Petits secrets, grands mensonges

Un roman de Liane Moriarty, traduit de l’anglais (australie) par Béatrice Taupeau.

3 carottes

Liane Moriarty est une auteure Australienne qui a fait une entrée remarquée dans les librairies françaises grâce au Secret du Mari. Les lecteurs ont porté aux nues ce roman qui s’immisce dans les banlieues pavillonnaires proprettes et en gratte le vernis.

Elle récidive avec Petits secrets, grands mensonges, son deuxième roman traduit en France et premier que Federico a lu… en une journée !

petits secretsAprès Minnow, notre ami lapin se sentait orphelin d’un bon roman et une question l’obsédait : « que vais-je bien pouvoir lire maintenant ? ». Contemplant ses étagères pleines de livres très prometteurs (qui risquaient donc d’être proportionnellement décevants), il a jeté son dévolu sur Petits secrets, grands mensonges, par pure curiosité, sans grandes attentes. Quelle excellente initiative !

La quatrième de couverture et le premier chapitre affichent la couleur : au cours d’une soirée réunissant les parents d’élèves d’une banlieue chic de Sydney, un drame survient. Mais quoi ? Mais qui ? Mais comment ? Mais pourquoiiii ?

À partir de ce point, l’auteure détricote son histoire en repartant plusieurs mois avant l’événement. On fait alors la connaissance des trois héroïnes du livre. Jane, jeune mère célibataire qui manque cruellement de confiance en elle, vient de s’installer à Pirriwee avec son fils Ziggy. Elle va bientôt devenir amie avec Madeline, exubérante mère de famille recomposée et Céleste, beauté éthérée à qui tout semble réussir. Leurs enfants sont scolarisés dans la même école et va être le théâtre de nombreux drames. D’un chapitre à l’autre, elle conduit malicieusement le lecteur d’un secret à l’autre jusqu’à l’inéluctable dénouement vers lequel tout converge. Au fur et à mesure de sa lecture, Federico s’attachait à ces trois femmes, qui au premier abord semblent n’être que des purs produits de ce genre de banlieue huppée, bien sous tous rapports. Mais les failles qui se dévoilent et la façon dont elles font face aux épreuves passées et présentes sont toujours imprévisibles et ont tenu notre ami lapin totalement captif ! Par l’intermédiaire de ces trois femmes, Liane Moriarty aborde des sujets de société fort intéressants qu’il serait criminel de vous dévoiler ici mais sachez que Federico en a tiré une grande satisfaction !

La description de Pirriwee (qui est un lieu totalement fictif mais paradisiaque) est très réussie et a d’autant plus facilité l’immersion de votre chroniqueur dans l’ambiance de ce roman doux-amer, gorgé de suspens et de bons personnages.

Liane Moriarty, trad. Béatrice Taupeau, Petits secrets, grands mensonges, Albin Michel, septembre 2016, 475 p.

Tracks

Un livre de Robyn Davidson, traduit de l’anglais par Bernardine Cheviron-Poylo.

3 carottes

Tracks est le récit de Robyn Davidson qui, dans les années 1970, est partie avec quatre dromadaires et son chien pour traverser l’ouest de l’Australie, sans aucune expérience en la matière. Beaucoup de choses sont dites dans ce superbe livre qui retranscrit la fièvre de son auteure : les longs et éprouvants mois passés à Alice Springs avant d’acquérir ses dromadaires, la rencontre avec les aborigènes, les touristes envahissants qui veulent absolument photographier la « Camel Lady », le journaliste du National Geographic qui la suit sans relâche, etc.

Parmi tout cela, ce qui a le plus marqué Federico, c’est le désir de solitude de Robyn Davidson. La solitude non pas comme un moyen d’atteindre une forme de plénitude ou de connaissance de soi mais comme une fin. Robyn Davidson veut juste être tranquille avec ses animaux. Sa frustration est immense quand, incapable de financer son périple, elle se résigne à « vendre » son récit au National Geographic qui lui impose la présence occasionnelle d’un photographe. La jeune femme va beaucoup souffrir des intrusions du jeune homme, certes plein de bonnes intentions mais qui ne comprend pas vraiment le sens de son périple. Elle vit beaucoup mieux la présence d’un vieil aborigène qui lui sert de guide lors de la traversée de terres sacrées interdites à une femme seule. En traversant le désert Robyn Davidson ne voulait rien prouver, ni à elle-même, ni au monde, elle voulait juste que ce dernier et ses conventions étouffantes la laissent en paix.

robyn davidson by rick smolan - Tracks

Parce que Federico trouve la couverture du livre fort laide, il préfère mettre une photo de Rick Smolan qui, malgré son côté un peu boulet, est quand même devenu un ami de Robyn et a pris de sacrés beaux clichés, comme celui-ci qui représente notre aventurière et sa chienne Diggity.

Son périple n’est pas simple et Robyn Davidson traverse de nombreuses difficultés, fait face à quelques accidents plus ou moins graves et se sent parfois totalement découragée face à l’ampleur de la tâche. Elle sombre souvent dans un mélange de découragement et de frustration quand elle constate que son voyage ne correspond pas à ses attentes. À travers les pages de son livre, ce que Federico a ressenti comme étant les meilleurs moments du voyage sont ceux où elle déambule nue et sale (et fière de l’être), libérée de toute forme de savoir-vivre occidental, vivant au rythme de ses animaux.

La relation qu’elle noue avec ses dromadaires et celle la lie à sa fidèle chienne Diggity sont la plus simple et la plus solide des amitiés. Dit comme ça, on se croirait un peu dans un numéro particulièrement mièvre de 30 Millions d’amis, mais non, on est dans Tracks et c’est vachement mieux !

Si ce livre est arrivé jusqu’à Federico c’est grâce au cinéma, qui a eu la bonne idée d’adapter le récit de Robyn Davidson, entraînant ainsi sa réédition en France (avec une couverture trop moche). Après l’avoir lu, notre ami lapin s’est donc rué dans une salle obscure. À l’expérience pleine d’émotions de la lecture, il a donc ajouté la beauté des images animées. Il a ainsi découvert que les dromadaires font vraiment un bruit abominable, que l’Australie n’est pas faîte que de déserts oranges et que Mia Wasikowska (qui prête ses traits à Robyn Davidson) est une actrice extrêmement talentueuse.

Robyn Davidson, trad. Bernardine Cheviron-Poylo, Tracks, Stock, avril 2016, 270 p.

Les enfants sauvages

Un roman de Louis Nowra, traduit par Arnaud Baignot et Perrine Chambon, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

noté 4 sur 4

Voilà un roman qui a chamboulé notre ami lapin, à tel point qu’il lui a fallu des semaines avant de parvenir à mettre des mots sur cette lecture !

Mais voici les mots qu’il a trouvé : intense, sauvage, viande, mélancolie…

Avant, lorsqu’il entendait « enfant sauvage », Federico voyait tout de suite débouler Victor et le docteur Itard, Truffaut et même Gotlib. À cause de ses cours de philo. Désormais, notre ami lapin aura en tête la Tasmanie, les tigres, Hannah et Becky, et ce n’est pas plus mal.

© Denoël, 2014Au XIXe siècle, Hannah a 6 ans et vit en Tasmanie avec sa mère et son père qui passe de longs mois en mer sur un baleinier. Un jour, le voisin (qui n’habite pas non plus la porte à côté), veuf, part en vadrouille en leur laissant sa fille de 7 ans, Becky. La petite famille et son invitée partent en barque pique-niquer dans le bush. Une tempête se lève, la barque se retourne, les parents se noient, les fillettes se retrouvent complètement seules… Mais des yeux les observent, et c’est là qu’elles trouveront leur salut.

Pour survivre dans la nature, les fillettes vont tout simplement vivre comme les tigres qui les ont recueillies : marcher à quatre pattes, vivre la nuit, nues, chasser leur nourriture et la manger sur place, dormir au chaud dans la tanière, migrer avec les saisons… pendant quatre année, jusqu’à ce qu’on les retrouve. Mais sont-elles des petites filles ou bien des tigres ?

Si Federico est un rongeur de carotte, il n’en a pas moins ressenti le goût du sang dans les pages de ce bouquin : lorsque les fillettes se jettent sur leur proies qu’elles dévorent goulument, faisant fi des convenances, ce qui ne donne plus trop envie de manger du steack, même hâché. Le lien entre les deux enfants est également surprenant : de camarades de jeu, Becky devient plus qu’une sœur pour Hannah, un membre de sa meute. Quant aux tigres de Tasmanie, *point wikipédia* sachez que l’espèce est considérée comme éteinte depuis 1936, donc bonne chance pour survivre si un jour vous vous perdez dans le bush, ne comptez pas sur les diables de Tasmanie. Il est aussi question de baleines dans ce livre (pas encore décimées celles-ci), ainsi que de l’ambre gris, ce qui rajoute un goût de sel à celui du sang, un régal.

Mais surtout, l’histoire de Hannah et Becky nous ramène aux fondamentaux de la vie. On se demande pourquoi on se prend la tête avec le métro, les rolex et la béchamel, alors que vivre c’est avant tout manger ce qu’on trouve et dormir où on peut. L’histoire des fillettes est tellement puissante et en dehors de tous repères qu’elle n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, loin de là. Pour dire, avec ce livre, Federico a atteint des niveaux de questionnements comme « l’être humain est un animal comme les autres », « qu’est-ce que la vie ? », « dans quel état j’erre ? » (finalement la philo n’est pas très loin, nature/culture, toussa). Une réponse qui est certaine, c’est que Les enfants sauvages va y rester sur l’étagère de Federico !

Les enfants sauvages, Louis Nowra, Denoël, mars 2014, 176 pages

Sous la terre

Un roman de Courtney Collins, traduit par Erika Abrams.

noté 3 sur 4

Vous souvenez-vous de La Veuve ? Eh bien, il vous suffit de reprendre les même ingrédients et de transposer l’héroïne dans le bush australien, vous obtiendrez un synopsis assez fiable de Sous la terre.

©Buchet ChastelLe point de départ de l’histoire est donc sensiblement le même : une jeune femme mariée à un homme violent le tue et s’enfuit dans une nature aussi belle qu’hostile pour échapper à la justice. Cette fuite va la mener à côtoyer d’autres hors-la-loi.

Arrêtons là les comparaisons : il est temps de parler de ce livre pour ce qu’il est plutôt que de le regarder à travers le prisme d’une précédente lecture. Ce qui a le plus marqué Federico dans cet ouvrage c’est la narration, assuré par l’enfant nouveau-né de Jessie, l’héroïne. À ce détail près qu’il est mort et enterré : coincé entre la vie et la mort sous quelques centimètre de terre, c’est depuis ce monde qu’il ressent l’histoire de sa mère et de ses poursuivants. Ce parti pris audacieux, loin d’être glauque, donne une étonnante dimension au récit, entre la force brute du sol et la poésie des sensations. L’héroïne est une reprise de justice qui n’a rien d’un ange mais sa soif de liberté et son caractère franc ont séduit Federico.

Malgré le peu de descriptions que compte ce livre, on sort de la lecture avec le goût de poussière en souche et le martèlement des sabots en tête. On en sait peu sur les personnages mais cela contribue à les rendre insaisissables. Sous la terre est une belle histoire d’aventure et une magnifique ode à la liberté.

Courtney Collins, Sous la terre, Buchet Chastel, août 2013, 348 p.