La Pastèque

Vous n’en croyez pas vos oreilles, la communauté des lapins non plus… voici le 100e article de Federico sabe leer ! Pour fêter dignement cet événement monumental, votre lecteur poilu préféré a la joie de vous raconter un chouia sa vie ! En partance au Québec pour quelques mois, Federico va vous parler de ces trouvailles littéraires et lapines qui pullulent ici, de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour sa première chronique, notre ami lapin a décidé de vous parler non pas d’un seul et unique livre, mais d’une maison d’édition québécoise de bande dessinée, il s’agit de La Pastèque. Ses livres sont de beaux objets, on y sent le soin infini qui a été mis dans chaque projet d’édition. Ainsi, le catalogue de la maison regorge de perles et de curiosités où l’on aimerait avoir le temps d’aller fourrer ses moustaches. Federico a donc toutes les peines du monde à faire une sélection des titres et des auteurs qu’il apprécie le plus et espère de tout cœur qu’il réussira à vous donner l’envie d’aller voir par vous-même ce qu’il y a de chouette chez La Pastèque.

Macanudo

Une des premières découvertes de Federico chez La Pastèque fut celle de la traduction en français des strips de l’auteur argentin Liniers. La série Macanudo parait chaque jour dans le quotidien La Nacion, et trois tomes sont parus à ce jour chez l’éditeur québécois.

Au fil des cases, le lecteur de Macanudo se familiarise avec la rêveuse Madariaga, petite fille et grande lectrice, et de son chat Fellini, avec Z-25 le robot sensible qui pourrait parvenir à vous faire pleurer, avec une pléthore de pingouins et de lutins qui s’amusent comme des petits fous mais toujours avec un flegme assuré (sans compter une vache cinéphile, des olives, et que sais-il encore…).

En quelques mots, Macanudo c’est de la finesse, du burlesque et de l’optimisme. À lire sans prise de tête, le cœur et l’esprit ouvert !

Les éditeurs de La Pastèque parviennent à mettre davantage de mots sur le travail de Liniers, Federico invite donc les lecteurs dont la curiosité a été titillée à aller les lire sur leur site.

Valentin

Vous aimez les chats ? Eh bien ce n’est pas forcément nécessaire pour aimez Valentin. Car si Valentin est le nom d’un bon gros matou câlin, il est aussi l’élément perturbateur de l’histoire car il vient carrément chambouler la vie d’un couple !

C’est donc l’histoire de Stéphanie, montréalaise, la trentaine, qui tombe en amour avec ce chat si adorable et affectueux. Le problème, c’est que son chum (son mec) est terriblement allergique à ces bêbêtes. Il pose un ultimatum à sa blonde (sa meuf) : c’est Valentin, ou lui ! Qui Stéphanie va-t-elle choisir ? L’histoire, entre drame et comédie, se joue avec naturel sur un ton humoristique inattendu. Le trait fin du dessin associé à de très jolies couleurs aquarelles nous permettent de suivre avec délice les saisons qui se succèdent dans la ville québécoise ; ils allument l’espace urbain où l’on aimerait prendre une marche avec les personnages.

Avec cette bande dessinée, Federico a découvert l’auteur québécois Pascal Girard. Chez La Pastèque, vous pouvez lire de cet auteur Paresse, une série de strips autobiographiques plein d’auto-dérision et de réflexions quotidiennes, ainsi que Jimmy et le Bigfoot.

Paul à la pêche

Pour finir cette courte sélection, Federico ne peut passer à côté de la série Paul, véritable succès littéraire au Québec et à l’international. L’auteur québécois Michel Rabagliati vient de publier le sixième opus de son héros et alter ego de papier, Paul au parc, déjà en tête des ventes au Québec.

Que dire, sinon que Paul est une série à la fois moderne et classique. En noir et blanc, les dessins font penser au style atome des années 1950 et il est impossible de ne pas penser à Tintin et la ligne claire (Rabagliati est un grand fan de bande dessinée, notamment de Hergé). Mais l’auteur a un trait et une voix bien à lui : ses personnages attachants évoluent avec force sous nos yeux et ses décors sont étonnamment détaillés. Certes profondément ancrés dans la culture et le quotidien québécois (et la langue !), les livres traitent de thèmes universels avec tact et émotion. Eh puis, comment ne pas aimer ce brave Paul ?

Federico a choisi Paul à la pêche (mais toute la série est à dévorer !). On y parle de pêche, bien entendu, mais l’écologie n’est pas très loin… On y parle aussi d’usines qui se robotisent et délocalisent, et d’assistanat social. On y parle aussi du désir de maternité de Paul et Lucie, et des coups durs éprouvants qu’ils encaissent avant d’être enfin parents… Coudon ! Si vous n’avez pas les larmes aux yeux avec cette histoire-là, en quoi êtes-vous fait ?

Federico aime l’hypertexte, voici de quoi vous informer et vous donner envie de lire les aventures de Paul :

– d’un point de vue québécois.

– d’un point de vue français.

Régalez-vous !

Liniers, Macanudo, La Pastèque, 2008, 96 pages

Yves Pelletier et Pascal Girard, Valentin, La Pastèque, 2010, 136 pages

Michel Rabagliati, Paul à la pêche, La Pastèque, 2006, 208 pages

Bludzee

Peut-être vous a-t-il déjà fait de l’œil chez votre libraire, Federico vous présente Bludzee, un chat noir avec de grands yeux bleus seul dans un appartement rempli de plantes vertes (vertes et d’autres couleurs aussi).

S’il est abandonné par son maître, Bludzee n’en a que faire et continue sa vie pépère, mais bientôt les croquettes viendront à manquer. Par contre, ce qui ne manquera pas, ce sont les ennuis et autres éléments perturbateurs : un chien impoli, un voisin trop gourmand, un géant méchant poisson vert, pleins de tueurs à gages et des policiers aussi. Bludzee aura l’occasion de surfer sur le net, il découvrira une machine à améliorer mais qui rend bête, et se fera des amis, mégalomanes et meurtriers certes, mais des amis quand même.

Cette petite-grosse bande dessinée est jubilatoire et drôle, très drôle. Les aventures trépidantes et saugrenues du chaton tiennent un rythme effréné sans cesse renouvelé par l’imagination que l’on connait de la part de Lewis Trondheim.

Lewis Trondheim, Bludzee, Delcourt, 2010, 25 €


Kaspar, le chat du grand hôtel

Un livre de Michael Morpurgo, illustré par Michael Foreman.

3 carottes

Ce livre est adressé à des enfants qui ont une dizaine d’années, mais Federico – qui a su garder son âme de lapereau – a beaucoup aimé cette jolie histoire pleine d’espoir.

kasparL’intrigue est assez classique : en 1912, à Londres, le petit Johnny est groom au prestigieux hôtel Savoy. Ce jeune orphelin vaguement persécuté par l’intendante (classique) retrouve chez une grande et belle et aimable cantatrice et qui chante bien et qu… enfin, il retrouve chez elle la figure maternelle tant rêvée (classique). Il va aussi faire la connaissance du chat de la cantatrice, Kasapar, qui n’est autre que le prince des chats : élégant, hautain, super chiant avec la bouffe et en même temps super sympa quand il veut… Bref, THE matou. A la fin il ne sauve pas le monde (ça c’est le job des chiens, dans la vrai vie les chats regardent le monde s’effondrer avec un air supérieur) mais il va avoir une grande influence sur la vie de Johnny et l’accompagner dans une grande aventure.

On ne vous dira pas pourquoi ni comment, parce qu’il faut ménager le suspens, mais il se trouve que le destin des personnages va être intimement lié à la tragédie du Titanic. A cette occasion, l’auteur nous offre un nouveau regard sur la catastrophe. Le naufrage y est très bien relaté (et Federico, il en connaît un rayon sur le Titanic !)et les différents ingrédients sont très bien dosés : une bonne louche de vérité historique, une pointe d’héroïsme, une cuillerée de suspens, une touche de drame (les victimes sont évoquées avec beaucoup de justesse), le tout saupoudré d’espoir.

Seul bémol, du seulement à la grande expérience de lecteur de Federico : le texte étant adressé à des enfants, notre ami lapin a regretté le style ultra classique de l’écriture, mais franchement, tout le monde s’en fout.

En somme, un très bel ouvrage, dans tous les sens du terme : les superbes illustration de Michael Foreman accompagnent avec douceur le texte de Michael Morpurgo. Fait péter les carottes !

Kaspar, le chat du grand hôtel, Michael Morpurgo, Paris, Gallimard, 16 septembre 2009, 208 p., 12 € 50