Bad Girl. Classes de littérature

Un roman de Nancy Huston.

3 carottes

Quel plaisir de retrouver Nancy Huston ! Son roman Lignes de faille avait vraiment bousculé notre ami lapin il y a quelques années, et il était pressé d’avoir le temps de mettre son museau dans son dernier né, Bad Girl.

Pour Federico, il est impossible de ne pas être captivé par la prose de Nancy Huston. Bon, même s’il ne s’agit là que de sa deuxième incursion dans sa bibliographie, il est tout autant époustoufflé par la puissance de ses textes. Ce qui est fou avec Nancy, c’est que sa langue maternelle est l’anglais mais qu’elle écrit en français, ou bien traduit elle-même ses œuvres.

IMG_0070Bref, il en sort une véritable voix chantante et incroyablement riche, Federico kiffe ! En plus, il adore qu’on lui raconte des histoires, et l’auteure est bonne conteuse et fine psychologue. Ses sujets de prédilection semblent être les histoires de famille et la transmission entre générations, c’est ce que Federico avait adoré dans Lignes de faille.

Et là, dans Bad Girl, elle applique cette recette à sa propre vie, son propre passé familial. Elle cause donc de son père Kenneth et de sa mère Alison, un couple qui ne fera pas long feu, de sa tripotée d’aïeuls, parfois dérangés et souvent pauvres, venus des quatre coins du Canada. Elle-même bougera beaucoup dans son pays natal et aux États-Unis, jusqu’à s’exiler à Paris où elle vit depuis 30 ans.

L’auteure fait des membres de sa famille des personnages hauts en couleur, entremêle son récit d’anecdotes et pensées diverses, met en perspective les choses passées avec les faits présents, tisse page après page sa propre tragédie familiale… C’est fort, c’est passionnant, c’est délicieux !

Nancy Huston, Bad Girl. Classes de littérature, Actes Sud, 2014, 265 pages

Lignes de faille

Un roman de Nancy Huston.

Federico est tombé par hasard sur ce livre, emprunté dans la bibliothèque d’une maison de passage. Bien lui en a pris de poser la papatte sur ce roman singulier qui alterne les quatre voix d’une même famille.

Attention, c’est un peu compliqué : le roman est découpé en quatre parties retraçant chacune les récits de Sol, Randall, Sadie et Kristina, enfants âgés de six ans, chacun l’enfant du suivant… On commence donc par Solomon, fils de Randall, petit-fils de Sadie et arrière-petit-fils de Kristina avec qui l’on termine le livre. Capitché ?

Le début de l’histoire (qui en est aussi la fin car elle est la plus récente chronologiquement), se déroule à travers les yeux de Sol, jeune garçon de la côte ouest américaine. Le discours de cet enfant-roi de six ans, adepte des recoins sordides du net et fier supporter du président Bush, est particulièrement dérangeant et malsain, mais c’est au fond ce qui interpelle et accroche le lecteur qui découvre au fur et à mesure les histoires de la famille, entre non-dits et rancunes passées. Vient ensuite le récit de Randall qui doit quitter son enfance new-yorkaise pour Haïfa, en Israël, et où sa mère Sadie se consacre aux recherches sur le passé de sa mère Kristina. Puis c’est le tour de Sadie, fillette mal dans sa peau élevée à Toronto par ses grands-parents, en quête de la reconnaissance de sa mère Kristina qui entame une carrière de chanteuse sous le nom d’Erra. Enfin, c’est l’enfance de la jeune et jolie Kristina, dans l’Allemagne de 1945, qui boucle le récit.

Les personnages de Lignes de faille côtoient donc différentes facettes de l’Histoire, celle de la défaite allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le conflit israëlo-palestinien ainsi que la guerre en Irak. Mais c’est davantage sur le ressenti des enfants, malmenés de villes en villes, de continents en continents, et sur le sentiment de filiation que l’auteur centre le roman. Car, avec le point de vue interne de jeunes yeux de six ans, les actions des adultes sont brutes et les récits sincères, voire poignants dans les cas de Sadie et Kristina. C’est en effet un de ces livres qu’on n’oublie pas, que l’on ressasse longtemps après l’avoir refermé et reposé sur l’étagère de la petite bibliothèque dans cette maison déjà loin.

Lignes de faille, Nancy Huston, Actes Sud, 2006 (prix Femina 2006), 488 pages