Terriérama spécial Angleterre

Quoi de mieux qu’un Terriérama pour fêter l’ouverture du condo-terrier et la nouvelle année par la même occasion ? Et quoi de mieux qu’un Terriérama voyageur, en l’occurrence spécial Angleterre ?? Rien de mieux bien sûr, nous atteignons là la perfection blogesque.

Et oui, Federico a fait un merveilleux voyage en perfide Albion, sur les terres de Jane, des sœurs Brontë, d’Elizabeth et de Sherlock. Il faut l’avouer, c’était il y a longtemps, du temps où il ne faisait pas gris, humide, froid et moche, c’est à dire en été.

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Ce fut donc sous un soleil radieux (où un seul accident de chaussures trempées par la pluie fut à déplorer), que notre lapin voyageur a conquis l’Angleterre à coup d’émerveillement, de bus rouges, de vieux cailloux érigés, de conduite à gauche et de scones bien placés dans son bidou. Ces dix journées remplies à la cool n’en furent pas moins fort culturelles, et ce sont de ces découvertes qu’il va être question dans ce Terriérama. Sir and Madam, please let’s go.

Carottes en série

Ce qu’il y a de bien avec les romans de Jane Austen ou d’Elizabeth Gaskell (entre autres), c’est qu’une fois la lecture achevée, vous pouvez vous ruer sur l’adaptation filmique ou télévisée. Généralement réalisées par des britanniques qui ne sont pas manchots, ces adaptations vous plongent à coup sûr dans une délicieuse ambiance d’un autre siècle !

Peu de temps avant son séjour en Angleterre, notre ami lapin avait fait l’acquisition d’un coffret DVD contenant Cranford et Return to Cranford, adaptation de… Cranford of course, oui mais aussi des Confessions de Mr Harrison (lu mais pas chroniqué, pardon, désolé) et My Lady Ludlow (même pas traduit en français, what a shame). Ces trois romans d’Elizabeth Gaskell évoquant tous la vie dans la campagne anglaise du XIXe siècle, les réalisateurs ont décidé de les mettre dans un mixeur, d’ajouter des petites histoires et plouf, ça fait deux mini-séries !

En quittant le sol français, Federico n’avait toujours pas vu cette appétissant programme mais ce dernier s’est bien vite rappelé à lui.

Parce que la plupart des scènes extérieures de la série ont été tournée à Lacock…

… que Lacock est situé dans le Wiltshire…

… et que Federico a été promener son pompon dans cette région verdoyante.

Ha ! Si ça c’est pas le destin !

Quand on arrive à Lacock, on ne met pas trop longtemps à comprendre pourquoi l’équipe de tournage de Cranford y a posé ses valises et d’autres avant elle (notamment pour Harry Potter et le Prince de sang mêlé, le destin on vous dit !). La ville semble ne pas avoir changé depuis deux siècles. Bien sûr, les routes sont bitumées et il y a des enseignes modernes, mais un peu de sable sur le sol et quelques panneaux de bois suffisent à créer une rue digne d’une adaptation gaskellienne ! Grâce à ces clichés pris par Federico lui-même (cliquez dessus pour qu’ils arrêtent d’être minuscules), vous pouvez constater qu’on ne vous ment pas. Et toute la ville est comme ça. Il y a même des petites rues dans lesquelles les voitures peuvent à peine se garer et qui conservent un charme délicieusement suranné.

©Federico

La rue principale de Lacock, avec son Red Lion (le truc obligatoire si tu veux être un village anglais typique) et ses voitures moches. C’est là qu’ont été tournées la majorité des scènes situées dans le centre de Cranford.

Vous l’aurez compris, même si les photos de Federico ne lui rendent pas justice, Lacock est une ville absolument adorable, avec plein de vieilles pierres, de vieilles poutres, de vieilles fleurs et des ateliers d’artistes nichés dans des vieilles maisons. Un charme tout anglais que Federico a retrouvé avec joie dans la série Cranford.

Cette dernière a semblé trop courte à notre ami lapin. Et comme la règle du Terriérama est justement de faire court, il va évoquer brièvement le délicieux moment qu’il a passé avec les héros de cette mini-série aux petits oignons. Commençons d’abord par préciser que si vous n’êtes pas fluent in english, vous serez largement handicapé. La série n’a en effet jamais traversé la Manche et ne se peut trouver qu’en version anglaise sous-titrée anglais. Federico a dû s’en contenter mais le fait d’avoir lu deux des trois livres adaptés lui a permis de presque tout comprendre.

Cranford est l’une des adaptation les plus réussies qu’il ait eu l’occasion de voir. Le casting est parfait, les différentes histoires s’imbriquent à merveille, le souci du détail est présent dans chaque élément de décors et de costume, et les ajouts scénaristiques sont très respectueux de l’œuvre de Gaskell. Avant de laisser place aux autres étapes de son voyage, Federico souhaite insister sur le point de la série qui l’a le plus enchanté : le développement du personnage de Mary Smith, la narratrice du livre Cranford. Federico était très frustré qu’elle n’aie pas sa propre histoire et qu’on en sache si peu sur elle. Dans la série, elle prend une plus grande ampleur et les scénaristes lui réservent un destin dont notre ami lapin n’aurait même pas oser rêver !

A cup of Potter ?

Federico a grandi avec Harry Potter. S’il est parti vers plein d’autres horizons littéraires par la suite, notre ami lapin se souvient de ses bouquins tout racornis lus maintes et maintes fois lorsqu’il était un lapereaux réservé et binoclard qui se réfugiait dans les livres. Aujourd’hui, rien n’a beaucoup changé : Federico est encore parfois peu enclin à la grande socialisation, il porte fièrement ses binocles et il lit mille fois plus. Sauf que maintenant, lire c’est populaire ou c’est in, donc ce n’est plus un rebut de la société. Pour lui, la découverte de Londres et de l’Angleterre fut l’occasion d’entrer dans le côté très british des livres de J. K. Rowling.

Farouche opposant à l’adaptation cinématographique de la saga, notre ami lapin n’a quand même pas laissé passer l’occasion de se rendre aux studios Warner, au nord de Londres. Bien lui en a pris, car cette visite, fort iiiiiihhh ! et instructive, l’a rabiboché avec les films. En effet, le travail fourni pendant la dizaine d’années de tournage est non négligeable, allons jusqu’à dire impressionnant. Décors, costumes, maquettes, créations d’objets, effets spéciaux, voilà ce qu’on découvre, ainsi que moult anecdotes. La visite était un bon moyen de se replonger dans l’univers de son adolescence, et de lui donner la folle envie de tout relire (projet en cours). Mais surtout, ce que Federico a compris lors de la visite des studios, c’est pourquoi il n’aime pas les films. Car, avec tous ces efforts pour recréer l’univers des sorciers et avec un casting bad ass (Maggie Smith, Alan Rickman, Gary Oldman pour n’en citer que quelques uns), qu’est-ce qui cloche ? Federico a trouvé : selon lui, c’est la direction des acteurs et/ou la performance des trois loustics sur qui tout le film repose. C’est ben dommage mon ami…

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Mais passons outre, et parlons des studios ! Car là-bas, Federico a appris que chez Warner, tous les acteurs (ou presque) portent perruque ; que nombre de décors ont été réalisés pour de vrai, comme la porte de la Chambre des secrets, vous savez, celle avec les serpents ; que les murs de la salle commune de la maison Griffondor sont inspirés de la célèbre tapisserie rouge de la Dame à la licorne (celle avec des pitits lapiiins !), et qu’on y trouve accroché un portrait de McGonagall lorsqu’elle était une fringante jeune femme ; que les bocaux de formol de la salle de cours de potion ont été réalisés avec des peluches animalières achetées au zoo de Londres ; que le bureau de Dumbledore a été construit entièrement, et que les tableaux des anciens directeurs recouvrant ses murs sont les portraits du personnel de l’équipe de tournage ; que des centaines de baguettes et d’étuis à baguette ont été confectionnés pour le magasin d’Ollivander ; et surtout, surtout, que la bièraubeurre, c’est dégueulasse !

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La salle commune de la maison Griffondor, comme si vous y étiez mesdames et messieurs !

Allez, vu que Federico vous parle d’Harry Potter et que vous n’avez peut-être plus aucune idée de quoi ça cause, voici un résumé en bande dessinée par Lucy Knisley (l’auteure de Délices) : ici !

Et s’il vous était arrivé de vous demander à quoi ressemblerait la saga Harry Potter en anime japonais, voici de quoi vous donner une idée.

Miam-miam

Il l’a dit, Federico a mangé du scone en veux-tu en voilà. Sur les conseils de Pénélope, il a dégusté le premier chez Foxcroft & Ginger, qui a la merveilleuse idée de se trouver juste à côté d’une librairie spécialisée en bande dessinée (Gosh!). Que demander de plus ? Rien, si ce n’est d’importer le concept de clotted cream de ce côté-ci de la Manche, siouplait.

Mais Federico a aussi eu du flair par lui-même et a trouvé comme un grand une chouette adresse. En effet, un lapin qui marche dans Londres et en prend plein la vue devient forcément à un certain point un lapin affamé. Quand vos pattes et votre estomac commencent à protester de concert, comment résister à l’invitation d’un sympathique congénère qui vous tient la porte gentiment ?

C’est ainsi que Federico est entré dans un monde sucré, pastel, sucré, gourmand et trèèès sucré : le monde de Primrose Bakery. Cette boutique est tellement pleine de trucs qui ont l’air délicieux qu’elle pourrait très bien être tenue par une vilaine sorcière qui aimerait bien vous manger. Mais en fait pas du tout, de charmantes vendeuses attendent patiemment que vous ayez choisi entre toutes les variétés de cupcakes qui se pavanent dans la vitrine et décidé avec quel milkshake vous allez accompagner ce glorieux goûter. Federico n’en revient toujours pas de son milkshake au caramel au beurre salé à tomber par terre, accompagné d’un cupcake fort savoureux. Rien que d’y repenser, il en salive…

Restes du massacre...

Restes du massacre… (cliquez sur l’image pour voir les autres dessins de votre serviteur)

Moi Federico, toi Jane

Pour notre ami lapin, aller en Angleterre sans prendre le temps de marcher dans les pas de Jane Austen était inconcevable. Parmi tous les lieux de pèlerinage possibles, c’est la ville de Bath qu’il a retenue.

L’auteure y a en effet séjourné à plusieurs reprises et deux de ses romans ont la ville pour théâtre : Persuasion et Northanger Abbey. À l’époque de Jane Austen, Bath était the place to be : les gens y venaient en vacances pour boire de l’eau (attention à ne pas jeter bébé avec l’eau de Bath… et oui, Federico fait aussi des blagues). Dans Northanger Abbey, la jeune Catherine est dans un premier temps emportée par la folie des bals et ne sait plus où donner de la tête dans ses nouvelles relations. Austen en profite pour pointer du doigt la superficialité de telles amitiés.

La beauté de Bath, elle, n’est pas superficielle et a superbement traversé le temps. Federico s’est promené avec bonheur sur les traces de ses héroïnes favorites, près des Pump Room ou sur le Circus.

Si l’architecture locale n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, le clou de sa visite a été le Jane Austen Centre. Dans une coquette demeure, de sympathiques guides habillés à la mode régence vous font découvrir la vie de l’auteure à Bath. La visite est très enrichissante, pleine de détails intéressants et de reconstitutions émouvantes. Federico ne pouvait pas quitter ce lieu sans passer par le Regency Tea Room, un très beau salon de thé qui finit de vous plonger dans l’ambiance. Prêt à payer de sa personne pour vous apporter le plus de détails sur la culture anglaise, Federico n’a pas reculé devant les scones et la clotted cream. Les papilles de notre ami lapin ont été dûment récompensées pour ce sacrifice !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. ben quoi Jane, il n'est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. Ben quoi Jane, il n’est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Tea Time

Le tea time, c’est du sérieux : du thé (obligé, en Angleterre si tu n’aimes pas le thé ou la bière, tu meurs de soif), des scones et plein de trucs indécents à tartiner dessus. (idem, cliquez sur l’image)

Vous avez dit la reine d’Angleterre ?

Si vous êtes déjà parti en vacances en Angleterre ou si vous le faites un jour, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire « hé, tu diras bonjour à la Reine ! » (rire gras).

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

Federico y a eu droit lui aussi, et il n’a pas boudé son plaisir en rentrant de vacances, quand les gens lui demandaient comment était son voyage et qu’il répondait : « c’était intéressant, j’ai vu la reine » (air blasé).

Mais comment est-ce possible ?

Vous demandez-vous.

Le dernier jour de son séjour anglais, Federico s’est levé de bonne heure pour aller assister à la relève de la garde montée de la reine : les Horse Guards. En arrivant près du but, notre ami lapin a eu la surprise de découvrir que la relève n’aurait pas lieu. En effet, toutes les troupes étaient réquisitionnées pour un défilé près de Buckingham Palace. Piqué de curiosité, notre ami lapin a décidé de fendre la foule pour voir ce qui suscitait tant d’animation.

Il a alors appris que c’était le jour de célébration de l’anniversaire de la Reine Elizabteh II. Oui, comme elle est née en avril, elle fête son anniversaire en juin. Elle fait ce qu’elle veut, c’est la reine. Pour arroser l’événement, une petite sauterie était organisée, entre intimes, avec revue des troupes et défilé devant le bon peuple de Londres. Et devant Federico par extension. Malgré l’émotion qui étreignait son petit cœur, votre dévoué chroniqueur a pu prendre ce cliché digne des plus grands paparazzi.

la reine

Le flou artistique, c’est le secret d’une bonne photo royale. Si ce cliché déjà culte ne fini pas dans Point De Vue, c’est qu’on n’y connait rien.

Federico a donc aperçu vu très nettement la Reine d’Angleterre ainsi que quelques membres de sa royale famille.

La Reine d’Angleterre ! Non mais vous ne vous rendez pas compte ! C’est trop la méga-classe !

Avec tout ça, Federico a certainement gagné des points de charisme… et un bonus en attaque à cheval.

C’est sur cette royale note que ce clôt ce Terriérama d’outre-Manche. Federico espère qu’il vous a plu et vous a permis de voyager un peu, ou vous a donné envie de faire votre valise !

À bientôt pour un nouveau concentré de culture lapinesque !

elvis-thanks

Une saison à Longbourn

Un roman de Jo Baker, traduit de l’anglais par Sophie Hanna.

noté 3 sur 4

Si vous êtes un fidèle lecteur de ce blog, vous n’êtes pas sans ignorer la passion de Federico pour l’univers de Jane Austen. Si vous ne le saviez pas, faite pénitence quelques instants et revenez lire cet article pour vous rattraper.

Au risque de répéter ce qu’il disait ici, notre ami lapin se doit d’aborder la profusion d’œuvres inspirées des personnages de l’auteure britannique, en particulier ces dernières années. Le filon Orgueil et préjugés est bien sûr le plus prolifique. Grâce à cette littérature bien souvent du niveau des Harlequins, nous savons enfin ce à quoi pense Mr Darcy le matin en se rasant. Federico s’est tenu loin de ces livres parce qu’il n’avait pas forcément envie d’en savoir plus que ce que Jane Austen avait bien voulu nous livrer.

Pourtant, notre ami lapin s’est dépouillé de ses préjugés (héhéhé) quand l’auteure Jo Baker l’a invité à entrer dans la maison de la famille Bennett par la petite porte. Ou plutôt, devrait-on dire, par la porte de service. Car c’est aux domestiques de Longbourn que l’auteure consacre son roman, tandis qu’ils étaient réduits à quantité négligeable dans les livres de Jane Austen. En effet, il n’y a que dans la série Downton Abbey (sur laquelle vous devriez vous précipiter si ce n’est pas encore fait) que les maîtres se montrent attentionnés avec leurs domestiques. Dans la grande majorité des maisons, ces derniers faisaient partie du décor et on leur adressait la parole pour leur donner des consignes ou pour s’épancher quand personne d’autre dans la famille ne voulait vous écouter. Il n’a certainement jamais effleuré Jane Austen que les domestiques pouvaient être des héros comme les autres. Ils ne faisaient pas parti de son univers un point c’est tout.

Nous faisons donc connaissance de Sarah, Polly, Mr et Mrs Hill, les dévoués domestiques de la maison de Longbourn. Pour ces deux derniers, ce dévouement s’est traduit par une vie de dur labeur à peine remerciée et le sacrifice de bien des rêves. Sarah est jeune, têtue et accepte difficilement la vie qui l’attend au service des autres. Elle veut pouvoir aller où bon lui semble, aimer qui elle veut et ne pas avoir à subir les humeurs de ses maîtres. Bref, avoir sa vie à elle et non pas vivre par procuration celle des autres. L’arrivée d’un nouveau domestique dans la maisonnée et la réouverture de Netherfield à l’arrivée de Mr Bingley et sa clique vont lui donner l’occasion de donner un nouveau tournant à sa vie. En voyant Sarah évoluer et s’affirmer, Federico n’a pas pu s’empêcher de penser à Margaret Hale ou à Jane Eyre, ses héroïnes adorées. Même si elle est au centre du roman, les autres domestiques ne sont pas en reste et portent avec eux un joli lot de secrets et de projets, que l’auteure révèle toujours au moment le plus opportun.

©StockEn plus de nous faire découvrir les coulisses de Longbourn, Jo Baker vient en gratter le vernis à la ponceuse. Son roman commence avec une scène très forte, aussi éprouvante pour le lecteur que pour l’héroïne (les engelures en moins). On y assiste à la corvée de lessive hebdomadaire. Levée avant tout le monde, Sarah, doit aller plonger ses mains abîmées par le labeur dans l’eau glaciale qu’elle va mettre à bouillir pour nettoyer les vêtements de ses maîtres. D’entrée de jeu, les belles et spirituelles filles Bennett sont éjectées de leur piédestal : Sarah peste contre les jupons boueux d’Elizabeth avant de soupirer de dégoût face aux protections périodiques des filles. Régulièrement, au cours du livre, Federico, médusé, a assisté à des scènes qui remettent les héroïnes de Jane Austen à leur place dans l’univers. Il est clair que l’intention de l’auteure n’est pas de dénigrer les Bennett et leur entourage, non, elle est bien trop humble dans son écriture pour cela. Mais ses impertinences extrêmement bien placées ont fait réaliser à quel point le quotidien de filles comme Elizabeth et Jane était vain : être jolies, lire, envoyer des piques à Mr Darcy et marcher sur la lande. Tout cela est tellement simple quand on n’a pas à se soucier de faire la lessive, d’épousseter les étagères pleines de livres ou même de préparer le repas. Il est difficile de croire que Mr Darcy aurait été sujet à tant de sentiments impérieux s’il avait vu Elizabeth les mains dans l’eau de vaisselle.

La réaction de notre ami lapin peut sembler excessive mais ce roman a radicalement changé son regard sur l’œuvre de Jane Austen. Il est probable qu’il ne pourra plus lire les romans ou voir les adaptations sans penser au fossé entre les classes qu’on voit et celles qui sont dans l’ombre.

Laissons cet aspect de côté pour revenir sur le plaisir immense qu’a été la lecture d’Une Saison à Longbourn. L’auteure rend un hommage très subtil mais aussi plein de culot à Orgueil et Préjugés. Elle y insère avec une facilité déconcertante l’histoire des domestiques. Les évènements qui rythment la vie des Bennett sont présents en toile de fond mais c’est l’office qui est mis en lumière. La chronique de la vie dans cet univers a passionné notre ami lapin, et, grâce au talent de Jo Baker qui a su donner une véritable indépendance à son récit, pourra parler aux néophytes qui n’ont pas lu le roman de Jane Austen et qui se demandent quand Federico arrêtera d’en parler. Jamais !

Jo Baker, Une Saison à Longbourn, Stock, avril 2014, 393 pages.

Des Portraits de Jane Austen

Il y a quelques temps, Federico a consacré un marathon critique à Jane Austen, , ici, re-là, re-re-là, re-ici, ici également, là enfin.

À diverses reprises, au cours de ses lectures, notre ami lapin a ressenti une étrange proximité avec l’auteur, comme si elle se tenait à quelques mètres de lui et non pas morte et enterrée depuis deux siècles. Cette sensation est d’autant plus incongrue qu’on ignore presque tout de la femme que Jane Austen a été et à peine plus de l’auteur. Seules quelques lettres ayant survécu à la censure de sa sœur Cassandra et d’autres conservées par ses neveux et nièces nous sont parvenues. À partir de ce peu, auteurs et réalisateurs ont tenté de dresser le portrait de cette femme si mystérieusement actuelle. Parmi toutes les bio-pics/-graphies, Federico en a vues/lues trois et va vous dire ce qu’il en a pensé.

Becoming Jane

©Miramax Films

« Lâchez ma main Miss Austen, vous m’écrasez les doigts ! »

Notre ami lapin n’a jamais vraiment eu envie de commenter ce film, mais l’occasion faisant le larron, il va tout de même aller puiser dans ses souvenirs pour vous en parler. Becoming Jane imagine l’histoire d’amour passionnelle entre la jeune Jane Austen et un certain Tom Lefroy, qui se serait terminée dans une fugue avortée et aurait servi d’inspiration pour le reste de son œuvre. Si on fait abstraction des personnages auquel le script s’attaque, le film est très agréable à regarder, bien écrit, bien interprété et on vibre pendant 2 heures au son de la passion qui étreint les deux protagonistes (oui, une passion qui étreint, ça fait du bruit). Mais voilà, pour Federico, le mot passion ne colle pas avec l’idée qu’il a de l’auteur : une femme mesurée qui se moque à plusieurs reprise dans son œuvre des impulsions amoureuses, leur préférant de loin la stabilité d’un mariage réfléchi. On peut certes penser que cette vision du monde peut lui être venue suite à une grosse casserole sentimentale de ce genre. Pourquoi pas. De toutes façons, Federico n’est pas plus capable qu’un autre de remplir les vides béants dans la biographie de Jane Austen. Le film n’a pas cette prétention non plus. Il cherche juste à apporter une réponse adaptée au public actuel à la question suivante : comment une femme restée célibataire toute sa vie a-t-elle pu dessiner un portrait aussi juste de la vie amoureuse de ses contemporains ? Becoming Jane propose l’expérience de terrain comme hypothèse, Federico préfère y voir la manifestation d’un grand talent d’observation.

Miss Austen regrets

©BBC

Jane Austen a l’air un peu triste mais sa sœur Cassandra n’en a rien à cirer, elle préfère rire avec les feuilles de l’arbre.

Beaucoup moins fougueux que Becoming Jane, ce téléfilm se concentre sur les dernières années de la vie de l’auteur et met l’accent sur sa notoriété d’écrivain et son rôle de tante, qu’elle prenait très au sérieux. Le téléfilm montre une Jane Austen ouvertement anti-conformiste et un brin égoïste. Ici le grand pari du scénario est de suggérer que l’auteur aurait regretté de ne pas s’être mariée. Encore une fois, rien dans les documents qui nous sont parvenus ne permet d’avancer une telle chose, mais on se doute bien que de telles confessions auraient été évidemment détruite par sa sœur Cassandra. Malgré cette réserve, Federico a été très ému par ce portrait de Jane Austen, Olivia Williams est très convaincante quand il s’agit de montrer la sensibilité de son personnage. Comme on s’en doute, la fin requiert un usage assez important de mouchoirs en papier. Notre ami lapin a par ailleurs remarqué que, comme dans Becoming Jane, la mère de l’auteur (qui a fini sa vie de façon très modeste auprès de ses deux filles célibataires) lui en veut beaucoup d’avoir refuser d’épouser un très bon parti qui lui aurait assuré l’aisance financière ainsi qu’à ses proches. On retrouve ici le trait de caractère principal des mères présentes dans les romans de Jane Austen : l’obsession du mariage avantageux. Dans les deux cas, les films oublient que les frères de l’auteur ont plutôt bien réussi et ont toujours veillé à ce que Mrs Austen, Jane et Cassandra ne manquent de rien.

Un portrait de Jane Austen

©PayotAllez, on quitte les écrans et on revient au papier. Bienvenue dans le monde tout bisounoursé de David Cecil, universitaire anglais spécialiste de l’auteur. Pour caricaturer son propos, Jane Austen était un génie, belle, intelligente, drôle, sa famille était trop géniale, qu’est-ce qu’on se marre et dans la maison il y avait des papillons partout. Ouiiiiii !! (couinement extatique)

Bon, d’accord, Federico exagère un peu. Mais l’impression qu’il a eu en lisant ce livre est que l’admiration débordante de l’auteur pour son sujet… déborde un peu trop. Cet enthousiasme mis à part, le biographe se montre honnête et avoue beaucoup spéculer sur ce qui s’est passé entre les lettres qu’il cite. Ces dernières sont très intéressantes à lire. On y découvre une Jane très différente de la jeune femme passionnée de Becoming Jane :l’auteur ne cherche pas l’histoire d’amour planquée sous le tapis et au contraire nous montre une femme très à l’aise dans son rôle d’observatrice et comblée d’amour par sa famille (attention, lâcher de colombes dans 3, 2, 1…). Ce qui a le plus intéressé Federico dans ce portrait, c’est la présentation du milieu et de l’époque dans laquelle Jane Austen a vécu et dont elle a tiré le matériau de ses livres. Il s’avère que l’auteur était totalement en phase avec son environnement social et cela rend d’autant plus épatante sa capacité à nous parler avec cette voix intemporelle. N’étant pas un amateur de biographies, Federico a trouvé la lecture de ce livre très plaisante, son style le faisant presque passer pour un roman.

Finalement, Jane Austen peut rester tranquille, son aura de mystère n’est pas près de s’envoler. Un voyage en DeLorean s’impose aux plus curieux !

Becoming Jane, réalisé parJulian Jarrold, 2007

Miss Austen Regrets, réalisé par Jeremy Lovering, 2008

Un portrait de Jane Austen, David Cecil, traduit par Virginie Buhl, Payot, octobre 2013, 300 p.

Jane Austen – Jour 7 : Mansfield Park

©PenguinBooks

Mansfield Park (1814)

C’est l’histoire de Christine Boutin Fanny Price dont les parents sont tellement pauvres, qu’elle est envoyée chez son riche et influent oncle, dans le domaine de Mansfield Park. Face à l’indifférence, voir au mépris de cette nouvelle famille, l’affection et le soutien de son cousin Edmund lui sont un précieux soutien. Au fil des ans, la gratitude laisse place à l’amour dans le cœur de Fanny.

De tous les romans de Jane Austen, Mansfield Park est clairement celui qui a le moins séduit Federico. Bizarrement, notre ami lapin a bloqué sur les considérations morales défendues dans l’ouvrage. En effet, les héros, Fanny et Edmund, sont de fervents partisans de la bienséance, de la retenue et du respect des valeurs morales religieuses. Pour ne pas y aller par quatre chemins, Federico les a trouvé extrêmement… coincés. Il en est même venu à éprouver de la sympathie pour Mary Crawford, la « dépravée » du récit, qui a le seul tort de parler ouvertement (bon, et elle est aussi sacrément intéressée par le paraître et l’argent). Notre ami lapin a été surpris par sa réaction, lui qui n’a jamais été rebuté par les mœurs d’autres époques (la forte présence de Dieu dans Jane Eyre ne l’a pas empêcher d’adorer ce roman). La voix de l’auteur ne lui a pas semblée aussi présente que dans les autres livres, pas plus que le subtil jeu de l’ironie. C’est très probablement cela qui a déstabilisé notre ami lapin. Reste néanmoins le plaisir de la lecture, et la grande finesse de la description des sentiments et des relations.

Ainsi se clôt ce marathon critique. C’est avec un immense plaisir que Federico vous a fait partager son petit jardin anglais ! Ne soyez pas triste, votre serviteur viendra bientôt vous parler de Sanditon, le roman inachevé de Jane Austen, qui attend bien sagement d’être lu.

Jane Austen – Jour 6 : Raison et Sentiments

©PenguinBooks

Raison et Sentiments (1811)

C’est l’histoire des sœurs Dashwood, Elinor l’aînée, qui n’est que tempérance et raison, et Marianne, sa cadette, fougueuse et passionnée. Ces caractères bien affirmés vont bientôt être bousculés par l’amour et ses désillusions. C’est pas facile tous les jours la vie dans la lande anglaise…

Victime de son succès et de ses populaires adaptations, Raison et Sentiments ne laisse pas beaucoup de place à l’imagination quant à sa fin (moulte épousailles en perspective). Federico a mis plus de temps à rentrer dans cette histoire centrée sur les deux sœurs Dashwood. Notre ami lapin a trouvé que l’intrigue s’étalait parfois sur la longueur, surtout en comparaison avec la fin, qu’il a regretté de voir expédiée aussi vite. Raison et Sentiments reste malgré cela un roman absolument délicieux. Les héroïnes sont très attachantes et, bien que différentes, leurs liens sont très crédibles et émouvants. Leur entourage est amusant à observer, notamment au vu des excès dont certains font preuve ! Quant aux prétendants qui se disputent le cœur des sœurs Dashwood, ce ne sont pas les plus charismatiques de l’univers de Jane Austen. Dans certains cas, les qualifier de boulets ne semble pas déplacé pour notre ami lapin !

À demain !

Jane Austen – Jour 5 : Northanger Abbey

©PenguinBooks

Northanger Abbey (1818)

C’est l’histoire de Catherine Morland, jeune fille naïve et romanesque qui accompagne des amis de sa famille à Bath, ville de fêtes et de rencontres en tous genres. Elle va se faire des amis à fidélité variable, et tomber sous le charme de M. Tilney (Federico non plus n’a pas pu résister !). La famille de ce dernier l’invite dans sa demeure : l’Abbaye de Northanger. Dans cette inquiétante bâtisse, Catherine va trouver le cadre idéal pour revivre les émotions qu’elle vit en lisant les romans gothiques qu’elle affectionne tant.

Avec ce livre, Federico a passé un cap. De lecteur enthousiaste, il est devenu un véritable fan de Jane Austen, un Janeite ! Dans ce roman qui a beaucoup fait rire et sourire notre ami lapin, Jane Austen semble plus que jamais s’amuser à se moquer de ses contemporains. Les intrigues amoureuses passent au second plan. Il s’agit plus d’un récit initiatique dans lequel Catherine Morland, la jeune héroïne, va découvrir la vie en société à Bath et pousser son imagination dans ses plus absurdes retranchements à Northanger Abbey. On palpite au gré de ses joies et contrariétés, on sourit devant sa naïveté. Sa fraîcheur d’esprit et sa droiture la rendent irrésistible aux yeux de Federico. Quand à l’écriture, elle est tellement moderne et l’auteur y instaure une telle complicité avec le lecteur, que Federico s’imaginait qu’elle allait apparaître dans son salon, s’asseoir à côté de lui et lui demander son avis sur le livre. Vous l’aurez compris sans mal, Northanger Abbey est sans conteste le chouchou de notre ami aux longues oreilles.

À demain !

Jane Austen – Jour 4 : Persuasion

©PenguinBooks

Persuasion (1818)

C’est l’histoire d’Anne Eliott, qui vit avec son père et sa sœur. Ils sont aussi prétentieux et égoïstes qu’elle est réservée et dévouée. Quelques années auparavant, Anne a été follement éprise d’un soldat, Frederick Wentworth. Cet amour partagé a été rompu par sa famille qui le considérait comme une mésalliance. Quand Wentworth revient de la guerre, riche et auréolé de gloire, Anne réalise l’erreur qu’elle a commise en se laissant influencer par son entourage.

Lire un livre deux jours après en avoir vu une adaptation télé n’est pas une bonne idée. Ce n’est pas Federico qui va le nier, tant sa frustration  a été forte de ne pas apprécier Persuasion à sa juste valeur. Néanmoins, notre ami lapin a encore une fois été frappé par la modernité et la fraîcheur du ton de Jane Austen. Les personnages sont très bien dessinés et l’histoire est absolument romantique. La critique du culte des apparences est caustique et il a été difficile pour votre chroniqueur d’abandonner sa lecture pour toute autre activité. Le seul regret de Federico est que Persuasion ne soit pas plus long : il aurait aimé s’attarder un peu auprès des héros. Pour compenser, il s’est payé le luxe de le relire, quelques mois plus tard, pour mieux en profiter !

À demain !

Jane Austen – Jour 3 : Orgueil et Préjugés

©Penguin

Orgueil et Préjugés (1813)

C’est l’histoire d’Elizabeth Bennett qui… Non mais attendez une minute, vous n’allez pas me dire que vous ne savez pas de quoi parle ce livre ?!

Quand on vit dans un monde équipé de bibliothèques et de télévisions, il est difficile, même pour un lapin, de ne pas connaître l’intrigue d’Orgueil et Préjugés. La question qui domine cette lecture est la suivante : comment peut-on à ce point connaître une histoire et pourtant plonger dedans sans pouvoir en sortir ? Federico a dévoré Orgueil et Préjugés en deux jours, tremblant comme un débile dans les nœuds d’une intrigue qui n’était pas sensée le surprendre. Le style de Jane Austen allie légèreté de ton et richesse des détails, ce qui donne au lecteur l’envie d’en savoir toujours plus, y compris ce qu’il sait déjà. À l’instar d’EmmaOrgueil et Préjugés est un passeport vers une époque que Jane Austen dissèque avec lucidité et humour. L’auteur ne se laisse jamais aller à des effusions de romantisme, elle choisit la sobriété et la simplicité. C’est en faisant parler les cœurs de ses héros avec grâce et intelligence qu’elle a fait rêver notre ami lapin… sans oublier de rappeler qu’un mariage d’amour c’est bien, mais qu’un mariage d’amour avec un homme riche, c’est mieux.

À demain !

Jane Austen – Jour 2 : Emma

©PenguinBooks

Emma (1815)

C’est l’histoire d’Emma Woodhouse, une riche et jolie demoiselle qui ne manque absolument de rien et dont l’occupation préférée est d’imaginer des intrigues amoureuses entre ses connaissances et ses amis. Têtue comme une mule, elle va mettre du temps à réaliser qu’on ne joue pas impunément avec le cœur des autres…

En commençant Emma, Federico ne savait pas du tout à quoi s’attendre. De l’univers de Jane Austen, il ne connaissait rien et sa lecture chahutée ne l’a pas aidé à y entrer. Il lui aura donc fallu tout le premier tiers du roman pour s’immerger dans l’atmosphère d’une époque que l’auteur décrit à merveille. Ses personnages hauts en couleurs nous régalent de dialogues incisifs, émouvants et drôles. Jane Austen préfère se pencher sur la personnalité et les pensées de ses personnages plutôt que sur de longues descriptions, ce qui suffit à faire revivre son univers, deux siècles plus tard. Federico n’a pas vu en Emma la jeune fille capricieuse et inconséquente que beaucoup de lecteurs perçoivent. Aveuglé par son capital sympathie, notre ami lapin s’est pris d’affection pour elle et a suivi avec délectation ses projets de mariages pour ses proches et ses réflexions sur les relations qu’elle entretien avec eux. Ainsi, après avoir mis des plombes à entrer dans lhistoire, Federico a tellement été emporté par sa lecture, qu’il n’a même pas vu venir les différents retournement de situation qui font le sel de ce roman.

À demain !

Marathon critique spécial Jane Austen – Jour 1

Si Jane Austen était née en 1940, elle serait aujourd’hui giga riche. En effet, en cumulant les ventes de ses livres et ce à quoi elle pourrait prétendre sur la montagne de téléfilms, de films et de livres qui sont issus de ses romans, ça ferait un sacré paquet de piécettes ! Voyez plutôt ces deux listes répertoriant (en VO) les films et téléfilms qui adaptent son œuvre ainsi que les livres qui s’en inspirent.

Fichtre, ça en fait !

Pour Federico, ce phénomène étourdissant (à vous en donner la nausée, à force) est comparable aux réussites de Walt Disney et de Georges Lucas, qui ont transformé le fruit de leur imagination en usine à dollars. Il suffit de mettre des oreilles de Mickey à Mr Darcy, et le tour est joué !

©penguinLe seul souci c’est que Jane Austen est née en 1775, a vécu modestement et est décédée en 1817. À cette époque la BBC n’existait pas et les éditions Milady non plus. Jane Austen a porté sur son époque un regard d’une acuité incroyable. Son humour et son honnêteté donnent à ses textes une modernité qui n’a pas pris une ride en deux siècles. Que penserait-elle de cette marée qui, depuis 20 ans, risque de noyer ses œuvres ? Il y a du très bon dans les adaptation (sainte BBC, priez pour nous ! Merci à Joe Wright également), des idées amusantes (Bridget Jones, Lost in Austen et le très connecté Lizzie Bennet Diaries, entre autres), et des hommages inspirés, mais aussi pas mal de trucs flippants. Pour éviter de se perdre dans cette bouillie, revenons aux fondamentaux : les six romans qui l’ont fait passer à la postérité.

En 2011, Federico vous avait fait partager sa lecture de Lady Susan, considéré – et c’est bien dommage – comme faisant partie de ses romans « mineurs ». Notre ami lapin a choisi de consacrer un marathon critique aux romans dits « majeurs » et de les évoquer dans l’ordre où il les a lus. Il prend le parti de recopier les pages de son carnet de lecture qui sont consacrées aux livres de Jane Austen. Chacune des critiques – volontairement courte – contient donc beaucoup d’émotions toutes fraîches et d’opinions spontanées, en lieu et place d’analyses influencées par des jugements extérieurs. Les puristes trouveront certainement cela un peu léger, mais espérons que cette semaine consacrée à la mythique auteur anglaise donnera envie aux néophytes de se plonger dans son œuvre passionnante.

À demain !

Nord et Sud

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

noté 4 sur 4

On entend souvent les gens soupirer d’aise en évoquant le doux souvenir de nuits passées à dévorer un livre qui ne voulait résolument pas se fermer. Cela laisse Federico très pensif : il lui est en effet impossible de poursuivre une lecture, aussi passionnante soit-elle, à partir du moment où son horloge biologique le somme d’aller au dodo. Cela arrive en général avant minuit et se traduit par des grincements inquiétants au niveau de la nuque, des picotements dans les yeux et des lettres qui se mélangent. Malgré son envie de connaître la suite, Federico est donc obligé d’obéir à son petit corps et d’abandonner son livre, qui trépigne jusqu’au lendemain.

Pour maintenir notre lapin en éveil la moitié d’une nuit il faudrait donc du très très lourd, du plus que passionnant, du gros choc littéraire qui donne la fièvre du vendredi soir. Ne cherchez plus, nous avons trouvé. Il lui faut Nord et Sud de Elizabeth Gaskell.

Hier soir, notre ami lapin a repris la lecture de ce roman débuté la veille et croyez le ou non, la nuit fut courte. Pourtant, entre deux larmichettes, Federico s’est souvent dit que le chapitre en cours était le dernier, parce que bon, quand même demain il faut se lever (oui, Federico travaille le samedi). Mais c’était sans compter sur son horloge biologique totalement détraquée par cette nouvelle passion littéraire qui l’a maintenu dans une forme olympienne et lui a ainsi permis de venir à bout de ce chef d’oeuvre de 670 pages.

Federico s’est donc couché dans un improbable état d’excitation à 2 h 00 du matin, ce qui n’est pas sage du tout quand on est un lapin aux gros besoins en sommeil, et vers 2 h 30, son estomac a commencé à s’indigner d’avoir été oublié.

D’un point de vue spirituel, on peut donc considérer que cette lecture a permi à Federico de quitter son corps et d’en oublier les contingences matérielles.

Nous reviendrons plus tard sur le parrallèle qu’on peut (mais qu’on ne doit pas) dresser entre Elizabeth Gaskell et le bouddhisme.

© PointsNord et Sud est un peu l’ancêtre victorien de Bienvenue chez les Cht’is dans le sens où il raconte le choc culturel entre le nord industriel et le sud verdoyant de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle. Arrêtons là les comparaisons oiseuses (nous vous rapellons que Federico n’a que trois heures de sommeil à son actif, ce qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout suffisant !) et passons à l’histoire. Margaret Hale, fille d’un pasteur anglican, a grandi à Helstone, un charmant village du sud où l’air est pur et les arbres touffus. Cette vie idylique à l’abri des soucis bascule le jour où son père, tourmenté par le doute, décide de quitter son ministère. Il choisit d’aller s’établir comme instituteur à Milton, une ville du nord qui s’est développée grâce aux filatures de coton. Pour Margaret le choc est violent : les gens de Milton et leurs manières un peu rudes la prennent totalement au dépourvu. Elle va néanmoins se lier avec plusieurs personnes. Son amitié se déclare bientôt pour une famille d’ouvriers, les Higgins. Le père, virulent syndicaliste, incarne la lutte entre la main d’oeuvre et les patrons. Par ailleurs, Margaret se voit contrainte de fréquenter le nouvel ami de son père : John Thornton, patron d’usine fier et tenace qui, malgré sa fortune, ne correspond en rien à l’idée que la jeune femme a d’un gentleman. Confrontée à ces deux milieux que rien ne semble pouvoir concilier, Margaret va voir s’éveiller sa conscience sociale. Sa franchise l’entraine alors dans des discussions animées avec Mr Thornton qui lui devient de plus en plus anthipatique. Ce sentiment n’est pas du tout partagé : John tombe bientôt éperduement amoureux de Margaret.

Ce roman pourrait, selon Federico, se résumer d’une autre manière : on peut le voir comme un mélange parfait de certains aspects de Jane Eyre, de Germinal et d’Orgueil et Préjugés.

Le côté Jane Eyre

Margaret est une héroïne de la même trempe que Jane : son naturel, son goût pour les choses simples et sa franchise on fait fondre notre ami lapin. Il s’est ainsi pris d’une grande affection pour cette jeune femme qui se tient toujours droite malgré les malheurs qui l’accablent et la tristesse qui la ronge. L’omniprésence de Dieu dans la vie de Margaret la rapproche également de Jane Eyre : toutes deux agissent dans le respect de leur conscience et de Son jugement.

Le côté Germinal

Elizabeth Gaskell est connue pour avoir choqué la société anglaise à la sortie de ses livres. Son implication sociale et son avant-gardisme étaient en effet très mal vus. Elle prouve avec Nord et Sud à quel point elle connaît bien la vie de ceux qui donnent leur énergie aux usines, qu’ils soient patrons ou empoyés, et son regard sur les conflits sociaux est d’une grands acuité. Si ce livre est présenté avant tout comme une histoire d’amour, il va bien plus loin dans l’étude de la société, ce qui le rend encore plus passionnant.

Le côté Orgueil et Préjugés

Évidemment, comment ne pas voir les similitudes entre la relation Thornton-Margaret et le mythique duo Darcy-Elizabeth ? Les circonstances et les caractères sont bien différents mais le lecteur tremble de la même manière face aux nœuds inextricables de leur histoire d’amour. Les malheurs qui semblent s’acharner sur Margaret on fait couler les larmes sur les joues soyeuses de Federico. Les luttes sociales ont fait frissonné ses moustaches. Mais plus que tout, ce sont les élans de romantisme qu’Elizabeth Gaskell a su faire germer çà et là, qui ont le plus ému notre lapin. Ces moments de grâce font passer l’ouvrage de formidable à magnifique. Concernant le style, Elizabeth Gaskell a fait le choix judicieux de la discrétion. Le narrateur, omniscient, plonge le lecteur au cœur des pensées des personnages, inspirant beaucoup de bienveillance à Federico. A contrario, Jane Austen (à laquelle Federico compte consacrer une série d’articles prochainement) s’impose en tant que conteuse complice et instaure ainsi une distance entre les personnages et le lecteur.

Pour l’anecdote, Federico est actuellement dans une période de boulimie « roman d’amour en jupon exigeant » qui l’a frappé suite à la lecture de plusieurs ouvrages de Jane Austen. Souhaitant trouver des auteurs similaires, notre ami lapin a ainsi découvert l’existence d’Elizabeth Gaskell. Ayant commandé Nord et Sud chez son libraire et n’en pouvant plus d’impatience, il se disait que peut-être il serait déçu. C’est tout le contraire qui a eu lieu : ce livre l’a frappé droit au cœur. Malgré le fait qu’il connaissait en partie le fil de l’intrigue (merci Internet), Federico n’a pu abandonner sa lecture que lorsqu’il y était absolument, affreusement obligé et il a été transporté par un tourbillon d’émotions tel qu’il n’en avait pas connu depuis Jane Eyre. Nord et Sud est donc devenu, en l’espace de deux jours, l’un des livres les plus aimés par notre ami lapin.

Pour fêter ça, Federico vient de vous livrer un long et maladroit article (la fatigue le rend affreusement bavard), souhaitant de toutes ses oreilles vous avoir donné envie de découvrir ce trésor littéraire.

Une prochaine fois, il vous parlera de l’adaptation BBC de Nord et Sud, avec le chatoyant Richard Armitage (qui quand il n’est pas nain, interprète des grands bruns ténébreux). Federico ne l’a pas encore vu et, il ne va pas vous le cacher, il a un peu peur…

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, première parution (hors feuilleton) en 1855. L’édition que Federico a dans sa bibliothèque est la suivante : Points, 2010, 673 p. Traduction de Françoise du Sorbier.

Si par hasard quelqu’un connaît la date de la première parution française de l’ouvrage, Federico serait très curieux de la connaître. Merci et bonne nuit.

La promenade des Russes

En ce moment, Federico à un peu de mal. À lire, à écrire, à regarder des films en entier, à se concentrer, etc. La faute à une procrastinéose en plaque doublée d’une crise aigüe de rêveralgite qui le conduit souvent à digresser à mort sur Internet.

Pour ne rien arranger, Federico a essuyé quelques déceptions littéraires. Après s’être pâmé sur Anima et Les Apparences, les dernières lectures n’ont pas été des plus emballantes. Le deuxième livre de Gilles Legardinier, Complètement cramé lui est tombé des pattes. Alors qu’il s’attendait à un bon moment de rigolade, Federico a été franchement déçu et a rapidement interrompu sa lecture. La chose la plus marrante du livre semble être le chat halluciné de la première de couverture, qui est digne des meilleurs lolcats. Le premier roman jeunesse de Henning Mankell (qui avait pourtant séduit Federico avec Les chaussures italiennes, ne cherchez pas l’article, il n’y en a pas) a complètement dérouté notre ami lapin. Centré sur un héros coincé entre l’enfance et l’adolescence, Les ombres grandissent au crépuscule est un joli roman mais sa couverture et son titre (plutôt moroses et inquiétants) sont en total décalage avec le contenu. Il n’en fallait pas plus pour que Federico soit perturbé.

Sans parler des quelques livres dont Federico n’a lu que quelques pages, parce que ça ne l’emballait pas et qu’il préférait lire un Jane Austen (dont il sera bientôt question sur ce blog) et rêvasser en crinoline, ou se prendre des claques dans le museau en lisant la suite de Divergente. Notons que ce deuxième tome à entièrement répondu aux attentes de Federico. Pour ne pas spoiler l’histoire du tome 1 (la bonne excuse), notre ami lapin a eu la flemme choisi de ne pas en faire un article. Sachez seulement qu’il envoie du pâté en terme d’action et de surprises, et que Tris fait face à des choix qui la rendent terriblement intéressante.

À ce stade, vous vous dites : « D’accord, Federico a décidé de faire un marathon critique anorexique, mais du coup, c’est quoi cette histoire de promenade des Russes ? »

Patience lecteur ! Cette longue introduction est là pour expliquer que malgré toutes les difficultés que Federico a vécues dans ses lectures dernièrement, il va sous vos yeux ébahis, chroniquer un ouvrage.

Et cet ouvrage, ben c’est La promenade des Russes. De Véronique Olmi. Et paf, 3 carottes !

noté 3 sur 4

Trouvé par hasard, ce roman est la jolie surprise de fin d’année pour Federico. On y rencontre Sonia, 13 ans qui, quelque part dans les années 1960-70 (aucune précision précise sur ce point dans le livre) va squatter chez sa grand-mère alors que sa mère a décidé de faire une énième escapade et que son père n’est pas très motivé pour s’occuper d’elle.©LGF

Voici donc Sonia coincée à Nice avec une grand-mère constamment inquiète. Macha a en effet quitté la Russie pendant la révolution et voit partout le spectre meurtrier des soviétiques. C’est un poids lourd à porter pour Sonia qui préférerait être une catholique bien française et jouer dans les rues plutôt que de se balader au ralenti avec la main de sa grand-mère qui lui broie l’épaule.

Pourtant, l’été de ses 14 ans va marquer un tournant décisif dans la relation entre Sonia et Macha. Cette dernière garde avec elle un terrible secret lié à l’assassinat de la famille Romanov et à la disparition d’Anastasia. Quand Sonia réalise que cette histoire est en train d’engloutir cette vieille femme qui se veut plus solide qu’elle ne l’est, la jeune fille décide de prendre les choses en main.

Ce roman aux allures d’autobiographie est aussi vif et malicieux que son héroïne. Federico a beaucoup apprécié cette balade toute simple, le temps d’un été, dans le Nice de Sonia et Macha. Véronique Olmi maîtrise l’art d’aller à l’essentiel et conte les pensées de Sonia avec beaucoup de spontanéité.

Véronique Olmi, La promenade des Russes, LGF, novembre 2012, 216 p.

Lady Susan

Un roman épistolaire de Jane Austen (écrit entre 1793 et 1794)

 

Parfois Federico achète des livres et ceux-ci vont se perdre dans sa bibliothèque avant même d’avoir été lus. C’est le sort qu’a connu Lady Susan il y a quelques années, avant de refaire surface il y a quelques jours. Il était temps ! En effet, ce roman – l’un des premiers écrits par Jane Austen – mérite d’être lu.

Au centre du roman se trouve Lady Susan, une jeune veuve désargentée. Cette femme est surtout une séductrice très habile et une manipulatrice patentée. Les personnages qui gravitent autour d’elle sont plus ou moins dupés par ses artifices mais tous sont victimes des calculs qu’elle effectue pour servir ses intérêts égoïstes. La forme épistolaire est idéale pour profiter pleinement du jeu de marionnettes orchestré par Lady Susan, la lecture du courrier des différents personnages nous faisant connaître leur point de vue et leurs confessions.

Federico a beaucoup apprécié la lecture de ce court roman vif et piquant, souriant régulièrement devant la crédulité de certains protagonistes et l’arrivisme de l’irrésistible Lady Susan.

Jane Austen, Lady Susan, Gallimard, 115 p., (Collection « Folio »), 2 €

Halte aux orgueilleux et aux jugements hâtifs

Le concept marketing utilisé pour la promotion du film ferait davantage fuir les lapins que les ameuter.
– Une affiche romantico-romantique sur fond d’un ciel pastel traversé par les rayons caressant du soleil qui pointe après la pluie de cette fin d’après-midi. Une petite brise soulève les mèches folles d’une jeune bourgeoise rebelle et sensuelle alors qu’un aristocrate énamouré au regard langoureux souffre de ne pouvoir l’atteindre…
– Une bande annonce longue, longue, qui montre tout, mais qui montre mal.
– Un synopsis de quatrième de couverture de DVD très étrange qui semble présenter un tout autre film.
– Enfin, si on en a l’opportunité, on essaie d’échapper à une VF stridente qui massacre le jeu des acteurs (l’abolition des doublages français, une des grandes luttes qui tiennent chères au cœur de notre lapin) et n’arrange donc pas l’exportation française du film.

Vu comme ça, ça ne donne pas envie. Mais, passé outre ses obstacles, la surprise est inattendue puisque le film évite les pièges annoncés par sa communication. Il évite les libertés hollywoodiennes et autres dangers de l’appropriation d’un scénario sans défauts pour plaire à un public américano-entertainement.

Federico a lu l’œuvre de Jane Austen. Il a apprécié l’examen précis, juste et concis, de la confection des liens entre personnes, au delà de la fierté et des préjugés, un véritable travail minutieux qui demande du temps et de la finesse à l’heure des codes de la noblesse anglaise du XVIIIe siècle. Federico aime beaucoup cette histoire qui en a inspiré beaucoup.

Notre imaginaire de l’œuvre, construit lors de notre lecture, n’est pas bafoué, spolié, ni bazardé à grand coup d’adaptation mercantile. Les acteurs ne collent pas leur faciès sur les personnages, qu’ils incarnent véritablement. On ne nous imposent rien. On accroche.
Parce qu’on sait ou devine les retors et l’évolution de leurs sentiments, on tremble avec Elizabeth, Jane et William, et même si on connait la suite, les répliques et les regards sont délectables.
L’ambiance tremblante, feutrée, contenue (et angoissante) des salons anglais est retranscrite fidèlement avec parfois plus de panache que dans le livre.

Niveau casting, Keira Knightley s’en sort pas mal. Matthew MacFadyen est un William Darcy parfait. Wickham (Rupert Friend) est vraiment moche, on ne le voit pas beaucoup comparé au livre, et c’est tant mieux. Judi Dench, Donald Sutherland, Tom Hollander, Jena Malone, Rosamund Pike, Kelly Reilly, Simon Woods, portent comme il faut le rôle qui leur a été confié.

Si vous êtes curieux, Youtube ou les bonus du DVD vous propose une fin alternative : Elizabeth Bennet et William Darcy sont amoureux, se disent des débilités et se font un bisou. Heureusement qu’elle est là cette scène, sinon on n’aurait pas compris le happy end. Totalement inutile, ou comment gâcher un film avec une scène spéciale-dédicace aux américains et à leur besoin de voyeurisme et de pré-maché.

Excepté cette scène vulgaire et outrageante pour la mémoire de Jane Austen , Federico a été surpris par sa non-déception : la prochaine fois, il se méfiera avant d’écouter son orgueil et de croire ses préjugés !

Pride and Prejudice, Joe Wright, 2005