La fiancée américaine

Un roman d’Éric Dupont.

4 carottes

Federico va enfin vous parler de ce pavé formidablement cool qu’est La fiancée américaine.

Cela lui a pris du temps avant de se lancer, car il ne savait pas comment mettre des mots sur cette lecture. De toute façon, il sera plus juste de se faire une idée de ce roman en le lisant. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, qui est étrangement à côté de la plaque !

La fiancée américaine est un roman comme Federico les aime : des histoires en veux-tu en voilà, qui amusent, indignent, attristent, questionnent, émeuvent le lecteur, mais aussi des personnages pas piqués des vers qui évitent les stéréotypes, des pérégrinations de par le globe qui font voyager dans la tête, et enfin un style d’écriture solide couplé à un plaisir de la langue évident de la part de l’auteur.

la fiancée américaineEn gros, La fiancée américaine parle des descendants successifs de Madeleine l’américaine, une cousine éloignée que l’on a fait venir des États-Unis en 1918 pour épouser le jeune Louis-Benjamin Lamontagne dans le village québécois de Rivière-du-Loup (à cause qu’elle s’appelait Madeleine, parce que dans la famille on n’épouse que des Madeleine, c’est comme ça). Mais cette fiancée yankee n’est la vedette que du premier chapitre de ces 750 pages, et c’est davantage les générations suivantes dont l’on va suivre les pas : son fils, Louis Lamontagne, homme-fort surnommé le Cheval Lamontagne ; sa petite-fille Madeleine, aux sentiments insondables et l’ambition implacable ; et ses deux-arrières petits-fils, Gabriel et Michel, qui vont s’envoyer des lettres entre Rome et Berlin pendant un bon quart du bouquin. Ajoutons-leur Madeleine la « Mére », qui va traverser le siècle avec la fidèle sœur Marie-de-l’Eucharistie, ainsi qu’une Magdalena allemande et une touchante Solange, la petite voisine qui va se faire ombre des Lamontagne.

Truffé d’univers variés, La fiancée américaine a fait trembler notre ami lapin sous les remous tragiques de la débâcle allemande de 1945, transpirer au rythme de cours de gym musclés à Toronto et vibrer sous la mélodie persistante de l’opéra fellinien Tosca. Cette lecture se rappelle à lui comme un chemin pavé de petites croix en pendentif, de flèches perdues dans les nuages et de rumeurs qui montent et descendent allégrement la rue principale d’une petite bourgade au bord du fleuve.

Ouais, c’est pas très clair… parce qu’il faut lire le livre !

Vous l’aurez compris, tout s’éparpille à droite à gauche. Federico s’est trouvé face à un gigantesque puzzle dont il connait toutes les pièces mais qu’il aurait bien du mal à assembler parfaitement. À la fin, l’œuvre est belle et ressemble à quelque chose de tangible, foisonnant et furieusement sympatoche. De sacrées bonnes histoires lui ont été contées là !

Éric Dupont, La Fiancée américaine, Marchand de feuilles, 2012, 748 pages

Ma belle-mère russe et autres catastrophes

Un roman de Alexandra Fröhlich, traduit de l’allemand par Lorraine Cocquelin.

3 carottes

La dernière fois que Federico a autant ri en lisant un livre, c’était probablement devant une bande dessinée ou un roman jeunesse. Mais certainement pas grâce à une comédie romantico-ethnologique.

belle mere russeDans Ma belle-mère russe… Alexandra Fröhlich nous gâte en matière de comique de situation et de personnages au potentiel humoristique pleinement exploité.

C’est l’histoire de Paula, une avocate allemande qui repart de zéro après son divorce. Elle ouvre un cabinet qui peine à trouver sa clientèle jusqu’au jour où un couple de russes débarque et tente de lui expliquer dans un allemand quasi inexistant le grave différent qui l’oppose à son ancien bailleur. Cette première entrevue totalement hallucinante est suivie d’une autre un peu plus compréhensible puisque cette fois, Artiom, le fils des deux énergumènes est là pour jouer les interprètes… et ravir de le cœur de Paula.

Comme vous vous en doutez, entre les deux univers (d’un côté des allemands psychorigides et de l’autre des russes extravagants et imprévisibles) le choc est brutal. Ne connaissant pas ces deux cultures, Federico ne saurait dire si ce roman est un ramassis de préjugés ou une brillante comédie sur le choc des cultures. Reste que tout cela est quand même très bien amené et fort bien écrit. Narrateur plongé jusqu’au cou dans cette danse, Paula raconte l’histoire du point de vue de celle qui est coincées entre deux univers d’apparence irréconciliables. S’ils ne sont pas au centre de l’histoire comme le sous entend le titre, les rapports entre la belle-mère et sa bru sont évidemment très présent et représentent les moments les plus épiques du livre. Mais le reste des personnages n’est pas en reste : l’auteur nous régale d’une belle galerie de caractères bien trempés qui, loin de faire de la figuration, donnent naissance à plusieurs intrigues secondaires assez drôles et traitées avec tout le soin qu’elles méritent.

En épousant Artiom, c’est donc un véritable raz-de-marée qui submerge la vie calme de Paula. Mais rassurez vous, même si ce n’est pas gagné au départ, tout ceci s’avère positif pour tout le monde, et le taux de tolérance augmente au fil du roman.
Federico a dévoré ce livre en deux jours car il est facile à lire et foisonne de bonnes idées et de bons mots. Le tout s’enchaîne sans temps morts et a entraîné notre ami lapin qui ne pouvait tout bonnement plus s’arrêter. Mention spéciale au premier chapitre, qui a le mérite de nous faire entrer dans l’histoire avec un enchaînement de gags absolument irrésistibles !

Alexandra Fröhlich, trad. Lorraine Cocquelin, Ma belle-mère russe et autres catastrophes, Piranha, juin 2015, 246 p.