Margaret Atwood

Pour Federico, l’année 2017 a été marquée par la découverte de Margaret Atwood. En fait, depuis plusieurs mois (voire, plusieurs ANNÉES !), Federico avait un livre de cet auteure bien au chaud dans sa bibliothèque : Le dernier homme.

Et bien, il ne l’a pas encore lu.

Voilà.

Ce qu’il a lu en revanche, c’est Œil-de-chat et La servante écarlate. Et franchement, c’est trop génial. Commençons par vous présenter Œil-de-chat.

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oeil de chatC’est un livre dans lequel il se passe peu de choses. Elaine, la cinquantaine, est artiste peintre. Elle revient à Toronto après des années d’absence à l’occasion d’une rétrospective. En déambulant dans la ville où elle a grandi, elle se remémore son enfance, son adolescence, la famille, les amies, les premiers amours. C’est particulièrement la relation avec Cordélia, amie abusivement autoritaire de son enfance et qui deviendra sa Némésis, qui est décrite dans toute sa complexité. Tels les étoiles qui nous éclairent la nuit d’une lumière émise il y a plusieurs millions d’années, les souvenirs évoqués aident à comprendre la femme qu’elle est aujourd’hui. Quand on découvre l’exposition consacrée à ses œuvres à la fin du livre, on y retrouve bon nombre des événements et des figures qui ont marqué Elaine de manière plus ou moins consciente.

Margaret Atwood possède un talent que Federico chérit par dessus tout : nous montrer que souvent dans la vie, ce qui compte ce sont les moments les plus banals. Le portrait qu’elle fait d’Elaine est fait de petites touches, de sensations, d’émotions ressenties. L’auteure n’a pas peur de la complexité de ses personnages et nous la présente avec précision et subtilité. C’est terriblement bien écrit et Federico a pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, de plus cela lui a ouvert une fenêtre sur le milieu artistique féminin de la deuxième moitié du XXe siècle.

Très bien disposé vis-à-vis de Margaret Atwood et intrigué par le phénomène télévisuel qu’a été l’adaptation en série télé de La Servante écarlate, Federico a décidé de poursuivre sa découverte de l’univers de l’auteure canadienne avec ce roman dystopique.

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Les États-Unis y sont une sorte de dictature chrétienne ultra-conservatrice dans laquelle, suite à une crise démographique, certaines femmes sont réduites en esclavage pour servir de reproductrices. Defred est l’une d’entre-elles et c’est son récit que nous lisons.

servante écarlateMargaret Atwood choisi de nous décrire cette société à travers le regard d’une femme qui n’a accès à aucune information. Par conséquent, le lecteur ne sait rien de l’organisation politique qui régit le pays, et n’en a un bref aperçu qu’à travers le « maître » de Defred, celui à qui elle doit donner un enfant et dont elle porte le nom (De-Fred). Le fait de ne rien savoir créé une sensation de vertige que l’auteure manie à merveille. Comme dans Œil-de-chat, le quotidien est raconté dans ses moindres détails et le cheminement des pensées de Defred, minutieusement retranscrit. Cela nous permet de voir la subtile évolution de cette héroïne qui n’a rien d’une révolutionnaire mais qui, d’une petite transgression à l’autre, va entrer en résistance. Discrètement, certes, mais cela n’en est pas moins passionnant. Federico ne pouvait pas lâcher ce roman génial, happé qu’il était par la richesse du récit, la grande qualité de l’écriture et la tension permanente.

Quand il voit la belle bibliographie de Margaret Attwood, votre chroniqueur ne peut que se réjouir : que d’heures de bonne lecture en perspective ! Quant au Dernier homme, il va devoir attendre son tour encore un peu car, actualité série oblige, c’est Captive qui s’impose comme la prochaine lecture atwoodienne de Federico !

Margaret Atwood, trad. Claire Malroux, Oeil-de-chat, Pavillons Poche Robert Laffont, février 2017, 688 p.

Margaret Atwood, trad. Sylviane Rue, La Servante Écarlate, Pavillons Poche Robert Laffont, 2015, 544 p.

La gifle

Un roman de Roxanne Bouchard.

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Les faits se déroulent en 1972, dans un village québécois bordant le fleuve Saint-Laurent où la communauté italienne a ses pénates. François Levasseur, anti-héros, n’est pas très fute-fute mais tout de même très ambitieux. Peintre sans génie et homme sans jugeotte, il s’imagine devenir un artiste mondialement connu et admiré, poussé dans cette idée par sa mamma, boulangère de son état et grande adepte de ses propres pâtisseries. Aussi étrange que cela paraisse, « Francesco » a du succès auprès des femmes… ou plutôt, disons que les personnes du sexe féminin ont de grandes facilités à obtenir ses faveurs, qu’il ne se retient pas de distribuer à tord et à travers, notamment auprès de ses modèles. D’ailleurs le mariage de l’une d’entre-elles approche, et la toile commandée à l’occasion par la mère de la mariée y sera dévoilée. Tous les éléments pour que l’inévitable se produise sont réunis, ça sent le roussi pour Francesco…

la_gifleCe texte drôle et pétillant a bien diverti notre ami lapin. Toutes ses italiennes qui s’agitent, occupent l’espace de leur beauté, leurs mouvements, leurs paroles, ces femmes qui ne vont pas se laisser faire, font vibrer les pages de ce tout petit roman dans lequel on se plonge avec aisance, avide de savoir QUI sera la gifleuse ? Honteux, Federico a trop facilement trouvé au fond de lui cette once de méchante impatience pour l’achèvement final et libérateur qui viendra punir l’effronté goujat.

Digne d’une pièce de théâtre, La gifle se joue à la fois de son héros et de son lecteur. Le ton moqueur de Roxanne Bouchard fait mouche, notamment dans les interludes façon « mode d’emploi » qui ponctuent les chapitres. L’auteure nous y donne les leçons essentielles (« Apparition de la gifle », « L’importance de réussir la gifle ») et les réflexions majeures sur le sujet (« Existe-t-il des giflantes naturelles ? »). Visiblement, l’auteure s’amuse, ça tombe bien, nous aussi !

En fait, Federico a été un peu surpris par le texte de La gifle, qui s’est révélé purement humoristique, alors que Whisky et paraboles, premier livre de Roxanne Bouchard qu’il avait lu il y a quelques années, avait un tout autre ton, empreint de tristesse et habité par la totale remise en question de l’héroïne. Une lecture qui lui avait plu, mais dont notre ami lapin avait eu du mal à retirer des clés suffisamment claires pour son esprit. En tout cas, La gifle vient chambouler le souvenir que Federico avait de cette auteure et en donne une toute nouvelle dimension !

La gifle, mode d’emploi, Roxanne Bouchard, Éditions Typo, 2016 (première édition en 2007 chez Coup de tête), 106 pages

Souvenirs retrouvés

Les mémoires de Kiki de Montparnasse.

noté 3 sur 4

Ah, Kiki, Kiki… Federico aime beaucoup Kiki, la fameuse reine de Montparnasse. Aussi, lorsqu’il a appris qu’elle avait écrit ses mémoires, il s’est rué chez le libraire d’à côté pour les y débusquer !

© José Corti, 2005Notre ami lapin avait découvert Kiki il y a quelques années avec la bande dessinée de Catel et Bocquet. On y suivait la vie de Kiki dans les grandes lignes, avec moultes anecdotes et rencontres artistiques. Mais quoi de mieux pour connaître un tel personnage que de lire ses mémoires ? Il y a un gouffre entre la perception extérieure que l’on a d’une personne, et son ressenti intérieur. La Kiki des Souvenirs retrouvés n’a pas l’air aussi délurée ni aussi dévergondée que ce que l’histoire veut retenir d’elle.

Kiki était avant tout une jeune femme optimiste et sentimentale, qui a véritablement galéré tout au long de sa vie pour se sortir de la misère. Bâtarde crottée de la campagne bourguignonne, Alice Prin débarque à Paris à 13 ans où elle ne suivra qu’une année de scolarité avant d’être mise au travail. Délaissée et mal aimée par sa mère, elle était vouée à la prostitution mais y échappa de justesse grâce à un de ses principes majeurs : l’amour ne se vend pas ! C’est grâce à son attirance pour les artistes fauchés qui peuplent les cafés de Montparnasse que Alice s’en sort, en devenant modèle et chanteuse de cabaret. En devenant Kiki.

C’est là la partie la plus passionnante de ses souvenirs : comment une jeune fille sans le sou peut se sortir de la misère parisienne des années 1910 ? Kiki nous raconte ses galères, la faim, le froid, mais aussi la quête assez drolatique de la perte de sa virginité ; son ton est toujours enjoué, malgré la tristesse de certains de ses propos. Car les difficultés de la vie ne sont jamais loin, après la belle vie des cabarets pendant les années 1920, Kiki devra affronter la drogue, son surpoids et son alcoolisme, mais aussi la perte de ses proches : sa mère, son amant, des amis…

Souvenirs retrouvés est agrémenté de photos (notamment de Man Ray, qui fut son compagnon) mais aussi de reproductions des toiles réalisées par Kiki, car le modèle s’essaya lui aussi à la peinture.

Sous la machine à écrire libre de Kiki, on découvre le Paris nocturne des années folles, entre misère de la rue et joyeuses festivités, entre excès et convivialité, pas si différent de celui d’aujourd’hui…

Souvenirs retrouvés, Kiki de Montparnasse, José Corti, 2005, 256 pages