La tresse

Un roman de Laetitia Colombani.

2 carottes

Ce roman est celui de trois femmes : Smita, Giulia et Sarah. Pourtant, jamais elle ne se rencontrent, chacune reste dans son pays et son milieu respectif : la caste des intouchables en Inde, une entreprise familale de perruques en Sicile et un cabinet d’avocats canadien. Le titre nous sert la métaphore qui correspond à ce livre sur un plateau : trois mèches de cheveux qui font partie d’un tout.

la tresseLa première, Smita, refuse que sa fille connaisse le même sort qu’elle, c’est-à-dire vider les latrines des autres. Cette tâche pour le moins infamante est en effet réservée aux intouchables en Inde. En plus d’exercer un boulot de merde (oui, c’était facile), Smita doit subir en permanence le mépris de ceux qui la paient une misère pour le travail qu’elle accomplit. Malgré un mari fataliste qui a baissé les bras depuis longtemps et la menace de représailles contre les intouchables qui essaient de fuir leur condition, Smita décide de tenter le tout pour le tout pour épargner à sa fille de vivre le même calvaire qu’elle.

La deuxième, Giulia voit son univers s’effondrer lorsque son père sombre dans le coma suite à un accident. Elle doit alors reprendre la fabrique de perruques familiale et découvre bien vite la situation financière catastrophique de l’entreprise. Comment va-t-elle sauver la fabrique et les femmes qui y travaillent sans lui faire perdre son âme ?

La troisième voix du livre est une femme hyper active. À quarante ans, Sarah travaille au sein d’un très prestigieux cabinet d’avocat. Divorcée, mère de deux enfants, elle sait que sa vie de famille a été sacrifiée au profit de sa carrière mais rien ne pourra l’arrêter dans sa course vers le sommet. Rien, évidemment, sauf la maladie qui va la frapper de plein fouet.

Laetitia Colombani entrecroise les parcours de ces trois femmes qui ont un point commun : leur combativité face aux difficultés. Toutes refusent de se laisser abattre, d’accepter sans rien faire les injustices, les crises, l’intolérance et j’en passe. Leur lutte est touchante, même si Federico s’est plus passionné pour Smita, dont l’énergie et la colère sont communicatives. Ce roman se lit très facilement, l’écriture est fluide et le phrasé bien tourné. Et en prime, les histoires qui sont racontées sont avant tout des récits de résilience, pleines d’énergie positive. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire le bestseller qu’il est devenu rapidement. Cependant, aux yeux de votre impitoyable chroniqueur, les femmes de ce roman auraient mérité le double de pages afin d’étoffer leur histoire. Federico s’est senti investi dans leurs luttes et aurait donc aimé avoir plus de détails sur leur vie, leur environnement. Le ton est très léger et on passe très vite sur certains aspects, là où notre ami lapin aurait souhaité s’attarder. Au final, La tresse manque un peu de substance, de réalisme. C’est une jolie histoire, mais peut-être trop jolie pour sembler vraie.

Laetitia Colombani, La tresse, Grasset, mai 2017, 224 p.

Et un grand merci à Lucie pour avoir illustré cet article avec ses jolis cheveux !

La fiancée américaine

Un roman d’Éric Dupont.

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Federico va enfin vous parler de ce pavé formidablement cool qu’est La fiancée américaine.

Cela lui a pris du temps avant de se lancer, car il ne savait pas comment mettre des mots sur cette lecture. De toute façon, il sera plus juste de se faire une idée de ce roman en le lisant. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, qui est étrangement à côté de la plaque !

La fiancée américaine est un roman comme Federico les aime : des histoires en veux-tu en voilà, qui amusent, indignent, attristent, questionnent, émeuvent le lecteur, mais aussi des personnages pas piqués des vers qui évitent les stéréotypes, des pérégrinations de par le globe qui font voyager dans la tête, et enfin un style d’écriture solide couplé à un plaisir de la langue évident de la part de l’auteur.

la fiancée américaineEn gros, La fiancée américaine parle des descendants successifs de Madeleine l’américaine, une cousine éloignée que l’on a fait venir des États-Unis en 1918 pour épouser le jeune Louis-Benjamin Lamontagne dans le village québécois de Rivière-du-Loup (à cause qu’elle s’appelait Madeleine, parce que dans la famille on n’épouse que des Madeleine, c’est comme ça). Mais cette fiancée yankee n’est la vedette que du premier chapitre de ces 750 pages, et c’est davantage les générations suivantes dont l’on va suivre les pas : son fils, Louis Lamontagne, homme-fort surnommé le Cheval Lamontagne ; sa petite-fille Madeleine, aux sentiments insondables et l’ambition implacable ; et ses deux-arrières petits-fils, Gabriel et Michel, qui vont s’envoyer des lettres entre Rome et Berlin pendant un bon quart du bouquin. Ajoutons-leur Madeleine la « Mére », qui va traverser le siècle avec la fidèle sœur Marie-de-l’Eucharistie, ainsi qu’une Magdalena allemande et une touchante Solange, la petite voisine qui va se faire ombre des Lamontagne.

Truffé d’univers variés, La fiancée américaine a fait trembler notre ami lapin sous les remous tragiques de la débâcle allemande de 1945, transpirer au rythme de cours de gym musclés à Toronto et vibrer sous la mélodie persistante de l’opéra fellinien Tosca. Cette lecture se rappelle à lui comme un chemin pavé de petites croix en pendentif, de flèches perdues dans les nuages et de rumeurs qui montent et descendent allégrement la rue principale d’une petite bourgade au bord du fleuve.

Ouais, c’est pas très clair… parce qu’il faut lire le livre !

Vous l’aurez compris, tout s’éparpille à droite à gauche. Federico s’est trouvé face à un gigantesque puzzle dont il connait toutes les pièces mais qu’il aurait bien du mal à assembler parfaitement. À la fin, l’œuvre est belle et ressemble à quelque chose de tangible, foisonnant et furieusement sympatoche. De sacrées bonnes histoires lui ont été contées là !

Éric Dupont, La Fiancée américaine, Marchand de feuilles, 2012, 748 pages

La femme qui fuit

Un roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

3 carottes

Dans la petite tête de Federico, La femme qui fuit a ouvert la porte à une flopée de profondes réflexions ; on peut même dire que cette lecture l’a un peu secoué.

Car quel mystère que cette femme, Suzanne Meloche, ontarienne francophone, qui a abandonné tour à tour ses parents et ses frères et sœurs, son époux et ses jeunes enfants… une femme qui a constamment passé sa vie à fuir ?

la femme qui fuitLa femme qui fuit est tissé des bribes éparses que l’auteure a pu retrouver sur la vie tumultueuse de sa grand-mère insaisissable. Anaïs Barbeau-Lavalette a dû engager une détective privée pour enquêter ; et, peu à peu, son histoire, son enfance, ses errances se sont dévoilées à elle.

D’abord dérouté par le ton et tiraillé par ses suspicions envers la véracité de chaque faits et gestes rapportés, imaginés sûrement, Federico a vite été pris au jeu du passionnant, singulier et dramatique destin que cette femme s’est construit.

Suzanne Meloche passe une enfance rude et frustrée pendant la Grande dépression, entre son père honteux d’avoir perdu son poste d’instituteur et d’être réduit à cueillir des pissenlits pour quelques sous, et sa mère sévère et épuisée qui ne compte plus les enfants qu’elle met au monde. Lorsqu’à 18 ans Suzanne part étudier à Montréal, elle fait des adieux succincts à ses parents, ses frères et ses sœurs qu’elle ne reverra pour ainsi dire jamais. Dans la métropole québécoise, elle joint un groupe de jeunes intellectuels et artistes de l’automatisme qui signeront le manifeste du Refus global en 1948. Elle s’essaie à la peinture et à la poésie, épouse le jeune peintre et ébéniste Marcel Barbeau, avec qui elle aura deux enfants ; elle reste au foyer, ils vivent pauvrement. Puis elle part, les abandonne tous les trois. Elle part en Gaspésie, puis Bruxelles, l’Angleterre, New York et les États-Unis où elle se joint à la cause des Noirs dans les états du Sud. Amants et amantes s’enchaînent au fil des ans. Elle revient un temps à Montréal, puis à Ottawa où, femme âgée, elle recevra pendant quelques minutes la visite impromptue et douloureuse de sa fille et sa petite-fille qui l’auront retrouvée.

Pendant sa lecture, notre ami lapin était en proie à d’intenses questionnements sur la construction du rôle social de la femme, la maternité comme accomplissement féminin, le choc des personnalités et la confrontation des êtres, les conséquences de l’abandon parental, le combat entre nos envies et nos choix dans le fil de notre quotidien et comment ils construisent notre existence…

Rien de moins.

Il est difficile de dire ce que Federico a véritablement ressenti en lisant La femme qui fuit : un mélange d’émerveillement, d’incompréhension et de jugement devant l’effronterie de cette femme envers les devoirs que la société lui assigne, sa faiblesse et son irresponsabilité, sa personnalité indépendante et froide, difficile à cerner, déroutante. Federico a été dérouté.

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, Marchand de feuilles, 2015, 464 pages

Federico au Québec : jours 9 et 10

Voici la troisième et dernière partie des aventures de Federico au Canada. Cet épisode s’est fait attendre, mais soyez indulgent avec notre ami lapin : entre temps, il est rentré chez lui, est retourné travailler et a enchaîné les lessives, tout ça alors que son lit et sa couette lui tendaient les bras. Heureusement, il s’est fait violence et a décidé de ne pas vous faire languir plus longtemps ! Suivez ses pas au cours de ses dernières promenades montréalaises.

IMGP3104Jour 9 : sérieusement, de la pluie ?!

Hé oui, Federico est parti au Canada pour tâter de la poudreuse et humer le bon froid sec mais en rentrant de Québec City, c’est de la neige fondue qui l’attend. C’est comme de la pluie mais en plus froid, autant dire que ça ne donne pas très envie de s’attarder dehors ! Notre courageux ami fait néanmoins une respectable promenade dans le Quartier Latin, haut lieu de la créativité montréalaise. Après une halte à la BAnQ, alias Bibliothèque et Archives nationales du Québec (on ne se refait pas), Federico continue son après-midi sur le thème de la littérature. En effet, il profite du mauvais temps pour se réfugier au Musée Pointe-À-Callière, consacré à l’archéologie et à l’histoire de Montréal. Ce qui l’intéresse dans ce musée, c’est l’exposition dédiée à Agatha Christie. L’auteure anglaise y a en effet toute sa place car elle a suivi son archéologue de mari sur de nombreux sites de fouilles et y a puisé l’inspiration pour ses romans.

Jour 10 : Federico, ce trappeur

IMGP3111Le soleil étant de retour, Federico décide d’aller profiter de la nature au parc Jean-Drapeau. Situé sur l’île Sainte-Hélène, ce parc garde les traces des aménagements faits lors de l’Exposition Universelle de 1967 et accueille de nombreuses manifestations. C’est donc un endroit paisible où il est agréable de se promener… sauf une semaine après la dernière chute de neige, quand celle-ci s’est accumulée sur les chemins piétonniers et transformée en verglas sur les voies carrossable. En arrivant dans le parc, Federico constate que sa progression va être légèrement compliquée. Mais avec un peu d’imagination, notre ami lapin transforme sa petite expédition en une véritable aventure !

Après avoir mis l’étanchéité de ses bottes à l’épreuve, Federico se rend à nouveau au Musée des Beaux-Arts afin de visiter une exposition consacrée au Groupe de Beaver Hall, groupe de peintres des années 1920, qui ont fait souffler un vent de modernité et de féminisme sur la ville. Passionnant !

Derniers jours : cocooning…

Les activités ne manquent pas à Montréal en hiver, Federico vous l’a démontré dans ces trois derniers articles. Notre ami lapin est loin d’avoir fait le tour de cette étonnante ville et la campagne québécoise attend encore sa visite. Mais pour ses derniers jours de vacances canadiennes, Federico a pris l’option plaid et canapé, parce qu’il n’y a pas que les monuments dans la vie. Nous ne vous montrerons pas de photos de Federico étalé devant un film historique ou faisant des poêlées de patates, veuillez nous excuser. En même temps, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble, venez donc passer un week-end dans le terrier de Federico !

En attendant qu’il se remette pleinement de ses émotions, votre serviteur vous remercie de l’avoir suivi dans ce voyage et vous dit à très bientôt pour de nouvelles péripéties !

Federico au Québec : jour 3, 4 et 5

Les aventures de Federico continuent ! Le « décalcage » horaire et le rhume n’ont pas empêché notre ami lapin de profiter de la belle ville de Montréal. Résumé des derniers jours (avec encore une fois la carte et les photos en cliquant sur les miniatures !)

IMGP2805Jour 3 : dans le pâté.

Mercredi, votre chroniqueur décide de se reposer un peu, parce que n’oublions pas qu’il est en vacances et qu’il peut se permettre une journée off. De plus, il fait très froid et le vent souffle fort, il fait -16° C, ressenti -27° C. Federico se contente donc d’une petite promenade dans le pâté de maison où il réside, déambulant dans les rues De Lorimier, Beaubien et autour du parc Père-Marquette. Il ne prend qu’une photo, la voici.

Jour 4 : papilles et musée.

IMGP2806Jeudi, Federico se frotte aux spécialités culinaires locales. Il commence dès midi en allant dîner au St-Viateur Bagel & Café de l’avenue du Mont-Royal. Au menu, un bagel classique avec saumon et fromage frais. Le bagel est très bon mais la garniture est assez fade, à moins que le rhume n’obstrue les papilles de notre ami lapin ? Après ce bon repas, il descend l’avenue Christophe-Colomb et va se balader dans le parc La Fontaine. Celui-ci est totalement recouvert de neige (ailleurs dans la ville, elle a bien fondu sur les routes et trottoirs) et pour Federico qui n’est pas habitué à ce genre de paysage, c’est tout simplement magique. Le lac gelé accueille les patineurs et les écureuils font les fous dans les arbres. Notre ami lapin passerait bien son après-midi ici mais il a d’autres projets. Il reprend un métro qui le conduit en centre-ville, près du Musée des Beaux-Arts. La visite commence avec une section Arts décoratifs qui plaît beaucoup à Federico : dans une explosion de couleurs et de formes, les œuvres se dévoilent. Si le reste du musée l’emballe moins, l’aménagement des œuvres et leur mise en valeur sont très réussis et en fait un lieu vivant où il est très agréable de déambuler. Après un aussi riche après-midi, Federico s’attaque au monument culinaire du cru : la poutine. Des patates, du fromage, de la sauce : ça cale !

Jour 5 : des vieilleries.

IMGP2855Le Vieux-Montréal est un quartier emblématique de la ville : c’est ici que s’est écrit son histoire depuis l’arrivée des colons européens. Federico est donc très curieux d’aller à sa découverte. Ses pas l’entraînent dans un premier temps sur la promenade du Vieux-Port depuis laquelle il peut admirer le fleuve Saint-Laurent, le pont Champlain et l’île Sainte-Hélène. Dans le port de plaisance quasiment vide, deux bateaux sont pris dans les glaces. Federico s’attarde sur le quai de l’Horloge puis décide d’entrer dans le vif du sujet. Il débarque dans la vieille ville par Le château Ramezay, qui a été transformé en un musée relatant l’histoire de la Nouvelle-France. Malgré les louanges unanimes des guides touristiques, la visite ennuie copieusement Federico et il en ressort un peu assommé. C’est peut-être pour cette raison que le Vieux-Montréal n’arrive pas à le séduire. Beaucoup de boutiques sont fermées et toute la zone autour de la Basilique Notre-Dame de Montréal est bouclée pour cause… d’hommage au défunt mari de Céline Dion. Federico a très envie de se poser dans un endroit chaud pour boire et manger des choses sucrées. Qu’à cela ne tienne, il reprend le métro vers le plateau du Mont-Royal, direction St-Viateur Bagel & Café !

Federico au Québec : jours 1 et 2

Bonjour les amis ! Vous pensiez que Federico vous avait oublié et qu’il n’allait finalement pas vous raconter ses trépidantes aventures en Amérique du Nord ? Pas du tout, il avait juste oublié son mot de passe WordPress. Le décalage horaire… même Federico en est victime !

Ce problème étant résolu (celui du mot de passe, pas celui du décalage horaire), Federico peut à présent vous faire partager ses découvertes. À travers les albums photos en ligne (cliquez sur les photos !) et une carte de Montréal, suivez les traces de notre ami lapin durant ses deux premiers jours d’exploration.

IMGP2767Jour 1 : Federico fait du magasinage !

Pour commencer la semaine de la bonne patte, Federico sacrifie à une coutume nord américaine qui commence à envahir l’Europe : le brunch. Direction Chez Régine, un très sympathique café dans lequel notre ami lapin se régale d’un déjeuner des plus copieux (c’est-à-dire le petit-déjeuner). Il se rend ensuite au marché Jean-Talon pour faire le plein de bons légumes et de sirop d’érable ! Dehors, la neige tombe en continu et maintient la ville sous un manteau tout blanc qui n’en fini pas d’émouvoir Federico. Cette journée se termine par une déambulation dans le quartier du Plateau Mont-Royal et dans l’avenue du même nom, très commerçante.

Jour 2 : un peu d’architecture !

IMGP2786Les effets du décalage horaire se faisant sentir sur les petits yeux fatigués de notre ami lapin, celui-ci décide d’y aller mollo et ne commence son exploration montréalaise qu’après le dîner (le déjeuner des français, vous suivez ?). Cela ne l’empêche pas de faire une bonne promenade dans le centre-ville, entre les rues Sainte-Catherine, Peel et University. Le nez en l’air, Federico admire tours de verre et immeubles de la fin du XIXe entre lesquels viennent se glisser des églises. La balade est très dépaysante car les architectures qui se dévoilent sous les yeux de Federico sont très typiquement américaines ! Le froid étant particulièrement mordant, notre ami lapin en profite pour découvrir les galeries souterraines dont on lui a tant parlé. Si le chauffage et les toilettes sont un intérêt non négligeable de ces places, cela reste néanmoins un enchaînement de centres commerciaux pour chaînes internationales de vêtements et d’alimentation, ce qui ne passionne pas vraiment votre chroniqueur. La journée de Federico se termine devant un saladier de ramens (oui, un saladier) chez Lan Zhou, dans le quartier chinois de la ville.

P. S. : Pour que les légendes des photos s’affichent sur Picasa, cliquez sur l’icône Infos.

Ru

Un roman de Kim Thúy.

3 carottes

Dans les classiques de la littérature contemporaine québécoise, il y a Putain, qui n’a pas séduit Federico, et il y a Ru, qui l’a au contraire charmé !

Notre ami lapin ne connaissait pas ce mot : un ru, c’est un petit ruisseau. Il ne connaissait aussi que vaguement la tragédie des boat people. Le témoignage de Kim Thúy vient y mettre des images fortes et limpides, avec des mots justes minutieusement choisis, et des chapitres courts qui transitent de l’un à l’autre avec finesse. Comme un ru peut-être.

IMG_0092Kim Thúy est la fille d’une famille aisée de Saïgon, au Sud Viêt Nam ; les troupes communistes du Nord Viêt Nam envahissent la ville en 1975. Après quelques années de cohabitation difficile, ses parents décident de prendre la fuite sur des bateaux de fortune surchargés affrétés par les passeurs. La dangereuse traversée restera indélébile dans l’esprit de la jeune fille alors âgée de 10 ans. Par la suite, c’est dans un camp malaisien que les boat people (comme les appellent les médias occidentaux) survivront tant bien que mal avant d’être accueillis en tant que réfugiés, au Québec notamment.

Il semble à notre ami lapin qu’aucun conflit identitaire ne bouscule l’auteure : vietnamienne d’origine, québécoise d’adoption, exilée assumée. Sûre d’elle, riche de sa double culture, elle semble avoir pleinement maîtrisé le traumatisme vécu pendant son enfance et fait preuve d’une émouvante nostalgie non seulement de sa terre natale, où elle retourna d’ailleurs vivre pendant trois ans une fois adulte, mais aussi des premiers temps de l’arrivée de sa famille dans la campagne québécoise.

En parallèle au ru, Federico comparerait ce texte à un merveilleux tissage, constitué d’un camaïeu de fils de couleurs reconstituant la fresque de la tragédie familiale. Les images, les sons et les odeurs fourmillent dans les souvenirs de l’auteure, et nous donnent le privilège d’entrapercevoir la richesse de son histoire personnelle.

Une courte, émouvante et belle lecture ; malgré son sujet dur et sa tristesse, Ru nous fournit une bonne dose de tendre sagesse, ce qui nous fait tant de bien ces temps-ci…

Kim Thúy, Ru, Libre Expression, 2009, 152 pages

Bad Girl. Classes de littérature

Un roman de Nancy Huston.

3 carottes

Quel plaisir de retrouver Nancy Huston ! Son roman Lignes de faille avait vraiment bousculé notre ami lapin il y a quelques années, et il était pressé d’avoir le temps de mettre son museau dans son dernier né, Bad Girl.

Pour Federico, il est impossible de ne pas être captivé par la prose de Nancy Huston. Bon, même s’il ne s’agit là que de sa deuxième incursion dans sa bibliographie, il est tout autant époustoufflé par la puissance de ses textes. Ce qui est fou avec Nancy, c’est que sa langue maternelle est l’anglais mais qu’elle écrit en français, ou bien traduit elle-même ses œuvres.

IMG_0070Bref, il en sort une véritable voix chantante et incroyablement riche, Federico kiffe ! En plus, il adore qu’on lui raconte des histoires, et l’auteure est bonne conteuse et fine psychologue. Ses sujets de prédilection semblent être les histoires de famille et la transmission entre générations, c’est ce que Federico avait adoré dans Lignes de faille.

Et là, dans Bad Girl, elle applique cette recette à sa propre vie, son propre passé familial. Elle cause donc de son père Kenneth et de sa mère Alison, un couple qui ne fera pas long feu, de sa tripotée d’aïeuls, parfois dérangés et souvent pauvres, venus des quatre coins du Canada. Elle-même bougera beaucoup dans son pays natal et aux États-Unis, jusqu’à s’exiler à Paris où elle vit depuis 30 ans.

L’auteure fait des membres de sa famille des personnages hauts en couleur, entremêle son récit d’anecdotes et pensées diverses, met en perspective les choses passées avec les faits présents, tisse page après page sa propre tragédie familiale… C’est fort, c’est passionnant, c’est délicieux !

Nancy Huston, Bad Girl. Classes de littérature, Actes Sud, 2014, 265 pages

Nikolski

Un roman de Nicolas Dickner.

Notre ami lapin a eu un véritable coup de cœur pour ce roman qu’il a dévoré en très peu de temps ! Paru chez un petit éditeur indépendant, ce livre est un best-seller couronné de nombreux prix au Québec et à l’étranger. Federico ne pouvait donc pas le mettre de côté dans sa découverte de la littérature québécoise contemporaine, et il a eu bien raison.

Nikolski, c’est un livre plein de vie, de mots et de voyages. Un livre comme il se doit, en somme.

Nikolski est donc un livre que l’on lit avec grand plaisir, et ce dès les premières pages. D’emblée, les histoires des divers personnages nous sautent à la figure avec entrain et joie de vivre ; on découvre avec délectation les petites et grandes aventures des héros, à la fois très communs et hors du commun…

Entre autres, c’est l’histoire de Noah, de Joyce et celle d’un narrateur sans nom. Chacun de leur côté, ces jeunes gens (autour de la vingtaine) entament leur premier grand voyage, celui de l’autonomie, dans la ville de Montréal. Noah quitte sa mère qui parcourt en roulotte depuis des années les prairies de l’Ouest canadien, Joyce laisse derrière elle le village isolé des îles du nord au parfum d’Acadie, quant au narrateur inconnu, il fait le ménage dans la maison familiale de la banlieue de la métropole après le décès de sa mère. Le roman vous fait donc pas mal voyager dans les paysages canadiens, de Sept-Île à Vancouver, et avec un crochet par l’Amérique du Sud…

Petite note : Nikolski, c’est le nom d’un village sur une minuscule île au large de l’Alaska. Pour savoir ce qu’il fait là, il faudra lire le livre bien sûr !

Si les trois héros ne le savent pas, le lecteur, lui, est dans la confidence : tous ces personnages sont liés, que ce soit par des liens familiaux ou par des objets incongrus comme un compas qui n’indique pas le nord ou un livre sans couverture… On a même droit à des récits de flibustiers, de civilisations amérindiennes, d’une poissonnerie, de l’archéologie des déchets et du fonctionnement des bureaux de poste… Non, ce n’est pas fouillis, c’est bien au contraire foisonnant d’inventivité et de grande ouverture sur le monde !

Federico vous incite très fortement à lire ce livre si vous avez besoin de vous détendre, de prendre le temps de vivre et vous laissez porter par des mots justes sur des histoires touchantes. Car le style de l’auteur est lui aussi un argument de poids pour vous décider : la maîtrise de l’écriture est si complète et sincère que la lecture n’en est que plus agréable et enivrante… On aimerait juste pouvoir se resservir à volonté !

Nikolski, Nicolas Dickner, Québec, éditions Alto, 2005, 328 pages (publié en France chez Denoël)

Nikolski est pas mal proche de l’esprit de cet autre livre, déjà adoré auparavant par votre serviteur lapin. Voilà une nouvelle raison d’aller le lire !