La Trilogie new-yorkaise

Un roman de Paul Auster, traduit de l’anglais par Pierre Furlan.

2 carottes

© Actes Sud, 2002Peut-être qu’il a trop bouffé d’Auster sur une période restreinte, mais la lecture de La Trilogie new-yorkaise a été un peu indigeste pour votre ami lapin… Ce sont toujours les mêmes thèmes développés par l’auteur et repris ici dans trois récits parus distinctement dans les années 1980 avant d’être réunis dans La Trilogie : Cité de verreRevenants et La Chambre dérobée.

C’est tout de même étonnant que les mêmes thèmes (errance, solitude, identité) et la même écriture ne déclenchent pas le même plaisir de lecture… Mais Federico doute que ce soit la redondance qui ait atténué son intérêt, il pense plutôt que ce serait l’étrangeté des scénarios et la folie latente des héros, réitérés par trois fois, qui l’aient détaché de sa lecture. En effet, par sa mégalomanie, La Trilogie new-yorkaise manque de la réalité intimiste et romancée présente dans les autres œuvres de Paul Auster. Ici, on ne s’attache pas aussi facilement aux personnages qui deviennent alors plutôt fades et antipathiques.

Bien qu’œuvre phare et emblématique de Paul Auster, La Trilogie new-yorkaise n’est résolument pas dans les favoris de Federico. Notre ami lapin ne lui jette pas la pierre, mais ne la chérie non plus…

La Trilogie new-yorkaise, Paul Auster, Actes Sud, 2002 (version originale parue en 1987), 456 pages

Nikolski

Un roman de Nicolas Dickner.

Notre ami lapin a eu un véritable coup de cœur pour ce roman qu’il a dévoré en très peu de temps ! Paru chez un petit éditeur indépendant, ce livre est un best-seller couronné de nombreux prix au Québec et à l’étranger. Federico ne pouvait donc pas le mettre de côté dans sa découverte de la littérature québécoise contemporaine, et il a eu bien raison.

Nikolski, c’est un livre plein de vie, de mots et de voyages. Un livre comme il se doit, en somme.

Nikolski est donc un livre que l’on lit avec grand plaisir, et ce dès les premières pages. D’emblée, les histoires des divers personnages nous sautent à la figure avec entrain et joie de vivre ; on découvre avec délectation les petites et grandes aventures des héros, à la fois très communs et hors du commun…

Entre autres, c’est l’histoire de Noah, de Joyce et celle d’un narrateur sans nom. Chacun de leur côté, ces jeunes gens (autour de la vingtaine) entament leur premier grand voyage, celui de l’autonomie, dans la ville de Montréal. Noah quitte sa mère qui parcourt en roulotte depuis des années les prairies de l’Ouest canadien, Joyce laisse derrière elle le village isolé des îles du nord au parfum d’Acadie, quant au narrateur inconnu, il fait le ménage dans la maison familiale de la banlieue de la métropole après le décès de sa mère. Le roman vous fait donc pas mal voyager dans les paysages canadiens, de Sept-Île à Vancouver, et avec un crochet par l’Amérique du Sud…

Petite note : Nikolski, c’est le nom d’un village sur une minuscule île au large de l’Alaska. Pour savoir ce qu’il fait là, il faudra lire le livre bien sûr !

Si les trois héros ne le savent pas, le lecteur, lui, est dans la confidence : tous ces personnages sont liés, que ce soit par des liens familiaux ou par des objets incongrus comme un compas qui n’indique pas le nord ou un livre sans couverture… On a même droit à des récits de flibustiers, de civilisations amérindiennes, d’une poissonnerie, de l’archéologie des déchets et du fonctionnement des bureaux de poste… Non, ce n’est pas fouillis, c’est bien au contraire foisonnant d’inventivité et de grande ouverture sur le monde !

Federico vous incite très fortement à lire ce livre si vous avez besoin de vous détendre, de prendre le temps de vivre et vous laissez porter par des mots justes sur des histoires touchantes. Car le style de l’auteur est lui aussi un argument de poids pour vous décider : la maîtrise de l’écriture est si complète et sincère que la lecture n’en est que plus agréable et enivrante… On aimerait juste pouvoir se resservir à volonté !

Nikolski, Nicolas Dickner, Québec, éditions Alto, 2005, 328 pages (publié en France chez Denoël)

Nikolski est pas mal proche de l’esprit de cet autre livre, déjà adoré auparavant par votre serviteur lapin. Voilà une nouvelle raison d’aller le lire !

Les enfants moroses

Une recueil de nouvelles de Fannie Loiselle.

Comme la plupart des humains, Federico n’est pas un grand lecteur de nouvelles. Bien mal lui en a pris jusque-là de bouder ce genre littéraire ; grâce aux éditions Marchand de feuille, il peut maintenant lire Les enfants moroses.

Première publication d’une jeune québécoise de 26 ans, ces textes sont qualifiés de nouvelles, mais ils ont tous les airs d’un roman. Chaque histoire s’attache à un petit moment, un fait dans la vie de jeunes adultes désorientés, désabusés, désenchantés, taciturnes, à l’humeur ombragée… moroses quoi.

Ainsi, dans les rues de Montréal, on croise Camille, Christophe, Sarah, Audrey… Parfois nommés dans le titre de la nouvelle (« Le voisin d’Audrey »), parfois non identifiés, on recroise plus tard l’un ou l’autre, en se demandant si Audrey est bien la sœur d’unetelle, celle qui avait adopté un serpent, qui coure la nuit et qui trouve une lettre de rupture au verso d’une recette de pain à la banane. Mais les liens entre ces historiettes ont finalement très peu d’importance, ces moments fugaces et anecdotiques nous emportent et nous rappellent les nôtres, lorsque nous avons l’humeur triste ou pensive.

On se laisse guider très facilement par l’écriture de Fannie Loiselle qui peint avec finesse et simplicité le quotidien d’une jeunesse un peu paumée. On songe beaucoup, la tête dans la lune, comme ces êtres moroses qui errent, un peu perdus, dans leur vie qui stagne un instant avant de repartir.

Avec la très agréable surprise de cette lecture aérienne et émouvante, Federico a découvert un éditeur québécois qui mérite son attention : les éditions Marchand de feuilles, dont le soin apporté à la fabrication et au graphisme enchante les mains et les yeux de notre ami lapin.

Pour finir, il faut noter qu’on trouve dans ce livre une histoire de lapin, celui qui n’a pas d’oreille. Pour être comme tout le monde, on lui conseille « d’arracher les oreilles d’un autre lapin et de se les coller sur la tête ». Le lapin va-t-il oser faire ça ? Moralité de l’histoire : « Dans la vie, on n’a pas tout ce qu’on veut, mais ce n’est pas une raison pour arracher des oreilles. » À méditer.

Les enfants moroses, Fannie Loiselle, Éditions Marchand de feuilles, 2011, 152 pages