Rosa candida

Un roman de Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

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Avant d’être un bon bouquin, Rosa candida a un très grand mérite : celui d’avoir détendu, changé les idées et fait rire notre ami lapin dans une période absolument folle de sa vie où tout un tas de choses lui sont tombées dessus.

rosa-candidaPeut-être est-ce alors ce besoin de lâcher prise qui lui a permis d’apprécier grandement ce roman tout en retenue et légèreté. Federico y pense comme à un soleil réconfortant et printanier, une brise d’air frais sur son museau, un moment de détente délicat dans le calme du samedi matin au lit…

Rosa candida suit la route d’Arnljótur, jeune islandais d’une vingtaine d’année qui cherche candidement le chemin de son avenir, heureux de préférence. Une chose est certaine, ce sont les plantes, feuillues et fleuries, qui l’intéressent. Mais ce qui habite ses pensées lorsqu’il taille ses roses les genoux fichés dans la terre humide, ce sont les femmes, toutes si altières et énigmatiques, dont il se demande pour chacune s’il coucherait avec ou pas. Aussi étrange soit-il, cette obsession n’a pas paru agaçante ni dégradante aux yeux de notre ami lapin ; l’ingénuité d’Arnljótur le faisant davantage passer pour un novice intrigué plutôt qu’un harceleur déplacé. Car il ne fait rien que se poser la question à lui-même, après tout.

Outre ses fabulations charnelles, sa petite tête blonde d’islandais est également peuplée par le deuil de sa mère décédée accidentellement et avec qui il avait un lien très fort (c’est elle qui l’a initié à l’art botanique), son père-poule adorable qui commence un peu à radoter, la responsabilité croissante de sa fille illégitime âgée de quelques mois et aux airs de divin enfant, et la mère de sa fille, amante d’une nuit égarée qui aimerait bien continuer ses études…

Quand on ouvre le livre, Arnljótur quitte les terres peu fertiles d’Islande pour rejoindre une des plus anciennes roseraies du monde, en empruntant les petites routes de campagne de pays qui ne sont pas nommés mais que notre ami lapin suggère être la France et l’Espagne (ou bien l’Italie ?). C’est là-bas, dans le village, le monastère et la roseraie, qu’il compte trouver les réponses à ses questions.

Federico a aimé les moments cocasses qui jalonnent son road trip improvisé, ainsi que les échanges parfois irréels avec ses divers compagnons de voyage. Il arrivait tellement bien à se plonger dans le roman qu’il avait vite l’impression de marcher avec ce jeune homme attachant dans les rues ensoleillées et pentues de ce petit village paisible et isolé, à l’écart du monde.

Federico a trouvé dans Rosa candida les mêmes thématiques et ambiances qui lui avaient aérées l’esprit dans L’Embellie, de la même auteure : celles de fuites voyageuses, de rencontres et de non-dit, d’endroits éloignés où il fait bon se chercher soi-même, et surtout de héros et héroïnes farouches qui vivent comme ils l’entendent. De belles retrouvailles en somme.

Auður Ava Ólafsdóttir (traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson), Rosa candida, Zulma, 2010, 334 pages

Promenons-nous dans les bois

Un roman de Bill Bryson, traduit de l’anglais par Karine Chaunac.

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Connaissez-vous l’Appalachian Trail ? Ce mignon sentier de randonnée sillonne la côte Est des États-Unis sur 3 500 kilomètres, soit à travers quatorze états, du Maine à la Géorgie. Comme son nom l’indique, il traverse la chaîne de montagne des Appalaches, et permet aux randonneurs de s’attaquer à des monts aux noms prometteurs tels que Great Smoky Mountain, Cumberlands ou Blue Ridge.
promenons nous

Des personnes de tous horizons se lancent sur ce mythique sentier, avec des objectifs très variés, tout comme le sont leurs capacités physiques et leur sens de l’orientation. Mais concentrons-nous plutôt sur Bill Bryson qui nous raconte son aventure dans Promenons nous dans les bois, drôlatique récit de voyage et véritable encyclopédie sur l’Appalachian Trail (AT pour les intimes).

Federico n’a pas lu énormément de récits de voyage, son incursion la plus marquante dans le genre restant En Patagonie de Bruce Chatwin. La découverte des écrits de Bill Bryson lui donne résolument l’envie de se plonger plus souvent dans ce genre de livres.

Tout comme son illustre prédécesseur, Bill Bryson partage son livre entre son expérience de marcheur et de riches explications sur l’AT, son histoire et ceux qui l’ont écrite au passé comme au présent. On apprend donc énormément de choses et c’est ce sens de l’anecdote qui donne un excellent rythme au récit. Non pas que les aventures de l’auteur ne soient pas intéressantes : Federico a beaucoup ri en lisant le récit de ses préparatifs et la naissance d’une passion immodérée pour les burgers après plusieurs jours passés dans la nature. Néanmoins, notre ami lapin a beaucoup apprécié les évocations de marcheurs qui sont entrés dans l’histoire ainsi que les révélations sur la gestion catastrophique de certains tronçons du sentier. Quant aux ours, qui ont été la pire crainte de l’auteur, les passages qui leurs sont consacrés sont narrés avec un humour qui fait mouche à chaque fois. Bill Bryson se montre avant tout comme un randonneur assez proche du commun des mortels, qui peine à porter ses vingt kilos de matériel, s’émerveille devant certains paysage et déprime devant d’autres. Il n’hésite pas non plus à se montrer sous un jour moins favorable en décrivant les moments où il se comporte de façon assez exécrable avec d’autres randonneurs, à commencer par son propre compagnon de voyage, Stephen Katz, pas vraiment taillé pour l’aventure.

Au-delà de tout cela, Promenons-nous dans les bois est aussi une critique acerbe de ses contemporains étasuniens, incapables de faire le moindre trajet sans leur voiture et de prendre soin de leur magnifique patrimoine naturel. Le live a été écrit dans les années 1990 et la situation n’a pas dû s’améliorer depuis…

Bill Bryson, trad. Karine Chaunac, Promenons-nous dans les bois, Éditions Payot & Rivages, 2013, 243 p.

La Conjuration des imbéciles

Un roman de John Kennedy Toole, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso.

Lu dans le cadre d’un club de lecture, avec des amis et un petit verre.

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Federico a lu ce roman pendant une période littéraire creuse. Ou bien était-ce à cause de ce roman que la période était creuse ? (vous avez trois heures)

En tout cas, il lui a fallu des semaines pour en venir à bout, sans que cela soit un supplice non plus. De fait, La Conjuration des imbéciles n’est pas une lecture laborieuse ou inintéressante, mais elle n’a certainement pas été séduisante aux yeux de notre ami lapin.

laconjurationdesimbecilesTout ça, c’est la faute des personnages, qui sont tous sans exception de parfaits imbéciles (oui, d’où le titre). Non contents d’être des imbéciles, ils sont aussi de fieffés loosers et d’insupportables énergumènes. Bien entendu, la palme revient au héros, Ignatius J. Reilly, qui mériterait toutes les baffes du monde.

Imbu de sa personne, cet immonde colosse moustachu ne pense qu’à son confort personnel, consistant en l’engloutissement sans fin de hot-dogs et de pâtisseries bon marché, sa personne macérant dans une baignoire tiédasse ne sentant certainement pas la noix de coco. Ignatius est un dilettante asocial de 30 ans passés, un couard fini et un fauteur de trouble, un tanguy invétéré qui ne se prend pas pour du popo de chat, et qui se cache, vêtu d’une nuisette XXL, dans l’antre sombre et malodorante de sa chambre, au bout du couloir de la maison de sa pauvre mère, veuve, qui commence à en avoir raz-les-bigoudis de ce fiston inutile et ingrat.

Car la maigre indemnité du défunt Mr Reilly ne suffit plus pour ce train de vie ; surtout que Mrs Reilly se retrouve avec une facture salée sur les bras (suite à un petit accident entre sa vieille auto et la façade d’une ruelle du Quartier Français de La Nouvelle-Orléans, les nombreuses bières qu’elle avait enfilées auparavant y était peut-être pour quelque chose…). Aussi est-il grand temps pour Ignatius de mettre la main à la pâte et de ramener un salaire. Il va sans dire contre son gré.

Federico n’a pas tellement envie de vous faire la liste de la tripotée de personnages pénibles et paumés qui viennent jouer dans l’opéra tragi-comique d’Ignatius (et pour lequel il ne s’est fendu ni la poire ni d’une larmichette) : tout simplement parce que cette critique commence à être bien longue pour un roman qui a trop souvent agacé notre ami lapin. S’il reconnait une écriture fluide et des bons mots truculents (surtout dans la bouche d’Ignatius qui cause comme un aristocrate et se croit un grand écrivain en devenir), beaucoup de situations et de dialogues se répètent à l’identique, des longueurs qui étaient franchement épuisantes et retardait un final libérateur, autant pour le lecteur que pour les personnages (la fin n’est pas si pire).

« Mais c’est un roman pittoresque, pourrait-on entendre, qui dépeint une certaine réalité des quartiers populaires du Sud de l’Amérique des années 1960. » Ouais, ok, mais ils sont tous un peu trop barjos pour que cela semble juste vous dirait Federico. « C’est parce que c’est une satire, l’auteur se moque de ses contemporains. » Mais il n’y en a aucun pour racheter l’autre, on ne sait pas comment se placer, en qui avoir espoir ! Et surtout, le dessein de l’auteur n’est pas du tout clair. Non, Federico pense qu’il n’y a pas de grand message politique entre les pages de La Conjuration des imbéciles, et c’est ce qui aurait pu lui donner un peu d’intérêt aux yeux de notre ami lapin. (Et puis maintenant, quand on lui parle de satire, Federico pense à ce cher Jonathan, la comparaison est de haut niveau.)

En bref, Federico voit bien ce qu’il y a d’intéressant dans ce roman (comme on peut le lire ici), mais cela lui est passé bien au-dessus des oreilles.

John Kennedy Toole, trad. Jean-Pierre Carasso, La Conjuration des imbéciles, 10/18, 1981, 480 pages

NdL : les aficionados de ce roman aime raconter son histoire maudite. En effet, son auteur, se faisant refuser par tous les éditeurs son manuscrit écrit en 1963, est tombé en dépression et s’est suicidé en 1969. Sa mère a continué à le soumettre après sa mort et, finalement publié en 1980, il gagne le prix Pulitzer l’année suivante, devenant un classique de la littérature américaine. 

Blast

Une bande dessinée en quatre tomes de Manu Larcenet.

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Federico a failli ne jamais écrire cette critique.

Encore maintenant, à l’heure où il écrit ces lignes, rien ne peut affirmer qu’il cliquera un jour sur « Publier ». (MàJ : finalement oui)

Car depuis qu’il a fini la lecture de la fameuse série de Manu Larcenet, le temps a filé, la première ébauche de critique s’est perdue… Mais Blast est resté ; notre ami lapin ne pouvait envisager de ne pas parler de cette bande dessinée, c’est pourquoi il tente un nouvel essai.

Car il s’agit d’une œuvre tout de même impressionnante et pas banale. Et aussi très belle ; Federico aime beaucoup le dessin de Larcenet dans ses dernières publications, plus adultes. Les forêts sombres, les rivières, les oiseaux et autres animaux… C’est une vraie claque picturale, Federico aimerait être aussi doué.

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Dans Blast, on trouve donc la nature, plutôt belle et sauvage, mais surtout la folie, la violence, la tristesse des hommes. (youpi) Au centre de cette fresque sombre et dure, il y a Polza Mancini, un colosse obèse qui, après le décès de son père, laisse derrière lui son travail, sa femme, sa vie, pour errer dans les campagnes en quête d’une existence simple, mais surtout à la recherche du blast.

Ce qu’il appelle « blast », c’est cet état de transe causé par un vif choc émotionnel (ou plus simplement par des substances très illicites non conseillées par votre pharmacien) où tout devient perfection et extase, comme le rêve éveillé de la beauté et la vérité pure ; le tout sous l’égide des massifs moaï, les statues de l’Île de Paques… un chouette bad trip quoi !

Le hic, c’est que Mancini est présentement arrêté et interrogé par deux policiers ; parce que Carole est entre la vie et la mort. Mais qui est Carole ? Pourquoi les flics sont-ils aussi durs avec leur suspect qui a l’air doux comme un agneau ? Mancini ne veut pas se prêter au jeu des questions-réponses, il veut mener la danse. Il se lance alors dans le récit de son histoire, troublante, particulière, terrible.

Blast remue un peu, beaucoup. D’ode au vagabondage dans ses débuts, le récit a des airs de thriller dans son dénouement, lui faisant prendre une tournure un peu plus classique mais au combien déstabilisante. Peuplée de personnages marginaux, l’histoire laisse entrapercevoir tout un monde en rupture… A-t-on plus à craindre de l’inhospitalité des hommes ou de la nature ?

Manu Larcenet, Blast, 4 tomes : Grasse carcasse (2009), L’Apocalypse selon Saint Jacky (2011), La Tête la première (2012), Pourvu que les bouddhistes se trompent (2014), Dargaud

Nous étions animales

Un roman de Emma Jane Unsworth, traduit de l’anglais par Laura Contartese.

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C’est l’histoire de deux trentenaires de Manchester qui ont la fête dans le sang : reines de la nuit, elles abusent de tous les plaisirs que celle-ci leur offre (alcool, drogue, sexe). Quand le jour se lève, le tableau est beaucoup moins éclatant, entre problèmes de famille, job minable et exigences de la vie de couple. Bref, la gueule de bois dans tous les sens du terme. Laura et Tyler vivent ensemble et leur amitié est fusionnelle. Bras dessus, bras dessous, elle s’acheminent en zig-zag vers un âge adulte qui est loin de les faire rêver. Bientôt, Laura va se marier et cela risque de bien bousculer le désordre de leur existence.

nous etions animalesFederico a commencé Nous sommes animales parce qu’il avait une heure à tuer et que ça à lire. Ensuite, tout s’est enchaîné sans qu’il s’en rende compte et il a dévoré ce livre en deux jours. Vraiment, la vie fait bien les choses car en temps normal notre ami lapin n’aurait probablement pas ouvert cet ouvrage dont le résumé sus-mentionné lui évoquait plutôt Sex and the City, c’est-à-dire pas vraiment sa tasse de thé.

Et pourtant, en lisant ce livre, Federico a éprouvé un sentiment qu’il n’avait pas connu depuis trop longtemps : un attachement instantané et définitif à l’égard de personnages franchement caractériels qui accumulent les décisions douteuses mais dont l’énergie est communicative. Laura et Tyler, les héroïnes de ce roman rejoignent ainsi le panthéon des personnages qui ont laissé leur empreinte dans la vie de lecteur de Federico. On n’a pas besoin de s’identifier à ces deux filles un peu folles et totalement perdues : il suffit de lire pour qu’elles prennent vie. Laura rêve de devenir écrivain, est passionnée de poésie et Tyler a longuement étudié la littérature. Nous avons donc affaire à deux héroïnes ne mâchant pas leurs mots qui nous régalent, quel que soit leur taux d’alcoolémie, de dialogues existentiels assez brillants. L’auteur profite de quelques descriptions paysagères pour ravir Federico avec des passages comme celui-ci : « Un couvercle de nuages en plastique enfermait la ville dans un rêve contrarié ». Ce genre de texte fait toujours des étincelles dans le cerveau de votre chroniqueur !

L’auteur mène son histoire de façon totalement décomplexée et ne laisse pas de temps mort au lecteur. La fin, que Federico attendait avec appréhension (oui, il est méfiant l’ami lapin) est à la hauteur du reste et vient conclure cette belle chronique d’une jeunesse cultivée et consciente de ses capacités qui végète dans une sorte de purgatoire de la médiocrité imposé par ses aînés. Alors, si vous avez entre 20 et 30 ans, que vous abusiez ou pas de fluides en tous genres, il est fort probable que vous trouviez un peu de vos doutes et vos colères chez Laura et Tyler.

La première de couverture (dont l’illustration est bien dérangeante) qualifie l’amitié de Laura et Tyler de « renversante ». Pour Federico, cela s’applique à l’ensemble du livre.

Emma Jane Unsworth, trad. Laura Contartese, Nous étions animales, Fleuve éditions, février 2016, 316 p.

Sœurs de miséricorde

Un roman de Colombe Schneck.

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IMGP2741Azul est née en Bolivie, dans un village de montagne qui ressemble à une corbeille de fruits exotiques. Élevée par une mère seule qui ne parle que le Quechua au milieu d’une fratrie unie, la vie va la conduire à poursuivre des études dans la capitale, avant de devoir partir en Europe faire des ménages pour subvenir aux besoins de ses enfants et de son mari.

Sœurs de miséricorde évoque les sœurs de sang mais aussi les sœurs de cœur, celles qui vous tendent la main pour que vous puissiez la tendre à d’autres. L’histoire d’Azul est celle d’une femme qui passe son existence à donner aux autres, sans se poser de question. À travers ses yeux innocents mais pas naïfs, le contraste entre la Bolivie colorée et fruitée de son enfance et la triste grisaille des villes européennes est saisissant.

Federico a été un peu frustré par cette lecture. Le style de l’auteure, riche en redondances et en répétitions donne une apparence simpliste au texte. Pourtant l’histoire et les personnages sont beaucoup plus complexes qu’ils n’y paraissent. On sent bien que beaucoup d’émotions sont évoquées mais l’écriture ne les laisse qu’affleurer à la surface du livre ce qui met une certaine distance entre le lecteur et le sujet. Notre ami lapin, qui aime les romans qui le bousculent, n’est jamais vraiment rentré dans cette histoire et c’est dommage car Sœurs de miséricorde est un très beau portrait de femme, abordé avec empathie et poésie. Ce roman possède la richesse du jardin de la maison d’enfance d’Azul, mais il se tient à une distance que Federico n’a jamais franchie.

Colombe Schneck, Sœurs de Miséricorde, Stock, août 2015, 210 p.

Federico au Québec : jours 9 et 10

Voici la troisième et dernière partie des aventures de Federico au Canada. Cet épisode s’est fait attendre, mais soyez indulgent avec notre ami lapin : entre temps, il est rentré chez lui, est retourné travailler et a enchaîné les lessives, tout ça alors que son lit et sa couette lui tendaient les bras. Heureusement, il s’est fait violence et a décidé de ne pas vous faire languir plus longtemps ! Suivez ses pas au cours de ses dernières promenades montréalaises.

IMGP3104Jour 9 : sérieusement, de la pluie ?!

Hé oui, Federico est parti au Canada pour tâter de la poudreuse et humer le bon froid sec mais en rentrant de Québec City, c’est de la neige fondue qui l’attend. C’est comme de la pluie mais en plus froid, autant dire que ça ne donne pas très envie de s’attarder dehors ! Notre courageux ami fait néanmoins une respectable promenade dans le Quartier Latin, haut lieu de la créativité montréalaise. Après une halte à la BAnQ, alias Bibliothèque et Archives nationales du Québec (on ne se refait pas), Federico continue son après-midi sur le thème de la littérature. En effet, il profite du mauvais temps pour se réfugier au Musée Pointe-À-Callière, consacré à l’archéologie et à l’histoire de Montréal. Ce qui l’intéresse dans ce musée, c’est l’exposition dédiée à Agatha Christie. L’auteure anglaise y a en effet toute sa place car elle a suivi son archéologue de mari sur de nombreux sites de fouilles et y a puisé l’inspiration pour ses romans.

Jour 10 : Federico, ce trappeur

IMGP3111Le soleil étant de retour, Federico décide d’aller profiter de la nature au parc Jean-Drapeau. Situé sur l’île Sainte-Hélène, ce parc garde les traces des aménagements faits lors de l’Exposition Universelle de 1967 et accueille de nombreuses manifestations. C’est donc un endroit paisible où il est agréable de se promener… sauf une semaine après la dernière chute de neige, quand celle-ci s’est accumulée sur les chemins piétonniers et transformée en verglas sur les voies carrossable. En arrivant dans le parc, Federico constate que sa progression va être légèrement compliquée. Mais avec un peu d’imagination, notre ami lapin transforme sa petite expédition en une véritable aventure !

Après avoir mis l’étanchéité de ses bottes à l’épreuve, Federico se rend à nouveau au Musée des Beaux-Arts afin de visiter une exposition consacrée au Groupe de Beaver Hall, groupe de peintres des années 1920, qui ont fait souffler un vent de modernité et de féminisme sur la ville. Passionnant !

Derniers jours : cocooning…

Les activités ne manquent pas à Montréal en hiver, Federico vous l’a démontré dans ces trois derniers articles. Notre ami lapin est loin d’avoir fait le tour de cette étonnante ville et la campagne québécoise attend encore sa visite. Mais pour ses derniers jours de vacances canadiennes, Federico a pris l’option plaid et canapé, parce qu’il n’y a pas que les monuments dans la vie. Nous ne vous montrerons pas de photos de Federico étalé devant un film historique ou faisant des poêlées de patates, veuillez nous excuser. En même temps, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble, venez donc passer un week-end dans le terrier de Federico !

En attendant qu’il se remette pleinement de ses émotions, votre serviteur vous remercie de l’avoir suivi dans ce voyage et vous dit à très bientôt pour de nouvelles péripéties !

Federico au Québec : jour 6, 7 et 8

Federico se pose entre deux promenades pour vous faire un résumé en photo et en cartes de ces derniers jours, c’est reparti !

Jour 6 : ascension du Mont-Royal (en bus…)

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Non, Federico ne chausse pas ses skis, ni ses raquettes, ni rien du tout : il monte sur le Mont-Royal en bus, fait quelques mètres à pieds, admire la vue et redescend en bus. Pour l’aventure on repassera. Il faut dire qu’il a entrepris ce périple en milieu d’après-midi, ce qui en hiver au Québec, équivaut à la tombée de la nuit. Mais il n’a pas été déçu du voyage : depuis le Mont-Royal la vue sur le centre-ville de Montréal sous le soleil couchant est à couper le souffle !

Jour 7 : Federico à Québec

(La carte spéciale Québec, c’est par ici !)

IMGP2956Après trois heures de train à travers la blanche campagne Québécoise, Federico débarque dans la ville de Québec. Notre ami lapin fait un rapide tour du Vieux Québec puis part étancher sa soif de connaissances au Musée des Civilisations. Il va entre autres assister à une visite guidée éclair de la section consacrée au Québec depuis les premiers colons, avec une guide intéressante mais un peu trop pressée d’en finir ! En sortant du musée à la nuit tombée, Federico découvre un Vieux Québec tout en lumières. Le quartier du Petit Champlain semble tout droit sorti d’un conte de Noël. Vitrines chaleureuses, guirlandes lumineuses, sculptures de glace : tout est mis en œuvre pour émerveiller les touristes. Et ça marche ! Toutes ces émotions, ça creuse : votre chroniqueur dévore une nouvelle poutine dans la brasserie La Souche.

IMGP3044Jour 8 : Federico encore à Québec

Un bon pain perdu au sirop d’érable dans le ventre, Federico se rend en bus aux chutes Montmorency. Le spectacle ne cesse d’impressionner notre ami lapin :  la rivière jaillit entre les blocs de glace et va rejoindre l’eau gelée en bas. Au loin, le Saint-Laurent trimballe ses bébés icebergs. La promenade autour des chutes est très plaisante, Federico y rencontre des mésanges à tête noire et de gros écureuils. De retour dans le Vieux Québec, les pas de Federico le conduisent sur les remparts, puis sur la terrasse Dufferin et la promenade des Gouverneurs. Au cours de ce petit périple, il peut admirer d’un côté la force tranquille du fleuve Saint-Laurent, de l’autre les constructions humaines destinées à nous en mettre plein la vue : les remparts et leurs canons, le château Frontenac et ses fenêtres, et enfin la citadelle Vauban.

Mais déjà la nuit tombe et le train de Federico part bientôt : au-revoir Québec !

Federico au Québec : jour 3, 4 et 5

Les aventures de Federico continuent ! Le « décalcage » horaire et le rhume n’ont pas empêché notre ami lapin de profiter de la belle ville de Montréal. Résumé des derniers jours (avec encore une fois la carte et les photos en cliquant sur les miniatures !)

IMGP2805Jour 3 : dans le pâté.

Mercredi, votre chroniqueur décide de se reposer un peu, parce que n’oublions pas qu’il est en vacances et qu’il peut se permettre une journée off. De plus, il fait très froid et le vent souffle fort, il fait -16° C, ressenti -27° C. Federico se contente donc d’une petite promenade dans le pâté de maison où il réside, déambulant dans les rues De Lorimier, Beaubien et autour du parc Père-Marquette. Il ne prend qu’une photo, la voici.

Jour 4 : papilles et musée.

IMGP2806Jeudi, Federico se frotte aux spécialités culinaires locales. Il commence dès midi en allant dîner au St-Viateur Bagel & Café de l’avenue du Mont-Royal. Au menu, un bagel classique avec saumon et fromage frais. Le bagel est très bon mais la garniture est assez fade, à moins que le rhume n’obstrue les papilles de notre ami lapin ? Après ce bon repas, il descend l’avenue Christophe-Colomb et va se balader dans le parc La Fontaine. Celui-ci est totalement recouvert de neige (ailleurs dans la ville, elle a bien fondu sur les routes et trottoirs) et pour Federico qui n’est pas habitué à ce genre de paysage, c’est tout simplement magique. Le lac gelé accueille les patineurs et les écureuils font les fous dans les arbres. Notre ami lapin passerait bien son après-midi ici mais il a d’autres projets. Il reprend un métro qui le conduit en centre-ville, près du Musée des Beaux-Arts. La visite commence avec une section Arts décoratifs qui plaît beaucoup à Federico : dans une explosion de couleurs et de formes, les œuvres se dévoilent. Si le reste du musée l’emballe moins, l’aménagement des œuvres et leur mise en valeur sont très réussis et en fait un lieu vivant où il est très agréable de déambuler. Après un aussi riche après-midi, Federico s’attaque au monument culinaire du cru : la poutine. Des patates, du fromage, de la sauce : ça cale !

Jour 5 : des vieilleries.

IMGP2855Le Vieux-Montréal est un quartier emblématique de la ville : c’est ici que s’est écrit son histoire depuis l’arrivée des colons européens. Federico est donc très curieux d’aller à sa découverte. Ses pas l’entraînent dans un premier temps sur la promenade du Vieux-Port depuis laquelle il peut admirer le fleuve Saint-Laurent, le pont Champlain et l’île Sainte-Hélène. Dans le port de plaisance quasiment vide, deux bateaux sont pris dans les glaces. Federico s’attarde sur le quai de l’Horloge puis décide d’entrer dans le vif du sujet. Il débarque dans la vieille ville par Le château Ramezay, qui a été transformé en un musée relatant l’histoire de la Nouvelle-France. Malgré les louanges unanimes des guides touristiques, la visite ennuie copieusement Federico et il en ressort un peu assommé. C’est peut-être pour cette raison que le Vieux-Montréal n’arrive pas à le séduire. Beaucoup de boutiques sont fermées et toute la zone autour de la Basilique Notre-Dame de Montréal est bouclée pour cause… d’hommage au défunt mari de Céline Dion. Federico a très envie de se poser dans un endroit chaud pour boire et manger des choses sucrées. Qu’à cela ne tienne, il reprend le métro vers le plateau du Mont-Royal, direction St-Viateur Bagel & Café !

Federico au Québec : jours 1 et 2

Bonjour les amis ! Vous pensiez que Federico vous avait oublié et qu’il n’allait finalement pas vous raconter ses trépidantes aventures en Amérique du Nord ? Pas du tout, il avait juste oublié son mot de passe WordPress. Le décalage horaire… même Federico en est victime !

Ce problème étant résolu (celui du mot de passe, pas celui du décalage horaire), Federico peut à présent vous faire partager ses découvertes. À travers les albums photos en ligne (cliquez sur les photos !) et une carte de Montréal, suivez les traces de notre ami lapin durant ses deux premiers jours d’exploration.

IMGP2767Jour 1 : Federico fait du magasinage !

Pour commencer la semaine de la bonne patte, Federico sacrifie à une coutume nord américaine qui commence à envahir l’Europe : le brunch. Direction Chez Régine, un très sympathique café dans lequel notre ami lapin se régale d’un déjeuner des plus copieux (c’est-à-dire le petit-déjeuner). Il se rend ensuite au marché Jean-Talon pour faire le plein de bons légumes et de sirop d’érable ! Dehors, la neige tombe en continu et maintient la ville sous un manteau tout blanc qui n’en fini pas d’émouvoir Federico. Cette journée se termine par une déambulation dans le quartier du Plateau Mont-Royal et dans l’avenue du même nom, très commerçante.

Jour 2 : un peu d’architecture !

IMGP2786Les effets du décalage horaire se faisant sentir sur les petits yeux fatigués de notre ami lapin, celui-ci décide d’y aller mollo et ne commence son exploration montréalaise qu’après le dîner (le déjeuner des français, vous suivez ?). Cela ne l’empêche pas de faire une bonne promenade dans le centre-ville, entre les rues Sainte-Catherine, Peel et University. Le nez en l’air, Federico admire tours de verre et immeubles de la fin du XIXe entre lesquels viennent se glisser des églises. La balade est très dépaysante car les architectures qui se dévoilent sous les yeux de Federico sont très typiquement américaines ! Le froid étant particulièrement mordant, notre ami lapin en profite pour découvrir les galeries souterraines dont on lui a tant parlé. Si le chauffage et les toilettes sont un intérêt non négligeable de ces places, cela reste néanmoins un enchaînement de centres commerciaux pour chaînes internationales de vêtements et d’alimentation, ce qui ne passionne pas vraiment votre chroniqueur. La journée de Federico se termine devant un saladier de ramens (oui, un saladier) chez Lan Zhou, dans le quartier chinois de la ville.

P. S. : Pour que les légendes des photos s’affichent sur Picasa, cliquez sur l’icône Infos.

Atterrissage immédiat

arrivalFederico vous avait promis de vous emmener en vacances avec lui et c’est chose faite : bienvenue à Montréal !

Pendant treize jours, Federico va manger de la neige et faire des bonds dans le sirop d’érable, mais aussi écouter les gens parler et les regarder vivre.

Voici en exclusivité les premières photos de votre chroniqueur-baroudeur, prises cet après-midi, quelques minutes seulement après son arrivée au Québec.

Après de longues heures d’avion au cours desquelles il a littéralement voyagé dans le temps (six heures de décalage horaire, ça décalque !) notre ami lapin avait bien besoin de se dégourdir les pattes. Quoi de mieux qu’un petit plongeon dans la neige montréalaise ? Ne trouvez vous pas que Federico a toute la noblesse du lièvre polaire sur ce cliché ?IMGP2755

 

Federico repart à l’aventure !

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Dans quelques jours, notre ami lapin va boucler ses valises et partir pour des vacances bien méritées. Mais cette fois, il a décidé de vous embarquer avec lui : grâce à la technologie de l’Internet et des satellites espions, il vous fera partager ses découvertes à travers une petite chronique quotidienne !

N’est-ce pas merveilleux ?

Mais, au fait, où va donc Federico ?

Testament à l’anglaise

Un roman de Jonathan Coe, traduit de l’anglais par Jean Pavans.

4 carottes

C’est après des centaines de page de lecture intensive que Federico a réalisé qu’il tenait entre les mains un bouquin à 4 carottes ; cette constatation l’a mis dans un état de chouette bonheur. La vie est faite de plaisirs simples.

C’était l’aphorisme du jour.

Federico a découvert cet auteur britannique l’année dernière avec La Pluie avant qu’elle tombe, une belle histoire de femmes ballotées par la vie. Lorsqu’il a vu Testament à l’anglaise sur les rayonnages de la bibliothèque de son quartier, il n’a pas pu résister, même si une pile de romans et BD l’attendait déjà chez lui…

Tout au long de sa lecture, notre ami lapin se disait : « C’est tellement anglais ! »

Really: les personnages, la façon dont ils sont décrits, les situations dans lesquelles ils se mettent, l’univers dans lequel ils évoluent, mais surtout l’humour, tout cela rayonne des mille feux de l’Angleterre contemporaine ! Parfumé aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, Testament à l’anglaise est aussi une fable sociale (british alert), teintée ça et là de cynisme politique (british alert) et d’absurde à la Monty Python (british alert). À ce que Federico entende l’accent des personnages de ses séries britanniques favorites dans les pages de la traduction française, il n’y a qu’un pas…

Mais de quoi ça cause ?

IMG_0127Il y a deux héros dans cette histoire.

D’un côté Michael Owen, un quarantenaire qui fut un écrivain prometteur avant de s’enfermer chez lui pendant presque 8 ans à déprimer et jouer avec son lecteur VHS.

De l’autre côté la riche famille Winshaw, une lignée de crapules toutes plus crapuleuses les unes que les autres. Alors que les ancêtres ont construit leur fortune loin du concept de l’humanisme (esclavage bonjour), la ribambelle de cousins répand son aura perverse au cours des années 1960 à 1990 grâce aux lieux de pouvoir et de responsabilités qu’ils infestent. Michael Owen se trouve mêlé à cette mauvaise engeance lorsque la vieille et folle tante Tabitha Winshaw commande la rédaction d’un ouvrage sur l’histoire de sa famille. Et c’est lui qui s’y colle.

Federico a été ému (il arrive des choses terribles à des personnages adorables), Federico a ri (surtout la scène dans le métro londonien, mon dieu que c’était juste et drôle !), Federico a été révolté. Sur ce dernier point, la faute en revient aux Winshaw, mais en quoi sont-ils si détestables ? L’un œuvre dans les finances, son frangin dans le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, leur cousin dans le traffic d’armes, leur cousine dans l’élevage intensif et l’alimentation industrielle, et les deux plus jeunes sévissent dans le milieu mondain des galeries et des tabloïds, nivelant par le bas l’art et les médias.

Au premier abord, notre ami lapin a été déstabilisé par ces personnages très caricaturaux, mais c’est encore un des côtés british du roman ; la caricature permet de prendre de la distance avec leur odieuse ignominie dépourvue de toute subtilité, et d’en rire (ou de grincer les dents, au choix). En fait, Testament à l’anglaise incarne à la perfection le genre littéraire de la satire, avec ses personnages tournés en ridicule. Ici, ironie et intelligence font front commun contre les années de thatchérisme, permettant à notre ami lapin de prendre du recul sur les changements sociétaux dus au « progrès » et aux politiques qui ont été opérées pendant ces dizaines d’années clés. De quoi remettre les pendules à l’heure, et ça ne vaudrait pas forcément que pour l’Angleterre…

Mais Federico tient à souligner que si Testament à l’anglaise est bel et bien une satire, le livre demeure très romanesque, en plus d’être très bien écrit et rondement mené. Il s’est beaucoup attaché à Michael Owen (malgré son rôle de looser asocial) ainsi qu’à sa voisine Fiona, qui se débattent tous deux tant bien que mal dans ce monde qui part en cacahuète. Enfin, notre ami lapin rappelle qu’il y a un côté policier à toute cette histoire (il a oublié de le mentionner en fait…), car il y a un meurtre et des mystères à élucider, avec des chapitres finaux qui atteignent le paroxysme de la réécriture-hommage du whodunit d’Agatha Christie.

En fait, Jonathan Coe noie le poisson dans son livre, il y a tellement de choses et Federico n’en a évoqué que la moitié ! Car il peut préciser que l’auteur alterne les points de vues narratifs, joue avec la chronologie, et ce avec une simplicité stylistique déconcertante permettant une lecture incroyablement aisée. Il peut également ajouter que Testament à l’anglaise parle d’amour et de sensualité, de littérature, de cinéma et de peinture, de manoir anglais perdu dans les landes, de sorties à la mer et de restaurants chinois, de l’enfance, du mariage, de la maladie et de la mort…

Franchement, Federico est époustouflé, chapeau bas !

Jonathan Coe, Testament à l’anglais, Gallimard, 1995, 682 pages

Clementine Churchill, la femme du lion

Une biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit.

3 carottes

clementine churchillWinston Churchill est entré dans l’histoire mondiale comme étant l’homme qui a vaincu Hitler. Tout seul, avec ses petites mains potelées. Mais ce n’est pas pour ça que Federico l’aime bien. Ce qui lui plait chez ce bon vieux Winston c’est qu’il voyait tout en grand. Animal politique, chef de guerre, redoutable tacticien, écrivain nobelisé, peintre de talent… Tous les qualificatifs qu’on peut lui attacher viennent avec des superlatifs. Winston Churchill est un personnage passionnant, et son arbre généalogique en fait un pur produit de cette noblesse anglaise qui fascine Federico. En amour non plus il n’a pas fait comme les autres : à une époque où les mariages de raison étaient légion et s’achevaient souvent en divorce, Churchill épouse une femme qu’il va aimer passionnément du premier regard jusqu’à son dernier souffle. Elle s’appelle Clémentine Hozier et Federico l’aime aussi.
Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, auteurs de la biographie Clémentine Churchill, La femme du lion ont l’air eux même très amoureux de cette femme : le portrait qu’ils en font est exempt de regard critique et la montre sous un jour très flatteur. On tombe donc inévitablement sous le charme de cette femme très aimée outre-Manche et plutôt méconnue dans les terriers français.

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Est-ce qu’elle n’a pas trop la classe ?

Ce qui a d’emblée séduit Federico c’est que Clémentine ne s’est jamais contentée d’être la femme derrière le grand homme. Elle était certes très investie dans la vie politique de son mari, le soutenant, le conseillant et le contredisant (il était conservateur ; elle était libérale et ne renonça jamais à ses idées politiques) et jouait parfaitement son rôle de maîtresse de maison, mais elle a aussi menée une vie très riche en parallèle de toutes ses responsabilités d’épouse et de first lady. En lisant cette biographie Federico a eu bien du mal à se figurer comment ces voyages, ces amis, ces rencontres, ces engagements politiques, ces enfants, ces déménagement, ces cérémonies, sans oublier ce cher Winston (qui lui réclamait beaucoup d’attention), ont pu tenir dans une seule vie. Notre ami lapin en avait parfois le tournis ! Par ailleurs, il ne s’y est jamais vraiment retrouvé parmi les noms qui sont cités au fil du livre : tout le gotha international y passe et Federico a beau être un grand fan de Downton Abbey, ça ne fait pas de lui le successeur de Stéphane Bern ! Il retiendra donc seulement quelques noms, dont celui d’une autre grande figure de l’aristocratie de l’époque : Consuelo Vanderbilt Balsan, héritière fortunée venue des États Unis pour épouser le duc de Marlborough, le cousin de Winston.
Si elle manque un peu d’objectivité, cette biographie n’en est pas moins un livre sérieusement documenté qui se lit comme un roman, celui d’une belle histoire d’amour au cœur de cette époque passionnante qu’a été la première moitié du XXe siècle.

Philippe Alexandre, Béatrix de L’Aulnoit, Clementine Churchill, la femme du lion, Tallandier et Robert Laffont, octobre 2015, 397 p.

Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

3 carottes

Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages