Le Silmarillon

Un roman de J. R. R. Tolkien, traduit de l’anglais par Pierre Alien.

4 carottes

Cet été, sur un bateau voguant dans un chenal rempli d’îles, de sapins et de baleines, Federico a lu Le Silmarillon. Des histoires d’elfes qui chantent, vivent dans les bois et font la guerre.

Au premier abord, le récit que nous fait Tolkien du dieu créateur et des anges qui font des vocalises pour donner forme au monde, n’était pas des plus passionnant et un peu trop vaporeusement perché pour notre ami lapin… Mais une fois que les elfes débarquent sur ce monde nouvellement créé, beaux et purs, et que le super-méchant suprême, Morgoth, ange déchu, y met son petit grain de sable, ça envoie du lourd ! Les elfes *breaking news!* ne sont pas si parfaits : prétentieux et égocentristes, ça ne s’arrange pas lorsqu’ils sont pervertis par le grand démon du mal. Piquant la mouche lorsque Morgoth leur vole leur joujou (les Silmarils, joyaux contenant la lumière des Deux Arbres de Valinor, en gros la beauté pure), ils massacrent alors leurs propres frères et foutent un gros bordel aux quatre coins du monde, engendrant des guerres à répétition pour les millénaires à venir. Merci les elfes.

imageDans le Silmarillon, ça parle aussi des nains, trop succinctement au goût de notre ami lapin, et surtout des hommes. Les elfes ont un peu trop dédaignés les hommes à leur arrivée, du coup Morgoth a eu le champ libre pour salir leur innocence et confondre leur destinée. Mais il demeure des lignées d’hommes nobles, puissant et courageux qui ont combattu le mal avec force tout en contant fleurette aux belles elfes, et le Silmarillon nous fait aussi le récit de ceux-là. Federico a donc savouré le chant de Beren et Lúthien, unis pour le meilleur et le pire, ainsi que la triste épopée de Hurin et ses enfants.

Pour finir, il tisse les grandes lignes de la création des anneaux de pouvoir et la fameuse guerre de l’Anneau. Ça parle de la fameuse Númenor, Sauron est le nouveaux super-vilain, les orcs se multiplient et les trahisons aussi, les elfes commencent à se laver les mains de tout ce boxon et repartent vers l’est chez leurs amis les anges. C’est le début de l’ère des hommes et la fin du Silmarillon.

Cette replongée dans l’œuvre de Tolkien a grandement mis en relief l’univers de la Terre du Milieu, racontant une partie du background de ce que Federico ne connaissait qu’à travers Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le hobbit. Ce génie a quand même dû bien s’amuser à inventer tout ça, et on ne le remerciera jamais assez de nous avoir livré le fruit de son imagination débordante. Que ferait-on aujourd’hui sans Frodon, Gandalf et les autres ?

J. R. R. Tolkien, Le Silmarillon, Pocket, 482 pages

À la guerre comme à la guerre

La guerre c’est pas bien mais on peut en faire d’excellent romans. La preuve par l’exemple.

Le corps humain

Un roman de Paolo Giordano (traduit de l’italien par Nathalie Bauer).

noté 3 sur 4

©SeuilEn voilà un titre bien choisi ! Ici, le corps, c’est la chair, bien sûr, mais c’est aussi le groupe, ces soldats qui ne forment qu’un, alors qu’ils sont si différents. Sans se lancer dans une étude étymologique, Federico peut au moins vous affirmer que Paolo Giordano a subtilement tissé le fil de son roman autour des multiples sens de ce mot.

Il nous raconte le parcours d’une poignée de soldats italiens envoyés en Afghanistan pour y contempler le désert et rompre la monotonie en explosant sous des bombes artisanales. Faut bien s’occuper.

Trêve de cynisme, puisque le roman n’en contient aucun. Au contraire, il ne prend pas de distance avec les événements, et cette plongée dans l’intimité de ces hommes et de ces femmes a parfois mis notre ami lapin mal à l’aise. Confrontés à l’ennui dans cette guerre qui les prive des héroïques combats qu’ils attendent, les soldats révèlent des failles dont on aimerait ne pas être témoin. Chacun se dit prêt pour la mort, mais quand elle arrive, horrible et sale, les corps et les esprits craquent. Puis, quand vient le moment de rentrer à la maison, les soldats se retrouvent perdus parmi leurs proches qui ne les comprennent pas. Par son écriture très proche de l’humain, l’auteur fait ressentir ce mal être et la force des liens qui unissent ces anti-héros. Il signe un roman très poignant, qui a marqué notre ami lapin autant par ses qualités que par le malaise qu’il a fait naître chez lui.

Paolo Giordano, Le corps humain, Le Seuil, août 2013, 415 p.

Au revoir là-haut

Un roman de Pierre Lemaître.

noté 4 sur 4

Attention, chef d’œuvre !

©albin-michelSur fond d’après Première Guerre mondiale, Pierre Lemaître nous offre un roman magistralement amoral, à des lieues du politiquement correct qu’évoque la célébration des héros de la drôle de guerre. Le livre s’ouvre sur une des dernières batailles avant l’armistice et les scènes d’horreur qui en découlent ont tout simplement retourné Federico sur son fauteuil (au sens figuré, évidemment, les lapins ne lisent pas à l’envers). Ce dernier combat va sceller le destin des trois personnages centraux : Henri, Albert et Édouard. Le premier est une parfaite ordure, un saligot de premier ordre que Federico a adoré détester. Ce noble désargenté compte sur ces derniers instants de guerre pour asseoir son prestige, et tant pis si cela se fait au prix de vies humaines. Le pire c’est qu’il va y arriver et revenir de la guerre auréolé de gloire. Pour lui, ce n’est que le début de l’ascension vers la fortune. Encore une fois, tous les moyens sont bons pour y parvenir, y compris se faire de l’argent sur l’enterrement des milliers de soldats morts au combat. Vilain.

Pour Albert et Edouard, la chanson n’est pas la même. Albert est passé à deux doigts d’une mort affreuse et a été sauvé in extremis par Édouard. Face à cet acte de générosité, les cieux se sont ouverts pour récompenser le héros… avec un bel éclat d’obus. Édouard se retrouve donc avec la moitié du visage en moins, ce qui, en plus d’être très moche, fait un peu mal. Albert devient malgré lui son garde malade et c’est ensemble qu’il vont revenir à la vie civile. Ils vont faire l’amère découverte qu’en 1919, il vaut mieux être mort courageusement au combat que vivant et traumatisé. La France veut oublier la guerre, ne retenir que la victoire, et la piétaille qui revient épuisée et crottée ne colle pas dans le décor des célébrations. Qu’à cela ne tienne, les deux compagnons d’infortune vont prendre leur revanche sur cette grande mascarade en organisant une audacieuse arnaque.

En plus de ce trio aux petits oignons, l’auteur nous régale de personnages secondaires absolument délectables. Il orchestre son truculent récit avec un grand talent, mêlant le suspens, l’ironie et l’absurde. Federico a exulté en lisant cette farce cruelle où tout sonne juste.

Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, Albin Michel, août 2013, 566 p.

Tranchecaille

De Patrick Pécherot

Vous n’êtes pas sans l’ignorer, les lapins dans leur milieu naturel habitent dans des terriers, sorte de conduits creusés sous terre où il fait bon vivre. Quand Federico a appris que certains hommes avaient vécu sous terre, il s’y est intéressé de très près. Mais il a vite été déçu. Il a en effet découvert que cela n’avait été qu’une passade (entre 1915 et 1918) et que les hommes vivaient semi enterrés dans ce qu’ils appelaient des tranchées. Les rares fois où ils étaient vraiment sous terre, en général c’est qu’un truc avais explosé. Dans ce cas, de la terre ils en avaient aussi dans la bouche et dans le nez.

Perturbé par la découverte de cet absurde mode de vie, Federico n’a depuis eu de cesse d’en savoir plus sur cette tragique et avortée révolution du mode d’habitat des humains. Il a entre autre appris qu’il s’agissait en réalité d’une guerre et que ça ne faisait rire que l’état major.

En lisant Tranchecaille, notre ami rongeur a été violemment propulsé dans le quotidien boueux de ces poilus, plus particulièrement dans leur tête. Le livre vous parle avec le langage des tranchées : l’auteur ne s’écoute pas parler, il laisse entendre la voix des soldats, leur ras-le-bol de patauger dans la boue  et  de côtoyer la mort de trop près. Il est difficile pour Federico de trouver les mots justes pour décrire un livre si particulier dans lequel s’expriment des choses que seules ceux qui les ont vécues peuvent comprendre.

Les scènes de vie quotidienne au front, dans les hôpitaux de fortune et à l’arrière se suivent sans paraître être liées. Ce qui autorise l’auteur à donner la parole à tant de personnage, c’est l’enquête qui est menée par le capitaine Duparc et qui rend le tout diablement cohérent. Ce n’est pas un capitaine de la police, mais bien un militaire qui doit défendre le soldat qu’on surnomme Tranchecaille face à une cour martiale bien décidée à le condamner pour l’exemple. De quoi l’accuse-t-on ? Vous allez rire. Il aurait tué son lieutenant lors d’un assaut. Federico a failli avaler sa carotte de travers. On envoie à la mort des milliers d’hommes et on a le temps d’examiner chaque cadavre pour savoir de quel bord était celui qui l’a occis ? Comme dans tout le livre, ce sont différents détails remarqués par différents protagonistes qui ont permis d’aboutir à la thèse du meurtre et qui rendent possible l’enquête que mène Duparc.

Ce livre passionnant sur le plan historique réclame une lecture attentive : les indices de l’enquête sont partout, surtout là où on ne les attend pas. Trois carottes.

Pourquoi pas quatre ? Federico ne peut pas vous le dire sans révéler les clés de l’intrigue. À vos livres donc !

Tranchecaille, Patrick Pécherot, Gallimard, 2008, 294 p., 17,50 € ou pour les petits budgets : Folio Policier, 2010, 312 p., 7,10 €.