Une éducation catholique

Un roman de Catherine Cusset.

3 carottes

Peu de temps après Catherine la coquine, notre ami lapin s’était souvenu d’une autre Catherine qu’il souhaitait lire depuis un moment. Sa rencontre avec Catherine Cusset a été à la hauteur de ses attentes, et il a trouvé dans Une éducation catholique l’ambiance et les thèmes dont il avait envie à ce moment-là.

IMG-0557Œuvre d’autofiction, Une éducation catholique est une plongée dans l’enfance et l’adolescence de Marie, double de l’autrice. Elle nous dévoile sans pudeur ses grandes amitiés féminines, ses premiers émois amoureux, sa relation avec son père, fervent catholique, et son détachement progressif de cette religion qui bien vite n’intéresse pas la petite fille. Ce qu’elle aime par-dessus tout, la petite Marie, ce sont ses amies (et plus tard les garçons) pour qui elle donne tout et avec qui l’ont peut faire des choses pas très catholiques… Bien vite le roman s’éloigne du sujet de la religion pour se concentrer sur celui de l’apprentissage amoureux et sexuel. Cela n’a pas trop gêné notre ami lapin, tant sa lecture l’a emporté dans la même vague qu’avait soulevé La vie sexuelle de Catherine M.

Federico a lu ce roman d’une traite, envoûté par les mots de Catherine Cusset, entraîné par les pas d’une jeune fille qui entre dans le monde et se donne corps et âmes aux rencontres qu’elle y fait, en recherche constante d’une mentore ou d’un guide à suivre aveuglément. Il y a dans Une éducation catholique un captivant portrait psychologique, en plus de la belle histoire d’une jeunesse bourgeoise dans le Paris des années 1960.

Une éducation catholique, Catherine Cusset, 2014, Gallimard, 144 pages

La Horde du contrevent

Un roman d’Alain Damasio.

noté 4 sur 4

Waouw.

Federico n’est pas du genre flemmard et il ne vous fera pas l’affront de vous livrer, de but en blanc, une critique monosyllabique, qui plus est pour un livre à quatre carottes (si on commence comme ça, il n’y a plus qu’à transformer le Cac carotte en Cac honomatopée avec : Beurk, Aïe, Bof, Chouette et Waouw). Mais il faut dire que « Waouw », résume plutôt bien la lecture merveilleuse, bouleversante et profonde de La Horde du contrevent, et que notre ami lapin ne sait pas trop comment relever le challenge d’en parler sans être incomplet ou dithyrambique…

La Horde du contrevent, c’est le bouquin dont on n’a entendu que du bien, ouï par bouche à oreille, et dont on sait qu’il vaut un immense détour mais on ne prend pas le temps de charger son sac à dos pour partir à l’aventure. C’est vrai, c’est le cas de beaucoup de livres, mais dans ce cas les bouches et les oreilles sont tellement convaincantes et enthousiastes qu’on se lance forcément un jour. Et quel jour plus adéquat que celui du départ en vacances ? Mais trêve de blabla, parlons de ce qui importe.

© Folio, 2007Il a fallu un bon moment à Federico pour comprendre ce qu’il se passe dans ces pages. La construction narrative et l’écriture sont particulièrement… particulières, mais à aucun moment ne lui est venu l’idée d’abandonner. On sait que l’enjeu de cette étrange quête est bien trop important pour être délaissé. Et puis, au fur et à mesure des plongées dans le roman, on distingue, on apprivoise et on marche avec cette horde de vingt-trois loustics. Cela fait des dizaines d’années qu’ils avancent contre le vent afin d’en trouver et comprendre l’origine, à l’autre bout du monde en Extrême-Amont. La horde elle-même nous raconte son histoire, à travers les voix de presque tous les hordiers. C’est Sol, le scribe, qui prend le plus souvent la parole, ainsi que Pietro, le prince, Oroshi, l’aéromaîtresse, Caracole, le troubadour, Aoi, la sourcière, et Golgoth, le traceur, au caractère de sanglier rageur, celui qui mène et harangue sa troupe pour qu’elle avance, celui qui contre, tout devant, et trace la route à suivre. Tous se connaissent et vivent ensemble depuis leurs 11 ans, ils avancent à pied, en ligne droite jusqu’aux confins du monde connu, dans le seul but d’en connaître un peu plus sur ce qu’il y a derrière le prochain caillou, d’aller un peu plus loin que la horde précédente. Car celle-ci est la 34e, et, combative et fervente, elle sait qu’elle risque de se perdre et se disloquer de ses membres au grès des dangers de leur quête.

Est-ce de la science-fiction ? De la fantasy ? Notre lapin favori a décrété : pas de case pour La Horde, de toute façon, elle avance, elle est déjà loin. L’auteur ne cherche pas à faire un simple roman d’aventures avec des dragons et des guéguerres, non. L’univers est complet et difficile à saisir : avant la terre, l’eau et l’air, il y a le mouvement qui régit le monde de ses lois complexes et donne naissance aux plantes, aux animaux et aux hommes, ainsi qu’aux mystérieux chrones, sortes d’entités fluctuantes dont Federico est bien incapable de vous en dire plus…

C’est un beau texte, oh que oui ! Décousu au premier abord, le récit se révèle finement construit. L’auteur prend un plaisir évident à jouer avec le langage : on trouve des mots façonnés à sa guise, d’autres certainement inventés mais nous semblant si familiers, pour obtenir une résonance puissante à la lecture et intense dans notre souvenir.

Ce texte nous imprègne d’idées profondes qui s’étoffent tout au long de la lecture, car la Horde détient le secret des choses qui importent vraiment. Outre la vérité, l’amitié, l’effort, c’est avant tout le lien, entre les choses et entre les êtres, qui compte plus que tout et dont notre ami lapin a compris l’enjeu à la fin de son voyage.

Lorsque Federico s’est rendu compte que l’auteur l’avait convaincu de l’importance capitale du destin de la Horde (car ici le destin n’est pas aussi simplement défini que d’aller jeter une bague dans un volcan), il n’a pas lutté longtemps avant d’acquiescer du museau et de contrer avec eux (et c’est encore mieux sous la tente pendant un violent orage…).

A votre tour maintenant !

La Horde du contrevent, Alain Damasio, 2007, Folio (2004, La Volte pour l’édition grand format), 736 pages