Black out

Un roman de Marc Elsberg, traduit de l’allemand par Pierre Malherbet.

2 carottes

Du jour au lendemain, tout le réseau électrique européen cesse de fonctionner et les centrales nucléaires résonnent de messages d’alerte. En plein hiver, des millions de gens se retrouvent privés, non seulement de lumière et de chauffage, mais aussi d’accès à l’eau courante ; les banques n’ouvrent plus, les stations essence ne fonctionnent pas, dans les exploitations agricoles industrialisées les bêtes meurent faute de soins, et dans les grandes surfaces la pénurie alimentaire guette.

black outQue se passerait-il si notre société ultra dépendante de l’électricité s’en trouvait privée ? Marc Elsberg répond avec brio à cette angoissante question à grand renfort de détails qu’on devine très bien documentés. En confiant la narration à différents protagonistes qui ont tous un rôle plus ou moins actif dans la crise (de ceux qui la génèrent à ceux qui tentent de la résoudre, en passant par ceux qui la subissent) et en alternant leur point de vue à travers de très courts chapitres, l’auteur tisse une toile entre ces personnages. Ce procédé est très efficace et a tenu Federico en haleine jusqu’à la fin.

Le gros point faible du livre ce sont les personnages en eux-même. Les situations décrites le sont avec précision et réalisme, racontées comme si le lecteur les suivait en direct à la télévision. Mais cette narration ne laisse pas le temps à l’auteur de construire réellement les personnages. Ceux-ci n’ont pas vraiment de profondeur et s’éloignent rarement du stéréotype auquel ils sont assignés. Paradoxalement, cela est surtout vrai pour les deux personnages qui sont les plus présent dans l’histoire : le hacker qui aide officieusement les dirigeants européens et la journaliste fouille merde. Ceux-ci ont évoqué à Federico les héros du seul roman de Marc Lévy qu’il ait lu (Un sentiment plus fort que la peur, placé assez haut sur l’échelle de l’ennui). Pour le coup, ce n’est pas un compliment.

Mis à part ça, Federico a trouvé ce roman bien flippant. Il a réalisé a quel point nous étions accros à la fée électricité et que l’image romantique de la soirée aux chandelles en cas de coupure est à des années lumière de la réalité qui attend nos sociétés si cela arrive sur une grande échelle et sur une longue durée. Dans les pages de Black Out on réalise que c’est toute notre civilisation qui s’effondrerait, emportant avec elle la vie des plus fragiles. L’auteur décrit très bien le contraste entre les manifestations spontanées de solidarité et les scènes beaucoup plus déprimantes où la loi du plus fort est la meilleure quand il s’agit de survie.

Black out est un thriller technologique très efficace et qui donne matière à réfléchir, mais il reste un peu raplapla niveau casting.

Marc Elsberg, trad. Pierre Malherbet, Black out, éditions Piranha, mai 2015, 475 p.

Saison brune

Une bande dessinée de Philippe Squarzoni.

noté 4 sur 4

Federico a trouvé cette bande dessinée au festival d’Angoulême.

Comment ça « le festival n’a pas encore eu lieu » ? Ah mais notre ami lapin vous parle de l’édition de l’année dernière ! Eh oui, il a mis un an à lire Saison brune. Pour être précis : 6 mois à s’y mettre, et 6 mois pour le lire. Pourquoi ?

Trois choses simples :

1. cette BD est un pavé : 480 pages, en noir et blanc.

2. cette BD est une enquête scientifique, économique et sociétale, sur le climat. Pointu donc.

3. cette BD est déprimante. Et oui, le changement climatique et la fin du monde, c’est déprimant.

Federico va avoir du mal à disserter sur cette bande dessinée, car il n’est pas un lapin savant, il aurait peur de dire des bêtises, et parbleu, 6 mois c’est long, on en oublie des trucs !

Quoi qu’il en soit, il FAUT que vous lisiez Saison brune ! Il s’agit d’un recueil condensé et un peu romancé des recherches et bilans sur le changement climatique (et une parfaite synthèse des documentaires d’Arte). On y parle du GIEC et de ses rapports, des ères climatiques, de l’activité humaine et de ses impacts, de la crise énergétique (et donc des énergies renouvelables et des énergies fossiles), des climato-sceptiques, des lobbys, de la hausse du niveau de la mer et ses conséquences, des mouvements de population, de l’ouragan Katrina, des gaz à effet de serre, des 4×4, de la surconsommation, des seuils critiques et des points de non retour, etc., etc. Toutes ces choses formidables et gaies qui donnent la banane à Federico !

© Delcourt, 2012Après avoir creusé à fond son sujet et esquissé les solutions promues par les défenseurs du climat, Squarzoni a une triste conclusion, avec laquelle malheureusement Federico est d’accord… Elle se résume en 3 points. 1. On sait ce qu’il faut faire pour éviter le point de non retour, 2. La porte de sortie est très étroite, 3. Mais on ne va pas prendre cette porte et foncer dans le mur, le changement de nos sociétés aura alors lieu, mais sous la contrainte et dans un climat d’inégalités aggravées entre les peuples. Youpi.

Néanmoins, notre ami lapin est très content d’avoir lu Saison brune, car il aime bien être au courant, et parce que c’est une bande dessinée de qualité : elle est extrêmement documentée, donc très sérieuse, mais certes ardue, donc il faut se concentrer. C’est autre chose que ça. Bon d’accord, ç’a n’est pas comparable !

En plus, le ton de l’auteur est nostalgique et parfois poétique. Et si le lyrisme est parfois trop éparpillé, cela reste bienvenue dans un livre politique et engagé (où on a parfois des pages entières de retranscription d’entretien…), et le message n’en est que plus fort : la beauté du monde que l’on connait actuellement est éphémère… et c’est nous qui en sommes le destructeur.

Il faut aussi compter avec les dessins qui gèrent agréablement le noir et blanc, d’un réalisme minutieux, à la fois figés et vivants… on dirait des photos en fait.

Pour notre ami lapin, cette bande dessinée est un pavé de chevet, un livre de référence, une source de questionnement et de réflexion. Et maintenant, il va lire le dernier Astérix.

Saison brune, Philippe Squarzoni, Delcourt, 2012, 480 pages