De si jolies ruines

Un roman de Jess Walter, traduit de l’anglais par Jean Esch.

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de si jolies ruinesCe roman commence dans un village isolé de la région italienne de Cinque Terre (Federico est déjà parti acheter son billet d’avion pour cette destination choquante de beauté). Un matin, alors que Pasquale tente en vain de construire une plage pour attirer les touristes dans son hôtel, un bateau arrive, transportant avec lui la somptueuse actrice américaine Dee Moray, échappée du tournage de Cléopâtre. Cette rencontre va changer la vie du jeune italien, mais aussi celle de Dee, de Claire Silver, de Shane Wheeler, de Michael Deane, etc. Le tout, de 1962 à aujourd’hui. Ça en fait du monde ! Pourtant leurs histoires respectives s’articulent tellement bien qu’on passe de l’une à l’autre avec fluidité. Le lien entre tous les personnages n’est pas évident au début (même si on devine qu’ils sont tous connectés) mais l’auteur prend son temps et fini par construire une histoire très cohérente que Federico a eu beaucoup de plaisir à lire. Jess Walter nous parle d’amour, de mauvaises décisions, d’actes manqués, de petites erreurs, de manques de chance, et plus concrètement, du monde impitoyable du cinéma. Les héros de cette comédie humaine sont d’excellents compagnons de lecture, tout particulièrement Pasquale, dont la candeur et l’honnêteté sont irrésistibles.

Cependant, malgré un univers dans lequel il a aimé se replonger à chaque fois qu’il reprenait sa lecture, c’est avec un goût amer dans la bouche que notre ami lapin l’a achevée. Pendant tout le livre, l’auteur décortique avec bienveillance les erreurs de ses personnages mais il en commet lui-même une à la fin, et Federico ne lui pardonne pas. Après 450 pages d’une histoire faite de beaux morceaux de vie, de détails, de dialogues percutants, bref une histoire tellement crédible qu’on la croirait vraie,  Jess Walter cède aux sirènes du happy ending et bricole un joli épilogue très hollywoodien à chacun des personnages, en quelques lignes, emballé, c’est pesé. Ne nous méprenons pas, Federico n’est pas un sadique qui se délecte de voir des personnages s’embourber dans les problèmes jusqu’à une fin tragique (vous êtes quand même en présence d’un fan de Jane Austen, faut pas déconner). Seulement, notre ami lapin préfère une absence de fin à une fin comme celle-ci, qui emprisonne les personnages dans 10 pages après nous avoir permis de les côtoyer intimement dans le reste de l’ouvrage. S’il avait su s’arrêter à temps en laissant la voie ouverte à toutes les possibilités, De si jolies ruines aurait été aux yeux de Federico le roman brillant dont la presse a fait l’éloge.

C’est dommage, parce que jusqu’à la page 450, c’était vachement bien.

Jess Walter, trad. Jean Esch, De si jolies ruines, 10/18, juin 2015, 480 p.

À l’aide, Jacques Cousteau

Un roman de Gil Adamson, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

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©10/18Décidément, Gil Adamson et Federico ont du mal à devenir les meilleurs copains du monde. Notre ami lapin vous avait parlé de La Veuve il y a quelques mois de cela et de son quart de déception. Avec À l’aide, Jacques Cousteau, l’auteur ne convainc Federico qu’à 75 %, encore une fois. Ces statistiques tarabiscotées ne veulent pas dire grand chose si ce n’est qu’en lisant ce livre, il était souvent enthousiaste mais aussi parfois complètement paumé.

Ce livre est en effet très déconcertant. C’est une suite de moments volés dans l’intimité de la famille de Hazel, que nous suivons de l’enfance à l’entrée dans l’âge adulte. Le lecteur n’a pas vraiment le temps d’entrer dans l’ambiance d’un moment que déjà on passe à l’autre. Pour ceux qui ont vu Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le magnifique film de Michel Gondry, vous vous souvenez peut-être que les souvenirs du héros surgissent au hasard, sans vraiment de transition et avec l’ordre chronologique comme seul lien logique. Federico a eu la même impression avec ce livre. C’est donc une lecture agréable mais on a quand même l’impression que ça n’a ni queue ni tête. De plus, les moments que nous surprenons sont parfois très intimes et Federico se sentait alors un peu gêné d’y faire irruption.

Pour Federico, ce roman très court qui l’a accompagné pendant son séjour à Venise (pour la seule raison que c’était un des moins lourds de la pile de livres en attente) fait figure d’ovni : bien écrit et bienveillant avec ses personnages un peu bizarres mais en même temps désespérément normaux, mais qui ne semble aller nulle part et ne se finir que parce qu’un livre ne peux pas ne jamais s’arrêter.

Avis aux fans de Jacques Cousteau : celui-ci ne fait qu’une très brève apparition via la télévision qui trône chez Hazel. Un conseil donc, ne vous jetez pas sur ce livre !

Gil Adamson, À l’aide, Jacques Cousteau, 10/18, juin 2014, 164 p.

La veuve

Un roman canadien de Gil Adamson, traduit par Lori Saint-Martin et Paul Cagné.

noté 2 sur 4

Bon, on ne va pas se mentir, Federico n’a pas été autant emballé qu’il l’aurait voulu par ce roman. Pourtant, ce western au féminin ne manque pas d’action et de grands espaces propices à séduire notre ami lapin.

©Le roman démarre sur des chapeaux de roues et jette le lecteur sur les pas de Mary Boulton qui fuit ses deux affreux beaux frères. À 19 ans, elle a déjà tout perdu : elle vient de tuer son mari et les deux zozos qui lui courent après sont bien décidés à ne pas lui faire de cadeau. Désespérée, en proie à la folie, Mary n’a nulle part où aller. Alors elle court vers les montagnes, à l’ouest, là où la suivre deviendra plus difficile. Dès ce moment, le rythme du livre ne va pas faiblir. Et pourtant Federico, même s’il a apprécié sa lecture, aurait aimé ressentir plus fortement les sensations qui traversent ce livre puissant. Heureusement, la dernière partie du livre à fait remonter l’estime de notre ami lapin : fracassante – dans tous les sens du terme – elle est à l’image de cette veuve, incroyablement culottée et imprévisible.

Folle, Mary Boulton l’est certainement un peu. Mais on découvre bien vite que c’est ce qui va la sauver au cours de cette incroyable épopée. L’auteur ne cherche pas plus que ça à justifier le crime de la veuve, d’apitoyer le lecteur sur son sort. C’est inutile car, même si objectivement Mary Coulson mérite la pendaison, subjectivement, elle est trop badass. Du coup, on a qu’une envie : la laisser s’enfuir. Chut, on a rien vu. Au cours de ses aventures, elle va rencontrer des personnages dignes des westerns les plus timbrés. De l’ermite génial à l’indien taciturne en passant par le pasteur-boxeur, l’auteur nous régale d’une galerie de héros qui mériteraient eux aussi leur livre.

Qu’a-t-il manqué à la première partie de ce livre pour que Federico l’apprécie totalement ? Difficile à dire. Peut-être un quelque chose dans l’écriture qui nous ferait ressentir plus viscéralement les émotions de cette héroïne complexe ?

Gil Adamson, La veuve, 10-18, mai 2011, 432 p.