laissant à la dérive.

Ce roman est franchement bizarre. Federico s’est longtemps demandé s’il allait aller jusqu’au bout et puis, finalement, la curiosité a pris le dessus, de même que l’étrange ambiance dans laquelle baignent les personnages. Si notre ami lapin devait créer un bandeau publicitaire pour ce livre (vous savez, ces gros machins rouges qui cachent la couverture et parfois laissent des grosses traces d’encre) il mettrait : « Sous la vague, le premier roman de terroir à la sauce teriyaki ». En effet, nous avons l’histoire d’un homme qui essaie de garder la main sur son domaine charentais, tandis que ses employés s’organisent et se battent pour conserver leur travail, racontée avec un détachement que Federico a souvent rencontré dans les romans japonais qu’il a croisé. L’effacement de Bertrand face à la situation, son désir de se fondre dans le décor et l’épure de l’écriture d’Anne Percin donnent à ce roman un je ne sais quoi de fascinant et d’envoûtant. Cela a suffisamment motivé Federico qui a donc poursuivi sa lecture jusqu’à la fin et n’a pas regretté cet étonnant et amusant moment de lecture.

Anne Percin, Sous la vague, éditions du Rouergue, août 2016, 200 p.

Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

3 carottes

Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages

Billy Bat, tome 1

Un manga de Naoki Urasawa, co-scénariste Takashi Nagasaki.

C’est toujours un plaisir de retrouver le dessin et les histoires de Naoki Urasawa. On peut le dire, Federico est devenu un grand fan de cet auteur japonais qui l’a par deux fois déjà régalé de séries haletantes : après la série Monster (à lire absolument) et 20th Century Boy (à lire absolument), voici Billy Bat.

Billy Bat est l’histoire de Kévin Yamagata, auteur de la bande dessinée racontant les aventures de la chauve-souris détective nommée Billy Bat et qui remporte un grand succès en Amérique (et qui n’est pas sans rappeler à notre cher lapin un certain Blacksad). Mais il semblerait qu’un héros similaire ait déjà été publié au Japon… Pensant alors avoir inconsciemment  reproduit une œuvre aperçue lors de sa présence dans son pays d’origine pendant la Seconde Guerre mondiale, Kévin part à la recherche de l’auteur initial. Il va rencontrer des mystères bien sûr, mais aussi des gens dont on ne sait pas s’ils sont méchants, gentils ou les deux, une jolie jeune femme, des étranges dessins de chauve-souris, plein de militaires, etc.

On retrouve dans cette série les mêmes ingrédients qui ont fait le succès des précédentes, mais ce n’est pas un mal, loin de là. En effet, les caractéristiques essentielles étant le suspens et le page-turner, on ne va pas se plaindre lorsqu’il y en a. Avec Billy Bat, comptons également l’action décentralisée qui couvre de multiples personnages, l’époque japonaise de l’après-guerre retranscrite avec authenticité en arrière-plan, un héros emprunt de justice et exemplaire qui pourrait cacher une part d’ombre et, enfin, cette entité inconnue et mystérieuse qui semble régir les destinées de l’univers… est-elle bonne ou mauvaise ?

De manière moins théâtral que sa précédente phrase, sachez que Federico apprécie également les mangas d’Urasawa pour son trait réaliste qui donne à ses personnages une véritable personnalité, en parvenant à tous les distinguer. Il ne dessine pas les japonais avec de grands yeux étoilés, et il sait faire de gros nez à ceux qui le méritent (les européens et les américains, souvent).

Mais pourquoi trois carottes demanderez-vous ? C’est très simple, le talent d’Urasawa réside dans sa capacité à nous tenir en haleine à travers au moins une dizaine d’épisodes, mais ce n’est là que le premier ! Les trois carottes confirment donc son habilité à débuter une série, mais les trois carottes attendent avant de se prononcer trop vite… Les trois carottes veulent la suite, vite !

Billy Bat, tome 1, Naoki Urasawa, Pika éditions, 2012, 200 pages

Une sacré mamie

Un manga de Yoshichi Shimada (scénario) et Saburo Ishikawa (dessin)

Dans les années 1950, Akhiro vit a Hiroshima avec sa maman et son grand frère. Quand sa mère, incapable de subvenir aux besoins de ses deux fils, décide d’envoyer Akhiro chez sa grand-mère à Saga c’est le drame pour ce petit garçon turbulent. Au début inconsolable, Akhiro va bien vite s’adapter à sa nouvelle vie, se faire des copains à la vie à la mort et surtout se laisser apprivoiser par sa sacrée mamie. À ses côtés il va apprendre la générosité rend le cœur plus léger et la débrouillardise qui permet de mettre du beurre dans les épinards (quand il y en a). Il va surtout découvrir que pauvreté ne rime pas forcément avec malheur si on se retrousse les manches et qu’on voit la vie du bon côté.

Pour réduire Une sacrée mamie à une simple expression, Federico pourrait dire qu’il s’agit d’un gentil manga. Parce que les gens sont sympathiques, vont spontanément vers les autres et que même ceux qui enquiquinent le monde finissent par être supportables. Parce que les choses finissent toujours par s’arranger car tout le monde s’entraide. Et surtout parce qu’Akhiro est un personnage résolument attachant et drôle

Attention, que « gentil » ne soit pas associé à « mièvre » ou « benêt ». On est pas chez les Bisounours. Cette formidable adaptation d’un roman autobiographique est beaucoup plus riche qu’elle n’y paraît. Elle transforme une situation de départ plutôt difficile (la séparation entre la mère et son fils puis l’arrivée dans un univers très pauvre où on n’est pas assuré de manger à tous les repas) en une pépite d’optimisme et de bonne humeur. Depuis 4 tomes, Federico suit avec délice toutes les aventures et les bêtises (des gentilles bêtises, hein) d’Akhiro. Et il en a encore de belles à découvrir : la série compte actuellement 10 tomes et un onzième est prévu pour le mois d’août.

Il ne vous reste plus qu’une chose à faire : éteignez votre téléviseur et accordez vous une (gentille) pause dans les cases de ce beau manga qui a beaucoup de choses à nous apprendre.

Une sacrée mamie, Yoshichi Shimada et Saburo Ishikawa, éd. Delcourt.