Terriérama spécial Angleterre

Quoi de mieux qu’un Terriérama pour fêter l’ouverture du condo-terrier et la nouvelle année par la même occasion ? Et quoi de mieux qu’un Terriérama voyageur, en l’occurrence spécial Angleterre ?? Rien de mieux bien sûr, nous atteignons là la perfection blogesque.

Et oui, Federico a fait un merveilleux voyage en perfide Albion, sur les terres de Jane, des sœurs Brontë, d’Elizabeth et de Sherlock. Il faut l’avouer, c’était il y a longtemps, du temps où il ne faisait pas gris, humide, froid et moche, c’est à dire en été.

sherlock1

Ce fut donc sous un soleil radieux (où un seul accident de chaussures trempées par la pluie fut à déplorer), que notre lapin voyageur a conquis l’Angleterre à coup d’émerveillement, de bus rouges, de vieux cailloux érigés, de conduite à gauche et de scones bien placés dans son bidou. Ces dix journées remplies à la cool n’en furent pas moins fort culturelles, et ce sont de ces découvertes qu’il va être question dans ce Terriérama. Sir and Madam, please let’s go.

Carottes en série

Ce qu’il y a de bien avec les romans de Jane Austen ou d’Elizabeth Gaskell (entre autres), c’est qu’une fois la lecture achevée, vous pouvez vous ruer sur l’adaptation filmique ou télévisée. Généralement réalisées par des britanniques qui ne sont pas manchots, ces adaptations vous plongent à coup sûr dans une délicieuse ambiance d’un autre siècle !

Peu de temps avant son séjour en Angleterre, notre ami lapin avait fait l’acquisition d’un coffret DVD contenant Cranford et Return to Cranford, adaptation de… Cranford of course, oui mais aussi des Confessions de Mr Harrison (lu mais pas chroniqué, pardon, désolé) et My Lady Ludlow (même pas traduit en français, what a shame). Ces trois romans d’Elizabeth Gaskell évoquant tous la vie dans la campagne anglaise du XIXe siècle, les réalisateurs ont décidé de les mettre dans un mixeur, d’ajouter des petites histoires et plouf, ça fait deux mini-séries !

En quittant le sol français, Federico n’avait toujours pas vu cette appétissant programme mais ce dernier s’est bien vite rappelé à lui.

Parce que la plupart des scènes extérieures de la série ont été tournée à Lacock…

… que Lacock est situé dans le Wiltshire…

… et que Federico a été promener son pompon dans cette région verdoyante.

Ha ! Si ça c’est pas le destin !

Quand on arrive à Lacock, on ne met pas trop longtemps à comprendre pourquoi l’équipe de tournage de Cranford y a posé ses valises et d’autres avant elle (notamment pour Harry Potter et le Prince de sang mêlé, le destin on vous dit !). La ville semble ne pas avoir changé depuis deux siècles. Bien sûr, les routes sont bitumées et il y a des enseignes modernes, mais un peu de sable sur le sol et quelques panneaux de bois suffisent à créer une rue digne d’une adaptation gaskellienne ! Grâce à ces clichés pris par Federico lui-même (cliquez dessus pour qu’ils arrêtent d’être minuscules), vous pouvez constater qu’on ne vous ment pas. Et toute la ville est comme ça. Il y a même des petites rues dans lesquelles les voitures peuvent à peine se garer et qui conservent un charme délicieusement suranné.

©Federico

La rue principale de Lacock, avec son Red Lion (le truc obligatoire si tu veux être un village anglais typique) et ses voitures moches. C’est là qu’ont été tournées la majorité des scènes situées dans le centre de Cranford.

Vous l’aurez compris, même si les photos de Federico ne lui rendent pas justice, Lacock est une ville absolument adorable, avec plein de vieilles pierres, de vieilles poutres, de vieilles fleurs et des ateliers d’artistes nichés dans des vieilles maisons. Un charme tout anglais que Federico a retrouvé avec joie dans la série Cranford.

Cette dernière a semblé trop courte à notre ami lapin. Et comme la règle du Terriérama est justement de faire court, il va évoquer brièvement le délicieux moment qu’il a passé avec les héros de cette mini-série aux petits oignons. Commençons d’abord par préciser que si vous n’êtes pas fluent in english, vous serez largement handicapé. La série n’a en effet jamais traversé la Manche et ne se peut trouver qu’en version anglaise sous-titrée anglais. Federico a dû s’en contenter mais le fait d’avoir lu deux des trois livres adaptés lui a permis de presque tout comprendre.

Cranford est l’une des adaptation les plus réussies qu’il ait eu l’occasion de voir. Le casting est parfait, les différentes histoires s’imbriquent à merveille, le souci du détail est présent dans chaque élément de décors et de costume, et les ajouts scénaristiques sont très respectueux de l’œuvre de Gaskell. Avant de laisser place aux autres étapes de son voyage, Federico souhaite insister sur le point de la série qui l’a le plus enchanté : le développement du personnage de Mary Smith, la narratrice du livre Cranford. Federico était très frustré qu’elle n’aie pas sa propre histoire et qu’on en sache si peu sur elle. Dans la série, elle prend une plus grande ampleur et les scénaristes lui réservent un destin dont notre ami lapin n’aurait même pas oser rêver !

A cup of Potter ?

Federico a grandi avec Harry Potter. S’il est parti vers plein d’autres horizons littéraires par la suite, notre ami lapin se souvient de ses bouquins tout racornis lus maintes et maintes fois lorsqu’il était un lapereaux réservé et binoclard qui se réfugiait dans les livres. Aujourd’hui, rien n’a beaucoup changé : Federico est encore parfois peu enclin à la grande socialisation, il porte fièrement ses binocles et il lit mille fois plus. Sauf que maintenant, lire c’est populaire ou c’est in, donc ce n’est plus un rebut de la société. Pour lui, la découverte de Londres et de l’Angleterre fut l’occasion d’entrer dans le côté très british des livres de J. K. Rowling.

Farouche opposant à l’adaptation cinématographique de la saga, notre ami lapin n’a quand même pas laissé passer l’occasion de se rendre aux studios Warner, au nord de Londres. Bien lui en a pris, car cette visite, fort iiiiiihhh ! et instructive, l’a rabiboché avec les films. En effet, le travail fourni pendant la dizaine d’années de tournage est non négligeable, allons jusqu’à dire impressionnant. Décors, costumes, maquettes, créations d’objets, effets spéciaux, voilà ce qu’on découvre, ainsi que moult anecdotes. La visite était un bon moyen de se replonger dans l’univers de son adolescence, et de lui donner la folle envie de tout relire (projet en cours). Mais surtout, ce que Federico a compris lors de la visite des studios, c’est pourquoi il n’aime pas les films. Car, avec tous ces efforts pour recréer l’univers des sorciers et avec un casting bad ass (Maggie Smith, Alan Rickman, Gary Oldman pour n’en citer que quelques uns), qu’est-ce qui cloche ? Federico a trouvé : selon lui, c’est la direction des acteurs et/ou la performance des trois loustics sur qui tout le film repose. C’est ben dommage mon ami…

siriusly

Mais passons outre, et parlons des studios ! Car là-bas, Federico a appris que chez Warner, tous les acteurs (ou presque) portent perruque ; que nombre de décors ont été réalisés pour de vrai, comme la porte de la Chambre des secrets, vous savez, celle avec les serpents ; que les murs de la salle commune de la maison Griffondor sont inspirés de la célèbre tapisserie rouge de la Dame à la licorne (celle avec des pitits lapiiins !), et qu’on y trouve accroché un portrait de McGonagall lorsqu’elle était une fringante jeune femme ; que les bocaux de formol de la salle de cours de potion ont été réalisés avec des peluches animalières achetées au zoo de Londres ; que le bureau de Dumbledore a été construit entièrement, et que les tableaux des anciens directeurs recouvrant ses murs sont les portraits du personnel de l’équipe de tournage ; que des centaines de baguettes et d’étuis à baguette ont été confectionnés pour le magasin d’Ollivander ; et surtout, surtout, que la bièraubeurre, c’est dégueulasse !

griffondor

La salle commune de la maison Griffondor, comme si vous y étiez mesdames et messieurs !

Allez, vu que Federico vous parle d’Harry Potter et que vous n’avez peut-être plus aucune idée de quoi ça cause, voici un résumé en bande dessinée par Lucy Knisley (l’auteure de Délices) : ici !

Et s’il vous était arrivé de vous demander à quoi ressemblerait la saga Harry Potter en anime japonais, voici de quoi vous donner une idée.

Miam-miam

Il l’a dit, Federico a mangé du scone en veux-tu en voilà. Sur les conseils de Pénélope, il a dégusté le premier chez Foxcroft & Ginger, qui a la merveilleuse idée de se trouver juste à côté d’une librairie spécialisée en bande dessinée (Gosh!). Que demander de plus ? Rien, si ce n’est d’importer le concept de clotted cream de ce côté-ci de la Manche, siouplait.

Mais Federico a aussi eu du flair par lui-même et a trouvé comme un grand une chouette adresse. En effet, un lapin qui marche dans Londres et en prend plein la vue devient forcément à un certain point un lapin affamé. Quand vos pattes et votre estomac commencent à protester de concert, comment résister à l’invitation d’un sympathique congénère qui vous tient la porte gentiment ?

C’est ainsi que Federico est entré dans un monde sucré, pastel, sucré, gourmand et trèèès sucré : le monde de Primrose Bakery. Cette boutique est tellement pleine de trucs qui ont l’air délicieux qu’elle pourrait très bien être tenue par une vilaine sorcière qui aimerait bien vous manger. Mais en fait pas du tout, de charmantes vendeuses attendent patiemment que vous ayez choisi entre toutes les variétés de cupcakes qui se pavanent dans la vitrine et décidé avec quel milkshake vous allez accompagner ce glorieux goûter. Federico n’en revient toujours pas de son milkshake au caramel au beurre salé à tomber par terre, accompagné d’un cupcake fort savoureux. Rien que d’y repenser, il en salive…

Restes du massacre...

Restes du massacre… (cliquez sur l’image pour voir les autres dessins de votre serviteur)

Moi Federico, toi Jane

Pour notre ami lapin, aller en Angleterre sans prendre le temps de marcher dans les pas de Jane Austen était inconcevable. Parmi tous les lieux de pèlerinage possibles, c’est la ville de Bath qu’il a retenue.

L’auteure y a en effet séjourné à plusieurs reprises et deux de ses romans ont la ville pour théâtre : Persuasion et Northanger Abbey. À l’époque de Jane Austen, Bath était the place to be : les gens y venaient en vacances pour boire de l’eau (attention à ne pas jeter bébé avec l’eau de Bath… et oui, Federico fait aussi des blagues). Dans Northanger Abbey, la jeune Catherine est dans un premier temps emportée par la folie des bals et ne sait plus où donner de la tête dans ses nouvelles relations. Austen en profite pour pointer du doigt la superficialité de telles amitiés.

La beauté de Bath, elle, n’est pas superficielle et a superbement traversé le temps. Federico s’est promené avec bonheur sur les traces de ses héroïnes favorites, près des Pump Room ou sur le Circus.

Si l’architecture locale n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, le clou de sa visite a été le Jane Austen Centre. Dans une coquette demeure, de sympathiques guides habillés à la mode régence vous font découvrir la vie de l’auteure à Bath. La visite est très enrichissante, pleine de détails intéressants et de reconstitutions émouvantes. Federico ne pouvait pas quitter ce lieu sans passer par le Regency Tea Room, un très beau salon de thé qui finit de vous plonger dans l’ambiance. Prêt à payer de sa personne pour vous apporter le plus de détails sur la culture anglaise, Federico n’a pas reculé devant les scones et la clotted cream. Les papilles de notre ami lapin ont été dûment récompensées pour ce sacrifice !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. ben quoi Jane, il n'est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. Ben quoi Jane, il n’est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Tea Time

Le tea time, c’est du sérieux : du thé (obligé, en Angleterre si tu n’aimes pas le thé ou la bière, tu meurs de soif), des scones et plein de trucs indécents à tartiner dessus. (idem, cliquez sur l’image)

Vous avez dit la reine d’Angleterre ?

Si vous êtes déjà parti en vacances en Angleterre ou si vous le faites un jour, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire « hé, tu diras bonjour à la Reine ! » (rire gras).

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

Federico y a eu droit lui aussi, et il n’a pas boudé son plaisir en rentrant de vacances, quand les gens lui demandaient comment était son voyage et qu’il répondait : « c’était intéressant, j’ai vu la reine » (air blasé).

Mais comment est-ce possible ?

Vous demandez-vous.

Le dernier jour de son séjour anglais, Federico s’est levé de bonne heure pour aller assister à la relève de la garde montée de la reine : les Horse Guards. En arrivant près du but, notre ami lapin a eu la surprise de découvrir que la relève n’aurait pas lieu. En effet, toutes les troupes étaient réquisitionnées pour un défilé près de Buckingham Palace. Piqué de curiosité, notre ami lapin a décidé de fendre la foule pour voir ce qui suscitait tant d’animation.

Il a alors appris que c’était le jour de célébration de l’anniversaire de la Reine Elizabteh II. Oui, comme elle est née en avril, elle fête son anniversaire en juin. Elle fait ce qu’elle veut, c’est la reine. Pour arroser l’événement, une petite sauterie était organisée, entre intimes, avec revue des troupes et défilé devant le bon peuple de Londres. Et devant Federico par extension. Malgré l’émotion qui étreignait son petit cœur, votre dévoué chroniqueur a pu prendre ce cliché digne des plus grands paparazzi.

la reine

Le flou artistique, c’est le secret d’une bonne photo royale. Si ce cliché déjà culte ne fini pas dans Point De Vue, c’est qu’on n’y connait rien.

Federico a donc aperçu vu très nettement la Reine d’Angleterre ainsi que quelques membres de sa royale famille.

La Reine d’Angleterre ! Non mais vous ne vous rendez pas compte ! C’est trop la méga-classe !

Avec tout ça, Federico a certainement gagné des points de charisme… et un bonus en attaque à cheval.

C’est sur cette royale note que ce clôt ce Terriérama d’outre-Manche. Federico espère qu’il vous a plu et vous a permis de voyager un peu, ou vous a donné envie de faire votre valise !

À bientôt pour un nouveau concentré de culture lapinesque !

elvis-thanks

Les amoureux de Sylvia

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit par Françoise du Sorbier.

noté 3 sur 4

La fièvre Gaskellienne a encore frappé ! Mais Margaret Hale peut dormir tranquille, Nord et Sud n’est pas détrôné dans le cœur de Federico.

©PointsAprès l’Angleterre ouvrière, après le thé et les dentelles de Cranford, Elizabeth Gaskell a tendu sa plume victorienne vers notre ami lapin et l’a entraîné dans un nouvel univers. Federico a cette fois-ci découvert la côte sauvage et les villes qui vivent de la chasse à la baleine. Ancré à la fin du XVIIIe siècle, alors que la guerre fait rage avec la France (comme d’hab’), Les amoureux de Sylvia utilise ce contexte tourmenté pour bousculer son héroïne et lui arracher ses proches.

Federico a eu quelques difficultés à entrer dans sa lecture car Sylvia lui apparaissait dans les premières pages comme une coquette un peu vaniteuse. Mais le regard de notre ami lapin a évolué en même temps que l’héroïne et il a bientôt été emporté dans les tourbillons de joies et de peines qu’elle va connaître toute sa vie. Ne vous fiez pas au titre : il ne s’agit pas d’une bleuette sentimentale mais de la tragique destinée d’une femme trop aimée. Fougueuse et passionnée, Sylvia va subir de plein fouet la condition des femmes à l’époque et dans un milieu où l’indépendance n’était pas une option. Les épreuves morales (on sent ici la forte influence de la religion dans l’écriture de Gaskell, qui était femme de pasteur) vécues par les personnages sont narrées de telle façon qu’elles n’alourdissent pas le récit mais lui donnent le souffle des grandes tragédies.

Si Les amoureux de Sylvia ne surpasse pas Nord et Sud, il confirme cependant encore une fois le talent d’Elizabeth Gaskell et la qualité de son approche sociale.

Elizabeth Gaskell, Les amoureux de Sylvia, Points, juin 2013, 684 p.

Parution initiale en anglais : 1863. Première parution française : 2012.

Cranford

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Béatrice Vierne.

noté 3 sur 4

Il y a peu de temps, Federico vous avait parlé avec un enthousiasme exubérant de Nord et Sud. Cette lecture a marqué le début d’une histoire d’amour entre Federico et Elizabeth Gaskell. Bon, techniquement, c’est une relation à sens unique puisque Federico ne l’a jamais rencontrée et qu’en plus elle est sacrément décédée. Mais qui s’en soucie avec des romans aussi délicieux ?

Nord et Sud avait donné lieu à une séance de dévoration livresque : Federico a l’a lu presque d’une traite, au mépris des lois du sommeil et du réveil matin. Point de ce genre d’excès pour Cranford, et pour cause : ce livre n’est pas emprunt de la même passion que son prédécesseur.

©PointsCranford est une petite ville d’Angleterre où les femmes sont largement majoritaires. Veuves ou demoiselles, elles partagent – en plus de leur goût pour les ragots – deux caractéristiques : leurs jeunes années sont derrières elles et elles sont toutes plus ou moins fauchées. C’était le lot de bien des femmes au XIXe siècle : l’absence de mari allait de pair avec l’absence d’un revenu conséquent. Heureusement pour elles et le lecteur, nos héroïnes savent ménager les apparences et s’accommodent avec beaucoup d’imagination de leur situation. L’important c’est que ça ne se voie pas trop et es ruses déployées pour y parvenir sont toutes plus amusantes les unes que les autres.

Federico a adoré picorer ce livre fait de micro événements – tel que l’arrivée d’un nouveau voisin et ses filles – et de délicieux moments de quotidien. Il a découvert une autre facette de la plume d’Elizabeth Gaskell : malicieuse et pleine d’une tendre ironie. On est tenté de se moquer de ces personnages aux manies risibles mais l’auteur est suffisamment maître de son sujet pour nous éviter cet écueil. On s’attache à ces héroïnes loin des modèles romanesques que sont Margaret Hale ou Elizabeth Bennet. Pour elles point d’émois amoureux ni de longues marches sous la pluie. À Cranford, l’aventure c’est d’aller voir un théâtre ambulant et le cœur est tourné vers les amis et la famille.

De cette chronique de la vie à Cranford, Federico ne garde qu’un seul regret et il concerne la narratrice. Celle-ci, au petits soins pour ses vieilles amies est trop discrète et reste une inconnue pour le lecteur. Notre ami lapin a été assez frustré de ne pas en savoir plus sur cette femme extrêmement sympathique. Pourtant elle aussi aurait mérité son heure de gloire : c’est à travers son regard amusé et indulgent qu’Elizabteh Gaskell nous fait entrer dans ces maisons bien rangées et nous régale de très très bons moments de lecture.

Elizabeth Gaskell, Cranford, Points, octobre 2012, 320 p.

Première parution en Angleterre en 1851.

Nord et Sud

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

noté 4 sur 4

On entend souvent les gens soupirer d’aise en évoquant le doux souvenir de nuits passées à dévorer un livre qui ne voulait résolument pas se fermer. Cela laisse Federico très pensif : il lui est en effet impossible de poursuivre une lecture, aussi passionnante soit-elle, à partir du moment où son horloge biologique le somme d’aller au dodo. Cela arrive en général avant minuit et se traduit par des grincements inquiétants au niveau de la nuque, des picotements dans les yeux et des lettres qui se mélangent. Malgré son envie de connaître la suite, Federico est donc obligé d’obéir à son petit corps et d’abandonner son livre, qui trépigne jusqu’au lendemain.

Pour maintenir notre lapin en éveil la moitié d’une nuit il faudrait donc du très très lourd, du plus que passionnant, du gros choc littéraire qui donne la fièvre du vendredi soir. Ne cherchez plus, nous avons trouvé. Il lui faut Nord et Sud de Elizabeth Gaskell.

Hier soir, notre ami lapin a repris la lecture de ce roman débuté la veille et croyez le ou non, la nuit fut courte. Pourtant, entre deux larmichettes, Federico s’est souvent dit que le chapitre en cours était le dernier, parce que bon, quand même demain il faut se lever (oui, Federico travaille le samedi). Mais c’était sans compter sur son horloge biologique totalement détraquée par cette nouvelle passion littéraire qui l’a maintenu dans une forme olympienne et lui a ainsi permis de venir à bout de ce chef d’oeuvre de 670 pages.

Federico s’est donc couché dans un improbable état d’excitation à 2 h 00 du matin, ce qui n’est pas sage du tout quand on est un lapin aux gros besoins en sommeil, et vers 2 h 30, son estomac a commencé à s’indigner d’avoir été oublié.

D’un point de vue spirituel, on peut donc considérer que cette lecture a permi à Federico de quitter son corps et d’en oublier les contingences matérielles.

Nous reviendrons plus tard sur le parrallèle qu’on peut (mais qu’on ne doit pas) dresser entre Elizabeth Gaskell et le bouddhisme.

© PointsNord et Sud est un peu l’ancêtre victorien de Bienvenue chez les Cht’is dans le sens où il raconte le choc culturel entre le nord industriel et le sud verdoyant de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle. Arrêtons là les comparaisons oiseuses (nous vous rapellons que Federico n’a que trois heures de sommeil à son actif, ce qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout suffisant !) et passons à l’histoire. Margaret Hale, fille d’un pasteur anglican, a grandi à Helstone, un charmant village du sud où l’air est pur et les arbres touffus. Cette vie idylique à l’abri des soucis bascule le jour où son père, tourmenté par le doute, décide de quitter son ministère. Il choisit d’aller s’établir comme instituteur à Milton, une ville du nord qui s’est développée grâce aux filatures de coton. Pour Margaret le choc est violent : les gens de Milton et leurs manières un peu rudes la prennent totalement au dépourvu. Elle va néanmoins se lier avec plusieurs personnes. Son amitié se déclare bientôt pour une famille d’ouvriers, les Higgins. Le père, virulent syndicaliste, incarne la lutte entre la main d’oeuvre et les patrons. Par ailleurs, Margaret se voit contrainte de fréquenter le nouvel ami de son père : John Thornton, patron d’usine fier et tenace qui, malgré sa fortune, ne correspond en rien à l’idée que la jeune femme a d’un gentleman. Confrontée à ces deux milieux que rien ne semble pouvoir concilier, Margaret va voir s’éveiller sa conscience sociale. Sa franchise l’entraine alors dans des discussions animées avec Mr Thornton qui lui devient de plus en plus anthipatique. Ce sentiment n’est pas du tout partagé : John tombe bientôt éperduement amoureux de Margaret.

Ce roman pourrait, selon Federico, se résumer d’une autre manière : on peut le voir comme un mélange parfait de certains aspects de Jane Eyre, de Germinal et d’Orgueil et Préjugés.

Le côté Jane Eyre

Margaret est une héroïne de la même trempe que Jane : son naturel, son goût pour les choses simples et sa franchise on fait fondre notre ami lapin. Il s’est ainsi pris d’une grande affection pour cette jeune femme qui se tient toujours droite malgré les malheurs qui l’accablent et la tristesse qui la ronge. L’omniprésence de Dieu dans la vie de Margaret la rapproche également de Jane Eyre : toutes deux agissent dans le respect de leur conscience et de Son jugement.

Le côté Germinal

Elizabeth Gaskell est connue pour avoir choqué la société anglaise à la sortie de ses livres. Son implication sociale et son avant-gardisme étaient en effet très mal vus. Elle prouve avec Nord et Sud à quel point elle connaît bien la vie de ceux qui donnent leur énergie aux usines, qu’ils soient patrons ou empoyés, et son regard sur les conflits sociaux est d’une grands acuité. Si ce livre est présenté avant tout comme une histoire d’amour, il va bien plus loin dans l’étude de la société, ce qui le rend encore plus passionnant.

Le côté Orgueil et Préjugés

Évidemment, comment ne pas voir les similitudes entre la relation Thornton-Margaret et le mythique duo Darcy-Elizabeth ? Les circonstances et les caractères sont bien différents mais le lecteur tremble de la même manière face aux nœuds inextricables de leur histoire d’amour. Les malheurs qui semblent s’acharner sur Margaret on fait couler les larmes sur les joues soyeuses de Federico. Les luttes sociales ont fait frissonné ses moustaches. Mais plus que tout, ce sont les élans de romantisme qu’Elizabeth Gaskell a su faire germer çà et là, qui ont le plus ému notre lapin. Ces moments de grâce font passer l’ouvrage de formidable à magnifique. Concernant le style, Elizabeth Gaskell a fait le choix judicieux de la discrétion. Le narrateur, omniscient, plonge le lecteur au cœur des pensées des personnages, inspirant beaucoup de bienveillance à Federico. A contrario, Jane Austen (à laquelle Federico compte consacrer une série d’articles prochainement) s’impose en tant que conteuse complice et instaure ainsi une distance entre les personnages et le lecteur.

Pour l’anecdote, Federico est actuellement dans une période de boulimie « roman d’amour en jupon exigeant » qui l’a frappé suite à la lecture de plusieurs ouvrages de Jane Austen. Souhaitant trouver des auteurs similaires, notre ami lapin a ainsi découvert l’existence d’Elizabeth Gaskell. Ayant commandé Nord et Sud chez son libraire et n’en pouvant plus d’impatience, il se disait que peut-être il serait déçu. C’est tout le contraire qui a eu lieu : ce livre l’a frappé droit au cœur. Malgré le fait qu’il connaissait en partie le fil de l’intrigue (merci Internet), Federico n’a pu abandonner sa lecture que lorsqu’il y était absolument, affreusement obligé et il a été transporté par un tourbillon d’émotions tel qu’il n’en avait pas connu depuis Jane Eyre. Nord et Sud est donc devenu, en l’espace de deux jours, l’un des livres les plus aimés par notre ami lapin.

Pour fêter ça, Federico vient de vous livrer un long et maladroit article (la fatigue le rend affreusement bavard), souhaitant de toutes ses oreilles vous avoir donné envie de découvrir ce trésor littéraire.

Une prochaine fois, il vous parlera de l’adaptation BBC de Nord et Sud, avec le chatoyant Richard Armitage (qui quand il n’est pas nain, interprète des grands bruns ténébreux). Federico ne l’a pas encore vu et, il ne va pas vous le cacher, il a un peu peur…

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, première parution (hors feuilleton) en 1855. L’édition que Federico a dans sa bibliothèque est la suivante : Points, 2010, 673 p. Traduction de Françoise du Sorbier.

Si par hasard quelqu’un connaît la date de la première parution française de l’ouvrage, Federico serait très curieux de la connaître. Merci et bonne nuit.