L’attrape-cœurs

Un roman de J. D. Salinger, traduit de l’anglais (américain) par Annie Saumont.

3 carottes

Notre ami lapin se demandait ce qu’il y avait dans L’attrape-cœurs pour qu’on en parle autant. Enfin il a la réponse ! Petits veinards que vous êtes, il va la partager avec vous.

L’attrape-cœurs est un roman à la première personne. La personne en question est Holden Caulfield, un adolescent « en rupture », comme on dirait aujourd’hui. Mais en fait, Federico n’a pas trouvé que ce jeune garçon paumé, rebelle, un chouia misanthrope, était si perdu pour la société que ça. Issu de la bourgeoisie aisée de New York (ses parents habitent à quelques pas de Central Park), Holden est surtout un jeune garçon très critique et rabat-joie, qui déteste à peu près toutes les personnes qui l’entourent, en particulier ses camarades de dortoirs, les filles un peu trop pimbêches et les professeurs donneurs de leçon. Il ne supporte pas l’école, ses devoirs et ses codes de conduite, les relations sociales ampoulées à l’entracte des pièces de théâtre, les faux-semblants, le cinéma, etc. La seule matière dans laquelle il excelle, c’est la littérature ; la seule personne qu’il apprécie vraiment, c’est Phoebé, sa petite sœur, vive et intelligente.

attrape-coeursLe roman suit chronologiquement deux jours seulement de la vie d’Holden Caulfield. Renvoyé de Pencey juste avant les vacances de Noël, Holden va décider de quitter l’école plus tôt pour aller errer un peu dans les avenues new-yorkaises avant de rentrer et confronter une nouvelle fois ses parents. Parce que ce n’est pas la première fois qu’il se fait expulser… Hôtels scabreux, bars miteux, le café de Central Station, les marches du musée d’Histoire naturelle, Holden se balade et essuie des déconvenues les unes à la suite des autres.

Federico n’aurait pas cru être aussi emballé par l’histoire de Caulfield. « Des mecs marginaux qui se cherchent et errent sans but dans New York », c’est le pitch des trois romans de La Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, et ça avait un peu gonflé notre ami lapin. Mais ici non, Federico s’est pris au jeu du parcours de Holden Caulfield, un garçon obtu et impulsif qu’il a très vite apprécié, principalement en raison de son éloquence et de son œil malgré tout très aiguisé sur les travers de la société (la société américaine de 1949 dans ce cas-ci).

Notre ami lapin a le sentiment de vous livrer une impression de lecture assez optimiste, alors que la perception de ce roman se veut conventionnellement assez sombre au vu des thèmes abordés et du dénouement final (dont il pense être passé à côté, d’ailleurs…) ; mais ce sont ses impressions, justement. En effet, Federico a apprécié L’attrape-cœurs car il l’a lu avec légèreté, tout en appréciant sa profondeur : les pages se tournaient les unes après les autres sans qu’il ne s’en rende compte, à une période où il avait du mal à prendre le temps de lire. Contre toute attente, le héros lui était attachant et le récit envoutant. On se croyait bel et bien dans les rues de la grosse pomme, sous des airs de jazz et un parfum de gasoil.

L’attrape-coeurs, J. D. Salinger, Pocket, 1986 (1945 pour la version originale), 254 pages

À l’aide, Jacques Cousteau

Un roman de Gil Adamson, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

2 carottes

©10/18Décidément, Gil Adamson et Federico ont du mal à devenir les meilleurs copains du monde. Notre ami lapin vous avait parlé de La Veuve il y a quelques mois de cela et de son quart de déception. Avec À l’aide, Jacques Cousteau, l’auteur ne convainc Federico qu’à 75 %, encore une fois. Ces statistiques tarabiscotées ne veulent pas dire grand chose si ce n’est qu’en lisant ce livre, il était souvent enthousiaste mais aussi parfois complètement paumé.

Ce livre est en effet très déconcertant. C’est une suite de moments volés dans l’intimité de la famille de Hazel, que nous suivons de l’enfance à l’entrée dans l’âge adulte. Le lecteur n’a pas vraiment le temps d’entrer dans l’ambiance d’un moment que déjà on passe à l’autre. Pour ceux qui ont vu Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le magnifique film de Michel Gondry, vous vous souvenez peut-être que les souvenirs du héros surgissent au hasard, sans vraiment de transition et avec l’ordre chronologique comme seul lien logique. Federico a eu la même impression avec ce livre. C’est donc une lecture agréable mais on a quand même l’impression que ça n’a ni queue ni tête. De plus, les moments que nous surprenons sont parfois très intimes et Federico se sentait alors un peu gêné d’y faire irruption.

Pour Federico, ce roman très court qui l’a accompagné pendant son séjour à Venise (pour la seule raison que c’était un des moins lourds de la pile de livres en attente) fait figure d’ovni : bien écrit et bienveillant avec ses personnages un peu bizarres mais en même temps désespérément normaux, mais qui ne semble aller nulle part et ne se finir que parce qu’un livre ne peux pas ne jamais s’arrêter.

Avis aux fans de Jacques Cousteau : celui-ci ne fait qu’une très brève apparition via la télévision qui trône chez Hazel. Un conseil donc, ne vous jetez pas sur ce livre !

Gil Adamson, À l’aide, Jacques Cousteau, 10/18, juin 2014, 164 p.

Le Clan suspendu

Un premier roman d’Étienne Guéreau.

2 carottes

Après avoir dévoré Les enfants sauvages, le premier ouvrage de la nouvelle collection « Y » de Denoël, Federico s’est laissé tenté par Le Clan suspendu, et ce malgré les bandeaux rouges qui ont davantage tendance à repousser plutôt qu’à attiser le désir d’achat/de lecture de notre ami lapin. Ces bandeaux proclament « Addictif » ainsi que l’argument tapageur « Quand Antigone rencontre Hunger Games » (encore une fois, Federico s’est senti rabaissé au rang d’huître consumériste).

Pour commencer, sachez que Federico n’a pas trouvé ce roman addictif (il a failli laisser tomber plusieurs fois), et que le parallèle avec Hunger Games est tout simplement mensonger. Quant à Antigone, la pauvre n’avait rien demandé…

Mais bon, 2 carottes tout de même, alors pourquoi ? Parce qu’on oublie pas si facilement cette histoire étonnante, enfin, surtout son dénouement… C’est ballot, parce que Federico ne va pas vous dévoiler la fin, donc il va broder autour pour vous donner une idée.

Alors c’est l’histoire d’Ismène, 13 ans, qui habite avec quelques adultes et d’autres enfants dans des cabanes dans les arbres (appelé le Suspend). Ils sont contraints de vivre ainsi perché à cause d’un monstre, une ogresse, qui menace de les dévorer s’ils s’aventurent en bas. Leur vie est régie par des rituels, notamment celui de réciter la pièce de Sophocle, Antigone. L’équilibre de cette vie va être bouleversé par de nouvelles tensions au sein du Suspend : disparitions, luttes de pouvoir… Ismène quant à elle se pose beaucoup de questions, notamment liées à la puberté, et s’entiche d’un garçon, tout en attisant le désir d’un autre, cruel et dangereux.

©DenoëlFederico s’est ennuyé sévère tout au long des deux premiers tiers du bouquin (c’est beaucoup, deux tiers de 480 pages…). D’une part, l’ambiance et le contexte lui faisaient une très forte impression de déjà-vu : une communauté qui vit en vase clos, ne connaissant pas son passé et suivant des rites, des tensions qui excluent certains membres, des effets de foule panurgique… notre ami lapin a déjà lu ça dans un autre roman français pour ado, Lunerr, donc ça l’a un peu gavé. D’autre part, on s’embrouille dans les personnages au début, puis on ne s’attache pas à eux : ils sont trop naïfs, bêbêtes et sans volonté, se laissent mener par le bout du nez par un seul ado qui roule des mécaniques. L’héroïne semble plus maligne, mais elle fait preuve de très peu d’initiative, voire de jugeote, et tarde à prendre des décisions de survie. Et il ne se passe pas grand chose finalement, Federico n’avait qu’une hâte : qu’Ismène quitte le Suspend, on sait que c’est inévitable alors pourquoi tarder ?

Mais pour quelles raisons Federico a-t-il continué alors ? Parce qu’il est curieux tout de même, et qu’il voulait savoir d’où viennent ces gens, pourquoi ils sont là. Si notre ami lapin se doutait de la réponse, les derniers éléments révélés sont tout de même perturbant : on découvre un univers lubrique, fait de viol, d’inceste et de mort. Miam. Euuuh… il y a quand même un décalage entre le ton léger type roman ado et les actes des personnages, cruels, malsains… Ce que l’auteur nous décrit en fin d’ouvrage est tout de même terrifiant !

Voilà autre chose qui a gêné Federico : il y a une vision malsaine de la sexualité qui se développe dans ce livre, et si elle s’explique par leur vie reculée et étrangement primitive socialement (dans le Suspend, on ne sait pas trop ce qu’est le sexe et l’amour), cela a malgré tout horripilé notre ami lapin : les liens entre parents et enfants sont flous et arbitraires, donc peu crédibles, les personnages féminins, même non pubères, sont tous rapportés à un moment ou à un autre à leur fonction reproductive, les hommes sont des chasseurs-violeurs, etc., sans oublier la scène horripilante et inévitable des premières règles qui confèrent comme par magie du jour au lendemain le statut de femme…

Federico hésite à laisser les 2 carottes au Clan suspendu… Allez, bon prince, gardez-les ! Même s’il trouve beaucoup à redire, c’était quand même une histoire pas banale ! (Cette critique est pleine de contradictions, là on peut dire que l’avis de notre ami lapin est partagé…)

(Vous l’aurez remarqué, Antigone est complètement passée à l’as dans la critique de Federico, mais c’est aussi le cas dans le bouquin.)

Étienne Guéreau, Le Clan suspendu, Denoël, « Y », 2014, 480 pages

La ballade d’Hester Day

Un roman de Mercedes Helnwein, traduit par Francesca Serra.

noté 3 sur 4

Les jeunes éditions La Belle Colère mettent au centre de leurs livres le monde magique des adolescents. Dans La Ballade d’Hester Day, l’héroïne éponyme attend le jour de ses 18 ans pour épouser un poète raté et antipathique rencontré à la bibliothèque, afin de pouvoir adopter un enfant.

©La Belle ColèreDéjà le ton est donné : on est dans du très, très décalé. Hester a grandi dans une famille dont les membres se heurtent sans se voir ni se comprendre. Sa mère, accro aux mélodrames et à la téléréalité est persuadée que le comble de la réussite est d’aller à la fac pour y trouver un mari. Son père regarde les siens avec un désintérêt profond. Enfin, sa grande sœur étudiante en psychologie déteste sa cadette par principe. Hester, génératrice de catastrophes en chaîne et envahie de questions impossibles, a des aspirations qui sont à des lieues de celles de sa famille. C’est bien simple, si les liens du sang n’avaient pas réuni de force ces quatre là dans la même maison, tout irait certainement mieux. Par conséquent, Hester s’applique à suivre ses impulsions, même si celles-ci ne collent pas aux exigences de sa famille, de la société, ni même du FBI. C’est ainsi que, s’étant vue refuser l’adoption, elle part à l’aventure dans le camping-car de son « mari », embarquant avec elle son jeune cousin passionné par l’espace.

Enfin un roman amusant, plein de bons mots et de héros surprenants ! Au centre de l’histoire se trouvent des personnages certes très bizarres mais jamais caricaturaux. Jamais on ne se dit que l’auteur en fait trop, même dans les situations les plus absurdes : sous des apparences d’écriture sans filet, on découvre une histoire très cohérente et bien construite.  Hester, dont nous suivons chaque pensée au cours de son épopée qui va tourner au vinaigre, est la reine de la comparaison tirée par les cheveux, de la métaphore tarabiscotée. C’est en grande partie à ce talent que Federico doit de s’être souvent esclaffé pendant sa lecture.

Jusqu’au bout, on ignore où le roman/camping-car va nous conduire. À l’arrivée c’est une fin douce amère qui attends le lecteur et qui a rendu notre ami lapin très enthousiaste à l’égard de ce roman vraiment rafraichissant !

Si la ballade du titre prend deux L, c’est que la balade d’Hester Day se fait en musique. Les titres de chapitres citent des chansons dont les titres sentent bon la vieille musique folk. Si Federico n’a pas été assez malin pour les écouter pendant sa lecture, ne faites pas la même erreur et gardez votre boîte à musique à proximité. En plus, le blog de Persephone and the Cheschire Cat vous mâche le travail grâce à une playlist bien pratique.

Mercedes Helnwein, La Ballade d’Hester Day, La Belle Colère, mai 2015, 366 p.

Marathon critique BD, back in 2013

Allez hop, finis la glandouille ! Parce qu’il sait qu’il ne peut pas revenir dans la place avec des petites critiques en loucedé, Federico vous offre ce marathon critique BD. Ne le remerciez pas, il est périmé depuis un an… Et oui, que des bandes dessinées datées de 2013 !

Les 24 heures (Notes, tome 8)

© Delcourt, 2013Alors que les derniers tomes de Notes perdaient peu à peu l’intérêt de notre ami lapin, celui-ci, Les 24 heures, est plutôt pas mal. C’est principalement parce qu’on y retrouve les chouettes histoires de Boulet imaginées et créées pendant les 24 heures de la BD. En plus des récits originaux, Federico salue aussi les planches de transition qui apportent ici une vraie valeur ajoutée par rapport aux tomes précédents, tout simplement parce que Boulet nous parle de son métier d’auteur de bande dessinée : d’où vient l’inspiration, comment être imaginatif, quelles sont nos références, les avantages des contraintes, les problèmes du scénariste et ceux du dessinateur, etc., le tout avec en arrière-plan (on y échappe pas) les ingrédients du « personnage Boulet » : thématiques de l’enfance, du fantastique et de la nature, humour, onirisme, geekitude et parisianisme. Et non, la couverture n’est pas phosphorescente, un manque qui aurait dû conduire à un échec éditorial et commercial. Comprend pas.

Angela et Clara

© Gallimard, Bayou, 2013Federico ne s’y attendait pas, mais cette bande dessinée est vraiment très sympa ! C’est à cause de la couverture, aux couleurs un peu délavées et au dessin enfantin, que notre ami bédéphile avait des doutes. Mais une fois ouverte, c’est la surprise ! Le style graphique n’est autre que celui de la ligne claire (Hergé, si tu nous entends), un peu vieille école au premier abord mais finalement bien maîtrisé, vivant et donc efficace. Ajoutez à cela un humour doux et décalé, une grande sociabilité, beaucoup de bonne humeur, et vous obtenez les aventures de ce duo attachant : Angela et Clara. Dégourdies et baroudeuses, ces deux pré-ados espagnoles traînent dans le quartier les mains dans les poches pendant les longues journées ensoleillées, repoussant l’heure des devoirs pour zoner avec leurs potes ou en binôme. L’apparente simplicité est étoffée par des personnages secondaires bien approfondis, mais aussi par les thématiques abordées : les rots et les pets, la masturbation, la sexualité des parents et les prostituées, sans jamais en faire des tonnes et sans vulgarité, conservant une fraicheur bienvenue et des émotions tout aussi fortes. Vraiment sympa, vous dit Federico ! La suite va-t-elle être traduite ?

Le boxeur

© Casterman, 2013Après Angela et Clara mais dans un tout autre registre, Le boxeur a également été une surprise pour Federico qui ne s’attendait pas à être accroché par cette bande dessinée pas gaie du tout. Il s’agit de l’histoire vraie de Hertzko Haft, un jeune polonais qui, pour survivre dans les camps de la mort, est contraint de mener des combats de boxe contre d’autres prisonniers afin de divertir les officiers nazis. Après la libération des camps, il remporte le championnat de Munich avant d’émigrer aux États-Unis dans l’espoir d’y retrouver son amour de jeunesse. Le dessin énervé à l’encre noire fait écho à ce jeune homme impétueux et rageur qui a dû se battre pour sa survie tout au long de son adolescence. Le ton et le sujet du Boxeur (le récit du père retranscrit en bande dessinée par le fils) font immanquablement pensé à Maus d’Art Spiegelmann, et au plus récent Deuxième génération de Michel Kichka, que vous devriez déjà avoir lus, chenapans !

Marx

© Dargaud, 2013« La vie de Marx, racontée par Marx », c’est le principe de la bande dessinée. « Intéressant mais rapide », voilà ce qu’en a pensé Federico… Certes, le ton direct et le dessin souple, coloré et animé, nous rendent ce petit personnage familier et attachant, tout en relevant les incongruités de son mode de vie par rapport à l’idéal de son discours : bien qu’il connut en effet des périodes de grande pauvreté, Marx put bénéficier de plusieurs héritages (!) grâce à son ascendance bourgeoise juive, et à celle, catholique, de son épouse. Mais si la bande dessinée fait l’autoportrait complet de Marx et de sa vie, on regrette qu’elle approfondisse si peu la philosophie du père du communisme : l’aperçu donné sur l’athéisme, l’anarchie, l’anticapitalisme, est assez bref et ne nous donne pas de véritables clés pour comprendre l’évolution de ses idées. La bande dessinée reste néanmoins une lecture divertissante et instructive pour approcher le personnage de Marx, mais pas indispensable pour ceux qui veulent faire la révolution…

Les 24 heures, Notes : tome 8, Boulet, Delcourt, 2013, 208 pages

Angela et Clara, Calo, Gallimard, « Collection Bayou », 2013, 96 pages

Le boxeur, Reinhard Kleist, Casterman, collection « Écritures », 2013, 208 pages

Marx, Corinne Maier et Anne Simon, Dargaud, 2013, 62 pages

Mon ami Dahmer

Une bande dessinée de Derf Backderf.

noté 3 sur 4

Certains ont des amis d’enfance qui deviennent policier ou prof, d’autres ont des potos qui aiment le risque et choisissent libraire ou bibliothécaire… Mais vous en avez déjà eu un qui est devenu serial killer ? Non ? Eh bien l’auteur de cette bande dessinée, oui !

© Ça et là, 2013Voici donc Mon ami Dahmer, le biopic troublant et fascinant de Jeffrey Dahmer, tueur en série américain ayant « œuvré » autour des années 1980. Mais c’est de son adolescence dont nous parle le journaliste et dessinateur Derf Backderf.

Dahmer était un ado bizarre et réservé, mais il fréquentera tout de même la bande d’ami de Derf pendant plusieurs années, dans le lycée d’une petite ville du côté de Cleveland, dans l’Ohio. Son environnement familial était plutôt instable : sa mère était assez rigide en plus d’avoir parfois des crises de démence, son père (un chimiste, ce qui permit au petit Dahmer de jouer à dissoudre des animaux dans divers bocaux…) semblait souvent absent, et le divorce final a été particulièrement violent. C’est au moment de la séparation de ses parents et la fin de ses études secondaires (donc vers ses 18 ans) que Dahmer commet son premier meurtre, le premier sur 17.

Se basant sur ses souvenirs et ceux de ces anciens camarades, en plus d’un tas d’autres sources, l’auteur nous fait le triste portrait de Dahmer, un adolescent avant tout solitaire et décalé, mortifié par ses pulsions sexuelles, qui devint de plus en plus imprévisible, morbide et alcoolique au fil des ans…

Certes, notre ami lapin reconnait que le dessin n’est pas des plus ravissant, mais on s’habitue très vite au style de Backderf, et on se passionne pour le personnage flippant qu’était celui qui deviendra « le cannibale de Milwaukee », condamné à 957 ans de prison ! (il n’en fera que 3 ans car il est assassiné par un autre pensionnaire pas très fréquentable)

À défaut d’êtres humains, Federico a véritablement dévoré cette bande dessinée soutenue par des appendices (préface et notes) vraiment passionnantes pour tout savoir sur la genèse d’un serial killer.

Mon ami Dahmer, Derf Backderf, 2013, Ça et là, 224 pages

Les Orphelines d’Abbey Road

Une série jeunesse d’Audren.

noté 2 sur 4

C’est parce qu’il est un amoureux fou de Jane Austen et des sœurs Brontë que Federico a été attiré par les couvertures de la série Les Orphelines d’Abbey Road. Les orphelinats, les robes grises, les cols en dentelle, toussa… Les Orphelines, c’est un peu ça, mais avec d’autres choses encore ! Notre ami lapin a donc été positivement surpris par ces romans qui prennent une tournure inattendue, mais il s’est un peu ennuyé ensuite…

Au final, quelle est l’histoire ?

© L'école des loisirs, 2012Pensionnaire de l’orphelinat d’Abbey Road, Joy conserve l’espoir de revoir un jour ses parents, disparus dans un naufrage. Cela fait pourtant des années qu’elle y réside, obéissant à l’éducation stricte des sœurs et se liant d’amitié avec Margarita, June, Prudence et les autres (jeune orpheline triste, éducation sévère et amitiés de dortoirs, check ! Pour le moment, on n’est pas loin de Jane Eyre). Lorsqu’elles découvrent le souterrain sous l’abbatiale, les jeunes filles ne se doutent pas des choses étranges et dangereuses qu’elles pourront y dénicher. Depuis leur dernière excursion, Prudence est comme possédée d’un mal étrange causé par le Diable Vert (ah tiens, du surnaturel, là on se sent plus chez Mary Shelley ou sur les hauts de Hurlevent !). C’est pour la guérir que Joy, accompagnée de l’espiègle Ginger aux pouvoirs étonnants, fera connaissance avec le mystérieux monde d’Alvénir (qui ressemble beaucoup au pays des merveilles d’Alice !).

On ne sait pas trop à quelle époque se déroulent les aventures de Joy, mais on situe tout de même vers la fin du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, on est inévitablement marqué par les références de la littérature anglaise, celle du vent sur les landes et des jeunes filles ballotées par la vie. Les Orphelines d’Abbey Road mêle donc le roman d’époque, le merveilleux et le surnaturel. Certains passages inquiétants peuvent donner le frisson, tout comme l’univers d’Alvénir amuse et éveille la curiosité. Mais c’est aussi une histoire sur la construction des liens : l’autorité, la famille, l’amitié voire l’amour. Alors qu’elles rêvent tout simplement d’être des enfants aimés et écoutés, les orphelines seront conduites à se rebeller face à la déraisonnable rigidité des adultes.

Joy réfléchi beaucoup à ce qu’elle est et à ce qu’elle apprend au fil de ses aventures. Notre ami lapin l’associe à une Alice plus mature et perspicace que l’héroïne de Lewis Carroll. Quant à l’univers d’Alvénir, fluctuant et absurde, c’est un Pays des merveilles revisité et approfondi. Les dialogues sont l’occasion de jeux de mots et de réflexions sensées face aux incongruités, et ce non sans rappeler avec plaisir l’autre côté du miroir…

Tout allait bien, donc, avec une préférence pour le deuxième tome.

Mais la lecture du troisième tome a été plus mitigée. Bon, Federico n’avait pas de grandes attentes, étant prêt à se laisser emporter n’importe où ! Mais cet opus, Les lumières du passé, est assez redondant vis-à-vis du deuxième : les orphelines retournent une seconde fois dans le monde d’Alvénir pour y chercher quelque chose (Federico ne sait plus quoi). Et ça cause, et ça marche, et ça cogite… Comme ça arrive souvent dans les univers parallèles, leurs habitants ont l’air moins consistants et plus neuneus que ceux du vrai monde, ce qui est assez dommage et ennuyant à la longue. Ajoutez à ça l’héroïne qui vire fleur bleue, et vous gagnez un lapin pas fâché de terminer sa lecture pour passer à autre chose !

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1 : Le diable vert, Audren, 2012, L’école des loisirs, 288 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 2 : Le monde d’Alvénir, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 3 : Les lumières du passé, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde

Un roman ado de Philippa Gregory.

noté 1 sur 4

Que dire d’une intrigue policière lorsqu’on a trouvé la soluce à la moitié de l’enquête ? Et que dire d’un héros beau et intelligent (et aux origines mystérieuses), qui rencontre une princesse belle et intelligente (et déshéritée par son méchant frangin) ? Pour le récit original et la profondeur des personnages, on repassera…

© Gallimard jeunesse, 2013Déjà, les convocations mystérieuses dans les bas-fonds humides par des encapuchonnés moyenâgeux, ça sent le complot et la société secrète… pas la tasse de thé de notre ami lapin. Du tout. Mais passé cette mise en bouche qui ne donnait pas vraiment faim, l’intrigue se déroule principalement dans un couvent, en Italie, où Luca Vero (un moine novice de 17 ans) est envoyé pour enquêter sur la mystérieuse folie des religieuses. Tout semble mettre en cause Isolde, la nouvelle abbesse, jeune princesse à la magnifique chevelure blonde qui a fait le choix du couvent plutôt que d’épouser un prince lubrique.

Comme il vous l’a dit, Federico a trouvé le coupable très vite, ce qui rend assez agaçante la crédulité de Luca qui a beau être canon (parce qu’avoir les yeux bleus est un gage indéniable de beauté…), est également affublé de formidables œillères (sauf pour voir les jolies religieuses et culpabiliser un peu, rapport à ses vœux de chasteté). Luca est accompagné d’un serviteur, Freize, le rigolo de service, ainsi que d’un clerc, Pietro, qui lui sert de secrétaire et de comptable, c’est toujours utile quand on chasse les démons !

Alors que le premier chapitre parle de mathématiques et des infidèles qui menacent la chrétienté, toute la suite du roman ne revient que très peu là-dessus. Ce premier chapitre ne semble être là que pour justifier l’intrigue un peu louche : un modeste moinillon est mandaté par le Vatican pour enquêter sur des faits étranges. Difficile d’y croire… Dommage, car l’aperçu du Moyen Âge, sans être convaincant, n’est pas totalement irréel, en l’occurrence sur l’importance de la religion et la place des femmes (soit épouses, soit nonnes). Mais malgré tout, ces efforts sont torpillés par les personnages caricaturaux qui forment les couples attendus : le beau mec avec la jolie nana, le serviteur rigolo avec la servante maure (chacun reste à sa place et les clous sont bien gardés !).

Une fois qu’il a résolu le mystère du couvent, Luca se rend dans un village où il doit déterminer si le loup-garou capturé doit être abattu. Là encore, à peine « l’enquête » commencée, on comprend le nœud du problème. En fait, tous les faits et gestes relatés dans l’histoire sont des énormes indices ! Avec cette absence de suspense trépidant, le texte n’est pas non plus aidé par son découpage très inégal : trois ou quatre chapitres à rallonges. Malgré tout, le roman se lit assez vite, mais ne brille pas par une narration exemplaire : l’histoire est plutôt mal racontée, avec beaucoup de redites, les dialogues sont assez pauvres et irréalistes, le tout dans une mise en scène parfois ridicule et une approche historique un peu trop légère… Bref, beaucoup de pages pour pas grand chose.

Alors qu’il ne pensait pas avoir détesté le roman, notre ami lapin se rend compte maintenant que cette lecture fut assez insipide et agaçante quant au manque flagrant d’originalité dans l’intrigue et les personnages, assez pour ne certainement pas avoir envie de se jeter sur la suite lorsqu’elle sortira.

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde, Philippa Gregory, traduit de l’anglais par Alice Marchand, Gallimard Jeunesse, 2013, 320 pages

La fabrique du monde

Un roman de Sophie Van der Linden.

noté 3 sur 4

« Petit mais costaud », voici ce que pense Federico du premier roman de Sophie Van der Linden (bien connue par les aficionados du livre jeunesse, mais ici ce n’est pas un livre pour enfants…). La Fabrique du monde raconte en effet une histoire courte et assez simple, mais bigrement dense de messages et de ressentis.

© Buchet Chastel, 2013Mei est une chinoise de dix-sept ans qui, comme des milliers d’autres jeunes filles de son pays, travaille comme couturière dans une usine. Les vêtements qu’elle manipule mécaniquement viennent grossir les commandes express des clients européens. Les journées sont longues et éreintantes ; les bols de nouilles sont engloutis vite fait, debout dans la file indienne, avant de retourner au travail jusqu’à la tombée de la nuit ; les courtes soirées sont consacrées à la toilette et aux discussions entre filles dans les dortoirs. Mei trouve le moyen de s’échapper de cet abrutissant quotidien dans son sommeil et ses rêves. Et, lorsqu’ils deviennent réalité, lorsque la beauté de la nature, de l’amour et de la liberté s’offrent à elle pendant quelques jours dans l’usine désertée pour les fêtes, Mei s’y jette corps et âme.

Sous la plume fine et sensuelle de l’auteure, notre ami lapin a découvert un roman à double facette : celles de la romance et du livre engagé. Pour le côté « love », il y a cette adolescente qui apprivoise ses sens et ses émotions avec le désir farouche de s’en remettre totalement à eux. Mais il demeure le côté « dark » (non non, pas de vampires mystérieux, ni d’anges dangereux, ni de loups garous ténébreux), celui de la dure réalité des vêtements « Made in China » vendus en Europe (c’est moins sexy). Autant vous dire tout de suite qu’ils ne vécurent pas heureux ni eurent beaucoup d’enfants.

Une fois refermé, ce petit livre résonne encore longtemps dans la tête de Federico : la paie misérable et les usines-dortoirs, le travail incessant et répétitif de l’usine qui anesthésie la pensée et les sens, l’état totalitaire de la République populaire de Chine, les perspectives d’avenir restreintes pour les jeunes chinoises des campagnes… et la fin aussi, pas si étonnante mais particulièrement radicale.

La Fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet Chastel, 2013, 160 pages

Reste avec moi

Un roman (ado) de Jessica Warman

Les préjugés c’est mal.

Cette incontestable vérité, Federico la connaît bien et c’est pour cette raison qu’il lutte perpétuellement contre ces vilaines idées préconçues qui influencent ses opinions. Malheureusement, les erreurs de jugement touchent même les meilleurs et notre ami lapin va de ce pas vous le démontrer.

Voici les causes du préjugé qui a moisi la dernière lecture de Federico. La couverture du livre, tout d’abord :

Laissons reposer et envoyons la deuxième cause, le résumé de quatrième de couverture (Quoi ?! Tout cela ne serait qu’affaire de marketing ? Peut-être… Federico vous laisse en juger) :

« Quand la perfection et la beauté cachent une monstrueuse vérité…
Elizabeth avait tout pour être heureuse : belle, riche et un petit copain parfait. Pourtant, le matin de ses dix-huit ans, elle se réveille sur le bateau où elle a fait la fête avec ses amis. Et elle voit un corps flotter à la surface de l’eau : le sien…
Pourquoi est-elle encore là, spectatrice de sa propre mort ? Et pourquoi Alex, un garçon de son lycée disparu un an plus tôt, est-il avec elle ? Accident ou meurtre ? Ensemble, ils vont découvrir de terribles secrets trop longtemps enfouis… »

En voyant tout cela, Federico a commencé à regarder ce roman de haut. Un calcul s’est fait dans sa tête. Montage fantastico-romantico-toc + nuages électriques et verts (?!) + titre tout nul qui pue l’amour paranormo-impossible + champ lexical de l’atrocité insoutenable ET secrète + fille superficielle transformée en fantôme + guide mystérieux ET mort (rrrho, on ne devine pas du tout ce qu’il va advenir…) = Gossip Girl chez Black Moon.

Pour résumer, Federico s’attendait à subir une romance impossible chez les macchabées, mitonnée tout exprès pour les adolescentes qui trouvent que les mecs vivants, ça manque de mordant. Quelque chose comme ça en fait.

Alors qu’en réalité, ce n’est pas ça du tout. Mais alors pas du tout. Sauf que Federico a mis les 3/4 du livre à s’en rendre compte. Et ça lui a bien gâché sa lecture. Parce qu’à attendre quelque chose qui n’arrive pas, on passe à côté du récit et on s’ennuie. Avec le recul, cette longueur n’est pas à imputer qu’à l’erreur de jugement de notre ami lapin : Reste avec moi aurait mérité d’être moitié moins long. La première partie traîne beaucoup en longueur et brasse un peu d’air, trop occupée à planter le décor pour la deuxième partie. L’écriture, très ordinaire, ne parvient pas à relever la situation.

Malgré cela, il faut rendre justice à ce roman très sensible, sur un sujet assez douloureux (le résumé en fait un peu trop dans le genre « affreux et terrible », mais quand même, ça rigole pas souvent) qui a profité des dernières pages pour émouvoir Federico. L’auteur sonde l’âme des personnages, toute en ambiguïtés, entre zones d’ombre et moments de grâce. Alors que la fourbe couverture nous vend une histoire fantastique et effrayante, Federico y a surtout vu le portrait désabusé de quelques gamins pourris gâtés. Elizabeth est un fantôme assez intéressant qui n’a rien de mieux à faire que de dresser le bilan de son existence doré et de gratter le vernis pour percer le mystère de sa mort. L’auteur joue le jeu du fantôme jusqu’au bout : ses spectres sont incapables de la moindre action ce qui les condamne à observer les vivants et à aller puiser les réponses dans leurs souvenirs. D’où une intrigue qui n’avance pas très vite.

Reste avec moi n’est donc pas un excellent roman mais il vaut bien mieux que ce que Federico en pensait. Notre ami lapin aurait dû écouter la personne qui le lui a mis entre les pattes en lui promettant un ouvrage original et surprenant.

Et pour être surpris, il a été surpris !

Jessica Warman, Reste avec moi, Fleuve Noir, avril 2012, 477 p. (Collection « Territoires »)

Hunger Games

Trois romans (ado) de Suzanne Collins.

Federico est un lapin tendance. Pour vous le prouver, il va consacrer un long article hyper structuré à ce grand succès de la littérature adolescente qu’est la trilogie Hunger Games.

L’adaptation cinématographique qui vient de sortir va-t-elle faire exploser les ventes pour faire place à un nouveau phénomène Twilight ? Lecteurs avides, vous vous ronger les patounes en vous demandant si OUI ou NON vous devez lire Hunger Games avant que le succès n’arrive, encore plus grand, encore plus médiatique. Mais n’ayez crainte ! Votre guide aux grandes oreilles est là pour trancher la question.

OUI ! Notre ami lapin vous conseille fortement la lecture de la trilogie best-seller, et il s’en va de ce pas vous expliquer pourquoi.

Introduction : La folle histoire

Federico voudrait vous parler des trois tomes de cette saga tout en rebondissements, mais il serait ainsi obligé de vous dévoiler des éléments clés des intrigues qui se nouent et se dénouent tout au long de l’histoire, et ça, il ne veut pas !

Pour résumé sans spoiler, Federico peut vous dire que l’histoire se situe à Panem, une société totalitaire construite sur les vestiges des États-Unis. Dirigée par le Capitole, elle organise chaque année des jeux de la faim, les Hunger Games, créés afin de punir et garder le contrôle sur les douze districts suite à leur rébellion 74 ans auparavant. Douze filles et douze garçons, âgés entre 12 et 18 ans, sont tirés au sort et jetés dans l’arène où ils se livrent un combat à mort sous l’œil des caméras et des juges. Toute la population de Panem est contrainte d’assister à cet abject spectacle.

Voilà pour le (joyeux) décor.

Alors que sa jeune sœur Prim est désignée pour participer aux prochains jeux, Katniss se porte volontaire pour la remplacer. Elle se retrouve projetée dans le cruel engrenage de cette arène où elle va devoir lutter pour sa survie et tenter de conserver son humanité.

Vous venez de faire connaissance avec l’effrontée et courageuse héroïne de la saga Hunger Games. Découvrez maintenant ce qui rend ces romans uniques.

Grand un, petit a : Une héroïne qui n’a rien demandé 🙁

Contrairement aux univers de la fantasy ado, Katniss n’est pas l’élue-qui-sauvera-le monde-du-méchant-qui-veut-répandre-le-mal. Elle est, malgré elle, contrainte de se battre pour sa survie mais aussi pour échapper à ceux qui veulent l’utiliser. En effet, les Hunger Games ne sont rien d’autre qu’une émission de télé-réalité avec tout ce que cela implique : images chocs, candidats soumis au bon vouloir des juges, mise en scène, exacerbation des sentiments les plus vils, voyeurisme, etc. La seule différence avec les programmes qui existent dans la vraie vie, c’est que les candidats sont éliminés… définitivement. Federico a été interpellé par ce portrait acerbe de la société du spectacle qui dénonce la manipulation des images pour servir une cause ou contrôler une population, ainsi que les dérives de ces pratiques.

Grand un, petit b : Des thématiques vachement pas ordinaires

Hunger Games est une histoire de survie, de manipulation, de médias… et d’amooour. Aux yeux de Federico, elle peut trouver écho chez les adolescents et les inciter à s’intéresser, à comprendre, et éventuellement à remettre en question le monde dans lequel ils vivent. Notre ami lapin y a lu des messages de paix, de tolérance, et même de respect de l’environnement (des problématiques assez actuelles, non ?). L’ouverture au monde est essentielle dans ces livres, en opposition à l’égocentrisme des romans sentimentaux à la mode dont on abreuve la jeunesse… Mais rassurez-vous chers lecteurs, les héros et leurs aventures haletantes ne sont pas remisés au second plan au profit d’une morale : celle-ci demeure sous-jacente.

Grand deux, petit a : Une histoire qui envoie du lourd !

Au cours de sa lecture, Federico oscillait perpétuellement entre la peur et l’excitation de tourner la page, viscéralement scotché à l’histoire, comme si sa vie était également en jeu ! Suzanne Collins réussit à instaurer un suspense qui perdure en intensité et en qualité d’un bout à l’autre des romans.

Sa recette ? Une louche de dangers mortels, de drames et d’émotions confuses, une cuillère à soupe d’hémoglobine et une pincée de sadisme. Cela a beaucoup plu à notre gentil lapin ! Mais c’est surtout la complexité des personnages et leur rôle ambigu qui l’ont captivé, jusqu’à peupler son sommeil de mille interrogations… « Qui va mourir aujourd’hui ? »

Grand deux, petit b : Une narration au poil

Un autre ingrédient magique de l’auteur est de nous plonger dans la tête de Katniss avec perfection. Le lecteur se retrouve ainsi happé au cœur de l’action, au plus près des émotions de l’héroïne. Ce point de vue est fidèlement conservé d’un bout à l’autre du récit, quitte à parfois déstabiliser le lecteur (quand il partage la confusion de Katniss), mais lui offrant un récit plus authentique et plus cohérent.

L’écriture de Suzanne Collins sert à merveille cet efficace choix narratif. Son style élaboré évite toutefois les effets faciles ; les mots s’effacent au profit de l’action et de l’émotion, abattant toutes les barrières entre le lecteur et les personnages. L’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des quiches, et ça, Federico approuve !

Conclusion : Quoi ?! Vous ne l’avez pas encore acheté ?

Vous l’avez compris, Federico a trouvé beaucoup de qualités à cette saga. Il est vrai que la violence est très présente, c’est pourquoi notre sage rongeur pense que ce livre n’est pas à placer entre de trop jeunes pattes. Cette exception faite, ces livres s’adressent à un large public et ont le mérite d’aborder des sujets très politiques en les mêlant à une intrigue passionnante. De plus, leur écriture fluide les rend encore plus accessibles et populaires.

N’hésitez plus à lire Hunger Games ! Vous ferez peut-être quelques cauchemars, mais Federico vous garantit qu’il seront plein de rebondissements et d’inventivité…

Hunger Games, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2009, 400 pages

Hunger Games : L’embrasement, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2010, 400 pages

Hunger Games : La révolte, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2011, 432 pages

Lucille

Une bande dessinée de Ludovic Debeurme.

noté 4 sur 4

Lucille a été une de ces lectures qui vous retournent un lapin comme une crêpe… Ce pavé de papier (500 pages) a été englobé par Federico d’une seule traite, et c’est comme cela qu’il se déguste : sans reprendre son souffle, impossible de toute façon.

C’est l’histoire de Lucille, auparavant une enfant boulotte, aujourd’hui une adolescente souffrant d’anorexie. C’est également l’histoire d’Arthur, fils de marin qui ne souhaite pas suivre les traces de son père. L’une habite au fond des bois, l’autre sur la falaise. Après leur dures épreuves solitaires, c’est l’histoire de leur rencontre, une découverte amoureuse à la fin de l’adolescence qui les fera renaître pour qu’ils puissent enfin prendre goût à la vie. Mais ces âmes combattantes pourtant longtemps éprouvées n’ont peut-être pas droit au bonheur…

Federico a été véritablement touché par la lecture de ce roman graphique qui se démarque en bien des points de ce qu’on peut avoir l’habitude de lire. Tout d’abord, pas de cases : le dessin de Ludovic Debeurme occupe la page comme bon lui semble mais avec ordre et logique, la lecture demeurant fluide et naturelle. Ainsi, une grande place est donnée aux espaces vides, laissant alors libre court aux décors et aux personnages qui se libèrent. De plus, le dessin défie les lois de l’anatomie, de la beauté et de la perfection : les têtes sont parfois disproportionnées, les corps chétifs, comme les héros ballotés par la vie.

La première partie du roman graphique développe un univers très onirique, qui vous transporte entre forêts, falaises et mer menaçante, les esprits de la nature ne semblent pas loin et le dessin torturé les suggère parfois… Le trait de Ludovic Debeurme est en effet déconcertant, pouvant faire penser aux dessinateurs américains. Si le lecteur peut être réticent au début, on apprend à apprécier ce trait épuré et libre à travers lequel les émotions passent avec force.

Oui, Lucille est une histoire triste et dure, mais la violence et la défaite n’empêchent pas la bande dessinée de faire passer une très belle et poignante histoire d’amour qui ne laisse pas indifférent…

Si vous appréciez Lucille, lisez la suite, Renée. Plus dure, elle a tiré une larme à Federico…

Lucille, Ludovic Debeurme, Futuropolis, 2006, 512 pages, 30 €

Divergent, tome 1

Un roman (ado) de Veronica Roth, traduit de l’anglais par Anne Delcourt.

Dans un futur assez flou, les hommes ont créé un système social dont l’objectif est de supprimer les mauvais penchants humains afin d’empêcher de nouvelles guerres. Ainsi, la société est divisée en 5 factions au nom éloquent : les fraternels, les audacieux, les érudits, les sincères et les altruiste. Chaque faction remplit un rôle bien précis et est régentée par des règles strictes en fonction de ses valeurs. À seize ans, chacun choisit la faction à laquelle il va appartenir pour le restant de sa vie. Pour aider les adolescents à faire leur choix, on les soumet à une simulation qui fait ressortir leurs prédispositions pour une faction. Cependant, chez certains, la simulation ne permet pas de définir une orientation : ce sont des divergents. Ils sont en danger de mort.

Bouh… ça fait peur hein ? Et encore, vous n’avez pas lu de livre de Veronica Roth. Autant vous dire tout de suite que Federico a passé un formidable moment avec Béatrice, l’héroïne de cette captivante histoire. L’auteur épure son récit de tout contexte spatio-temporel (il paraît que ça se passe à Chicago) et concentre son talent sur la description du système et de ses protagonistes. Federico s’est donc retrouvé plongé au cœur du quotidien de Béatrice. Celle-ci lutte pour savoir qui elle est vraiment et sans s’être particulièrement attaché à elle, Federico a suivi son parcours avec un enthousiasme de lapereau. De même, l’auteur fait preuve d’une grande finesse psychologique dans sa peinture des relations ambiguës nouées par l’héroïne. Tout s’imbrique si naturellement qu’on perd parfois conscience d’être en train de lire.

Notre ami lapin s’est tellement délecté du suspens et des surprises dont regorge ce roman qu’il se refuse d’en dire plus. À peine ose-t-il vous avouer que Veronica Roth dépeint un univers assez brutal, où la violence et la mort sont très présentes. Âmes sensibles s’abstenir donc. Pour les autres, ruez-vous sur ce livre qui a fait palpiter le cœur de notre petit lapin.

D’un point de vu purement littéraire, Federico pourrait employer le terme de dystopie pour qualifier ce roman mais il n’est pas assez calé sur le sujet pour être complètement sûr de son coup.

Pour ce qui est de la notation, Federico considère que ce livre mériterait bien trois carottes et demi, mais ce serait une note divergente et notre ami lapin tient à contrôler son classement. Qui sait, peut-être que le tome 2 remportera la timbale ?

Divergent, Veronica Roth, Nathan, octobre 2011, 436 p., (collection « Blast »), 15,90 €

L’année où tout a changé

Un roman (ado) de Jill Hucklesby

Federico a commencé cette lecture en pleurant. Nullité dramatique ? Non, juste une histoire qui commence très mal. Dans un accident, Amy, 13 ans, perd sa meilleure amie et sa jambe droite. Tout un pan de sa vie s’effondre donc : fini les délires avec Sophie et adieu la prometteuse carrière de nageuse. Pourtant, tout n’est pas fini pour la jeune fille.

Écrit sans misérabilisme ni bisounoursisme, le roman de Jill Hucklesby réussit à traiter de la difficile reconstruction d’une adolescente dans un roman où l’espoir l’emporte sur le reste. Méfiant au départ, Federico a été agréablement surpris à la lecture de ce livre. Les personnages sont finement dessinés et leur réaction face à la situation est subtilement analysée. L’histoire tient la route, l’héroïne est attachante et la bonne humeur est revendiquée.

Malgré ces qualités, L’année où tout a changé ne fait pas partie de ces romans qui ont marqué Federico. Le principal défaut de ce roman est qu’il s’adresse a des adolescentes, pas à des lapins. Le ton employé s’en ressent. Par conséquent, il est tout à fait recommandable pour une jeune fille qui veut lire un roman émotionnellement intelligent, mais est vite oublié par un lapin avide d’une plume plus aiguisée.

L’année où tout a changé, Jill Hucklesby, Bayard, septembre 2011, 386 p., (collection « Millézime »)

Madison Avery, tome 1 : Ange Gardien

Certains livres sont vexants. Ils sont écrits de façon tellement tarabiscotée qu’on n’y comprend rien. Voilà pourquoi Federico a abandonné la lecture du premier tome de la trilogie Madison Avery à la page 34 : parce que ce n’est vraiment pas clair.

Là où certains auteurs passent un chapitre à planter le décor de leur histoire, Kim Harrison plonge le lecteur au cœur de l’action de son livre. Le souci c’est que, comme elle écrit avec des palmes, Federico a plutôt eu l’impression d’être largué en plein champ de bataille : courage, fuyons.

Difficile de dire ce qui cloche dans l’écriture de ce livre : des phrases trop courtes ou trop longues ? Des virgules mal placées ? Des descriptions inutiles ? Un peu de tout ça. Mais le pire réside dans les métaphores tirées par le pompon. Exemples : « nous sommes aussi vulnérables que des canards sur l’eau ». Moui, mais encore ? « Je sentis son parfum de tournesols au crépuscule ». D’accord. Et ? « J’eus la sensation qu’on frottait des plumes sèches sur mon âme ».

C’est une autre culture.

En plus la couverture est moche.

Madison Avery, tome 1 : Ange Gardien, Kim Harrison, Castelmore, octobre 2011, 285 p.