Aucun homme ni dieu

Un roman de William Giraldi, traduit de l’anglais par Mathilde Bach.

2 carottes

©AutrementEn plein milieu de l’Alaska, à Keelut, les loups ont dernièrement tendance à confondre les petits n’enfants avec leur goûter. La mère de l’un d’entre eux appelle Russel Core, un écrivain, à la rescousse. Pourquoi lui ? Parce que cet homme connaît bien les loups et saura traquer la meute infanticide. Arrivé sur place, cet homme au bout du rouleau va découvrir une communauté qui vit selon ses propres lois dans un milieu des plus hostiles.

Voici un roman qui mérite bien le qualificatif de « crépusculaire ». Le paysage de l’Alaska a beau être blanc comme neige (blague facile), on ne peut pas en dire autant de la conscience et de l’humeur des personnages.

L’histoire est assez riche en rebondissement et se lit finalement comme un roman policier à la sauce nature writing. Difficile de vous en dire plus sans vous dévoiler les ficelles de ce roman même si Federico a dénoué l’une d’entre elles dès la moitié du livre.

À ce propos, notre ami lapin se permet un aparté sur ce brûlant sujet. Vous êtes-vous déjà trouvé face à une révélation (dans un livre, un film, etc.) qui avait l’air de vouloir vous surprendre alors que l’aviez vu venir depuis longtemps ? Avez-vous aussi hésité entre plusieurs options :
a) vous êtes un dieu de la déduction, vos amis vous appellent Sherlock Poirot ;
b) l’auteur a fait exprès de faire en sorte que vous sachiez tout en faisant semblant de ne rien vous dire. Tout ceci n’est qu’un vaste complot ;
c) l’auteur n’est pas doué pour cacher ses ficelles (d’intrigue, les ficelles) ;
d) la réponse d).
Dans tous les cas, on ne saura jamais ce qu’il en est à moins de demander à l’auteur (qui est possiblement un agent double au service des illuminati).

Oui, mais on s’égare un peu là.

Au final, Federico a un peu l’impression d’être passé à côté du livre. Celui-ci, malgré des personnages très tourmentés, un cadre apocalyptique et une course poursuite bien orchestrée, n’a pas fait naître beaucoup d’émotions chez notre ami lapin. Cette lecture n’était pas désagréable, pas dénuée d’intérêt non plus, mais rapidement oubliée.

William Giraldi, trad. Mathilde Bach, Aucun homme ni dieu, Autrement, janvier 2015, 308 p.

Into the Wild

Un roman de Jon Krakauer.

Federico avait vu le film, mais lorsque le livre lui est tombé sous la main, la grandiose et dangereuse nature sauvage de l’Alaska l’a englouti et transporté loin du wagon confiné du métro pour suivre l’aventure d’un humain pas comme les autres…

Moins romancé que le film de Penn, le livre du journaliste, écrivain et alpiniste Jon Krakauer est une enquête minutieuse sur l’épopée de Christopher McCandless. Une fois son diplôme en poche, ce jeune homme de 22 ans opte pour le nom de « Alexander Supertramp » et part sur les routes des États-Unis, à la rencontre de la nature et de la vie nomade, loin des perversités de la ville, de l’argent et des ambitions de carrière auxquelles le prédestinait son père.

À travers les lettres de Chris, ses cahiers et ses livres remplis de notes, ainsi que les témoignages de sa famille, de ses amis et des nombreuses personnes qui ont croisé sa route pendant ses deux années de vadrouille, Jon Krakauer tente de retracer son voyage. Atlanta, Mexique, Dakota du Sud, Fairbanks, jusqu’à la piste Stampede en Alaska ; il y découvre l’autobus abandonné où il s’installera pendant le printemps et l’été 1992, et où il trouvera la mort.

On connait l’histoire, vaguement, enjolivée, dramatisée. L’intérêt du livre, c’est de se questionner : pourquoi est-il parti ? Quelles motivations l’animaient, sa philosophie de vie ? L’auteur va au-delà du simple récit chronologique de l’aventure, il s’intéresse à la personnalité de Chris et recherche  quelles ont été ses motivations. Il s’appuie sur les récits et exploits d’autres personnes ayant mené des parcours semblables, et narre notamment sa propre aventure lorsque, au même âge que McCandless, il escalada le mont Devils Thumb en Alaska.

Ce livre fait du bien, à nos habitudes matérialistes, à notre égocentrisme. Il nous change les idées, il alimente nos questionnements sur nos chemins de vie et ceux des autres, il nous donne envie de « vivre pleinement », sans forcément vouloir être aussi extrémiste que McCandless.

Il semblerait que l’aventure de McCandless, son traitement par Jon Krakauer et l’adaptation cinématographique aient engendré quelques fureurs et autres controverses, mais notre lapin les trouve futiles et n’en a que faire. L’histoire est là, elle transporte, la nature est sauvage et impitoyable, et il y a des hommes qui tentent de la vaincre ou bien de cohabiter avec elle, mais, parfois, ils perdent.

Into the Wild, Jon Krakauer, 10/18

(En passant, Federico ne résiste pas à vous conseiller la bande originale du film, par Eddie Vedder.)