Sœurs de miséricorde

Un roman de Colombe Schneck.

2 carottes

IMGP2741Azul est née en Bolivie, dans un village de montagne qui ressemble à une corbeille de fruits exotiques. Élevée par une mère seule qui ne parle que le Quechua au milieu d’une fratrie unie, la vie va la conduire à poursuivre des études dans la capitale, avant de devoir partir en Europe faire des ménages pour subvenir aux besoins de ses enfants et de son mari.

Sœurs de miséricorde évoque les sœurs de sang mais aussi les sœurs de cœur, celles qui vous tendent la main pour que vous puissiez la tendre à d’autres. L’histoire d’Azul est celle d’une femme qui passe son existence à donner aux autres, sans se poser de question. À travers ses yeux innocents mais pas naïfs, le contraste entre la Bolivie colorée et fruitée de son enfance et la triste grisaille des villes européennes est saisissant.

Federico a été un peu frustré par cette lecture. Le style de l’auteure, riche en redondances et en répétitions donne une apparence simpliste au texte. Pourtant l’histoire et les personnages sont beaucoup plus complexes qu’ils n’y paraissent. On sent bien que beaucoup d’émotions sont évoquées mais l’écriture ne les laisse qu’affleurer à la surface du livre ce qui met une certaine distance entre le lecteur et le sujet. Notre ami lapin, qui aime les romans qui le bousculent, n’est jamais vraiment rentré dans cette histoire et c’est dommage car Sœurs de miséricorde est un très beau portrait de femme, abordé avec empathie et poésie. Ce roman possède la richesse du jardin de la maison d’enfance d’Azul, mais il se tient à une distance que Federico n’a jamais franchie.

Colombe Schneck, Sœurs de Miséricorde, Stock, août 2015, 210 p.

Federico au Québec : jours 9 et 10

Voici la troisième et dernière partie des aventures de Federico au Canada. Cet épisode s’est fait attendre, mais soyez indulgent avec notre ami lapin : entre temps, il est rentré chez lui, est retourné travailler et a enchaîné les lessives, tout ça alors que son lit et sa couette lui tendaient les bras. Heureusement, il s’est fait violence et a décidé de ne pas vous faire languir plus longtemps ! Suivez ses pas au cours de ses dernières promenades montréalaises.

IMGP3104Jour 9 : sérieusement, de la pluie ?!

Hé oui, Federico est parti au Canada pour tâter de la poudreuse et humer le bon froid sec mais en rentrant de Québec City, c’est de la neige fondue qui l’attend. C’est comme de la pluie mais en plus froid, autant dire que ça ne donne pas très envie de s’attarder dehors ! Notre courageux ami fait néanmoins une respectable promenade dans le Quartier Latin, haut lieu de la créativité montréalaise. Après une halte à la BAnQ, alias Bibliothèque et Archives nationales du Québec (on ne se refait pas), Federico continue son après-midi sur le thème de la littérature. En effet, il profite du mauvais temps pour se réfugier au Musée Pointe-À-Callière, consacré à l’archéologie et à l’histoire de Montréal. Ce qui l’intéresse dans ce musée, c’est l’exposition dédiée à Agatha Christie. L’auteure anglaise y a en effet toute sa place car elle a suivi son archéologue de mari sur de nombreux sites de fouilles et y a puisé l’inspiration pour ses romans.

Jour 10 : Federico, ce trappeur

IMGP3111Le soleil étant de retour, Federico décide d’aller profiter de la nature au parc Jean-Drapeau. Situé sur l’île Sainte-Hélène, ce parc garde les traces des aménagements faits lors de l’Exposition Universelle de 1967 et accueille de nombreuses manifestations. C’est donc un endroit paisible où il est agréable de se promener… sauf une semaine après la dernière chute de neige, quand celle-ci s’est accumulée sur les chemins piétonniers et transformée en verglas sur les voies carrossable. En arrivant dans le parc, Federico constate que sa progression va être légèrement compliquée. Mais avec un peu d’imagination, notre ami lapin transforme sa petite expédition en une véritable aventure !

Après avoir mis l’étanchéité de ses bottes à l’épreuve, Federico se rend à nouveau au Musée des Beaux-Arts afin de visiter une exposition consacrée au Groupe de Beaver Hall, groupe de peintres des années 1920, qui ont fait souffler un vent de modernité et de féminisme sur la ville. Passionnant !

Derniers jours : cocooning…

Les activités ne manquent pas à Montréal en hiver, Federico vous l’a démontré dans ces trois derniers articles. Notre ami lapin est loin d’avoir fait le tour de cette étonnante ville et la campagne québécoise attend encore sa visite. Mais pour ses derniers jours de vacances canadiennes, Federico a pris l’option plaid et canapé, parce qu’il n’y a pas que les monuments dans la vie. Nous ne vous montrerons pas de photos de Federico étalé devant un film historique ou faisant des poêlées de patates, veuillez nous excuser. En même temps, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble, venez donc passer un week-end dans le terrier de Federico !

En attendant qu’il se remette pleinement de ses émotions, votre serviteur vous remercie de l’avoir suivi dans ce voyage et vous dit à très bientôt pour de nouvelles péripéties !

Federico au Québec : jour 6, 7 et 8

Federico se pose entre deux promenades pour vous faire un résumé en photo et en cartes de ces derniers jours, c’est reparti !

Jour 6 : ascension du Mont-Royal (en bus…)

IMGP2898-PANO

Non, Federico ne chausse pas ses skis, ni ses raquettes, ni rien du tout : il monte sur le Mont-Royal en bus, fait quelques mètres à pieds, admire la vue et redescend en bus. Pour l’aventure on repassera. Il faut dire qu’il a entrepris ce périple en milieu d’après-midi, ce qui en hiver au Québec, équivaut à la tombée de la nuit. Mais il n’a pas été déçu du voyage : depuis le Mont-Royal la vue sur le centre-ville de Montréal sous le soleil couchant est à couper le souffle !

Jour 7 : Federico à Québec

(La carte spéciale Québec, c’est par ici !)

IMGP2956Après trois heures de train à travers la blanche campagne Québécoise, Federico débarque dans la ville de Québec. Notre ami lapin fait un rapide tour du Vieux Québec puis part étancher sa soif de connaissances au Musée des Civilisations. Il va entre autres assister à une visite guidée éclair de la section consacrée au Québec depuis les premiers colons, avec une guide intéressante mais un peu trop pressée d’en finir ! En sortant du musée à la nuit tombée, Federico découvre un Vieux Québec tout en lumières. Le quartier du Petit Champlain semble tout droit sorti d’un conte de Noël. Vitrines chaleureuses, guirlandes lumineuses, sculptures de glace : tout est mis en œuvre pour émerveiller les touristes. Et ça marche ! Toutes ces émotions, ça creuse : votre chroniqueur dévore une nouvelle poutine dans la brasserie La Souche.

IMGP3044Jour 8 : Federico encore à Québec

Un bon pain perdu au sirop d’érable dans le ventre, Federico se rend en bus aux chutes Montmorency. Le spectacle ne cesse d’impressionner notre ami lapin :  la rivière jaillit entre les blocs de glace et va rejoindre l’eau gelée en bas. Au loin, le Saint-Laurent trimballe ses bébés icebergs. La promenade autour des chutes est très plaisante, Federico y rencontre des mésanges à tête noire et de gros écureuils. De retour dans le Vieux Québec, les pas de Federico le conduisent sur les remparts, puis sur la terrasse Dufferin et la promenade des Gouverneurs. Au cours de ce petit périple, il peut admirer d’un côté la force tranquille du fleuve Saint-Laurent, de l’autre les constructions humaines destinées à nous en mettre plein la vue : les remparts et leurs canons, le château Frontenac et ses fenêtres, et enfin la citadelle Vauban.

Mais déjà la nuit tombe et le train de Federico part bientôt : au-revoir Québec !

Federico au Québec : jour 3, 4 et 5

Les aventures de Federico continuent ! Le « décalcage » horaire et le rhume n’ont pas empêché notre ami lapin de profiter de la belle ville de Montréal. Résumé des derniers jours (avec encore une fois la carte et les photos en cliquant sur les miniatures !)

IMGP2805Jour 3 : dans le pâté.

Mercredi, votre chroniqueur décide de se reposer un peu, parce que n’oublions pas qu’il est en vacances et qu’il peut se permettre une journée off. De plus, il fait très froid et le vent souffle fort, il fait -16° C, ressenti -27° C. Federico se contente donc d’une petite promenade dans le pâté de maison où il réside, déambulant dans les rues De Lorimier, Beaubien et autour du parc Père-Marquette. Il ne prend qu’une photo, la voici.

Jour 4 : papilles et musée.

IMGP2806Jeudi, Federico se frotte aux spécialités culinaires locales. Il commence dès midi en allant dîner au St-Viateur Bagel & Café de l’avenue du Mont-Royal. Au menu, un bagel classique avec saumon et fromage frais. Le bagel est très bon mais la garniture est assez fade, à moins que le rhume n’obstrue les papilles de notre ami lapin ? Après ce bon repas, il descend l’avenue Christophe-Colomb et va se balader dans le parc La Fontaine. Celui-ci est totalement recouvert de neige (ailleurs dans la ville, elle a bien fondu sur les routes et trottoirs) et pour Federico qui n’est pas habitué à ce genre de paysage, c’est tout simplement magique. Le lac gelé accueille les patineurs et les écureuils font les fous dans les arbres. Notre ami lapin passerait bien son après-midi ici mais il a d’autres projets. Il reprend un métro qui le conduit en centre-ville, près du Musée des Beaux-Arts. La visite commence avec une section Arts décoratifs qui plaît beaucoup à Federico : dans une explosion de couleurs et de formes, les œuvres se dévoilent. Si le reste du musée l’emballe moins, l’aménagement des œuvres et leur mise en valeur sont très réussis et en fait un lieu vivant où il est très agréable de déambuler. Après un aussi riche après-midi, Federico s’attaque au monument culinaire du cru : la poutine. Des patates, du fromage, de la sauce : ça cale !

Jour 5 : des vieilleries.

IMGP2855Le Vieux-Montréal est un quartier emblématique de la ville : c’est ici que s’est écrit son histoire depuis l’arrivée des colons européens. Federico est donc très curieux d’aller à sa découverte. Ses pas l’entraînent dans un premier temps sur la promenade du Vieux-Port depuis laquelle il peut admirer le fleuve Saint-Laurent, le pont Champlain et l’île Sainte-Hélène. Dans le port de plaisance quasiment vide, deux bateaux sont pris dans les glaces. Federico s’attarde sur le quai de l’Horloge puis décide d’entrer dans le vif du sujet. Il débarque dans la vieille ville par Le château Ramezay, qui a été transformé en un musée relatant l’histoire de la Nouvelle-France. Malgré les louanges unanimes des guides touristiques, la visite ennuie copieusement Federico et il en ressort un peu assommé. C’est peut-être pour cette raison que le Vieux-Montréal n’arrive pas à le séduire. Beaucoup de boutiques sont fermées et toute la zone autour de la Basilique Notre-Dame de Montréal est bouclée pour cause… d’hommage au défunt mari de Céline Dion. Federico a très envie de se poser dans un endroit chaud pour boire et manger des choses sucrées. Qu’à cela ne tienne, il reprend le métro vers le plateau du Mont-Royal, direction St-Viateur Bagel & Café !

Federico au Québec : jours 1 et 2

Bonjour les amis ! Vous pensiez que Federico vous avait oublié et qu’il n’allait finalement pas vous raconter ses trépidantes aventures en Amérique du Nord ? Pas du tout, il avait juste oublié son mot de passe WordPress. Le décalage horaire… même Federico en est victime !

Ce problème étant résolu (celui du mot de passe, pas celui du décalage horaire), Federico peut à présent vous faire partager ses découvertes. À travers les albums photos en ligne (cliquez sur les photos !) et une carte de Montréal, suivez les traces de notre ami lapin durant ses deux premiers jours d’exploration.

IMGP2767Jour 1 : Federico fait du magasinage !

Pour commencer la semaine de la bonne patte, Federico sacrifie à une coutume nord américaine qui commence à envahir l’Europe : le brunch. Direction Chez Régine, un très sympathique café dans lequel notre ami lapin se régale d’un déjeuner des plus copieux (c’est-à-dire le petit-déjeuner). Il se rend ensuite au marché Jean-Talon pour faire le plein de bons légumes et de sirop d’érable ! Dehors, la neige tombe en continu et maintient la ville sous un manteau tout blanc qui n’en fini pas d’émouvoir Federico. Cette journée se termine par une déambulation dans le quartier du Plateau Mont-Royal et dans l’avenue du même nom, très commerçante.

Jour 2 : un peu d’architecture !

IMGP2786Les effets du décalage horaire se faisant sentir sur les petits yeux fatigués de notre ami lapin, celui-ci décide d’y aller mollo et ne commence son exploration montréalaise qu’après le dîner (le déjeuner des français, vous suivez ?). Cela ne l’empêche pas de faire une bonne promenade dans le centre-ville, entre les rues Sainte-Catherine, Peel et University. Le nez en l’air, Federico admire tours de verre et immeubles de la fin du XIXe entre lesquels viennent se glisser des églises. La balade est très dépaysante car les architectures qui se dévoilent sous les yeux de Federico sont très typiquement américaines ! Le froid étant particulièrement mordant, notre ami lapin en profite pour découvrir les galeries souterraines dont on lui a tant parlé. Si le chauffage et les toilettes sont un intérêt non négligeable de ces places, cela reste néanmoins un enchaînement de centres commerciaux pour chaînes internationales de vêtements et d’alimentation, ce qui ne passionne pas vraiment votre chroniqueur. La journée de Federico se termine devant un saladier de ramens (oui, un saladier) chez Lan Zhou, dans le quartier chinois de la ville.

P. S. : Pour que les légendes des photos s’affichent sur Picasa, cliquez sur l’icône Infos.

Atterrissage immédiat

arrivalFederico vous avait promis de vous emmener en vacances avec lui et c’est chose faite : bienvenue à Montréal !

Pendant treize jours, Federico va manger de la neige et faire des bonds dans le sirop d’érable, mais aussi écouter les gens parler et les regarder vivre.

Voici en exclusivité les premières photos de votre chroniqueur-baroudeur, prises cet après-midi, quelques minutes seulement après son arrivée au Québec.

Après de longues heures d’avion au cours desquelles il a littéralement voyagé dans le temps (six heures de décalage horaire, ça décalque !) notre ami lapin avait bien besoin de se dégourdir les pattes. Quoi de mieux qu’un petit plongeon dans la neige montréalaise ? Ne trouvez vous pas que Federico a toute la noblesse du lièvre polaire sur ce cliché ?IMGP2755

 

Federico repart à l’aventure !

IMGP2748

Dans quelques jours, notre ami lapin va boucler ses valises et partir pour des vacances bien méritées. Mais cette fois, il a décidé de vous embarquer avec lui : grâce à la technologie de l’Internet et des satellites espions, il vous fera partager ses découvertes à travers une petite chronique quotidienne !

N’est-ce pas merveilleux ?

Mais, au fait, où va donc Federico ?

Testament à l’anglaise

Un roman de Jonathan Coe, traduit de l’anglais par Jean Pavans.

4 carottes

C’est après des centaines de page de lecture intensive que Federico a réalisé qu’il tenait entre les mains un bouquin à 4 carottes ; cette constatation l’a mis dans un état de chouette bonheur. La vie est faite de plaisirs simples.

C’était l’aphorisme du jour.

Federico a découvert cet auteur britannique l’année dernière avec La Pluie avant qu’elle tombe, une belle histoire de femmes ballotées par la vie. Lorsqu’il a vu Testament à l’anglaise sur les rayonnages de la bibliothèque de son quartier, il n’a pas pu résister, même si une pile de romans et BD l’attendait déjà chez lui…

Tout au long de sa lecture, notre ami lapin se disait : « C’est tellement anglais ! »

Really: les personnages, la façon dont ils sont décrits, les situations dans lesquelles ils se mettent, l’univers dans lequel ils évoluent, mais surtout l’humour, tout cela rayonne des mille feux de l’Angleterre contemporaine ! Parfumé aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, Testament à l’anglaise est aussi une fable sociale (british alert), teintée ça et là de cynisme politique (british alert) et d’absurde à la Monty Python (british alert). À ce que Federico entende l’accent des personnages de ses séries britanniques favorites dans les pages de la traduction française, il n’y a qu’un pas…

Mais de quoi ça cause ?

IMG_0127Il y a deux héros dans cette histoire.

D’un côté Michael Owen, un quarantenaire qui fut un écrivain prometteur avant de s’enfermer chez lui pendant presque 8 ans à déprimer et jouer avec son lecteur VHS.

De l’autre côté la riche famille Winshaw, une lignée de crapules toutes plus crapuleuses les unes que les autres. Alors que les ancêtres ont construit leur fortune loin du concept de l’humanisme (esclavage bonjour), la ribambelle de cousins répand son aura perverse au cours des années 1960 à 1990 grâce aux lieux de pouvoir et de responsabilités qu’ils infestent. Michael Owen se trouve mêlé à cette mauvaise engeance lorsque la vieille et folle tante Tabitha Winshaw commande la rédaction d’un ouvrage sur l’histoire de sa famille. Et c’est lui qui s’y colle.

Federico a été ému (il arrive des choses terribles à des personnages adorables), Federico a ri (surtout la scène dans le métro londonien, mon dieu que c’était juste et drôle !), Federico a été révolté. Sur ce dernier point, la faute en revient aux Winshaw, mais en quoi sont-ils si détestables ? L’un œuvre dans les finances, son frangin dans le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, leur cousin dans le traffic d’armes, leur cousine dans l’élevage intensif et l’alimentation industrielle, et les deux plus jeunes sévissent dans le milieu mondain des galeries et des tabloïds, nivelant par le bas l’art et les médias.

Au premier abord, notre ami lapin a été déstabilisé par ces personnages très caricaturaux, mais c’est encore un des côtés british du roman ; la caricature permet de prendre de la distance avec leur odieuse ignominie dépourvue de toute subtilité, et d’en rire (ou de grincer les dents, au choix). En fait, Testament à l’anglaise incarne à la perfection le genre littéraire de la satire, avec ses personnages tournés en ridicule. Ici, ironie et intelligence font front commun contre les années de thatchérisme, permettant à notre ami lapin de prendre du recul sur les changements sociétaux dus au « progrès » et aux politiques qui ont été opérées pendant ces dizaines d’années clés. De quoi remettre les pendules à l’heure, et ça ne vaudrait pas forcément que pour l’Angleterre…

Mais Federico tient à souligner que si Testament à l’anglaise est bel et bien une satire, le livre demeure très romanesque, en plus d’être très bien écrit et rondement mené. Il s’est beaucoup attaché à Michael Owen (malgré son rôle de looser asocial) ainsi qu’à sa voisine Fiona, qui se débattent tous deux tant bien que mal dans ce monde qui part en cacahuète. Enfin, notre ami lapin rappelle qu’il y a un côté policier à toute cette histoire (il a oublié de le mentionner en fait…), car il y a un meurtre et des mystères à élucider, avec des chapitres finaux qui atteignent le paroxysme de la réécriture-hommage du whodunit d’Agatha Christie.

En fait, Jonathan Coe noie le poisson dans son livre, il y a tellement de choses et Federico n’en a évoqué que la moitié ! Car il peut préciser que l’auteur alterne les points de vues narratifs, joue avec la chronologie, et ce avec une simplicité stylistique déconcertante permettant une lecture incroyablement aisée. Il peut également ajouter que Testament à l’anglaise parle d’amour et de sensualité, de littérature, de cinéma et de peinture, de manoir anglais perdu dans les landes, de sorties à la mer et de restaurants chinois, de l’enfance, du mariage, de la maladie et de la mort…

Franchement, Federico est époustouflé, chapeau bas !

Jonathan Coe, Testament à l’anglais, Gallimard, 1995, 682 pages

Clementine Churchill, la femme du lion

Une biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit.

3 carottes

clementine churchillWinston Churchill est entré dans l’histoire mondiale comme étant l’homme qui a vaincu Hitler. Tout seul, avec ses petites mains potelées. Mais ce n’est pas pour ça que Federico l’aime bien. Ce qui lui plait chez ce bon vieux Winston c’est qu’il voyait tout en grand. Animal politique, chef de guerre, redoutable tacticien, écrivain nobelisé, peintre de talent… Tous les qualificatifs qu’on peut lui attacher viennent avec des superlatifs. Winston Churchill est un personnage passionnant, et son arbre généalogique en fait un pur produit de cette noblesse anglaise qui fascine Federico. En amour non plus il n’a pas fait comme les autres : à une époque où les mariages de raison étaient légion et s’achevaient souvent en divorce, Churchill épouse une femme qu’il va aimer passionnément du premier regard jusqu’à son dernier souffle. Elle s’appelle Clémentine Hozier et Federico l’aime aussi.
Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, auteurs de la biographie Clémentine Churchill, La femme du lion ont l’air eux même très amoureux de cette femme : le portrait qu’ils en font est exempt de regard critique et la montre sous un jour très flatteur. On tombe donc inévitablement sous le charme de cette femme très aimée outre-Manche et plutôt méconnue dans les terriers français.

clemy

Est-ce qu’elle n’a pas trop la classe ?

Ce qui a d’emblée séduit Federico c’est que Clémentine ne s’est jamais contentée d’être la femme derrière le grand homme. Elle était certes très investie dans la vie politique de son mari, le soutenant, le conseillant et le contredisant (il était conservateur ; elle était libérale et ne renonça jamais à ses idées politiques) et jouait parfaitement son rôle de maîtresse de maison, mais elle a aussi menée une vie très riche en parallèle de toutes ses responsabilités d’épouse et de first lady. En lisant cette biographie Federico a eu bien du mal à se figurer comment ces voyages, ces amis, ces rencontres, ces engagements politiques, ces enfants, ces déménagement, ces cérémonies, sans oublier ce cher Winston (qui lui réclamait beaucoup d’attention), ont pu tenir dans une seule vie. Notre ami lapin en avait parfois le tournis ! Par ailleurs, il ne s’y est jamais vraiment retrouvé parmi les noms qui sont cités au fil du livre : tout le gotha international y passe et Federico a beau être un grand fan de Downton Abbey, ça ne fait pas de lui le successeur de Stéphane Bern ! Il retiendra donc seulement quelques noms, dont celui d’une autre grande figure de l’aristocratie de l’époque : Consuelo Vanderbilt Balsan, héritière fortunée venue des États Unis pour épouser le duc de Marlborough, le cousin de Winston.
Si elle manque un peu d’objectivité, cette biographie n’en est pas moins un livre sérieusement documenté qui se lit comme un roman, celui d’une belle histoire d’amour au cœur de cette époque passionnante qu’a été la première moitié du XXe siècle.

Philippe Alexandre, Béatrix de L’Aulnoit, Clementine Churchill, la femme du lion, Tallandier et Robert Laffont, octobre 2015, 397 p.

Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

3 carottes

Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages

Ru

Un roman de Kim Thúy.

3 carottes

Dans les classiques de la littérature contemporaine québécoise, il y a Putain, qui n’a pas séduit Federico, et il y a Ru, qui l’a au contraire charmé !

Notre ami lapin ne connaissait pas ce mot : un ru, c’est un petit ruisseau. Il ne connaissait aussi que vaguement la tragédie des boat people. Le témoignage de Kim Thúy vient y mettre des images fortes et limpides, avec des mots justes minutieusement choisis, et des chapitres courts qui transitent de l’un à l’autre avec finesse. Comme un ru peut-être.

IMG_0092Kim Thúy est la fille d’une famille aisée de Saïgon, au Sud Viêt Nam ; les troupes communistes du Nord Viêt Nam envahissent la ville en 1975. Après quelques années de cohabitation difficile, ses parents décident de prendre la fuite sur des bateaux de fortune surchargés affrétés par les passeurs. La dangereuse traversée restera indélébile dans l’esprit de la jeune fille alors âgée de 10 ans. Par la suite, c’est dans un camp malaisien que les boat people (comme les appellent les médias occidentaux) survivront tant bien que mal avant d’être accueillis en tant que réfugiés, au Québec notamment.

Il semble à notre ami lapin qu’aucun conflit identitaire ne bouscule l’auteure : vietnamienne d’origine, québécoise d’adoption, exilée assumée. Sûre d’elle, riche de sa double culture, elle semble avoir pleinement maîtrisé le traumatisme vécu pendant son enfance et fait preuve d’une émouvante nostalgie non seulement de sa terre natale, où elle retourna d’ailleurs vivre pendant trois ans une fois adulte, mais aussi des premiers temps de l’arrivée de sa famille dans la campagne québécoise.

En parallèle au ru, Federico comparerait ce texte à un merveilleux tissage, constitué d’un camaïeu de fils de couleurs reconstituant la fresque de la tragédie familiale. Les images, les sons et les odeurs fourmillent dans les souvenirs de l’auteure, et nous donnent le privilège d’entrapercevoir la richesse de son histoire personnelle.

Une courte, émouvante et belle lecture ; malgré son sujet dur et sa tristesse, Ru nous fournit une bonne dose de tendre sagesse, ce qui nous fait tant de bien ces temps-ci…

Kim Thúy, Ru, Libre Expression, 2009, 152 pages

Le cœur du problème

Un roman de Christian Oster.

2 carottes

Un homme rentre chez lui et trouve un mort dans son salon. La victime a visiblement fait une chute mortelle depuis la mezzanine, dont la rambarde est brisée. Le narrateur se rend dans la salle de bain où sa compagne est en train de prendre un bain. Sans vraiment expliquer la présence de ce cadavre qui ne lui est pas étranger, elle annonce au narrateur qu’elle part, qu’elle n’est pas en mesure de gérer cette situation et qu’il vaut mieux que ce soit lui qui s’en occupe. Dès ce point de départ, Federico n’a cessé d’être déconcerté par cet ouvrage : tout y est calme, froid et très étouffé. S’il devait créer un décor pour une adaptation, notre ami lapin opterait pour des murs blancs, un mobilier sobre et une lumière très crue de type hôpital. Les rares descriptions qui apparaissent dans l’écriture contredisent la vision de Federico mais il n’a pas pu se départir de cette impression pendant toute sa lecture.

©Editions de l'olivierTout ceci est la faute du héros de ce livre, qui se retrouve contraint de se débarrasser d’un cadavre  mais aussi de s’accommoder de l’idée que la femme qu’il aime a tué quelqu’un (probablement son amant) et qu’elle a pris le large. Les décisions qu’il va prendre à partir de là sont toutes plus étranges les unes que les autres : il semble s’attacher coûte que coûte à continuer à mener une vie normale. Non seulement pour donner le change et ne pas attirer les soupçons, mais aussi pour se convaincre lui même que la situation n’est pas si grave. En effet, et cela a grandement perturbé notre ami lapin, sa réaction est d’une étonnante froideur. Alors qu’on pourrait attendre de la panique et de la colère dont résulterait un grand n’importe quoi, notre héros va s’en tenir à la requête de sa compagne : il s’occupe du problème. Alors, certes, tout cela le perturbe un peu et il est un peu inquiet, mais pas trop.

Pour assurer ses arrières, il va jusqu’à déclarer la disparition de sa compagne à la gendarmerie. C’est là qu’intervient le deuxième personnage difficile à cerner en la personne d’un gendarme nouvellement retraité qui va s’intéresser de près au cas du narrateur. Touché par son histoire (enfin, sa version de l’histoire) il lui manifeste une attention quasi paternelle qui met le lecteur super mal à l’aise parce que ça sent le roussi quand même.

Dans ce livre, nous avons donc des personnages bizarres, dans des situations extraordinaires mais qui font comme si de rien était. C’est étrange, c’est fascinant, ça met mal à l’aise. Intrigué par ce livre, Federico a été entraîné dans l’ambiance suggérée par les réactions des personnages. Cependant, force est de constater que ce roman possède une dimension psychologique que notre ami lapin n’a pas réussi à appréhender et qu’il s’adresse a un public certainement plus pointu que votre chroniqueur.

Christian Oster, Le cœur du problème, éditions de l’Olivier, août 2015, 192 p.

Bad Girl. Classes de littérature

Un roman de Nancy Huston.

3 carottes

Quel plaisir de retrouver Nancy Huston ! Son roman Lignes de faille avait vraiment bousculé notre ami lapin il y a quelques années, et il était pressé d’avoir le temps de mettre son museau dans son dernier né, Bad Girl.

Pour Federico, il est impossible de ne pas être captivé par la prose de Nancy Huston. Bon, même s’il ne s’agit là que de sa deuxième incursion dans sa bibliographie, il est tout autant époustoufflé par la puissance de ses textes. Ce qui est fou avec Nancy, c’est que sa langue maternelle est l’anglais mais qu’elle écrit en français, ou bien traduit elle-même ses œuvres.

IMG_0070Bref, il en sort une véritable voix chantante et incroyablement riche, Federico kiffe ! En plus, il adore qu’on lui raconte des histoires, et l’auteure est bonne conteuse et fine psychologue. Ses sujets de prédilection semblent être les histoires de famille et la transmission entre générations, c’est ce que Federico avait adoré dans Lignes de faille.

Et là, dans Bad Girl, elle applique cette recette à sa propre vie, son propre passé familial. Elle cause donc de son père Kenneth et de sa mère Alison, un couple qui ne fera pas long feu, de sa tripotée d’aïeuls, parfois dérangés et souvent pauvres, venus des quatre coins du Canada. Elle-même bougera beaucoup dans son pays natal et aux États-Unis, jusqu’à s’exiler à Paris où elle vit depuis 30 ans.

L’auteure fait des membres de sa famille des personnages hauts en couleur, entremêle son récit d’anecdotes et pensées diverses, met en perspective les choses passées avec les faits présents, tisse page après page sa propre tragédie familiale… C’est fort, c’est passionnant, c’est délicieux !

Nancy Huston, Bad Girl. Classes de littérature, Actes Sud, 2014, 265 pages

Putain

Un roman autobiographique de Nelly Arcan.

1 carotte

Au commencement, ce livre avait 3 carottes.

La narration était limpide et franche, l’écriture bien tournée, embarquant Federico dès les premières lignes dans des phrases immenses (s’étalant souvent sur plusieurs pages) dans un récit outrageusement déstabilisant qui a fait couler beaucoup d’encre lors de sa parution. Car Nelly Arcan fait dans Putain le récit intérieur d’une jeune prostituée retranchée dans son être autant que dans sa chambre d’hôtel en haut de sa tour du centre-ville de Montréal. Crue, sans pudeur ni illusion, l’auteure développe un œil tristement analyste et nous fait douter des frontières entre sa réalité et la fiction, puisqu’elle fut elle-même escort lors de ses études en littérature. Elle parle aussi beaucoup du suicide ; c’est embarrassant car on sait comment ça finit

Puis, ce livre est tombé à 2 carottes.

putain-nellyarcanCar, de plus en plus, Federico avait la nette impression que la narratrice (ou l’auteure) prenait le lecteur pour son psy. Elle ne s’arrêtait plus de ressasser les mêmes affaires, éternisant ses réflexions sur sa putasserie (comme elle aime à répéter ce mot), et remplissant des pages et des pages sur sa mère puis son père, son père encore et sa mère de nouveau, rabâchant continuellement les mêmes obsessions œdipiennes. Notre ami lapin fut bien content d’arriver à la fin de cette litanie !

Mais il ne reste plus qu’une carotte au compteur…

Car, en écrivant sa critique, Federico réalise ne pas avoir un très bon souvenir de cette lecture, finalement décevante, voire agaçante. Cet épanchement intimiste et égocentrique l’a au bout du compte épuisé et lassé, les propos touchants et intéressants ne pesant finalement plus grand-chose au regard de cette sordide et longue confession.

Et puis il y a certainement aussi cette vision insupportable de la femme et de son image qui déplait férocement à Federico et que Nelly Arcan entretient : dans ses mots, la femme est comme un bout de viande victime de sa condition de bout de viande, une fatalité qui serait en définitive dans l’ordre des choses… Eurk.

Nelly Arcan, Putain, Éditions du Seuil, 2001, 190 pages

Le Silmarillon

Un roman de J. R. R. Tolkien, traduit de l’anglais par Pierre Alien.

4 carottes

Cet été, sur un bateau voguant dans un chenal rempli d’îles, de sapins et de baleines, Federico a lu Le Silmarillon. Des histoires d’elfes qui chantent, vivent dans les bois et font la guerre.

Au premier abord, le récit que nous fait Tolkien du dieu créateur et des anges qui font des vocalises pour donner forme au monde, n’était pas des plus passionnant et un peu trop vaporeusement perché pour notre ami lapin… Mais une fois que les elfes débarquent sur ce monde nouvellement créé, beaux et purs, et que le super-méchant suprême, Morgoth, ange déchu, y met son petit grain de sable, ça envoie du lourd ! Les elfes *breaking news!* ne sont pas si parfaits : prétentieux et égocentristes, ça ne s’arrange pas lorsqu’ils sont pervertis par le grand démon du mal. Piquant la mouche lorsque Morgoth leur vole leur joujou (les Silmarils, joyaux contenant la lumière des Deux Arbres de Valinor, en gros la beauté pure), ils massacrent alors leurs propres frères et foutent un gros bordel aux quatre coins du monde, engendrant des guerres à répétition pour les millénaires à venir. Merci les elfes.

imageDans le Silmarillon, ça parle aussi des nains, trop succinctement au goût de notre ami lapin, et surtout des hommes. Les elfes ont un peu trop dédaignés les hommes à leur arrivée, du coup Morgoth a eu le champ libre pour salir leur innocence et confondre leur destinée. Mais il demeure des lignées d’hommes nobles, puissant et courageux qui ont combattu le mal avec force tout en contant fleurette aux belles elfes, et le Silmarillon nous fait aussi le récit de ceux-là. Federico a donc savouré le chant de Beren et Lúthien, unis pour le meilleur et le pire, ainsi que la triste épopée de Hurin et ses enfants.

Pour finir, il tisse les grandes lignes de la création des anneaux de pouvoir et la fameuse guerre de l’Anneau. Ça parle de la fameuse Númenor, Sauron est le nouveaux super-vilain, les orcs se multiplient et les trahisons aussi, les elfes commencent à se laver les mains de tout ce boxon et repartent vers l’est chez leurs amis les anges. C’est le début de l’ère des hommes et la fin du Silmarillon.

Cette replongée dans l’œuvre de Tolkien a grandement mis en relief l’univers de la Terre du Milieu, racontant une partie du background de ce que Federico ne connaissait qu’à travers Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le hobbit. Ce génie a quand même dû bien s’amuser à inventer tout ça, et on ne le remerciera jamais assez de nous avoir livré le fruit de son imagination débordante. Que ferait-on aujourd’hui sans Frodon, Gandalf et les autres ?

J. R. R. Tolkien, Le Silmarillon, Pocket, 482 pages