Le parfum des fraises sauvages

Un roman d’Angela Thirkell, traduit de l’anglais par Florence Bertrand et Alice Bercker.

2 carottes

Le_parfum_des_fraises_sauvages__c1_largeLe Parfum Des Fraises Sauvages a été publié en 1934 et raconte l’été que passe la jeune et désargentée Mary Preston dans la grande propriété de ses cousins beaucoup plus fortunés. Si on ajoute à cette intrigue deux frères célibataires dont l’un est un séducteur patenté, des maîtres de maison fort excentriques et un majordome accro à son gong, vous avez là tous les ingrédients d’une délicieuse comédie romantique anglaise.

Ce n’est certainement pas le roman du siècle et on ne peut pas dire qu’il ait marqué Federico à vie (cela fait à peine quelques mois qu’il l’a lu et il avait tellement oublié l’histoire qu’il a du aller relire le résumé sur internet pour écrire le premier paragraphe !).

Néanmoins, notre ami lapin a passé un court et agréable moment de lecture avec ce livre qui a bien mérité la seconde jeunesse offerte par les éditions Charleston. Après le succès retentissant de la série Downton Abbey et la passion intacte que suscite encore Jane Austen, on ne peut nier que beaucoup de gens (dont Federico !) adorent se réfugier dans les jupons de châtelaines en tous genres, pourvu qu’elles soient mêlées à des intrigues romantiques et qu’elles résident dans une verdoyante propriété anglaise.

Tout dans le roman d’Angela Thrikell est charmant, même les personnages les plus bizarres, qui le sont juste assez pour nous faire rire sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue n’est ni très originale ni très fouillée mais elle est brodée de dialogues bien maîtrisés et plein d’humour. L’auteure ne se prend pas au sérieux et cela se ressent, notamment dans les nombreux passages consacrés aux atermoiements amoureux des personnages. Cette pointe d’ironie est l’élément clé du livre : l’air de rien, Angela Thirkell transforme ce qui aurait pu être une pesante et insipide guimauve en une délicieuse crème fouettée, légère et rafraîchissante. Idéale avec une poignée de fraises sauvages !

Angela Thrikell, trad. Florence Bertrand et Alice Bercker, Le Parfum des Fraises Sauvages, Charleston, juin 2016, 288 p.

La prisonnière des Sargasses

Un roman de Jean Rhys, traduit de l’anglais par Yvonne Davet.

4 carottes

Cela faisait longtemps que Federico voulait lire La prisonnière des Sargasses, qui est en fait une sorte de préquelle de Jane Eyre, le fabuleux roman de Charlotte Brontë. C’est Jean Rhys, une écrivaine britannico-créole ayant notamment vécu à Paris, qui a écrit ce très beau roman en 1966.

(Attention Federico parle beaucoup de Jane Eyre dans cette chronique, rafraichissez-vous la mémoire ici pour savoir pourquoi ce roman est cher à son cœur. Mais rassurez-vous, il n’est pas indispensable de l’avoir lu pour apprécier celui-ci.)

La prisonnière des Sargasses se déroule dans les Antilles, avant l’action de Jane Eyre. La jeune Antoinette Cosway est la fille d’un vieil esclavagiste, décédé depuis peu, et de sa jeune épouse, Annette. Son enfance sur le domaine jamaïcain n’est pas très joyeuse, marquée par l’hostilité des anciens esclaves et le rejet de sa mère qui lui préfère son petit frère handicapé et qui se remarie avec Mr Mason.

la prisonnière des Sargasses

Voici une couverture plus jolie que celle de l’exemplaire lu par Federico. En prime vous avez le très beau titre de la version originale !

Jeune femme, Antoinette épouse un gentleman anglais. La véracité des sentiments de chacun est un peu floue (autant pour eux que pour le lecteur), surtout que le jeune homme n’a pas les yeux en face des trous car il ne s’acclimate pas du tout aux terres tropicales, un virus du coin l’ayant laissé complètement déphasé. Quoi qu’il en soit sait-on que son mariage est fortement orienté par son père et son frère qui voient dans cette alliance dans les colonies une opportunité financière. Il s’agit de Mr Rochester (le fameux), mais il n’est jamais nommé ; la seconde partie du roman est racontée de son point de vue, c’est donc avec lui que l’on suit les débuts d’un mariage qui ne va jamais devenir heureux.

Notre ami lapin a ressenti comme un stress et un inconfort latent dans tout le roman, que ce soit dans les jeunes années d’Antoinette ou dans sa lune de miel assez catastrophique. Federico s’est attaché à ce personnage qu’il aurait aimé prendre dans ses bras pour le réconforter et lui donner l’amour que tout un chacun mérite ; on s’attriste donc devant ce tourment incessant qui semble être sa destinée, se demandant d’où la folie prend racine, se demandant si elle ne s’insinuerait pas en elle par le biais de l’indifférence et la cruauté des personnes qui l’entourent. Antoinette semble être un fardeau pour tous ceux qui ont croisé sa route : sa mère, son beau-père, sa tante, son mari, ses domestiques… On dirait que personne ne l’a jamais véritablement regardée comme une personne à part entière, et donc aimé, mis à part peut-être sa nourrice, Christophine.

Federico lit rarement des ouvrages « inspiré de », qui surfent sur la vague d’un succès pour faire le sien. La prisonnière des Sargasses ne se range absolument pas dans cette catégorie ; c’est un roman à part entière, qui incarne scrupuleusement bien l’esprit, les personnages et la certaine noirceur de l’œuvre de Charlotte Brontë, tout en les faisant siens et en leur donnant une autre âme, plus triste, nostalgique et angoissante. Dans Jane Eyre, l’histoire d’Antoinette nous est racontée par Mr Rochester, qui n’est pas neutre évidemment. C’est donc une autre version qui nous est donnée dans ce livre, et elle est beaucoup plus convaincante. Ce roman détient également son propre sujet, celui de la démence ; il remet grandement en question la simple hérédité de la maladie et montre comment l’environnement et les personnes peuvent être les outils saillants menant l’esprit à la psychose.

Ce roman est un texte beau, inspirant et envoutant ; on y ressent pleinement l’isolement et la presque irréalité dans laquelle vivent les personnages. Federico était avec eux sur ce lopin de terre antillais, flairant les fleurs tropicales en même temps que ce danger imminent qui semble s’insinuer partout, et qui explose tantôt violemment, tantôt insidieusement…

Irrémédiablement, la plume de Jean Rhys a piqué l’intérêt de notre ami lapin, tout comme sa vision de la condition féminine. C’est une auteure qu’il ira consulter de nouveau, c’est certain.

La prisonnière des Sargasses, Jean Rhys, 1966, « L’imaginaire », Gallimard, 252 pages

BONUS : le procès de Mr Rochester

La lecture de La prisonnière des Sargasses, puis le revisionage d’une adaptation de Jane Eyre (celle avec Charlotte Gainsbourg), ont jeté à la face de Federico les travers du personnage masculin clé de ces deux romans : Mr Rochester. Il n’y avait pas beaucoup fait attention jusqu’ici, mais en fait ce personnage est assez méprisable aux yeux de notre ami lapin. Voici donc son mini-procès.

Federico va essayer de rester poli, mais Mr Rochester est en fait un bel enfoiré. Un homme fier, misanthrope, aigri, mal aimé par sa famille et qui reproduit cette dureté sur sa jeune épouse. Si pour l’excuser on pourrait relever que l’air des Antilles ne lui fait pas de bien et affecte un peu son jugement, cela ne l’excuse pas du tout de son comportement. Car en ayant peur de la folie de la mère, il va lui-même arroser la graine qui pointait à peine chez Antoinette : en l’ignorant, la méprisant, la trompant, ne l’appelant pas par son prénom, bref, en se comportant comme un beau salaud égoïste et phallocrate, méfiant envers les femmes qu’il voit comme des hystériques, des manipulatrices ou des beaux objets (que ce soit Antoinette, Annette, Christophine et les autres domestiques dans La prisonnière, mais aussi Miss Ingram, la jeune Adèle et sa mère dans Jane Eyre). Notre chère Jane semble avoir trouvé grâce à ses yeux, certainement en raison de toutes ses qualités, mais aussi de sa très forte personnalité et de son indépendance sans failles. Elle aussi est droite et fière, finalement.

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Qu’est-ce qu’il est pénible comme garçon !

Mais revenons à Antoinette. Alors que dans Jane Eyre, elle est perçue comme le boulet qui empêche l’homme de vivre pleinement ses désirs, dans La prisonnière des Sargasses Mr Rochester est vraiment la pire chose qui soit arrivée à Antoinette (et elle en a eu, des choses pas sympas). Dans les deux romans, il est un bourreau qui se place en victime. Cet homme est un tortionnaire : il harcèle son épouse et l’enferme dans la tour d’un château froid et lugubre pendant 9 ans, rappelons-le ; pas étonnant qu’elle perde un peu la boule ! Mr Rochester incarne à merveille le rôle du maître et du patriarche omnipotent à qui rien ne doit résister. C’est ce qui rend le personnage de Jane Eyre merveilleusement noble, riche et puissant, car elle se confronte à cet homme, l’apprivoise et le vainc, malheureusement au détriment de la pauvre Antoinette.

Une famille délicieuse

Un roman de Willa Marsh, traduit de l’anglais par Eric McComber.

4 carottes

famille délicieuseNest et sa sœur aînée Mina vivent leurs vieux jours dans la maison de famille à Ottercombe, en Cornouailles. Ces deux vieilles dames se sont construit un cocon fait de l’affection qu’elles se portent et de petites habitudes. L’arrivée de leur grande sœur va bouleverser leur équilibre : Georgie perd la tête et doit vivre chez elles quelques semaines avant son entrée dans un établissement spécialisé. Complètement déboussolée, Georgie ressasse le passé et, en quelques remarques, laisse croire à ses sœurs qu’elle pourrait bien dévoiler de lointains secrets de famille. Mais comment savoir ce qu’elle sait réellement ? Comment démêler les souvenirs et le délire ? Pour conjurer leur inquiétude, Mina et Nest se plongent dans leurs souvenirs et tentent de se préparer à voir la vérité ressurgir.

Willa Marsh est une auteure anglaise super sympa. En effet, elle ne connaît pas Federico mais elle a écrit un livre rien que pour lui. À l’intérieur elle a mis les magnifiques paysages des Cornouailles, une vieille maison et son jardin, une famille attachante et les secrets qui vont avec. Elle a enrobé cela d’une foultitude de détails insignifiants mais essentiels sur le thé, le feu de cheminée, les fleurs, le soleil et tous les gestes du quotidien qui – tels les ingrédients d’une recette magique – donnent corps et vie au livre.

En parlant de sa sœur Mina, Nest dit qu’elle « était parvenue à tisser les évènements du passé pour en faire une vaste tapisserie, cousant soigneusement chaque partie de manière à ce que les personnages se dégagent, hauts en couleur, passionnants, devant le décor lumineux et familier de la baie et de la mer, ou en mouvement dans la vieille maison, comme si c’était hier. » En lisant cela, Federico a aussitôt pensé que cette description collait parfaitement au talent déployé par Willa Marsh dans ce roman qui l’a totalement ravi. Notre ami lapin a non seulement pris un grand plaisir à le lire, mais une fois terminée, sa lecture a laissé place à une douce nostalgie, comme celle qu’on ressent après des vacances ou un voyage particulièrement agréables.

Après ce plaisant séjour à Ottercombe, Federico n’a qu’une hâte : repartir avec Willa Marsh Tour !

Willa Marsh, trad. Eric McComber, Une famille délicieuse, J’ai Lu, mars 2016, 414 p.

 

Des snobs sur Belgravia

Julian Fellowes est un auteur et scénariste anglais qui a eu la riche idée de créer la série Downton Abbey, donnant ainsi à Federico de grandes joies télévisuelles. En matière de littérature il n’est pas non plus en reste même s’il y a du bon et du moins bon. Nous l’allons montrer tout à l’heure. C’est-à-dire maintenant.

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Snobs

3 carottes

Un personnage secondaire assez objectif nous raconte l’histoire de son amie, jeune et ambitieuse bourgeoise qui met le grappin sur l’un des célibataires les plus en vue de l’aristocratie anglaise. Julian Fellowes nous plonge avec délice dans le monde très fermé de la noblesse britannique qui, même à la fin du XXe siècle, reste un milieu à part, peu enclin à accepter les intrus. Son écriture est pleine d’ironie et de mordant, on sent qu’il tient à nous montrer ce milieu qu’il admire sans l’idéaliser. D’une intrigue assez basique sans action palpitante, il fait un roman qu’on lit avec délectation. Les illusions des personnages sont balayées d’un revers de la main mais le socle des aristocrates anglais est plus difficile à déboulonner. Ce monde aux mœurs délicieusement surannées nous est servi sur un plateau d’argent par l’auteur.

Belgravia

2 carottes

L’intrigue de Belgravia est née du même terreau que Snobs : comment l’aristocratie anglaise peine à gérer l’intrusion d’éléments bourgeois dans ses salons. Sauf qu’au XIXe siècle, ces derniers n’avaient pas encore envahi le paysage et la noblesse ne se contentait pas de faire de la figuration : elle dirigeait le pays (que dis-je, l’Empire !). Après s’être régalé de Snobs, Federico s’est donc jeté sur le dernier roman de Julian Fellowes avec de grandes attentes. Elles ont, hélas, été déçues. Contrairement à son prédécesseur, ce livre manque du mordant et de l’irrévérence qui aurait donné du relief à une histoire certes bien construite et pleine de personnages intéressants mais désespérément prévisible. Pour une intrigue faite de secrets de famille, de tromperies et de mensonges, c’est quand même très ennuyeux ! Federico classe donc Belgravia dans les lectures sans prises de tête, agréable mais sans plus, assortie d’un parfum de déception.

Julian Fellowes, traduit de l’anglais par Dominique Edouard, Snobs, LGF, août 2008, 407 p. (attention, cette édition est épuisée, il faudra casser votre tirelire et vous acheter la réédition de 2016 chez Lattès).

Toujours Julian Fellowes, mais cette fois traduit par Carole Delporte et Valérie Rosier, Belgravia, Lattès, juin 2016, 476 p.

Testament à l’anglaise

Un roman de Jonathan Coe, traduit de l’anglais par Jean Pavans.

4 carottes

C’est après des centaines de page de lecture intensive que Federico a réalisé qu’il tenait entre les mains un bouquin à 4 carottes ; cette constatation l’a mis dans un état de chouette bonheur. La vie est faite de plaisirs simples.

C’était l’aphorisme du jour.

Federico a découvert cet auteur britannique l’année dernière avec La Pluie avant qu’elle tombe, une belle histoire de femmes ballotées par la vie. Lorsqu’il a vu Testament à l’anglaise sur les rayonnages de la bibliothèque de son quartier, il n’a pas pu résister, même si une pile de romans et BD l’attendait déjà chez lui…

Tout au long de sa lecture, notre ami lapin se disait : « C’est tellement anglais ! »

Really: les personnages, la façon dont ils sont décrits, les situations dans lesquelles ils se mettent, l’univers dans lequel ils évoluent, mais surtout l’humour, tout cela rayonne des mille feux de l’Angleterre contemporaine ! Parfumé aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, Testament à l’anglaise est aussi une fable sociale (british alert), teintée ça et là de cynisme politique (british alert) et d’absurde à la Monty Python (british alert). À ce que Federico entende l’accent des personnages de ses séries britanniques favorites dans les pages de la traduction française, il n’y a qu’un pas…

Mais de quoi ça cause ?

IMG_0127Il y a deux héros dans cette histoire.

D’un côté Michael Owen, un quarantenaire qui fut un écrivain prometteur avant de s’enfermer chez lui pendant presque 8 ans à déprimer et jouer avec son lecteur VHS.

De l’autre côté la riche famille Winshaw, une lignée de crapules toutes plus crapuleuses les unes que les autres. Alors que les ancêtres ont construit leur fortune loin du concept de l’humanisme (esclavage bonjour), la ribambelle de cousins répand son aura perverse au cours des années 1960 à 1990 grâce aux lieux de pouvoir et de responsabilités qu’ils infestent. Michael Owen se trouve mêlé à cette mauvaise engeance lorsque la vieille et folle tante Tabitha Winshaw commande la rédaction d’un ouvrage sur l’histoire de sa famille. Et c’est lui qui s’y colle.

Federico a été ému (il arrive des choses terribles à des personnages adorables), Federico a ri (surtout la scène dans le métro londonien, mon dieu que c’était juste et drôle !), Federico a été révolté. Sur ce dernier point, la faute en revient aux Winshaw, mais en quoi sont-ils si détestables ? L’un œuvre dans les finances, son frangin dans le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, leur cousin dans le traffic d’armes, leur cousine dans l’élevage intensif et l’alimentation industrielle, et les deux plus jeunes sévissent dans le milieu mondain des galeries et des tabloïds, nivelant par le bas l’art et les médias.

Au premier abord, notre ami lapin a été déstabilisé par ces personnages très caricaturaux, mais c’est encore un des côtés british du roman ; la caricature permet de prendre de la distance avec leur odieuse ignominie dépourvue de toute subtilité, et d’en rire (ou de grincer les dents, au choix). En fait, Testament à l’anglaise incarne à la perfection le genre littéraire de la satire, avec ses personnages tournés en ridicule. Ici, ironie et intelligence font front commun contre les années de thatchérisme, permettant à notre ami lapin de prendre du recul sur les changements sociétaux dus au « progrès » et aux politiques qui ont été opérées pendant ces dizaines d’années clés. De quoi remettre les pendules à l’heure, et ça ne vaudrait pas forcément que pour l’Angleterre…

Mais Federico tient à souligner que si Testament à l’anglaise est bel et bien une satire, le livre demeure très romanesque, en plus d’être très bien écrit et rondement mené. Il s’est beaucoup attaché à Michael Owen (malgré son rôle de looser asocial) ainsi qu’à sa voisine Fiona, qui se débattent tous deux tant bien que mal dans ce monde qui part en cacahuète. Enfin, notre ami lapin rappelle qu’il y a un côté policier à toute cette histoire (il a oublié de le mentionner en fait…), car il y a un meurtre et des mystères à élucider, avec des chapitres finaux qui atteignent le paroxysme de la réécriture-hommage du whodunit d’Agatha Christie.

En fait, Jonathan Coe noie le poisson dans son livre, il y a tellement de choses et Federico n’en a évoqué que la moitié ! Car il peut préciser que l’auteur alterne les points de vues narratifs, joue avec la chronologie, et ce avec une simplicité stylistique déconcertante permettant une lecture incroyablement aisée. Il peut également ajouter que Testament à l’anglaise parle d’amour et de sensualité, de littérature, de cinéma et de peinture, de manoir anglais perdu dans les landes, de sorties à la mer et de restaurants chinois, de l’enfance, du mariage, de la maladie et de la mort…

Franchement, Federico est époustouflé, chapeau bas !

Jonathan Coe, Testament à l’anglais, Gallimard, 1995, 682 pages

Clementine Churchill, la femme du lion

Une biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit.

3 carottes

clementine churchillWinston Churchill est entré dans l’histoire mondiale comme étant l’homme qui a vaincu Hitler. Tout seul, avec ses petites mains potelées. Mais ce n’est pas pour ça que Federico l’aime bien. Ce qui lui plait chez ce bon vieux Winston c’est qu’il voyait tout en grand. Animal politique, chef de guerre, redoutable tacticien, écrivain nobelisé, peintre de talent… Tous les qualificatifs qu’on peut lui attacher viennent avec des superlatifs. Winston Churchill est un personnage passionnant, et son arbre généalogique en fait un pur produit de cette noblesse anglaise qui fascine Federico. En amour non plus il n’a pas fait comme les autres : à une époque où les mariages de raison étaient légion et s’achevaient souvent en divorce, Churchill épouse une femme qu’il va aimer passionnément du premier regard jusqu’à son dernier souffle. Elle s’appelle Clémentine Hozier et Federico l’aime aussi.
Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, auteurs de la biographie Clémentine Churchill, La femme du lion ont l’air eux même très amoureux de cette femme : le portrait qu’ils en font est exempt de regard critique et la montre sous un jour très flatteur. On tombe donc inévitablement sous le charme de cette femme très aimée outre-Manche et plutôt méconnue dans les terriers français.

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Est-ce qu’elle n’a pas trop la classe ?

Ce qui a d’emblée séduit Federico c’est que Clémentine ne s’est jamais contentée d’être la femme derrière le grand homme. Elle était certes très investie dans la vie politique de son mari, le soutenant, le conseillant et le contredisant (il était conservateur ; elle était libérale et ne renonça jamais à ses idées politiques) et jouait parfaitement son rôle de maîtresse de maison, mais elle a aussi menée une vie très riche en parallèle de toutes ses responsabilités d’épouse et de first lady. En lisant cette biographie Federico a eu bien du mal à se figurer comment ces voyages, ces amis, ces rencontres, ces engagements politiques, ces enfants, ces déménagement, ces cérémonies, sans oublier ce cher Winston (qui lui réclamait beaucoup d’attention), ont pu tenir dans une seule vie. Notre ami lapin en avait parfois le tournis ! Par ailleurs, il ne s’y est jamais vraiment retrouvé parmi les noms qui sont cités au fil du livre : tout le gotha international y passe et Federico a beau être un grand fan de Downton Abbey, ça ne fait pas de lui le successeur de Stéphane Bern ! Il retiendra donc seulement quelques noms, dont celui d’une autre grande figure de l’aristocratie de l’époque : Consuelo Vanderbilt Balsan, héritière fortunée venue des États Unis pour épouser le duc de Marlborough, le cousin de Winston.
Si elle manque un peu d’objectivité, cette biographie n’en est pas moins un livre sérieusement documenté qui se lit comme un roman, celui d’une belle histoire d’amour au cœur de cette époque passionnante qu’a été la première moitié du XXe siècle.

Philippe Alexandre, Béatrix de L’Aulnoit, Clementine Churchill, la femme du lion, Tallandier et Robert Laffont, octobre 2015, 397 p.

Marathon critique : Federico se souvient-1

Pour Federico, la meilleure des lectures est intemporelle. Un bon livre, on s’en souvient looongtemps !

Ben oui, ce n’est pas parce qu’on a lu un livre il y a 10 ans qu’il ne sert plus à rien d’en parler, bien au contraire : si on y pense encore, c’est qu’il y a bien une raison ! C’est pourquoi notre ami lapin vous propose une nouvelle série de Marathons critiques : le « Federico se souvient ». Comme il aime faire d’une pierre deux coups, il se servira aussi de ces marathons pour rattraper son retard, et parler de livres lus il y a seulement 1 ou 2 ans et qui ont loupé le coche de la critique conejienne. Notre ami lapin est curieux de voir ce qu’il peut ressortir d’une lecture qui n’est plus toute fraîche, donc n’attendez pas une analyse détaillée !

S’il prend la peine de ressortir ces souvenirs de lecture du placard, c’est bien parce qu’elles en valent le coup, donc ce sont des livres 3 ou 4 carottes, enjoy !

L’Ombre du vent

ombreduvent4 carottes

C’était l’hiver dernier, ou celui d’avant, il ne sait plus… En tout cas, Federico se souvient bien d’avoir dévoré ce roman dans le RER, dans le TGV, et même en covoiturage ! Malgré les bruits et les ressauts des transports, il n’a eu aucun soucis à se plonger dans l’histoire de Daniel Sempere et du mystérieux écrivain Julian Carax. L’Ombre du vent, ça cause d’émois littéraires, de soubresauts de l’histoire, de déchéance familiale, d’amours maudits ou heureux, bref, une grande fresque jouissive rehaussée de personnages hauts en couleur, la joie du lecteur !

La pluie avant qu’elle tombe

la-pluie-avant-qu-elle-tombe3 carottes

Voilà une belle histoire qui a fait passer un très bon moment à Federico lors d’une rentrée automnale, ça collait bien avec le titre tiens ! Avant de mourrir, la tante Rosamund a enregistré ses souvenirs sur des cassettes audios qu’elle destine à Imogen. Mais la jeune fille est introuvable, c’est donc sa nièce Gill et ses filles qui écoutent les confessions de Rosamund. Cette dernière prend le parti de décrire des photos soigneusement sélectionnées et dévoile les histoires de famille qu’elle porte en elle depuis des années. Ce roman rentre beaucoup dans l’intimité de ses personnages, majoritairement féminins, et a rappelé au souvenir de notre ami lapin la lecture marquante de Lignes de faille de Nancy Huston.

Lumières de Pointe-Noire

couverture-Mabanckou3 carottes

C’est le premier livre d’Alain Mabanckou lu par notre ami lapin. D’emblée, Federico a été frappé par la maîtrise parfaite de la langue française ; les phrases sont assez longues, ce qui rend le texte dense, mais il se lit avec une très grande aisance et avec beaucoup de plaisir. L’auteur nous raconte l’histoire de son retour pour quelques semaines dans son pays d’origine, le Congo-Brazzaville, dans la ville de Pointe-Noire plus précisément. Sa mère et son père adoptif sont morts depuis plusieurs années déjà, et il retrouve avec nostalgie et réserve la famille et les lieux où il a grandi, quittés 23 ans plus tôt. C’est un beau roman sur les retrouvailles avec son enfance et le regard d’adulte qui y est posé.

Journal d’Anne Franck

ANNE3 carottes

Là, les souvenirs sont plus flous, mais les émotions encore très fortes. Il est difficile pour Federico de rester indifférent à Anne, une jeune fille perspicace et charmante qui ne semblait pas avoir la langue dans sa poche, ni son crayon dans sa trousse… Il est étrange de lire le journal intime d’une adolescente, notre ami lapin se trouvait impertinent d’y fourrer ses moustaches : on a beau avoir fait d’Anne une personnalité universelle, elle n’en demeure pas moins une adolescente comme les autres et donc terriblement unique. La lecture de son journal est instructive et poignante, surtout lorsque l’on sait ce qu’il advient d’elle et sa famille par la suite…

Récap’ : 

L’Ombre du vent, Carlos Ruis Zafón, Grasset/Pocket, 2006

La pluie avant qu’elle tombe, Jonathan Coe, Folio, 2010

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou, Seuil, 2013

Journal d’Anne Franck, Le Livre de Poche, 1947

Terriérama spécial Angleterre

Quoi de mieux qu’un Terriérama pour fêter l’ouverture du condo-terrier et la nouvelle année par la même occasion ? Et quoi de mieux qu’un Terriérama voyageur, en l’occurrence spécial Angleterre ?? Rien de mieux bien sûr, nous atteignons là la perfection blogesque.

Et oui, Federico a fait un merveilleux voyage en perfide Albion, sur les terres de Jane, des sœurs Brontë, d’Elizabeth et de Sherlock. Il faut l’avouer, c’était il y a longtemps, du temps où il ne faisait pas gris, humide, froid et moche, c’est à dire en été.

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Ce fut donc sous un soleil radieux (où un seul accident de chaussures trempées par la pluie fut à déplorer), que notre lapin voyageur a conquis l’Angleterre à coup d’émerveillement, de bus rouges, de vieux cailloux érigés, de conduite à gauche et de scones bien placés dans son bidou. Ces dix journées remplies à la cool n’en furent pas moins fort culturelles, et ce sont de ces découvertes qu’il va être question dans ce Terriérama. Sir and Madam, please let’s go.

Carottes en série

Ce qu’il y a de bien avec les romans de Jane Austen ou d’Elizabeth Gaskell (entre autres), c’est qu’une fois la lecture achevée, vous pouvez vous ruer sur l’adaptation filmique ou télévisée. Généralement réalisées par des britanniques qui ne sont pas manchots, ces adaptations vous plongent à coup sûr dans une délicieuse ambiance d’un autre siècle !

Peu de temps avant son séjour en Angleterre, notre ami lapin avait fait l’acquisition d’un coffret DVD contenant Cranford et Return to Cranford, adaptation de… Cranford of course, oui mais aussi des Confessions de Mr Harrison (lu mais pas chroniqué, pardon, désolé) et My Lady Ludlow (même pas traduit en français, what a shame). Ces trois romans d’Elizabeth Gaskell évoquant tous la vie dans la campagne anglaise du XIXe siècle, les réalisateurs ont décidé de les mettre dans un mixeur, d’ajouter des petites histoires et plouf, ça fait deux mini-séries !

En quittant le sol français, Federico n’avait toujours pas vu cette appétissant programme mais ce dernier s’est bien vite rappelé à lui.

Parce que la plupart des scènes extérieures de la série ont été tournée à Lacock…

… que Lacock est situé dans le Wiltshire…

… et que Federico a été promener son pompon dans cette région verdoyante.

Ha ! Si ça c’est pas le destin !

Quand on arrive à Lacock, on ne met pas trop longtemps à comprendre pourquoi l’équipe de tournage de Cranford y a posé ses valises et d’autres avant elle (notamment pour Harry Potter et le Prince de sang mêlé, le destin on vous dit !). La ville semble ne pas avoir changé depuis deux siècles. Bien sûr, les routes sont bitumées et il y a des enseignes modernes, mais un peu de sable sur le sol et quelques panneaux de bois suffisent à créer une rue digne d’une adaptation gaskellienne ! Grâce à ces clichés pris par Federico lui-même (cliquez dessus pour qu’ils arrêtent d’être minuscules), vous pouvez constater qu’on ne vous ment pas. Et toute la ville est comme ça. Il y a même des petites rues dans lesquelles les voitures peuvent à peine se garer et qui conservent un charme délicieusement suranné.

©Federico

La rue principale de Lacock, avec son Red Lion (le truc obligatoire si tu veux être un village anglais typique) et ses voitures moches. C’est là qu’ont été tournées la majorité des scènes situées dans le centre de Cranford.

Vous l’aurez compris, même si les photos de Federico ne lui rendent pas justice, Lacock est une ville absolument adorable, avec plein de vieilles pierres, de vieilles poutres, de vieilles fleurs et des ateliers d’artistes nichés dans des vieilles maisons. Un charme tout anglais que Federico a retrouvé avec joie dans la série Cranford.

Cette dernière a semblé trop courte à notre ami lapin. Et comme la règle du Terriérama est justement de faire court, il va évoquer brièvement le délicieux moment qu’il a passé avec les héros de cette mini-série aux petits oignons. Commençons d’abord par préciser que si vous n’êtes pas fluent in english, vous serez largement handicapé. La série n’a en effet jamais traversé la Manche et ne se peut trouver qu’en version anglaise sous-titrée anglais. Federico a dû s’en contenter mais le fait d’avoir lu deux des trois livres adaptés lui a permis de presque tout comprendre.

Cranford est l’une des adaptation les plus réussies qu’il ait eu l’occasion de voir. Le casting est parfait, les différentes histoires s’imbriquent à merveille, le souci du détail est présent dans chaque élément de décors et de costume, et les ajouts scénaristiques sont très respectueux de l’œuvre de Gaskell. Avant de laisser place aux autres étapes de son voyage, Federico souhaite insister sur le point de la série qui l’a le plus enchanté : le développement du personnage de Mary Smith, la narratrice du livre Cranford. Federico était très frustré qu’elle n’aie pas sa propre histoire et qu’on en sache si peu sur elle. Dans la série, elle prend une plus grande ampleur et les scénaristes lui réservent un destin dont notre ami lapin n’aurait même pas oser rêver !

A cup of Potter ?

Federico a grandi avec Harry Potter. S’il est parti vers plein d’autres horizons littéraires par la suite, notre ami lapin se souvient de ses bouquins tout racornis lus maintes et maintes fois lorsqu’il était un lapereaux réservé et binoclard qui se réfugiait dans les livres. Aujourd’hui, rien n’a beaucoup changé : Federico est encore parfois peu enclin à la grande socialisation, il porte fièrement ses binocles et il lit mille fois plus. Sauf que maintenant, lire c’est populaire ou c’est in, donc ce n’est plus un rebut de la société. Pour lui, la découverte de Londres et de l’Angleterre fut l’occasion d’entrer dans le côté très british des livres de J. K. Rowling.

Farouche opposant à l’adaptation cinématographique de la saga, notre ami lapin n’a quand même pas laissé passer l’occasion de se rendre aux studios Warner, au nord de Londres. Bien lui en a pris, car cette visite, fort iiiiiihhh ! et instructive, l’a rabiboché avec les films. En effet, le travail fourni pendant la dizaine d’années de tournage est non négligeable, allons jusqu’à dire impressionnant. Décors, costumes, maquettes, créations d’objets, effets spéciaux, voilà ce qu’on découvre, ainsi que moult anecdotes. La visite était un bon moyen de se replonger dans l’univers de son adolescence, et de lui donner la folle envie de tout relire (projet en cours). Mais surtout, ce que Federico a compris lors de la visite des studios, c’est pourquoi il n’aime pas les films. Car, avec tous ces efforts pour recréer l’univers des sorciers et avec un casting bad ass (Maggie Smith, Alan Rickman, Gary Oldman pour n’en citer que quelques uns), qu’est-ce qui cloche ? Federico a trouvé : selon lui, c’est la direction des acteurs et/ou la performance des trois loustics sur qui tout le film repose. C’est ben dommage mon ami…

siriusly

Mais passons outre, et parlons des studios ! Car là-bas, Federico a appris que chez Warner, tous les acteurs (ou presque) portent perruque ; que nombre de décors ont été réalisés pour de vrai, comme la porte de la Chambre des secrets, vous savez, celle avec les serpents ; que les murs de la salle commune de la maison Griffondor sont inspirés de la célèbre tapisserie rouge de la Dame à la licorne (celle avec des pitits lapiiins !), et qu’on y trouve accroché un portrait de McGonagall lorsqu’elle était une fringante jeune femme ; que les bocaux de formol de la salle de cours de potion ont été réalisés avec des peluches animalières achetées au zoo de Londres ; que le bureau de Dumbledore a été construit entièrement, et que les tableaux des anciens directeurs recouvrant ses murs sont les portraits du personnel de l’équipe de tournage ; que des centaines de baguettes et d’étuis à baguette ont été confectionnés pour le magasin d’Ollivander ; et surtout, surtout, que la bièraubeurre, c’est dégueulasse !

griffondor

La salle commune de la maison Griffondor, comme si vous y étiez mesdames et messieurs !

Allez, vu que Federico vous parle d’Harry Potter et que vous n’avez peut-être plus aucune idée de quoi ça cause, voici un résumé en bande dessinée par Lucy Knisley (l’auteure de Délices) : ici !

Et s’il vous était arrivé de vous demander à quoi ressemblerait la saga Harry Potter en anime japonais, voici de quoi vous donner une idée.

Miam-miam

Il l’a dit, Federico a mangé du scone en veux-tu en voilà. Sur les conseils de Pénélope, il a dégusté le premier chez Foxcroft & Ginger, qui a la merveilleuse idée de se trouver juste à côté d’une librairie spécialisée en bande dessinée (Gosh!). Que demander de plus ? Rien, si ce n’est d’importer le concept de clotted cream de ce côté-ci de la Manche, siouplait.

Mais Federico a aussi eu du flair par lui-même et a trouvé comme un grand une chouette adresse. En effet, un lapin qui marche dans Londres et en prend plein la vue devient forcément à un certain point un lapin affamé. Quand vos pattes et votre estomac commencent à protester de concert, comment résister à l’invitation d’un sympathique congénère qui vous tient la porte gentiment ?

C’est ainsi que Federico est entré dans un monde sucré, pastel, sucré, gourmand et trèèès sucré : le monde de Primrose Bakery. Cette boutique est tellement pleine de trucs qui ont l’air délicieux qu’elle pourrait très bien être tenue par une vilaine sorcière qui aimerait bien vous manger. Mais en fait pas du tout, de charmantes vendeuses attendent patiemment que vous ayez choisi entre toutes les variétés de cupcakes qui se pavanent dans la vitrine et décidé avec quel milkshake vous allez accompagner ce glorieux goûter. Federico n’en revient toujours pas de son milkshake au caramel au beurre salé à tomber par terre, accompagné d’un cupcake fort savoureux. Rien que d’y repenser, il en salive…

Restes du massacre...

Restes du massacre… (cliquez sur l’image pour voir les autres dessins de votre serviteur)

Moi Federico, toi Jane

Pour notre ami lapin, aller en Angleterre sans prendre le temps de marcher dans les pas de Jane Austen était inconcevable. Parmi tous les lieux de pèlerinage possibles, c’est la ville de Bath qu’il a retenue.

L’auteure y a en effet séjourné à plusieurs reprises et deux de ses romans ont la ville pour théâtre : Persuasion et Northanger Abbey. À l’époque de Jane Austen, Bath était the place to be : les gens y venaient en vacances pour boire de l’eau (attention à ne pas jeter bébé avec l’eau de Bath… et oui, Federico fait aussi des blagues). Dans Northanger Abbey, la jeune Catherine est dans un premier temps emportée par la folie des bals et ne sait plus où donner de la tête dans ses nouvelles relations. Austen en profite pour pointer du doigt la superficialité de telles amitiés.

La beauté de Bath, elle, n’est pas superficielle et a superbement traversé le temps. Federico s’est promené avec bonheur sur les traces de ses héroïnes favorites, près des Pump Room ou sur le Circus.

Si l’architecture locale n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, le clou de sa visite a été le Jane Austen Centre. Dans une coquette demeure, de sympathiques guides habillés à la mode régence vous font découvrir la vie de l’auteure à Bath. La visite est très enrichissante, pleine de détails intéressants et de reconstitutions émouvantes. Federico ne pouvait pas quitter ce lieu sans passer par le Regency Tea Room, un très beau salon de thé qui finit de vous plonger dans l’ambiance. Prêt à payer de sa personne pour vous apporter le plus de détails sur la culture anglaise, Federico n’a pas reculé devant les scones et la clotted cream. Les papilles de notre ami lapin ont été dûment récompensées pour ce sacrifice !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. ben quoi Jane, il n'est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Federico a pris un thé avec Jane Austen sous le regard orgueilleux de Mr Darcy. Ben quoi Jane, il n’est pas bon le thé ? Allez, fais pas la tête !

Tea Time

Le tea time, c’est du sérieux : du thé (obligé, en Angleterre si tu n’aimes pas le thé ou la bière, tu meurs de soif), des scones et plein de trucs indécents à tartiner dessus. (idem, cliquez sur l’image)

Vous avez dit la reine d’Angleterre ?

Si vous êtes déjà parti en vacances en Angleterre ou si vous le faites un jour, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire « hé, tu diras bonjour à la Reine ! » (rire gras).

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

La Reine ne saurait souffrir plus longtemps de telles plaisanteries.

Federico y a eu droit lui aussi, et il n’a pas boudé son plaisir en rentrant de vacances, quand les gens lui demandaient comment était son voyage et qu’il répondait : « c’était intéressant, j’ai vu la reine » (air blasé).

Mais comment est-ce possible ?

Vous demandez-vous.

Le dernier jour de son séjour anglais, Federico s’est levé de bonne heure pour aller assister à la relève de la garde montée de la reine : les Horse Guards. En arrivant près du but, notre ami lapin a eu la surprise de découvrir que la relève n’aurait pas lieu. En effet, toutes les troupes étaient réquisitionnées pour un défilé près de Buckingham Palace. Piqué de curiosité, notre ami lapin a décidé de fendre la foule pour voir ce qui suscitait tant d’animation.

Il a alors appris que c’était le jour de célébration de l’anniversaire de la Reine Elizabteh II. Oui, comme elle est née en avril, elle fête son anniversaire en juin. Elle fait ce qu’elle veut, c’est la reine. Pour arroser l’événement, une petite sauterie était organisée, entre intimes, avec revue des troupes et défilé devant le bon peuple de Londres. Et devant Federico par extension. Malgré l’émotion qui étreignait son petit cœur, votre dévoué chroniqueur a pu prendre ce cliché digne des plus grands paparazzi.

la reine

Le flou artistique, c’est le secret d’une bonne photo royale. Si ce cliché déjà culte ne fini pas dans Point De Vue, c’est qu’on n’y connait rien.

Federico a donc aperçu vu très nettement la Reine d’Angleterre ainsi que quelques membres de sa royale famille.

La Reine d’Angleterre ! Non mais vous ne vous rendez pas compte ! C’est trop la méga-classe !

Avec tout ça, Federico a certainement gagné des points de charisme… et un bonus en attaque à cheval.

C’est sur cette royale note que ce clôt ce Terriérama d’outre-Manche. Federico espère qu’il vous a plu et vous a permis de voyager un peu, ou vous a donné envie de faire votre valise !

À bientôt pour un nouveau concentré de culture lapinesque !

elvis-thanks

La compagnie des menteurs

Un roman anglais de Karen Maitland, traduit par Fabrice Pointeau.

3 carottes

Quand on commence ce livre, on n’a pas envie de lire autre chose. Ce texte hybride situé quelque part entre le thriller historique et le conte fantastique est d’une densité telle qu’elle a enveloppé Federico et l’a embarqué dans une aventure mystérieuse et très inquiétante.

©SonatineL’Angleterre au XIVe siècle, c’est pas sympa. Il y a des loups, la peste et des gens qui vous torturent pour un oui ou pour un non. Entre autres. Au début du roman on rencontre un camelot qui promène sa gueule cassée de foire en sanctuaire. Avec la peste qui se déclare tout le monde se jette sur les routes (ah, les débiles, comme s’ils allaient y échapper en courant très vite !) et le camelot se retrouve, au hasard des rencontres, à voyager avec d’autres personnages qui sont ont deux points communs : ils ont un très gros secret dans leur sacoche et ils fuient (mais qui ? mais quoi ?).

Chacun est bien décidé à garder son secret et, mis au pied du mur, parvient à le déguiser sous une histoire à la lisière du fantastique, où démons et loups garous s’en donnent à cœur joie. Ces contes racontés à la faveur d’un maigre feu ne parviennent pas à faire fuir la nuit et ses dangers. La compagnie évolue dans une atmosphère de méfiance très communicative : Federico attendait toujours le prochain coup fourré.

Avec la peste qui tue tout le monde, plein de concepts sympas sont mis en avant. On marie des handicapés pour échapper au fléau, on pourchasse les juifs, parce que de toutes façons c’est toujours de leur faute, et on fait dire ce qu’on veut aux gens en leur chatouillant les pieds… avec des objets contondants. La plongée dans cette époque étonnante et très angoissante est passionnante. C’est d’ailleurs pour cette raison que Federico n’a pas vu venir une grande partie des révélations du livre et qu’il pardonne à la personne sous payée qui a rédigé le résumé de quatrième de couverture en regardant Inspecteur Derrick.

Malgré certains passages un peu plus faibles l’ensemble est vraiment très prenant. Notre ami lapin a vécu ce voyage à fond, a supporté le sale caractère des nombreux héros et partagé leurs craintes.

Karen Maitland, trad. Fabrice Pointeau, La compagnie des menteurs, Sonatine, mars 2010, 650 p.

Le secret

Un roman de Wilkie Collins, traduit par Émile Daurant-Forgue.

noté 2 sur 4

©ArchipocheUn soir de 1829, la maîtresse du manoir de Porthgenna se meurt. (Pause dramatique) Avant de passer de vie à trépas, elle fait jurer à sa femme de chambre de révéler un terrible secret à son mari. Malgré le serment prêté, la femme de chambre fuit le domaine la nuit même, emportant avec elle l’inavouable vérité qui pourrait détruire bien des vies.

Mais pourquoi ?

C’est un Federico assez déçu qui vous parle. En faisant l’acquisition de ce roman d’un des précurseurs du roman policier, notre ami lapin s’attendait à un livre formidable, qu’il pourrait ranger avec ses classiques anglais adorés.

Le début était pourtant très prometteur : humour à la Jane Austen, œil vif à la Elizabeth Gaskell (on fait avec les références qu’on a sous la main…) et une ambiance gothique gentiment moquée mais prenante. Mais bien vite, l’intrigue s’est dégonflée. Ayant deviné quel pouvait être le fameux secret, Federico a réalisé que sans cela l’histoire se résumait à pas grand chose, et ce étiré sur une trop longue distance, ce qui a émoussé son intérêt. Et puis au bout d’un moment, les femmes qui passent leur temps à s’évanouir et se mettre dans tous leurs états au moindre choc, c’est un peu agaçant. Federico a trouvé que l’histoire ne traversait pas aussi bien les siècles que d’autres écrites à la même époque. Il est difficile d’expliquer cette impression sans ruiner votre future lecture, mais disons que notre ami lapin ne s’est pas senti projeté dans le XIXe siècle et n’a pas pu s’empêcher de juger les évènements avec son regard de lapin du XXIe siècle.

En définitive, ce roman n’a pas emporté Federico aussi loin qu’il aurait aimé. Cela est bien dommage car l’auteur ne démérite pas dans sa manière de croquer les personnages avec mordant.

William Wilkie Collins, Le Secret, Archipoche, juillet 2012, 542 p.

La séance

Un roman de John Harwood, traduit par Danièle Mazingarbe.

noté 1 sur 4

Quand Federico emprunte un livre et qu’il sent que la lecture ne va pas aboutir à grand chose, il l’interrompt rapidement. En revanche, quand notre ami lapin investit dans le papier, il se dit que quitte à avoir un livre dans sa bibliothèque, autant l’avoir lu jusqu’au bout. Avec l’indiscutable qualité de l’écriture, c’est la seule raison que Federico invoquera pour avoir lu cet étrange ouvrage en entier.

Encore une fois, on se demande ce qui a traversé l’esprit de la personne en charge du résumé de quatrième de couverture. Voyez plutôt :

©Pocket« Wraxford Hall, dans le Suffolk… Le vieux manoir anglais surplombe un pays noir et sinistre qu’aucun braconnier n’approche. Qui y croise le fantôme du moine, dit-on, ne vivra pas pour le raconter. Comme Cornélius, l’alchimiste, et son neveu Magnus, morts tous deux en d’étranges circonstances. Ou Eleanor Unwin et sa fille, qui ont mystérieusement disparu.
Janvier 1889. Constance Langton, jeune orpheline londonienne, est contactée par un avocat. Des parents éloignés lui ont laissé un héritage inattendu : Wraxford Hall. Charge à elle d’en dissiper les brumes et d’en lever les mystères… »

Bon, jusque là, tout va bien. En lisant cela, Federico s’attendait à suivre la jeune Constance dans cette mystérieuse demeure et découvrir avec elle ses affreux secrets. Et bien non, pas du tout. Si Cornélius Waxford disparaît dans la première partie de l’ouvrage, il faut attendre la page 250 pour que Eleanor, Magnus et la petite Clara se décident à faire de même. Quand à Constance, elle ne prend le chemin de Wraxford Hall que vers la page 320 de ce livre qui en compte… 416 ! Un grand merci au rédacteur de ce résumé qui nous permet de connaître les trois quart du livre avant d’en commencer la lecture. Super. Gé-nial !

Il faut néanmoins reconnaître que le résumé ne peut pas être le seul coupable dans cette entreprise littéraire ratée. Pourtant, Federico était plutôt bien parti, emballé qu’il était par la fluidité du style et par le récit de l’enfance de Constance. Délaissée par sa mère qui ressasse en permanence le décès de son autre fille, la jeune femme décide de la conduire à une séance de spiritisme afin de l’aider à faire son deuil. Malheureusement, le récit délaisse bien vite cette piste intéressante pour nous conduire sur les traces de Cornélius, Magnus et Eleanor et nous raconter leur vie par le menu jusqu’à leur mystérieuse disparition. En résultent des passages sans intérêt aucun, qui sèment des vraies fausses pistes et qui, au lieu de captiver notre ami lapin, l’ont plongé dans un état assez proche de l’ennui. La quatrième de couverture (encore elle), s’appuie sur les critiques d’éminent magazines pour nous assurer d’une lecture délicieuse, ensorcelante et pleine d’énigmes. Federico a surtout eu l’impression d’être totalement laissé pour compte dans cette affaire, comme si ce n’était pas à lui que l’histoire était racontée et qu’il n’en était qu’un lointain spectateur. À aucun moment il ne s’est senti concerné par le destin des personnages.

Federico a été au bout de ce livre car il espérait que les ressorts de l’intrigue, quand ils seraient révélés, apporteraient du sel à cette lecture sans saveur. Nenni. C’est un quidam sorti de nulle part qui révèle une bonne partie du pot aux roses lors d’une excursion fantaisiste et bâclée au manoir. Le reste, ce sont les certitudes hasardeuses de Constance qui en viennent à bout.

Quel était le but de tout cela ? Nous divertir ? Dans le cas de notre ami lapin, c’est raté.

John Harwood, La Séance, Pocket, octobre 2013, 416 pages

Cranford

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Béatrice Vierne.

noté 3 sur 4

Il y a peu de temps, Federico vous avait parlé avec un enthousiasme exubérant de Nord et Sud. Cette lecture a marqué le début d’une histoire d’amour entre Federico et Elizabeth Gaskell. Bon, techniquement, c’est une relation à sens unique puisque Federico ne l’a jamais rencontrée et qu’en plus elle est sacrément décédée. Mais qui s’en soucie avec des romans aussi délicieux ?

Nord et Sud avait donné lieu à une séance de dévoration livresque : Federico a l’a lu presque d’une traite, au mépris des lois du sommeil et du réveil matin. Point de ce genre d’excès pour Cranford, et pour cause : ce livre n’est pas emprunt de la même passion que son prédécesseur.

©PointsCranford est une petite ville d’Angleterre où les femmes sont largement majoritaires. Veuves ou demoiselles, elles partagent – en plus de leur goût pour les ragots – deux caractéristiques : leurs jeunes années sont derrières elles et elles sont toutes plus ou moins fauchées. C’était le lot de bien des femmes au XIXe siècle : l’absence de mari allait de pair avec l’absence d’un revenu conséquent. Heureusement pour elles et le lecteur, nos héroïnes savent ménager les apparences et s’accommodent avec beaucoup d’imagination de leur situation. L’important c’est que ça ne se voie pas trop et es ruses déployées pour y parvenir sont toutes plus amusantes les unes que les autres.

Federico a adoré picorer ce livre fait de micro événements – tel que l’arrivée d’un nouveau voisin et ses filles – et de délicieux moments de quotidien. Il a découvert une autre facette de la plume d’Elizabeth Gaskell : malicieuse et pleine d’une tendre ironie. On est tenté de se moquer de ces personnages aux manies risibles mais l’auteur est suffisamment maître de son sujet pour nous éviter cet écueil. On s’attache à ces héroïnes loin des modèles romanesques que sont Margaret Hale ou Elizabeth Bennet. Pour elles point d’émois amoureux ni de longues marches sous la pluie. À Cranford, l’aventure c’est d’aller voir un théâtre ambulant et le cœur est tourné vers les amis et la famille.

De cette chronique de la vie à Cranford, Federico ne garde qu’un seul regret et il concerne la narratrice. Celle-ci, au petits soins pour ses vieilles amies est trop discrète et reste une inconnue pour le lecteur. Notre ami lapin a été assez frustré de ne pas en savoir plus sur cette femme extrêmement sympathique. Pourtant elle aussi aurait mérité son heure de gloire : c’est à travers son regard amusé et indulgent qu’Elizabteh Gaskell nous fait entrer dans ces maisons bien rangées et nous régale de très très bons moments de lecture.

Elizabeth Gaskell, Cranford, Points, octobre 2012, 320 p.

Première parution en Angleterre en 1851.

Une place à prendre

Un roman de J. K. Rowling, traduit de l’anglais par Pierre Demarty.

noté 2 sur 4

Par dévouement, mais aussi par curiosité, Federico a lu le pavé de J. K. Rowling… Et oui, quid du dernier né de la maman de Barry Crotter ?

On le sait, les médias l’ont rabâché tout au long de la rentrée de septembre : Une place à prendre est un livre pour adulte. Soit. En passant, Federico remarque que préciser à tout bout de champ « livre pour adulte » sous-entend, et surtout souligne, que la saga du sorcier binoclard était avant tout un « livre pour enfant », et donc qu’il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes nom d’une pipe en terre. Cela agace un peu notre ami lapin, car le plus important n’est pas de déterminer si c’est un livre pour les enfants, les adultes ou les poissons-chats, mais si ce bouquin vaut le coup qu’on y mette le museau. Au vu des 2 carottes, difficile de trancher… Ben oui, c’est pas mauvais, ni génialissime, c’est juste pas mal.

© Grasset, 2012Il faut quand même le dire, J. K. Rowling est une bonne conteuse. Alliant suspens, action et émotions, elle alterne différentes voix qui portent avec aisance l’intrigue du roman. Au fait, de quoi ça cause ?

Voici l’histoire :

Suite au décès soudain de Barry Fairbrother, un siège est vacant au conseil paroissial de la petite ville de Pagford. Les notables de la bourgade anglaise se préparent aux élections à venir et se déchirent alors sur la grande question qui anime la commune depuis des décennies : la cité des Champs doit-elle rester sous l’administration de Pagford ou bien rejoindre la tutelle de Yarvil, la ville « rivale » voisine ? Amis et opposants du défunt se croisent et se confrontent, et les secrets bien cachés entre les murs des grandes maisons cossues finissent par éclater au grand jour sur le site internet du conseil paroissial sous l’anonymat du « Fantôme de Barry Fairbrother »…

Secrets, drames familiaux, embrouilles, jalousie, sexe… « mais c’est Desperates housewives » direz-vous ! « Et oui ! », répond Federico.

Malgré les clichés éparpillés ça et là, certains personnages prennent de l’épaisseur au fil de l’histoire et on découvre des rapports entre parents et adolescents particulièrement conflictuels. On fait donc connaissance avec Andrew, ado introverti et boutonneux, son meilleur ami à l’humour cinglant Stuart, Sukhvinder, une jeune indienne mal dans sa peau et brimée en classe, et surtout Kristal, une fille de la cité qui lutte au quotidien contre l’emprise de la drogue sur sa mère et tentant de veiller au mieux sur son petit frère. Côté adulte, on rencontre le patriarche qui veut tout commander, la « première dame » du patelin qui participent à des œuvres caritatives, la fille qui débarque de Londres, la famille d’origine indienne, la cougar, le crapuleux, le looser, etc.

En vrai melting-pot social, plein de thématiques pas gaies y sont traitées : des scènes de violence, sexe, drogue, viol, enfants et épouse battus, scarifications, mais aussi du racisme, de l’adultère, Federico en passe des vertes et des pas mûres… Le tout avec en arrière-plan l’attachement de l’auteur à dépeindre les retors de la politique locale…

Cela doit donc être cette intrigue trop politique et sociale, mais aussi cette narration trop lisse (et peut-être trop facile) qui empêche Une place à prendre de captiver et bouleverser son lecteur jusqu’à la moelle, et donc de rester dans les annales conejienne.

Une place à prendre, J. K. Rowling, Grasset, 2012, 682 pages

Nord et Sud

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

noté 4 sur 4

On entend souvent les gens soupirer d’aise en évoquant le doux souvenir de nuits passées à dévorer un livre qui ne voulait résolument pas se fermer. Cela laisse Federico très pensif : il lui est en effet impossible de poursuivre une lecture, aussi passionnante soit-elle, à partir du moment où son horloge biologique le somme d’aller au dodo. Cela arrive en général avant minuit et se traduit par des grincements inquiétants au niveau de la nuque, des picotements dans les yeux et des lettres qui se mélangent. Malgré son envie de connaître la suite, Federico est donc obligé d’obéir à son petit corps et d’abandonner son livre, qui trépigne jusqu’au lendemain.

Pour maintenir notre lapin en éveil la moitié d’une nuit il faudrait donc du très très lourd, du plus que passionnant, du gros choc littéraire qui donne la fièvre du vendredi soir. Ne cherchez plus, nous avons trouvé. Il lui faut Nord et Sud de Elizabeth Gaskell.

Hier soir, notre ami lapin a repris la lecture de ce roman débuté la veille et croyez le ou non, la nuit fut courte. Pourtant, entre deux larmichettes, Federico s’est souvent dit que le chapitre en cours était le dernier, parce que bon, quand même demain il faut se lever (oui, Federico travaille le samedi). Mais c’était sans compter sur son horloge biologique totalement détraquée par cette nouvelle passion littéraire qui l’a maintenu dans une forme olympienne et lui a ainsi permis de venir à bout de ce chef d’oeuvre de 670 pages.

Federico s’est donc couché dans un improbable état d’excitation à 2 h 00 du matin, ce qui n’est pas sage du tout quand on est un lapin aux gros besoins en sommeil, et vers 2 h 30, son estomac a commencé à s’indigner d’avoir été oublié.

D’un point de vue spirituel, on peut donc considérer que cette lecture a permi à Federico de quitter son corps et d’en oublier les contingences matérielles.

Nous reviendrons plus tard sur le parrallèle qu’on peut (mais qu’on ne doit pas) dresser entre Elizabeth Gaskell et le bouddhisme.

© PointsNord et Sud est un peu l’ancêtre victorien de Bienvenue chez les Cht’is dans le sens où il raconte le choc culturel entre le nord industriel et le sud verdoyant de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle. Arrêtons là les comparaisons oiseuses (nous vous rapellons que Federico n’a que trois heures de sommeil à son actif, ce qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout suffisant !) et passons à l’histoire. Margaret Hale, fille d’un pasteur anglican, a grandi à Helstone, un charmant village du sud où l’air est pur et les arbres touffus. Cette vie idylique à l’abri des soucis bascule le jour où son père, tourmenté par le doute, décide de quitter son ministère. Il choisit d’aller s’établir comme instituteur à Milton, une ville du nord qui s’est développée grâce aux filatures de coton. Pour Margaret le choc est violent : les gens de Milton et leurs manières un peu rudes la prennent totalement au dépourvu. Elle va néanmoins se lier avec plusieurs personnes. Son amitié se déclare bientôt pour une famille d’ouvriers, les Higgins. Le père, virulent syndicaliste, incarne la lutte entre la main d’oeuvre et les patrons. Par ailleurs, Margaret se voit contrainte de fréquenter le nouvel ami de son père : John Thornton, patron d’usine fier et tenace qui, malgré sa fortune, ne correspond en rien à l’idée que la jeune femme a d’un gentleman. Confrontée à ces deux milieux que rien ne semble pouvoir concilier, Margaret va voir s’éveiller sa conscience sociale. Sa franchise l’entraine alors dans des discussions animées avec Mr Thornton qui lui devient de plus en plus anthipatique. Ce sentiment n’est pas du tout partagé : John tombe bientôt éperduement amoureux de Margaret.

Ce roman pourrait, selon Federico, se résumer d’une autre manière : on peut le voir comme un mélange parfait de certains aspects de Jane Eyre, de Germinal et d’Orgueil et Préjugés.

Le côté Jane Eyre

Margaret est une héroïne de la même trempe que Jane : son naturel, son goût pour les choses simples et sa franchise on fait fondre notre ami lapin. Il s’est ainsi pris d’une grande affection pour cette jeune femme qui se tient toujours droite malgré les malheurs qui l’accablent et la tristesse qui la ronge. L’omniprésence de Dieu dans la vie de Margaret la rapproche également de Jane Eyre : toutes deux agissent dans le respect de leur conscience et de Son jugement.

Le côté Germinal

Elizabeth Gaskell est connue pour avoir choqué la société anglaise à la sortie de ses livres. Son implication sociale et son avant-gardisme étaient en effet très mal vus. Elle prouve avec Nord et Sud à quel point elle connaît bien la vie de ceux qui donnent leur énergie aux usines, qu’ils soient patrons ou empoyés, et son regard sur les conflits sociaux est d’une grands acuité. Si ce livre est présenté avant tout comme une histoire d’amour, il va bien plus loin dans l’étude de la société, ce qui le rend encore plus passionnant.

Le côté Orgueil et Préjugés

Évidemment, comment ne pas voir les similitudes entre la relation Thornton-Margaret et le mythique duo Darcy-Elizabeth ? Les circonstances et les caractères sont bien différents mais le lecteur tremble de la même manière face aux nœuds inextricables de leur histoire d’amour. Les malheurs qui semblent s’acharner sur Margaret on fait couler les larmes sur les joues soyeuses de Federico. Les luttes sociales ont fait frissonné ses moustaches. Mais plus que tout, ce sont les élans de romantisme qu’Elizabeth Gaskell a su faire germer çà et là, qui ont le plus ému notre lapin. Ces moments de grâce font passer l’ouvrage de formidable à magnifique. Concernant le style, Elizabeth Gaskell a fait le choix judicieux de la discrétion. Le narrateur, omniscient, plonge le lecteur au cœur des pensées des personnages, inspirant beaucoup de bienveillance à Federico. A contrario, Jane Austen (à laquelle Federico compte consacrer une série d’articles prochainement) s’impose en tant que conteuse complice et instaure ainsi une distance entre les personnages et le lecteur.

Pour l’anecdote, Federico est actuellement dans une période de boulimie « roman d’amour en jupon exigeant » qui l’a frappé suite à la lecture de plusieurs ouvrages de Jane Austen. Souhaitant trouver des auteurs similaires, notre ami lapin a ainsi découvert l’existence d’Elizabeth Gaskell. Ayant commandé Nord et Sud chez son libraire et n’en pouvant plus d’impatience, il se disait que peut-être il serait déçu. C’est tout le contraire qui a eu lieu : ce livre l’a frappé droit au cœur. Malgré le fait qu’il connaissait en partie le fil de l’intrigue (merci Internet), Federico n’a pu abandonner sa lecture que lorsqu’il y était absolument, affreusement obligé et il a été transporté par un tourbillon d’émotions tel qu’il n’en avait pas connu depuis Jane Eyre. Nord et Sud est donc devenu, en l’espace de deux jours, l’un des livres les plus aimés par notre ami lapin.

Pour fêter ça, Federico vient de vous livrer un long et maladroit article (la fatigue le rend affreusement bavard), souhaitant de toutes ses oreilles vous avoir donné envie de découvrir ce trésor littéraire.

Une prochaine fois, il vous parlera de l’adaptation BBC de Nord et Sud, avec le chatoyant Richard Armitage (qui quand il n’est pas nain, interprète des grands bruns ténébreux). Federico ne l’a pas encore vu et, il ne va pas vous le cacher, il a un peu peur…

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, première parution (hors feuilleton) en 1855. L’édition que Federico a dans sa bibliothèque est la suivante : Points, 2010, 673 p. Traduction de Françoise du Sorbier.

Si par hasard quelqu’un connaît la date de la première parution française de l’ouvrage, Federico serait très curieux de la connaître. Merci et bonne nuit.

Les Hauts de Hurlevent

Un roman de Emily Brontë (1847)

Federico est un lapin qui aime avoir du vent dans les poils et des frissons dans les moustaches. Les landes semi-désertes de la campagne anglaise et les pierres froides des bâtisses gothiques étaient donc pour lui ravir, voilà pourquoi, après Jane Eyre, il est allé fureter du côté des Hauts de Hurlevent.

Ici, l’intrigue est tellement tarabiscotée qu’un résumé ne parviendrait qu’à vous embrouiller encore plus. L’histoire est construite sur presque trois générations, et les personnages s’empruntent les mêmes prénoms et les mêmes noms au gré des mariages et des naissances. Mais Federico doit vous mettre en garde : l’histoire ne rayonne pas à travers des noces festives et de joyeux baptêmes, non, loin de là. Les personnages, tous autant qu’ils sont, sont animés par la haine, parfois féroce et violente, parfois contenue et insidieuse. Dans un huis clos ouvert aux quatre vents, les familles se déchirent, pour la vengeance et l’honneur, pour l’amour et la haine, et pour avoir le dernier mot…

Federico ne va donc pas vous raconter l’histoire, parce que c’est vraiment très tordu. Il peut au moins vous dire qu’il y a deux familles : les Earnshaw et les Linton, et que tout commença lorsque le vieux père Earnshaw, résident des Hauts de Hurlevent, adopte un jeune orphelin qu’il prénomme Heathcliff. Au fil des années, ce dernier, sombre et sauvage, attire l’animosité de tous, excepté de la fille Earnshaw, Catherine, avec qui il y a de l’amour dans l’air… Mais tout ne va pas bien se passer, ce n’est pas Walt Disney ! Des années durant, la tempête des sentiments va souffler sur les deux familles, balayant des vies et des espoirs, ravivant la haine et la rancœur, avec en son centre le dangereux Heathcliff qui rumine les humiliations de son enfance.

À la fin de sa lecture, notre très gentil lapin a été étonné par tant de haine déversée de la part de personnages qui sont, d’habitude, mondains et raffinés dans leur époque poudrée (fin XVIIIe). Et c’est là la force de ce livre : à quel point des humains peuvent-ils se détester ? Car à côté, les marques d’amour qui parviennent à émerger nous semblent beaucoup moins sincères et puissantes que les injures, les frappes et les malédictions que les personnages se lancent à tour de rôle.

Mais ces sentiments sont un peu trop abruptes pour être vraiment crédibles, et on se détache aisément des héros que l’on trouve alors antipathiques : « mais meurt donc au lieu de te plaindre », puis quand ils en viennent à rendre l’âme, un autre désespéré vient le remplacer… La seule à qui l’on parvient véritablement à s’attacher, c’est la « seconde narratrice », Nelly, la nourrice et servante des Hauts de Hurlevent. En effet, c’est elle qui raconte toute cette histoire au « premier narrateur », Mr Lockwood, locataire de Mr Heathcliff, et Federico va s’arrêter là parce que ça devient tout de suite compliqué, il le voit dans vos yeux plissés sur votre écran… Bref, Nelly est plus douce, raisonnée et aimante que les autres… tout en étant parfois aussi tranchante et butée ! Peut-être est-elle finalement aussi cinglée qu’eux pour qu’elle n’ait pas encore sacré son camp de cet endroit malsain… Les Hauts de Hurlevent, une chouette lecture pour aimer son prochain !

Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, à lire dans plusieurs éditions.

(À éviter à tout prix : le film de 1992 avec Juliette Binoche et Ralph Fiennes, mielleux et romantico-cucul à souhait, à mille lieues des véritables sentiments qui sévissent dans l’œuvre d’Emily Brontë.)