L’attrape-cœurs

Un roman de J. D. Salinger, traduit de l’anglais (américain) par Annie Saumont.

3 carottes

Notre ami lapin se demandait ce qu’il y avait dans L’attrape-cœurs pour qu’on en parle autant. Enfin il a la réponse ! Petits veinards que vous êtes, il va la partager avec vous.

L’attrape-cœurs est un roman à la première personne. La personne en question est Holden Caulfield, un adolescent « en rupture », comme on dirait aujourd’hui. Mais en fait, Federico n’a pas trouvé que ce jeune garçon paumé, rebelle, un chouia misanthrope, était si perdu pour la société que ça. Issu de la bourgeoisie aisée de New York (ses parents habitent à quelques pas de Central Park), Holden est surtout un jeune garçon très critique et rabat-joie, qui déteste à peu près toutes les personnes qui l’entourent, en particulier ses camarades de dortoirs, les filles un peu trop pimbêches et les professeurs donneurs de leçon. Il ne supporte pas l’école, ses devoirs et ses codes de conduite, les relations sociales ampoulées à l’entracte des pièces de théâtre, les faux-semblants, le cinéma, etc. La seule matière dans laquelle il excelle, c’est la littérature ; la seule personne qu’il apprécie vraiment, c’est Phoebé, sa petite sœur, vive et intelligente.

attrape-coeursLe roman suit chronologiquement deux jours seulement de la vie d’Holden Caulfield. Renvoyé de Pencey juste avant les vacances de Noël, Holden va décider de quitter l’école plus tôt pour aller errer un peu dans les avenues new-yorkaises avant de rentrer et confronter une nouvelle fois ses parents. Parce que ce n’est pas la première fois qu’il se fait expulser… Hôtels scabreux, bars miteux, le café de Central Station, les marches du musée d’Histoire naturelle, Holden se balade et essuie des déconvenues les unes à la suite des autres.

Federico n’aurait pas cru être aussi emballé par l’histoire de Caulfield. « Des mecs marginaux qui se cherchent et errent sans but dans New York », c’est le pitch des trois romans de La Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, et ça avait un peu gonflé notre ami lapin. Mais ici non, Federico s’est pris au jeu du parcours de Holden Caulfield, un garçon obtu et impulsif qu’il a très vite apprécié, principalement en raison de son éloquence et de son œil malgré tout très aiguisé sur les travers de la société (la société américaine de 1949 dans ce cas-ci).

Notre ami lapin a le sentiment de vous livrer une impression de lecture assez optimiste, alors que la perception de ce roman se veut conventionnellement assez sombre au vu des thèmes abordés et du dénouement final (dont il pense être passé à côté, d’ailleurs…) ; mais ce sont ses impressions, justement. En effet, Federico a apprécié L’attrape-cœurs car il l’a lu avec légèreté, tout en appréciant sa profondeur : les pages se tournaient les unes après les autres sans qu’il ne s’en rende compte, à une période où il avait du mal à prendre le temps de lire. Contre toute attente, le héros lui était attachant et le récit envoutant. On se croyait bel et bien dans les rues de la grosse pomme, sous des airs de jazz et un parfum de gasoil.

L’attrape-coeurs, J. D. Salinger, Pocket, 1986 (1945 pour la version originale), 254 pages