L’attrape-cœurs

Un roman de J. D. Salinger, traduit de l’anglais (américain) par Annie Saumont.

3 carottes

Notre ami lapin se demandait ce qu’il y avait dans L’attrape-cœurs pour qu’on en parle autant. Enfin il a la réponse ! Petits veinards que vous êtes, il va la partager avec vous.

L’attrape-cœurs est un roman à la première personne. La personne en question est Holden Caulfield, un adolescent « en rupture », comme on dirait aujourd’hui. Mais en fait, Federico n’a pas trouvé que ce jeune garçon paumé, rebelle, un chouia misanthrope, était si perdu pour la société que ça. Issu de la bourgeoisie aisée de New York (ses parents habitent à quelques pas de Central Park), Holden est surtout un jeune garçon très critique et rabat-joie, qui déteste à peu près toutes les personnes qui l’entourent, en particulier ses camarades de dortoirs, les filles un peu trop pimbêches et les professeurs donneurs de leçon. Il ne supporte pas l’école, ses devoirs et ses codes de conduite, les relations sociales ampoulées à l’entracte des pièces de théâtre, les faux-semblants, le cinéma, etc. La seule matière dans laquelle il excelle, c’est la littérature ; la seule personne qu’il apprécie vraiment, c’est Phoebé, sa petite sœur, vive et intelligente.

attrape-coeursLe roman suit chronologiquement deux jours seulement de la vie d’Holden Caulfield. Renvoyé de Pencey juste avant les vacances de Noël, Holden va décider de quitter l’école plus tôt pour aller errer un peu dans les avenues new-yorkaises avant de rentrer et confronter une nouvelle fois ses parents. Parce que ce n’est pas la première fois qu’il se fait expulser… Hôtels scabreux, bars miteux, le café de Central Station, les marches du musée d’Histoire naturelle, Holden se balade et essuie des déconvenues les unes à la suite des autres.

Federico n’aurait pas cru être aussi emballé par l’histoire de Caulfield. « Des mecs marginaux qui se cherchent et errent sans but dans New York », c’est le pitch des trois romans de La Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, et ça avait un peu gonflé notre ami lapin. Mais ici non, Federico s’est pris au jeu du parcours de Holden Caulfield, un garçon obtu et impulsif qu’il a très vite apprécié, principalement en raison de son éloquence et de son œil malgré tout très aiguisé sur les travers de la société (la société américaine de 1949 dans ce cas-ci).

Notre ami lapin a le sentiment de vous livrer une impression de lecture assez optimiste, alors que la perception de ce roman se veut conventionnellement assez sombre au vu des thèmes abordés et du dénouement final (dont il pense être passé à côté, d’ailleurs…) ; mais ce sont ses impressions, justement. En effet, Federico a apprécié L’attrape-cœurs car il l’a lu avec légèreté, tout en appréciant sa profondeur : les pages se tournaient les unes après les autres sans qu’il ne s’en rende compte, à une période où il avait du mal à prendre le temps de lire. Contre toute attente, le héros lui était attachant et le récit envoutant. On se croyait bel et bien dans les rues de la grosse pomme, sous des airs de jazz et un parfum de gasoil.

L’attrape-coeurs, J. D. Salinger, Pocket, 1986 (1945 pour la version originale), 254 pages

L’amant

Un roman de Marguerite Duras.

3 carottes

Federico ne sait pas comment parler de sa lecture de L’Amant de Marguerite Duras.

amantdurasCe sont des images et des sensations qui lui reviennent : les paysages humides de l’Indochine ; un bac sur un fleuve, le Mékong ; l’air moite dans une pièce étroite, la garçonnière ; les bruits et les cris de la rue, Saïgon… Et puis cette jeune fille, petite blanche qui se prend des airs de dame avec son chapeau d’homme, sa robe claire et ses souliers dorés. Federico se l’imagine avec un air espiègle, avide, les paupières lourdes et ennuyées, et le regard ailleurs… d’après les portraits de l’auteure à cet âge. (À l’occasion de cette recherche photographique, notre ami lapin s’est perdu dans les archives de l’INA…)

Le récit de Duras est extrêmement sensuel, rempli de sentiments durs, peuplé de personnages à fleur de peau. Elle tire de sa mère un portrait poignant et dérangeant, à la fois plein d’amour pour cette femme veuve et ruinée, et dépité par sa dépression et sa folie latente. Et la présence du grand frère violent et mauvais n’arrange pas l’équilibre instable du foyer. Une ambiance familiale malsaine qui fait trembler les pages du roman, autant que l’amour fou du riche chinois envers la petite blanche les fait vibrer de désir…

Une lecture suave pour notre ami lapin, qui sait enfin ce qui se trouve entre les pages de L’Amant et dans la prose de Duras. Une expérience à renouveler.

Marguerite Duras, L’Amant, Les éditions de Minuit, 1986, 148 pages

Marie-Antoinette

Un roman autrichien de Stefan Zweig, traduit par Alzir Hella.

4 carottes

Vous qui vous précipitez sur le livre de Valérie, Federico vous conseille plutôt ce livre : là, vous en aurez du croustillant, des secrets intimes ou d’état, du scandaaale !

Marie-Antoinette en jogging.

Marie-Antoinette s’apprêtant à sortir chercher du pain.

Marie-Antoinette, c’est l’histoire d’une jeune héritière autrichienne, prénommée Marie-Antoinette, qui est mariée à un flanby au dauphin du Royaume de France. Le jeune homme n’est pas le meilleur compagnon avec qui pump’n up, alors elle se console avec ses potos et ses robes en rideau. Quelques années plus tard, il se décoince grâce à l’intervention de son beauf qui lui fait remarquer que sept ans d’abstinence, c’est pas très bon pour la com’, et qu’un héritier ça ne se recrute pas sur les bancs de l’ENA ou de Sciences Po, non, il faut le fabriquer soi-même. Pendant tout ce temps-là, Marie-Antoinette dansait, jouait au théâtre ou à la ferme, s’achetait des bijoux, des plumes, des robes (et des amis aussi), bref, carpe diem ! Et là, paf ! trois gamins qui lui tombent sur les bras, finito la belle vie, surtout qu’après, paf ! la Révolution ! Alors là c’est la loose totale, la taille du logement de Marie-Antoinette rétrograde d’années en années, de mois en mois ; tous ses amis ont pris la poudre d’escampette, sauf son plan cul avec qui elle échange des textos enflammés. Son mari, devenu obèse, ne sait pas quoi faire, donc il ne fait rien. C’est à en perdre la tête toute cette histoire !

Federico a littéralement dévoré cette biographie romanesque, instructive et trépidante, où l’on suit les pas de cette poupée frivole qui se transforme en héroïne tragique. C’était le premier ouvrage de Stefan Zweig qu’il lisait, et il a été plus que ravi de découvrir ce génie de l’écriture, fin psychologue et narrateur hors pair !

Maintenant, notre ami lapin doit lire toute l’œuvre de Zweig, ainsi que tout plein de livres qui parlent de l’histoire de France, il voudrait aussi revoir le film de Sofia Coppola (qui dit s’être inspirée du livre de Zweig, mais dans son souvenir, ce n’est pas vraiment la même personnalité que nous décrit la cinéaste…), et retourner à Versailles bien sûr… y a plus qu’à !

Marie-Antoinette, Stefan Zweig, Grasset, 1933, 460 pages

Le cycle de Fondation (2/2)

Suite et fin de la lecture de Fondation par Federico, le début ici.

Fondation foudroyée & Terre et Fondation

© Folio

3 carottes

Avec ces deux tomes, le cycle de Fondation se clôt sur une seule et unique histoire (c’est-à-dire pas de bonds dans le temps). Golan Trevize est un jeune et fringuant conseiller au sein de la Première Fondation (maintenant que l’on sait qu’il y en a deux). L’avenir de la galaxie se déroule pour le mieux, au plus près du plan Seldon. Mais Trevize doute. Son tempérament aventureux et de « perturbateur de l’ordre établi » va l’amener à sillonner la galaxie à la recherche de réponses, et accessoirement de la planète Terre. Et oui, car après 20 siècles de conquête spatiale, l’humanité a complètement oublié d’où elle vient !

Notre ami lapin a vraiment préféré cette ultime histoire du cycle de Fondation car :

1. c’est une plus longue histoire dans laquelle on peut vraiment se plonger, s’attacher aux personnages et comprendre la galaxie dans laquelle ils évoluent,

et 2. des problématiques de science-fiction y sont abordées ou développées, et elles sont plutôt intéressantes et donnent matière à réflexion.

© FolioSi ces deux derniers tomes ont été écrits des dizaines d’années après les premiers, ils datent tout de même encore des années 1980. Ce qui est fou, c’est donc de voir l’imagination et la vision qu’Asimov pouvait avoir de l’avenir il y a déjà 30 ans. Sur les sujets SF abordés, en vrac, Federico peut mentionner le principe des planètes « terraformées » (avec modification de l’atmosphère et implantation d’écosystèmes pour permettre la vie humaine) mais aussi le principe d’une planète vivante et harmonieuse (comme repris dans Pocahontas Avatar) sans parler des ordinateurs, de la miniaturisation technologique, des robots et de plein de choses très techniques sur la typologie des systèmes solaires et le voyage spatial. Notre ami lapin a également beaucoup apprécié les questionnements sur les possibilités d’évolution de l’être humain et/ou de la civilisation humaine, entre planètes administratives/politiques ou planètes agricoles, entre vie en communauté utopique mais hostile aux étrangers, ou vie en solitaire d’hermaphrodites…

Très savant, donc, mais parfois trop verbeux… En effet, l’histoire se déroule presque essentiellement à travers les dialogues entre les personnages qui se racontent tel événement, telle réflexion, telle déduction… Pour dire, Federico était estomaqué de lire des scènes d’action lorsqu’elles survenaient ! Sans compter les questionnements internes des héros lors desdites scènes, heureusement qu’elles étaient là pour leur permettre de reprendre leur respiration avant le chapitre suivant !

Outre ces dialogues incessants, ce sont aussi les nombreuses répétitions qui parsèment tout le cycle de Fondation qui ont agacé notre ami lapin. Lorsque vous lisez le cycle d’une traite, aucune chance d’oublier en quoi consiste le plan Seldon ! C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle Federico a préféré les deux derniers tomes : on oublie un peu Hari Seldon, la Fondation et la Seconde Fondation, pour se concentrer sur une vraie épopée stellaire et la quête de héros plutôt attachants.

Fondation foudroyée, (version originale parue 1982), Folio SF, 640 pages

Terre et Fondation, (version originale parue 1986), Folio SF, 688 pages

Le cycle de Fondation (1/2)

Cinq romans d’Isaac Asimov.

Après s’être délecté de La Horde du contrevent, Federico s’est lancé dans la lecture du pilier de la littérature de science-fiction qu’est le cycle de la Fondation de l’incontournable Isaac Asimov.

Eh bien c’était cool, et en effet « incontournable » pour qui s’intéresse à la science-fiction. Mais notre ami lapin doit toutefois préciser que son intérêt pour ces livres a été progressif, vous pouvez en juger par la notation du Cac Carotte : seulement 1 carotte pour le premier tome, 2 carottes pour les deux suivants, et 3 carottes pour les deux derniers.

Fondation

noté 1 sur 4

© FolioFondation, le premier tome, a été une lecture un peu laborieuse pour Federico, et ce pour une seule raison : notre ami lapin venait de terminer La Horde du contrevent, une intense et magnifique épopée à l’écriture extrêmement travaillée. Il est passé d’une perfection littéraire (oui oui) à un recueil de nouvelles SF publiées en feuilleton dans des magazines des années 1950. Autant dire un grand écart.

Federico sait qu’il ne doit pas être trop dur (Asimov était à ses débuts un vulgarisateur scientifique, pas un écrivain, et on n’attend pas de la grande littérature dans la « pulp fiction ») mais voici ce qui est : le premier volume du cycle de Fondation est vraiment très mal écrit. Sujet-verbe-complément. Du coup, ce n’est pas très facile à lire (étrangement) pour peu qu’on soit un grand lecteur. Pour tout dire, notre ami lapin était sur le point d’abandonner, mais la personne incitatrice de cette lecture a planqué tous les autres livres alentours, donc Federico s’est accroché, et il en est content aujourd’hui.

Mais de quoi ça parle au fait ?

© Folio20 000 ans après notre ère, l’être humain a conquis la galaxie. Il existe des millions de mondes habités régis par l’Empire qui siège sur la ville-planète Trantor. Un érudit, Hari Seldon, crée la science de la « psychohistoire » qui consiste à prévoir l’avenir de la galaxie à travers l’étude des comportements humains à l’échelle de milliers d’individus. C’est ainsi que Hari Seldon prévoit la chute de l’Empire dans les siècles à venir, et une période sombre de conflits et de barbarismes pour les 10 000 ans qui suivront. Afin de réduire cette période à 1 000 ans seulement, il crée la Fondation, une congrégation de scientifiques envoyés sur Terminus, une planète isolée aux limites de la galaxie, afin qu’ils y rédigent l’Encyclopedia Galactica qui rassemblera toutes les connaissances humaines.

Ceci est le pitch de base, mais l’histoire évolue au fil des tomes, de mieux en mieux selon Federico. Mais on va dire que, pour les trois premiers tomes, c’est d’actualité. Au passage, il faut préciser que, dans tout le cycle, chaque histoire fait un bond dans le temps, parfois de 30 ans, parfois de plusieurs siècles.

Fondation et Empire & Seconde Fondation

noté 2 sur 4

Notre ami lapin a davantage apprécié ces tomes car : 1. ils sont mieux écrits, et 2. deux des héros sont des héroïnes.

© FolioEn effet, l’évolution de l’écriture est flagrante : les phrases sont plus longues et il y a davantage de descriptions des décors, des situations et des personnages. Ainsi, l’intrigue tient davantage en haleine, car on s’attache mieux aux personnages, mais aussi parce que l’univers des livres nous apparait alors plus dense et plus complexe, et tout simplement parce qu’il y a du suspens, c’est tout bête.

Il y est toujours question de la Fondation, mais aussi de la chute progressive de l’Empire, puis d’un individu perturbateur qui n’était pas prévu dans les prédictions de Hari Seldon (également appelées « plan Seldon ») : le Mulet, un être difforme doué de pouvoirs psychiques. Enfin, on en apprend peu à peu davantage sur la Seconde Fondation, un autre groupe créé par Hari Seldon qui semble œuvrer dans l’ombre. Parmi les personnages principaux, on trouve donc Bayta Darell, une jeune femme qui va sauver la galaxie, puis sa petite fille, Arcadia Darell, une adolescente de 14 ans à la langue bien pendue. Federico a trouvé que toutes-deux étaient comme un vent d’air frais dans le cycle.

Federico vous parle de la suite ici.

Fondation, (version originale parue 1951), Folio SF, 416 pages

Fondation et Empire, (version originale parue 1952), Folio SF, 432 pages

Seconde Fondation, (version originale parue 1953), Folio SF, 432 pages

Lettre à Hergé

Un essai de Jean-Marie Apostolidès, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

noté 2 sur 4

Encore un ouvrage sur Tintin… Apostolidès n’en est pas à sa première réflexion sur l’œuvre d’Hergé, qu’est-ce qui distingue Lettre à Hergé des très nombreux autres ouvrages du genre ?

Ayant un lapinpapa tintinophile (vous savez, ces personnes dont les livres sur Tintin prennent plus de place dans la bibliothèque que les BD des aventures de Tintin ?), le sujet n’est pas inconnu à Federico et capte son intérêt. Autant le dire tout de suite, cet ouvrage pourrait difficilement constituer une première approche de réflexion sur le mythe de Tintin, notamment parce qu’il plonge d’emblée dans une réflexion peu captivante sur un obscur héros pour enfant du début du siècle dernier… Il s’agit néanmoins d’une chouette lecture qui met en relation le héros et son lecteur pour déceler les causes et les aléas du succès des aventures de Tintin.

© Les Impressions Nouvelles, 2013Mais avant tout, la principale réserve de notre ami lapin sur ce livre (qui lui a coûté une carotte) réside malheureusement dans sa forme générale, dans son identité même… En effet, le titre est inadapté, ne reflétant ni le sujet ni la forme de l’ouvrage, la « lettre » adressée à Hergé ne constituant que quelques pages en préface. Le vrai sujet est celui, surprenant car inattendu au vu du titre et de la quatrième de couv, de la thèse des trois Tintin : le Tintin reporter, créé par Hergé, le Tintin de Spielberg, et un tout premier Tintin, Tintin-Lutin, héros d’illustrés du début XXe dessinés par Benjamin Rabier. Et c’est là que ce trouve la seconde réserve de Federico (et paf, une autre carotte !) : l’auteur se lance pendant le premier tiers de l’ouvrage dans une analyse poussée argumentant que ce personnage aurait nourri l’inspiration du jeune Georges Remi. Certes, pourquoi pas… mais c’est somme toute une étude un peu trop éloignée des Aventures, voire anecdotique, pour être véritablement passionnante (exception faite des parallèles avec Au pays des Soviets, où l’on se souvient avec plaisir d’un Tintin espiègle et vitaminé, un garnement avant qu’il ne devienne le garçon mature que l’on connaît mieux). Mais surtout, la mise en relation de Tintin-Lutin avec le mythe de Tintin développé dans le reste de l’ouvrage est plutôt tirée par les moustaches… on se demande ce que cela vient faire là (comme une moustache dans la soupe pour rester dans les expressions capillaires).

Ceci étant dit, l’analyse de l’auteur reste toutefois agréable à lire, en particulier son regard sur la création et l’évolution du mythe de Tintin par ses lecteurs, la différence entre les héritiers d’une œuvre et ses ayants droits (sujet houleux dans le cas de Tintin), la valeur à accorder au Tintin de Steven Spielberg, un nouveau héros qui a son propre univers, pour enfin conclure sur un très juste : « Tintin est mort, vive Tintin ! »

Savant et foisonnant, Lettre à Hergé nous montre une nouvelle fois que l’univers d’Hergé est une source intarissable, et les livres sur le sujet ont toujours le gout particulier de nous donner qu’une envie : relire Tintin !

Lettre à Hergé, Jean-Marie Apostolidès, 2013, Les Impressions Nouvelles, 176 pages

Mémoires d’une jeune fille rangée

Un roman de Simone de Beauvoir.

noté 3 sur 4

Vous l’avez remarqué (ou bien ça ne saurait tarder), votre lapin favori est parfois un boulimique littéraire qui aime très souvent se plonger dans les univers, papiers ou physiques, des auteurs qu’il lit. Son activité géographique actuelle lui a rappelé l’envie qu’il avait eu, il y a longtemps, de lire le premier tome autobiographique de Simone de Beauvoir, tenté qu’il était de la suivre un instant dans les rues germanopratines.

© Folio - Gallimard

La promenade avec Simone de Beauvoir fut très agréable. (Federico vous dit ça tout de suite pour que vous lisiez son blabla jusqu’au bout, parce que votre dévoué serviteur a des choses à dire pour que vous compreniez l’intérêt qu’il a eu à lire ce livre).

Avant tout, c’est l’écriture parfaitement maîtrisée et les cheminements structurés de la pensée de l’auteure qui happent le lecteur, lui racontant sa vie avec beaucoup de précision, d’application et -à n’en point douter- de fidélité. Le tout est donc très riche en réflexion, mais surtout très instructif sur le quotidien et le comportement des intellectuels de la première moitié du XXe siècle, dont Federico ne pouvait toutefois s’empêcher de se sentir éloigné, à la fois émerveillé et dubitatif…

Ce qui est également frappant dès les premières pages, c’est l’analyse, presque clinique, que Simone de Beauvoir parvient à effectuer sur son propre esprit d’enfant. La complexité de la formation et l’évolution d’une personnalité est, de manière presque effrayante, strictement développée et critiquée. On en vient presque à se demander si la petite Simone était une enfant comme les autres… L’auteure parle donc beaucoup d’elle-même, mais aussi de ses parents, de sa sœur Hélène, de son amie d’enfance Élisabeth, dite Zaza, de son cousin Jacques, d’autres membre de la famille et divers amis dont Jean-Paul Sartre. On découvre ainsi que le rapport aux autres (notamment les amitiés) ont eu une place prépondérante dans la construction de la jeune fille.

Les Mémoires d’une jeune fille rangée est aussi un morceau d’Histoire parisienne à travers les déambulations de Simone de Beauvoir dans les rues de la capitale, mais surtout à travers le portrait du monde bourgeois qui l’entoure. Les choix de la jeune fille rangée dessinent en effet les débuts d’une rébellion assumée -mais encore peu défendue- qui remet en cause la mainmise des traditions catholiques et masculines, principalement à travers l’institution du mariage.

Prémices de la mythologie féministe et existentialiste, Les Mémoires d’une jeune fille rangée est avant tout un roman d’apprentissage où la famille et les amitiés ont une place majeure. Étonnamment, cette autobiographie attise la curiosité plus qu’elle ne donne les clés du personnage qu’est Simone de Beauvoir…

Le blabla prend fin, mais sachez que Federico ne pensait pas qu’il aurait autant de plaisir et de facilité à lire un livre aussi philosophiquement centré sur l’esprit… car très vite il se révèle romanesquement plaisant.

Simone de Beauvoir, Les Mémoires d’une jeune fille rangée, Gallimard, 1958, collection Folio, 480 pages

Federico a écouté Mrs Dalloway pour vous

Un roman de Virginia Woolf, lu par Sophie Chauveau.

noté 3 sur 4

Federico en avait fait l’exprience avec Orlando: quand on lit un livre de Virginia Woolf on peut rapidement se perdre, tant l’auteur fait vagabonder les pensées de ses personnages et affectionne les digressions. Autant vous dire que le passage à l’audio a été fatal pour les repères de notre ami lapin. Adieux précieux chapitres, disparus salutaires paragraphes : il n’y a plus rien à quoi se racrocher…

Quel bonheur !©Thélème

Federico s’est perdu avec délice dans l’univers de Virginia Woolf, guidé par la voix grave et posée de Sophie Chauveau, qui colle parfaitement au texte et le rend plus envoûtant encore.

Clarissa Dalloway fait partie de la société mondaine de Londres et en cette belle journée de printemps d’après guerre, elle organise une « soirée » qui réunira tout le gratin. Elle est l’héroïne du roman et c’est autour d’elle que gravitent la plupart des autres personnages. Mais ce jour-là dans Westminster, le lecteur-auditeur rencontre d’autres personnages qui se retournent sur leur passé et essaient de penser à l’avenir.

Il est difficile pour Federico de résumer Mrs Dalloway de façon plus précise. Le texte l’a accompagné pendant plusieurs jours tandis qu’il déjeunait, rapait des bettraves ou tout simplement restait assis à écouter. Il a pourtant plus l’impression d’avoir été plongé dans une atmosphère que d’avoir lu. Il ne faut pas se leurrer, quand on écoute un texte et qu’on fait autre chose en même temps, il y a toujours un moment où on est moins attentif et où on perd le fil de l’histoire. L’avantage avec Mrs Dalloway et la lecture que Sophie Chauveau en fait, c’est que de tels accidents ne sont jamais dramatiques. Quoi qu’il arrive l’ambiance et les mots de Virginia Woolf vous enveloppent et il suffit simplement de reprendre le cours des pensées parfois décousues des personnages.

Cette deuxième expérience du livre lu est donc un succès et Federico prépare ses grandes oreilles pour de nouvelles histoires.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway.

Première publication : 1925. Édition audio aux éditions Thélème : 2009.

L’avalée des avalés

Un roman de Réjean Ducharme.

Difficile de parler de L’avalée des avalés, premier texte publié par le québécois Réjean Ducharme et lecture incontournable des lycéens de la province. Lui-même, Federico a eu du mal à définir s’il avait apprécié ou non ce livre. Au vu des trois carottes, la réponse est donc plutôt positive.

Chose étrange que ce roman dont un court épilogue – de la main de l’auteur – résume la totalité de l’histoire… Chose étrange que cette narration décousue et profonde de la petite Bérénice Einberg, héroïne du roman.

Les parents Einberg, une mère catholique polonaise et un père juif, exilés dans une abbaye sur une île québécoise, ont décidé de se partager l’éducation de leurs enfants. Le premier né, Christian, suit l’enseignement catholique de sa mère, et la seconde, Bérénice, l’enseignement juif de son père. À cette étape, il est difficile pour Federico de vous en dire plus, car il y a peu et tant à dire… Le cœur même de l’histoire réside dans l’esprit de Bérénice : comment elle voit l’univers qui l’entoure, fillette puis adolescente.

Si notre ami lapin a premièrement été déboussolé par ce long discours déroulé par la jeune narratrice, alimenté de ses mots inventés, il a très rapidement compris qu’il devait s’immerger totalement dans ce récit pour qu’il l’avale à son tour…

Il a alors compris que ce n’est pas un long monologue verbeux, mais davantage le déroulement du fil de la pensée de Bérénice, qui appréhende et combat le monde dès son plus jeune âge. Enfant privée de l’amour de ses parents, nourrie avec la haine qu’ils se vouent entre eux, Bérénice accuse les adultes de ne pas savoir vivre. Elle voue une admiration sans faille à son frère Christian, garçon taciturne, et à son amie Constance Chlore. Ambiguë, éprise de folie et d’exubérance, elle veut mordre à pleine dent dans l’intensité des moments qu’elle s’octroie avec force. Le personnage de Bérénice est le portrait surnaturel d’une enfant haute en couleurs, qui dérange et séduit le lecteur par tant de liberté. Elle n’est pas facile à oublier…

Ce roman dispose donc d’une narration intense qui a réussi à capter l’intérêt de notre ami lapin, sans qu’il s’en aperçoive. Trois carottes pour cette prouesse !

L’avalée des avalés, Réjean Ducharme, Gallimard, 1966, 378 pages

Prochain épisode

Suite des lectures hivernales et québécoises de Federico autour de la thématique historique « Révolution tranquille » avec un roman de Hubert Aquin, Prochain épisode.

Autant vous le dire tout de go, Federico n’a pas du tout aimé ce roman dont il a expédié la lecture pour pouvoir rapidement passer à autre chose…

Déjà, la situation du récit est pas mal floue : c’est l’histoire d’un homme en prison, en attente de son jugement, qui écrit une histoire qui semble être la sienne, c’est-à-dire celle-ci :

Un québécois est mandaté par les groupes nationalistes du FLQ pour assassiner un agent canadien du mouvement contre-révolutionnaire. L’action se déroule en Suisse, entre Genève, Lausanne et le lac Léman, sur les routes montagneuses et dans les belles résidences des bois.

Federico n’y connait rien à la géographie de ce pays alpin, mais cela n’aurait pas été un problème si le narrateur ne passait son temps à ressasser dans tous les sens les lieux qu’il a visité, qu’il visite et qu’il visitera, en Suisse et au Québec. Si ce n’était que ça… mais c’est toute sa vie qu’il ressasse : K « la femme qu’il aime » et leur rencontre entre « le 24 juin et le 26 juillet », l’homme à abattre H. de Heutz, son rendez-vous à six heure et demi sur la terrasse de l’Hôtel d’Angleterre, pour ne citer que quelques lubies… Le peu d’action est englouti dans le flot de pensée du narrateur, retirant alors tout l’intérêt que le lecteur aurait pu avoir dans l’intrigue a priori pleine de suspens.

Ce sont donc toutes ces incessantes références répétées à longueurs de paragraphe qui ont épuisé notre ami lapin et empêché toute attache à l’histoire et à ses personnages. Si Federico n’a rien contre les réflexions littéraires sur la vie, l’amour et la mort, celles-ci, longues, pénibles et infructueuses, l’ont laissé aussi froid que le marbre du salon d’un château suisse.

Prochain épisode, Hubert Aquin, Bibliothèque québécoise, 1965, 174 pages

L’enfirouapé

Sorti de son hibernation hivernale, Federico gambade avec joie dans les flaques de neige fondue, museau frissonnant dans le vent printanier. De retour parmi ces congénères friands d’histoires, il exhume pour vous de son nid douillet les ouvrages québécois qui ont accompagné sa retraite.

Pour débuter, Federico va vous parler de deux romans qui prennent chacun pour décor une page importante de l’histoire du Québec, celle de la Révolution tranquille.

Parenthèse historique : s’étendant sur les années 1960, la Révolution tranquille marque la construction de l’actuelle province québécoise et de son identité francophone. Elle sera notamment marquée par la Crise d’Octobre de 1970 déclenchée par la cellule armée du Front de libération du Québec (FLQ).

Commençons avec le premier roman d’Yves Beauchemin, L’enfirouapé.

En bon français québécois, Enfirouaper signifie « se faire avoir », « se faire arnaquer ».

Un beau matin, Maurice décide de quitter son travail ingrat dans une manufacture montréalaise pour aller tenter sa chance ailleurs (en commençant par se ressourcer chez ses parents…). Sur la route pour quitter la ville, il prend Julie en auto-stop. Bien mal lui en a pris… Si la jeune fille est charmante comme tout, elle aura la mauvaise idée de lui présenter son oncle, le député véreux Jerry Turcotte. Embobiné en beauté par ce dernier, Maurice passera trois années emprisonné à ruminer sa vengeance, et deviendra malgré lui un activiste de cette période troublée d’octobre 1970.

Federico n’a eu aucune peine à entrer dans cette histoire, notamment à travers le ton détaché et burlesque de l’auteur. Les expressions québécoises (parfois potaches dans le discours du député et de son homme de main) nourrissent le récit d’une vitalité et d’une chaleur qui rendent la lecture accrocheuse. Il en est de même pour les personnages à la fois truculents et poétiques, étonnamment anormaux et attachants : le poète d’opérette, le muet conciliant, la jeune fille illuminée (au sens propre : elle voit Jésus !), le révolutionnaire buté, le (très) mauvais avocat, etc. Et, parmi eux, le héros qui, s’il n’est pas si bête que ça, parvient à se faire entuber par un personnage qui n’encourage pourtant aucune confiance et qui se révèlera finalement extrêmement pathétique lorsque le vent tourne.

Si l’on se doute dès le début que Maurice va « s’enfirouapé », il est par la suite perturbant de suivre le cheminement de personnages qui s’embrigadent dans une action révolutionnaire sans, semble-t-il, en avoir véritablement la volonté. Ce roman est donc à la fois cynique et tragique… une belle fable sur cette période troublée, mais faut-il la prendre au sérieux ?

L’enfirouapé, Yves Beauchemin, Éditions Stanké, 1974, 272 pages

Les Hauts de Hurlevent

Un roman de Emily Brontë (1847)

Federico est un lapin qui aime avoir du vent dans les poils et des frissons dans les moustaches. Les landes semi-désertes de la campagne anglaise et les pierres froides des bâtisses gothiques étaient donc pour lui ravir, voilà pourquoi, après Jane Eyre, il est allé fureter du côté des Hauts de Hurlevent.

Ici, l’intrigue est tellement tarabiscotée qu’un résumé ne parviendrait qu’à vous embrouiller encore plus. L’histoire est construite sur presque trois générations, et les personnages s’empruntent les mêmes prénoms et les mêmes noms au gré des mariages et des naissances. Mais Federico doit vous mettre en garde : l’histoire ne rayonne pas à travers des noces festives et de joyeux baptêmes, non, loin de là. Les personnages, tous autant qu’ils sont, sont animés par la haine, parfois féroce et violente, parfois contenue et insidieuse. Dans un huis clos ouvert aux quatre vents, les familles se déchirent, pour la vengeance et l’honneur, pour l’amour et la haine, et pour avoir le dernier mot…

Federico ne va donc pas vous raconter l’histoire, parce que c’est vraiment très tordu. Il peut au moins vous dire qu’il y a deux familles : les Earnshaw et les Linton, et que tout commença lorsque le vieux père Earnshaw, résident des Hauts de Hurlevent, adopte un jeune orphelin qu’il prénomme Heathcliff. Au fil des années, ce dernier, sombre et sauvage, attire l’animosité de tous, excepté de la fille Earnshaw, Catherine, avec qui il y a de l’amour dans l’air… Mais tout ne va pas bien se passer, ce n’est pas Walt Disney ! Des années durant, la tempête des sentiments va souffler sur les deux familles, balayant des vies et des espoirs, ravivant la haine et la rancœur, avec en son centre le dangereux Heathcliff qui rumine les humiliations de son enfance.

À la fin de sa lecture, notre très gentil lapin a été étonné par tant de haine déversée de la part de personnages qui sont, d’habitude, mondains et raffinés dans leur époque poudrée (fin XVIIIe). Et c’est là la force de ce livre : à quel point des humains peuvent-ils se détester ? Car à côté, les marques d’amour qui parviennent à émerger nous semblent beaucoup moins sincères et puissantes que les injures, les frappes et les malédictions que les personnages se lancent à tour de rôle.

Mais ces sentiments sont un peu trop abruptes pour être vraiment crédibles, et on se détache aisément des héros que l’on trouve alors antipathiques : « mais meurt donc au lieu de te plaindre », puis quand ils en viennent à rendre l’âme, un autre désespéré vient le remplacer… La seule à qui l’on parvient véritablement à s’attacher, c’est la « seconde narratrice », Nelly, la nourrice et servante des Hauts de Hurlevent. En effet, c’est elle qui raconte toute cette histoire au « premier narrateur », Mr Lockwood, locataire de Mr Heathcliff, et Federico va s’arrêter là parce que ça devient tout de suite compliqué, il le voit dans vos yeux plissés sur votre écran… Bref, Nelly est plus douce, raisonnée et aimante que les autres… tout en étant parfois aussi tranchante et butée ! Peut-être est-elle finalement aussi cinglée qu’eux pour qu’elle n’ait pas encore sacré son camp de cet endroit malsain… Les Hauts de Hurlevent, une chouette lecture pour aimer son prochain !

Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, à lire dans plusieurs éditions.

(À éviter à tout prix : le film de 1992 avec Juliette Binoche et Ralph Fiennes, mielleux et romantico-cucul à souhait, à mille lieues des véritables sentiments qui sévissent dans l’œuvre d’Emily Brontë.)

Thérèse Raquin

Un roman de Émile Zola (1867)

Pour commencer, une fois n’est pas coutume, Federico tient à remercier Folio et son super résumé de quatrième de couverture. Dans le genre « c’est un classique donc je ne vois pas pourquoi je me priverais de vous dire tout ce qui se passe et comment ça se termine », il est fort probable que nous tenons l’un des meilleur. Citant une critique assassine parue à l’époque de la sortie du livre, ce résumé donne le ton : on oublie tout de suite le projet d’une lecture plaisir.

Que dire sur ce roman sans en dévoiler l’intrigue ? Pour faire court, il s’agit de la descente aux enfers de deux personnages lâches, égoïstes et totalement gouvernés par leurs nerfs. Ce lent parcours est décrit de façon minutieuse et froide par ce cher Émile Zola, terreur des collégiens. Dans Thérèse Raquin, son troisième roman, l’auteur décortique le tempérament et les différentes réactions physiques de ses personnages. Leurs angoisses sont sondées avec une telle précision que le récit traverse les décennies sans prendre une ride et les deux héros trouveraient sans mal leur place en ce début de XXIe siècle.

Pour Federico, cet ouvrage est techniquement parfait mais trop froid pour être agréable à lire. La plume de Zola a le don de faire des nœuds d’angoisse dans l’estomac (c’est celle des personnages qui jaillit des pages) et de donner l’impression que votre chaleureux terrier est en réalité un lieu humide et glauque.

Federico donne deux carottes à ce classique de la littérature, en espérant que sa critique aura suffisamment asticoté votre curiosité pour que vous partiez à la découverte de Thérèse Raquin.

L’île au trésor

Un roman de Robert Louis Stevenson (1883)

Comme vous le savez probablement, lapins et marins ne faisaient pas très bon ménage dans les temps jadis. Sous prétexte que les premiers auraient entraîné le naufrage de navires en rongeant les cordages de chanvre, les seconds les ont bannis de leur vocabulaire. Pour évoquer les semblables de Federico, on parlait alors de « pollop », de « l’animal aux longues oreilles », « du cousin du lièvre » voire de la « langoustine des prés »1.

Pas rancunier, Federico a quand même plongé ses moustaches dans un classique de la littérature d’aventure : L’île au trésor.

Notre ami lapin avait déjà vaguement entendu parlé du mythique Long John Silver, mais par bonheur il n’en savait pas plus sur ses aventures. Il a donc pu profiter de chaque page tournée et savourer les surprises du récit. Pour vous offrir ce même plaisir, Federico vous épargne le résumé (que vous trouverez très facilement au besoin). Notre rongeur a parfois du mal à comprendre pourquoi un livre lui a plu. Ici, la recette est simple : un jeune narrateur sympathique et un peu tête brûlée, des personnages ambivalents et moult retournements de situation. Le tout narré avec simplicité et précision. Nous épargnant les longues descriptions, Stevenson se concentre sur l’action et sur les motivations (souvent troubles) des héros. Parmi ces derniers, le fameux Long John Silver, magnifique gentilhomme de fortune est le digne représentant de l’univers à la fois sombre et flamboyant de la piraterie. Celle-ci et, plus globalement, le monde si particulier des marins (il faut être bien particulier pour ne pas aimer les lapins) est décrit à travers le regard fasciné du jeune narrateur, Jim Hawkins. Comme lui, Federico est parti à l’aventure sans savoir ce qui l’attendait et il n’a pas été déçu du voyage.

Ce seront donc 3 carottes pour ce roman à lire de 10 à 110 ans dans l’une des multiples éditions qui existent.

1. « Les superstitions des marins », Wikipédia.

Jane Eyre

Un roman de Charlotte Brontë (1847)

En commençant Jane Eyre, Federico était fâché. En effet, l’édition de poche qu’il avait sous les yeux lui proposait une quatrième de couverture fort bavarde dévoilant plusieurs clés de l’intrigue. Notre ami lapin était donc persuadé que sa lecture serait considérablement moins intéressante. C’était sans compter sur le talent de Charlotte Brontë. Alors, avant de démarrer cette critique, voici un conseil de rongeur lecteur : si un jour un malotru vous raconte Jane Eyre dans son intégralité vous aurez le droit de le frapper, mais surtout, que cela ne vous empêche pas d’aller à la rencontre de cet ouvrage grandiose.

Dès les premières pages, une relation se noue entre Jane et le lecteur, à qui elle s’adresse. Inutile de résister : laissez-la vous raconter son histoire, vous présenter les gens qu’elle a rencontrés et vous guider dans ces lieux d’Angleterre qu’elle a vus.

C’est après avoir vu la bande annonce de la nouvelle adaptation du livre (prévue en France pour début 2012), que Federico a mis son museau dans le roman de Charlotte Brontë. Sans grande conviction au départ. Rappelez-vous qu’il connaissait déjà une bonne partie de l’intrigue. Enfin, ça, c’est ce qu’il croyait. Il a bien vite découvert que quelques lignes au dos du livre étaient bien insuffisantes pour résumer ce roman ! Il y a tellement de choses à en dire. Construit comme l’autobiographie de Jane Eyre, le récit de Charlotte Brontë est d’une force phénoménale. Il vous entraîne dans un tourbillon romanesque au cœur duquel se trouve Jane. Parce qu’il ne peut pas vous raconter tout ce qu’il a ressenti en lisant ce livre, Federico veut au moins partager avec vous son coup de cœur pour cette héroïne.

Jane Eyre est un personnage d’une grande modernité comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Entière, intelligente, passionnée, humble, droite dans ses principes, elle pose sur le monde un regard aiguisé, parfois tranchant mais aussi plein d’affection, d’amour. Ce même amour dont elle a manqué et qu’elle va successivement chercher et fuir. Si Federico s’est senti aussi impliqué dans le destin de Jane, s’il a partagé la moindre des ses émotions c’est grâce à la virtuosité de l’auteur. En effet, Charlotte Brontë nous fait partager les pensées de son héroïne avec une grande maîtrise et beaucoup d’empathie. Pour notre ami lapin, il a donc été impossible de rester insensible aux sentiments de Jane, qu’elle soit en colère, en proie au doute, au comble du bonheur ou plongée dans le plus profond des désespoirs.

Pour finir cette critique, voici un nouveau conseil de votre envoyé spécial en direct de son terrier : lisez Jane Eyre. C’est un voyage dans l’œil du plus passionnant des cyclones : la lutte de la passion amoureuse et de la raison, ponctuée d’une touche de suspens gothique et de rebondissements bien choisis. Et en plus, ça se passe dans l’Angleterre sauvage du XIXe siècle. Quoi de plus propice à la rêverie que ses landes et ses collines ?

Jane Eyre, Charlotte Brontë, à lire dans plein d’éditions. Un conseil de lapin : si vous achetez la version Pocket, ne lisez pas la 4e de couverture… Spoiler !!