Sublutetia, tome 1 : la révolte de Hutan

Un roman (jeunesse) de Éric Senabre

Aaah, Paris ! Sa tour Eiffel, ses Champs Élysée, sa pyramide du Louvre, son métro, sa ville souterraine… Comment ? Vous ne connaissez pas Sublutetia ?

Heureusement que Federico est là pour parfaire votre culture. Grâce à cet article, la mystérieuse ville bâtie sous Paris n’aura bientôt plus de secrets pour vous ! Bon d’accord, ce sera surtout grâce à Sublutetia, le roman jeunesse d’Éric Senabre.

Keren et Nathan, deux collégiens, ratent le métro qui doit les emmener en sortie scolaire. Ils prennent donc le suivant mais le wagon dans lequel ils montent est quasiment désert : seul un homme y est installé. C’est alors que les ennuis commencent : au lieu de rejoindre la station suivante, leur wagon débarque dans un lieu totalement inconnu. Arrivent alors d’étranges personnages, habillés comme au carnaval, qui s’en prennent à l’homme présent dans le wagon. Sur les injonctions de ce dernier, les deux enfants s’enfuient à toutes jambes et vont bientôt découvrir un étonnant réseau de galeries qui, après maintes aventures, va les mener à la fascinante ville souterraine de Sublutetia.

Federico a beaucoup apprécié ce roman à la structure assez simple mais plein de rebondissements, de bonnes surprises et agrémenté d’une pointe d’humour. Pour décrire l’atmosphère de ce livre, notre ami lapin ne fera pas mieux que le résumé de la quatrième de couverture : quand l’univers de Jules Verne rencontre le XXIe siècle. Il est vrai que ce nouveau voyage au centre… du sous-sol parisien réserve son lot de machines métalliques et ingénieuses ainsi que de créatures pour le moins inattendues. Federico a ressenti beaucoup de sympathie à l’égard des deux héros qui vont faire connaissance et se rapprocher au cours de leur périple.

Mais ce qui a le plus enchanté notre ami dans ce roman, ce sont ses allures conte initiatique. Sans être manichéen (à quelques dérapages près), Sublutetia fait l’éloge du courage et de l’entraide avec une grande fraîcheur. À travers cette ville souterraine utopique, le roman défend le droit qu’a chacun à une seconde chance. Ces valeurs émanent du récit l’air de rien, à travers les épreuves de traversent les héros. Il est fort possible que Federico prête à l’auteur des intentions qu’il n’a pas eu en écrivant cet ouvrage, mais cela est sans importance. Il a aimé ce livre qui, de façon très simple, lui a évoqué un beau message.

Dès que vous aurez lu ce livre, rendez vous sur le blog qui lui est dédié et sur lequel vous trouverez des tas d’informations en plus sur l’histoire de la ville de Sublutetia et ce qui l’entoure.

Sublutetia, Eric Senabre, Didier Jeunesse, octobre 2011, 288 pages, 14 €.

Mission M’Other

Un roman de Pierre Bordage, Melanÿn et Philippe Coriat.

Face à la concurrence du numérique et de l’encre électronique, les livres papiers innovent. En 2008, le très remarqué Cathy’s Book proposait une réelle interaction entre le livre et le lecteur ; le premier permettant au second de mener l’enquête grâce à des indices. Rien de bien différent d’avec un autre polar… Si ce n’est que les indices en question étaient physiquement présents dans l’ouvrage, sous forme de fac-similés et de pistes audio et vidéo à visionner sur internet ou via un serveur vocal. Le lecteur disposait enfin des mêmes éléments que le héros pour élucider le mystère.

Bizarrement, malgré le succès de l’ouvrage et de ses suites, le concept n’avait pas fait d’émules notables jusqu’à la création de la collection « Snoop Book » par les éditions Soleil (oui oui, celles qui font de la BD à Toulon). Cette nouvelle gamme de livres promet au lecteur de devenir le héros de l’histoire et de mener l’enquête à l’aide de moult indices. Federico n’ayant pas testé le Cathy’s Book, il a décidé de faire l’expérience « Snoop Book », bien curieux de ce qui allait lui arriver. Parmi les trois titres de la collection, il a choisi Mission M’Other, écrit par Pierre Bordage, Melanÿn et Philippe Coriat. Ça en fait du monde.

Le roman en lui même a beaucoup plu à notre ami lapin. Dans un avenir proche, Lia débarque sur une Terre très inhospitalière après avoir grandi dans l’atmosphère protectrice d’une navette spatiale, M’Other. Complètement livrée à elle même, elle parvient à réunir quelques forces afin de se mettre en marche pour partir à la recherche de Tara, une fille dont elle ignore tout et qui est pourtant son unique repère. Au cours de son voyage elle va faire une étrange découverte : la plupart des humains ont déserté la planète et il ne subsiste plus qu’une étrange milice qui tue tout ce qui bouge. Ambiance.

Le lecteur a entre les mains le journal de bord que l’héroïne tient pour rompre sa solitude et par nécessité de raconter ce qu’elle voit et fait. Elle y recueille des documents trouvés au hasard (les fameux fac-similés) et qui la guident dans sa quête, quand il ne font pas naître de nouvelles questions. Federico déplore que le ton utilisé manque de la spontanéité qu’on attend dans ce genre de journal écrit sur le vif. Heureusement que les documents et les dessins joints au livre lui apportent l’authenticité qui manque au texte.

C’est un des rares défaut de ce récit de science fiction plein d’humanisme qui a bien accroché notre ami lapin avant de le surprendre avec un final agréablement déroutant. À tel point qu’il a été impossible pour Federico de déduire quoi que ce soit des indices proposés et a fortiori de répondre à la grande question du livre : où sont les humains ? Deux possibilités : ou bien Federico est un détective déplorable ou bien les annonces faites sur la couverture sont exagérées. Ce récit est trop irréaliste pour qu’on puisse deviner ce qui se trame.

Finalement, Mission M’Other est un excellent roman de science fiction présenté dans un format qui ne tient pas toutes ses promesses. Cela reste néanmoins un bel ouvrage à la présentation très soignée, qu’on pourrait presque croire sorti des archives de l’héroïne.

Mission M’Other, Philippe Coriat, Melanyn, Pierre Bordage, Soleil Productions, août 2011, 19 € 90, (collection « Snoop Book »)

Divergent, tome 1

Un roman (ado) de Veronica Roth, traduit de l’anglais par Anne Delcourt.

Dans un futur assez flou, les hommes ont créé un système social dont l’objectif est de supprimer les mauvais penchants humains afin d’empêcher de nouvelles guerres. Ainsi, la société est divisée en 5 factions au nom éloquent : les fraternels, les audacieux, les érudits, les sincères et les altruiste. Chaque faction remplit un rôle bien précis et est régentée par des règles strictes en fonction de ses valeurs. À seize ans, chacun choisit la faction à laquelle il va appartenir pour le restant de sa vie. Pour aider les adolescents à faire leur choix, on les soumet à une simulation qui fait ressortir leurs prédispositions pour une faction. Cependant, chez certains, la simulation ne permet pas de définir une orientation : ce sont des divergents. Ils sont en danger de mort.

Bouh… ça fait peur hein ? Et encore, vous n’avez pas lu de livre de Veronica Roth. Autant vous dire tout de suite que Federico a passé un formidable moment avec Béatrice, l’héroïne de cette captivante histoire. L’auteur épure son récit de tout contexte spatio-temporel (il paraît que ça se passe à Chicago) et concentre son talent sur la description du système et de ses protagonistes. Federico s’est donc retrouvé plongé au cœur du quotidien de Béatrice. Celle-ci lutte pour savoir qui elle est vraiment et sans s’être particulièrement attaché à elle, Federico a suivi son parcours avec un enthousiasme de lapereau. De même, l’auteur fait preuve d’une grande finesse psychologique dans sa peinture des relations ambiguës nouées par l’héroïne. Tout s’imbrique si naturellement qu’on perd parfois conscience d’être en train de lire.

Notre ami lapin s’est tellement délecté du suspens et des surprises dont regorge ce roman qu’il se refuse d’en dire plus. À peine ose-t-il vous avouer que Veronica Roth dépeint un univers assez brutal, où la violence et la mort sont très présentes. Âmes sensibles s’abstenir donc. Pour les autres, ruez-vous sur ce livre qui a fait palpiter le cœur de notre petit lapin.

D’un point de vu purement littéraire, Federico pourrait employer le terme de dystopie pour qualifier ce roman mais il n’est pas assez calé sur le sujet pour être complètement sûr de son coup.

Pour ce qui est de la notation, Federico considère que ce livre mériterait bien trois carottes et demi, mais ce serait une note divergente et notre ami lapin tient à contrôler son classement. Qui sait, peut-être que le tome 2 remportera la timbale ?

Divergent, Veronica Roth, Nathan, octobre 2011, 436 p., (collection « Blast »), 15,90 €

Le premier défi de Mathieu Hidalf

Un roman jeunesse de Christophe Mauri.

Mathieu Hidalf a dix ans et c’est un génie de l’entourloupe. Doté d’un culot sans limite et d’une grand confiance dans sa capacité à avoir des idées lumineuses, il gâche chaque année l’anniversaire du roi grâce à des bêtises dont lui seul a le secret.

Le roman débute le matin du dixième anniversaire de Mathieu, qui tombe le même jour que celui du roi, et se concentre sur les quelques heures qui séparent le héros de sa bêtise annuelle. Celle-ci promet d’être monumentale, mais les choses ne vont pas se passer comme prévu… à moins que Mathieu Hidalf ai tout prévu !

D’un bout à l’autre de sa lecture Federico aura été dubitatif. Ce livre est fort bien écrit, assez drôle par moment, les personnages sont sympathiques (surtout le héros, veinard manipulateur) et les situations sont surprenantes. Pourtant, sans savoir pourquoi, Federico n’est jamais vraiment rentré dans le livre. Il aurait aimé que la lecture d’un tel livre soit jubilatoire et n’a ressenti qu’un certain intérêt pour ce roman. Comme si ses yeux de lapin n’avaient pas su s’émerveiller de l’atmosphère unique et débordante d’imagination qui baigne le livre. Mais cela est plutôt improbable dans le cas d’un lecteur amoureux des Chroniques du Marais qui Pue et de Lombres.

Federico ne se plonge jamais dans l’analyse de ses sentiments un lundi après midi. Par conséquent, il ne va pas chercher à comprendre ce nouveau mystère littéraire et va donner deux carottes au Premier défi de Mathieu Hidalf. C’est un peu dur compte tenu des qualités de ce livre mais le CAC Carottes est réputé pour être impitoyable. Et puis, rassurez-vous, cette note là ne fera pas dégringoler les marchés boursiers.

Le premier défi de Mathieu Hidalf, Christophe Mauri, Gallimard Jeunesse, août 2011, 246 p., 13 €

L’année où tout a changé

Un roman (ado) de Jill Hucklesby

Federico a commencé cette lecture en pleurant. Nullité dramatique ? Non, juste une histoire qui commence très mal. Dans un accident, Amy, 13 ans, perd sa meilleure amie et sa jambe droite. Tout un pan de sa vie s’effondre donc : fini les délires avec Sophie et adieu la prometteuse carrière de nageuse. Pourtant, tout n’est pas fini pour la jeune fille.

Écrit sans misérabilisme ni bisounoursisme, le roman de Jill Hucklesby réussit à traiter de la difficile reconstruction d’une adolescente dans un roman où l’espoir l’emporte sur le reste. Méfiant au départ, Federico a été agréablement surpris à la lecture de ce livre. Les personnages sont finement dessinés et leur réaction face à la situation est subtilement analysée. L’histoire tient la route, l’héroïne est attachante et la bonne humeur est revendiquée.

Malgré ces qualités, L’année où tout a changé ne fait pas partie de ces romans qui ont marqué Federico. Le principal défaut de ce roman est qu’il s’adresse a des adolescentes, pas à des lapins. Le ton employé s’en ressent. Par conséquent, il est tout à fait recommandable pour une jeune fille qui veut lire un roman émotionnellement intelligent, mais est vite oublié par un lapin avide d’une plume plus aiguisée.

L’année où tout a changé, Jill Hucklesby, Bayard, septembre 2011, 386 p., (collection « Millézime »)

Madison Avery, tome 1 : Ange Gardien

Certains livres sont vexants. Ils sont écrits de façon tellement tarabiscotée qu’on n’y comprend rien. Voilà pourquoi Federico a abandonné la lecture du premier tome de la trilogie Madison Avery à la page 34 : parce que ce n’est vraiment pas clair.

Là où certains auteurs passent un chapitre à planter le décor de leur histoire, Kim Harrison plonge le lecteur au cœur de l’action de son livre. Le souci c’est que, comme elle écrit avec des palmes, Federico a plutôt eu l’impression d’être largué en plein champ de bataille : courage, fuyons.

Difficile de dire ce qui cloche dans l’écriture de ce livre : des phrases trop courtes ou trop longues ? Des virgules mal placées ? Des descriptions inutiles ? Un peu de tout ça. Mais le pire réside dans les métaphores tirées par le pompon. Exemples : « nous sommes aussi vulnérables que des canards sur l’eau ». Moui, mais encore ? « Je sentis son parfum de tournesols au crépuscule ». D’accord. Et ? « J’eus la sensation qu’on frottait des plumes sèches sur mon âme ».

C’est une autre culture.

En plus la couverture est moche.

Madison Avery, tome 1 : Ange Gardien, Kim Harrison, Castelmore, octobre 2011, 285 p.

Lettres d’amour de 0 à 10

Un roman (jeunesse) de Susie Morgenstern

Pendant toute sa lecture, Federico s’est demandé « mais c’est quoi ce titre qui n’a aucun rapport avec l’histoire ? ». À la fin du livre il s’avère que si en fait, il y a un lien. Mais vous n’enlèverez pas de la tête de notre ami lapin que ce titre donne une fausse image du roman. Et c’est tant mieux car Federico aura ainsi eu le plaisir d’être surpris tout au long de sa lecture. Lui, qui s’attendait à une simple histoire d’amour entre un garçon un peu triste et une nouvelle arrivante dans sa classe, a en réalité assisté à la renaissance du premier grâce à la seconde.

Élevé par sa grand-mère dans une atmosphère assez monotone et carrément triste, Ernest vit parce qu’il le faut bien sans même se douter qu’autre chose est possible. Jusqu’au jour où Victoire débarque dans sa vie. Et quand Federico dit « débarque » c’est un euphémisme. Comme les Alliés en 1944, la jeune fille investit son quotidien sans vraiment lui demander son avis et avec toute une armée derrière elle. Parce que, contrairement à Ernest qui vit dans une grande solitude, Victoire a grandit très entourée : elle est la 13e enfant d’une famille qui en compte 14. C’est donc un véritable choc des cultures que décrit Susie Morgenstern avec humour et tendresse.

Ernest et Victoire se rencontrent pour le meilleur et… que pour le meilleur, en fait. Sous l’influence de sa nouvelle amie, le garçon va découvrir que le monde ne s’arrête pas à sa cage d’escalier. Il ouvre son cœur à des sentiments qui lui étaient jusque là inconnus. La bonne humeur et les bons sentiments sont de rigueur dans ce roman très sympathique où les personnages n’ont qu’à tendre la main pour toucher le bonheur. Mais c’est parfois ce premier geste qui est le plus difficile.

Lettres d’amour de 0 à 10, Susie Morgenstern, École des Loisirs, Paris, 1997, 210 p. (Collection « Neuf »)

Vango

Un roman (ado) de Timothée de Fombelle

Paris, 1934. Le jeune Vango est sur le point d’être ordonné prêtre. Dans l’assemblée qui assiste à la cérémonie, plusieurs personnes s’apprêtent à passer à l’action. C’est le début d’une course poursuite semée de mystères.

Vango a offert à Federico un véritable voyage dans le temps. En disséminant habilement les éléments historiques, Timothée de Fombelle plonge le lecteur dans l’Europe des années 30. Cette époque charnière du XXe siècle où le totalitarisme était de plus en plus tendance joue un rôle capital dans le récit. En effet, l’énigmatique Vango ainsi que tous les autres personnages, sont entraînés dans les rouages de l’histoire en marche. Ce roman est très complexe mais il est si bien construit que l’intrigue se déroule avec une grande fluidité. Federico compare le récit à une toile d’araignée. En effet, les parcours des personnages sont autant de fils liés entre eux qui tendent tous vers un même point, une même énigme : qui est réellement Vango ?

Pour y répondre, l’auteur met les petits plats dans les grands et nous embarque dans une aventure sans frontière. Sur terre, en mer, dans le ciel : il souffle sur ce roman un vent d’aventure à vous ébouriffer un lapin à poils ras.

L’ensemble est parfaitement calibré : complexe mais limpide et surtout emprunt de beaucoup de poésie. Timothée de Fombelle façonne les mots de manière à faire oublier le texte et donner vie au personnages : la 3D sans les lunettes !

En un mot : formidable.

En plusieurs mots : Federico attends le tome 2 (prévu pour début octobre) avec impatience. En effet, il reste beaucoup de zones d’ombres sur la toile d’araignée…

Vango, Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, mars 2010, 370 p., 17 €.

Les secrets de l’immortel Nicolas Flamel. Tome 1 : L’Alchimiste

Un roman (jeunesse) de Michael Scott

Imaginez que les différents mythes qui ont accompagné l’histoire de l’humanité soient basés sur des faits et des personnages réels. Imaginez ensuite que ces divinités reviennent au XXIe avec pour but de reprendre leur place à la tête du monde, au détriment de l’espèce humaine.

Maintenant vous savez ce qui s’est passé dans l’esprit fertile de Michael Scott et ce qu’il raconte dans sa saga Les Secrets de l’Immortel Nicolas Flamel. Comme vous l’aurez deviné grâce à votre grande perspicacité, le célèbre alchimiste est au centre de cette histoire. Quand elle débute, il est plusieurs fois centenaire et après des siècles de tranquillité, il se retrouve plongé dans une course contre la montre pour empêcher les anciens dieux, appelés Aînés (parce qu’ils sont vachement vieux), de détruire tout ce qui bouge. Il va entraîner avec lui les jumeaux Josh et Sophie qui n’étaient pas vraiment là par hasard.

L’histoire est plutôt bien ficelée (recycler la mythologie peut être risqué quand on ne sait pas s’y prendre), les personnages ambigus juste ce qu’il faut pour être intéressants et l’écriture, si elle n’est pas épatante, sait se faire discrète au profit de l’intrigue.

Pourtant Federico ne lira pas les autres tomes de cette saga. Malgré ses qualités, ce premier opus n’a pas piqué sa curiosité, probablement parce qu’il est trop bavard. L’intrigue est concentrée sur deux jours et, comme Josh et Sophie, le lecteur bascule dans un univers où tout semble imaginable. Pourtant Federico a eu le sentiment que le livre ne laissait pas assez de place à cet infini de possibilités en nous livrant trop de réponses tout de suite. Ainsi, avec autant de détails sur les différents mythes présents, la curiosité de Federico était rassasiée avant même d’être suscitée. Notre ami lapin a donc frôlé l’indigestion et il lui a semblé que les deux journées passées en compagnie de Nicolas Flamel avaient duré des semaines. Le livre paie donc ce trop plein d’informations par une note moyenne au Cac Carottes. Heureusement, cela ne devrait pas avoir une trop grande influence sur les marchés mondiaux.

Dans le même esprit univers parallèle, Federico a préféré Eugénia et la bouche de la vérité (pour le coup c’était même carrément l’inverse) chroniqué ici, et Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires, pas chroniqué mais franchement génial.

Les Secrets de l’Immortel Nicolas Flamel, tome 1 : L’Alchimiste, Michael Scott, Pocket Jeunesse, juin 2008, 360 p., 19 €

Miss Charity

Un roman jeunesse de Marie-Aude Murail

Federico a adoré lire Miss Charity. Pour preuve, deux après midi lui ont suffit pour dévorer ce roman de 560 pages.

Comment expliquer un tel phénomène ? D’où provient l’enthousiasme débordant ressenti par notre ami lapin ? Pourquoi Federico a-t-il été incapable d’interrompre sa lecture ?

Conscient que ces questions vous empêchent de vivre sereinement, Federico va vous expliquer pourquoi Miss Charity est un roman jeunesse génial.

Parce que…

Parce que Marie-Aude Murail s’est inspirée des 25 premières années de la vie de Béatrix Potter pour écrire cette fausse autobiographie de Miss Charity Tiddler. D’où un personnage totalement en décalage avec son époque. En effet, au XIXe siècle, les petites filles apprennent à jouer du piano et a faire des napperons mais Charity préfère observer les champignons, les moisissures et élever des souris, des canards, des crapauds, etc. De plus, à l’instar de Béatrix Potter, le compagnon préféré de Charity, qui deviendra sa muse (rien que ça) est un charmant lapin du nom de Peter. Elle le dresse, lui apprend des tours et lui tire le portrait en diverses occasions. La présence de ce lapin apporte un intérêt supplémentaire à ce livre qui n’en manque pas.

Parce que Charity Tiddler est un personnage passionnant qui insuffle son intelligence et sa fantaisie au roman. Cette naturaliste en herbe est une enfant curieuse, sensible et solitaire. En grandissant, elle s’affirme en refusant d’entrer dans le moule de la jeune fille modèle de l’époque. Elle mène sa quête d’indépendance avec beaucoup d’humilité et surtout une grande détermination à vivre (de) ses passions. Federico a suivi avec délectation son parcours, de l’enfance à l’âge adulte, au fil de ses découvertes et de ses rencontres.

Parce que les dialogues sont délicieusement percutants. Présentés à la manière d’un texte théâtral, les échanges entre les différents personnages sont livrés dans leur plus simple appareil, à l’exception de quelques didascalies. Cela crée une plus grande connivence avec la narratrice, nous donnant réellement l’impression de voir le monde à travers ses yeux.

Parce que Miss Charity est généreusement illustré, pour le plus grand plaisir des yeux. Le crayon vif et les aquarelles indisciplinées de Philippe Dumas collent parfaitement à la personnalité de l’héroïne. L’illustrateur s’inspire de l’univers de Béatrix Potter sans jamais l’imiter et crée une atmosphère pleine de malice.

Parce que Miss Charity est un roman drôle et touchant, qui a ému notre ami lapin pendant toute sa lecture.

 Miss Charity, Marie-Aude Murail, ill. Philippe Dumas, École des Loisirs, novembre 2008, 562 p., 24,80 €

Verte

Un roman de Marie Desplechin

Verte est une sorcière, enfin pas encore. Pour sa mère, le plus tôt sera le mieux. Verte préférerait que cela arrive le plus tard possible, voire jamais.

Un mois après la sortie de la dernière partie des aventures cinématographique de Harry Potter, ce garçon qui découvre avec joie qu’il est un sorcier et qu’en plus il va pouvoir botter les fesses des méchants, Federico a rencontré Verte. La fille qui rêve d’être normale, de se marier et d’avoir des enfants. La jeune fille est paniquée à l’idée de suivre les traces de sa mère, Ursule, sorcière moderne au caractère de cochon qui a chassé le père de sa fille après sa naissance.

Mais voilà, c’est inévitable : Verte est une sorcière et elle n’y peut rien puisque cela se transmet de mère en fille. Voyant bien que sa descendance est récalcitrante à sa destinée, Ursule s’en remet à sa propre mère, Anastabotte, pour enseigner les rudiments de la sorcellerie à Verte. L’opération va prendre une tournure inattendue et entraîner dans son sillage Soufi, un camarade de classe de l’héroïne, qui n’avait pourtant rien demandé.

En croisant les points de vue radicalement différents de ces quatre personnages, Marie Desplechin donne du relief à cette histoire toute simple et pleine d’humour. L’air de rien, elle nous parle avec légèreté des différences et de la difficulté à les surmonter surtout quand ce sont nos proches qu’on n’arrive pas à comprendre. Federico a trouvé cette lecture fort sympathique, idéale pour les jeunes lapins.

Verte, Marie Desplechin, École des Loisirs, novembre 1997, 180 p., (Collection « Neuf »). 7 € 50

L’île au trésor

Un roman de Robert Louis Stevenson (1883)

Comme vous le savez probablement, lapins et marins ne faisaient pas très bon ménage dans les temps jadis. Sous prétexte que les premiers auraient entraîné le naufrage de navires en rongeant les cordages de chanvre, les seconds les ont bannis de leur vocabulaire. Pour évoquer les semblables de Federico, on parlait alors de « pollop », de « l’animal aux longues oreilles », « du cousin du lièvre » voire de la « langoustine des prés »1.

Pas rancunier, Federico a quand même plongé ses moustaches dans un classique de la littérature d’aventure : L’île au trésor.

Notre ami lapin avait déjà vaguement entendu parlé du mythique Long John Silver, mais par bonheur il n’en savait pas plus sur ses aventures. Il a donc pu profiter de chaque page tournée et savourer les surprises du récit. Pour vous offrir ce même plaisir, Federico vous épargne le résumé (que vous trouverez très facilement au besoin). Notre rongeur a parfois du mal à comprendre pourquoi un livre lui a plu. Ici, la recette est simple : un jeune narrateur sympathique et un peu tête brûlée, des personnages ambivalents et moult retournements de situation. Le tout narré avec simplicité et précision. Nous épargnant les longues descriptions, Stevenson se concentre sur l’action et sur les motivations (souvent troubles) des héros. Parmi ces derniers, le fameux Long John Silver, magnifique gentilhomme de fortune est le digne représentant de l’univers à la fois sombre et flamboyant de la piraterie. Celle-ci et, plus globalement, le monde si particulier des marins (il faut être bien particulier pour ne pas aimer les lapins) est décrit à travers le regard fasciné du jeune narrateur, Jim Hawkins. Comme lui, Federico est parti à l’aventure sans savoir ce qui l’attendait et il n’a pas été déçu du voyage.

Ce seront donc 3 carottes pour ce roman à lire de 10 à 110 ans dans l’une des multiples éditions qui existent.

1. « Les superstitions des marins », Wikipédia.

Papa Yaga

Un roman (ado) de Muriel Zürcher

Federico aime la fantaisie. Par conséquent, Federico ne pouvait qu’aimer Caillou Roglin. Le héros de Papa Yaga habite dans un immeuble de banlieue avec sa mère, collectionne les chaussettes en laine et réserve encore d’autres surprises que notre ami lapin vous laisse le loisir d’aller découvrir. Depuis une mystérieuse bêtise qu’il a commise, des assistantes sociales viennent le voir régulièrement, faisant planer sur sa petite vie le spectre du placement en foyer. Pour y échapper, Caillou les abreuve de mensonges afin de passer pour un enfant « normal ». Heureusement, la normalitude ne dure que le temps de la visite et Caillou redevient vite le garçon attachant et généreux que connaissent son ami Karim et sa confidente Yaga, une sage indienne qui a planté son tipi sur le parking de la cité. Autour d’eux gravitent une petite galerie de personnages que la tendre et malicieuse écriture de Muriel Zürcher rend terriblement sympathiques.

Ce court roman, écrit dans la langue débridée de Caillou, a offert à Federico un moment de lecture émouvant et drôle. Un livre qu’il conseillera aux jeunes lapins de sa garenne !

Papa Yaga, Muriel Zürcher, Oscar éditions, juin 2011, 90 p., 8,50 €.

Charme Académie

Un roman jeunesse de Anne Fine

La journée commence très mal pour Bonnie : sa mère doit impérativement assister à une formation de comptabilité et ne peut donc pas la garder. Conclusion : la pauvre fillette se retrouve inscrite au stage Charme Académie. Pour ceux qui connaissent les concours de mini miss, vous voyez à peu près à quoi ce stage peu ressemble. Pour les autres, imaginez des petites filles déguisées en poupées Barbie avec des paillettes partout, des vêtements de femme et une obsession de leur apparence digne des mannequins les plus psychopathes. L’ambiance est au coup bas, les demoiselles rivalisant d’imagination quand il s’agit de dire des bassesses aux autres pour les déstabiliser. Et oui, ce n’est pas un jour comme les autres : aujourd’hui on élit la Reine Suprême qui aura droit de porter le diadème scintillant et de voir sa tête poudrée affichée dans le couloir.

Autant vous dire que Bonnie, avec son jean délavé, ses vieilles tennis et ses cheveux en bataille sent qu’elle va passer un sale quart d’heure. Mais heureusement, cette damoiselle là à de la ressource, beaucoup d’humour et aucunement envie de se faire traiter de pouilleuse.

Federico a beaucoup aimé ce petit roman sans prétention porteur d’un message salvateur à une époque où le culte de l’apparence se manifeste de plus en plus tôt : pourquoi perdre son temps à essayer de ressembler à une gravure de mode (photoshopée) ? Profiter de la vie implique de se salir les ongles et de froisser ses vêtements. Et surtout, s’il faut souffrir pour être belle, cela vaut-il vraiment la peine ?

Voici donc le conseil que veut donner Federico à la communauté humaine : au lieu d’offrir un gloss goût concombre, les magasines féminins devraient proposer Charme Académie en supplément. Bon, évidemment, après plus personne n’achèterai leur magasine… Mais franchement, Federico il s’en tamponne le pompon avec une soucoupe.

Charme Académie, Anne Fine, l’École des Loisirs, avril 2006, 195 p., Coll. Médium, 10 €.

Les enquêtes d’Enola Holmes

Tome 5 – L’énigme du message disparu

Roman ado de Nancy Springer

En 2006, Nancy Springer a eu la formidable idée de donner vie à la petite sœur du célèbre détective Sherlock Holmes. Pourtant, il aura fallu attendre 5 ans avant que Federico ne fasse la connaissance d’Enola en mettant son nez (par hasard) dans le cinquième tome de ses aventures. Que de temps perdu ! La découverte d’un tel univers aurait mérité d’avoir lieu plus tôt !

Pourtant le pari de départ est très risqué : marcher dans les traces du grand Conan Doyle en prétendant ouvertement que le plus grand détective d’Angleterre n’est pas Sherlock Holmes mais sa petite sœur, il fallait oser. Nancy Springer a osé et aurait pu se casser toutes les dents.

Eh bien il faut croire que cet auteur a une dentition de première qualité car elle relève le défi avec audace et respect pour le modèle. Celui-ci n’est pas envahissant ou convoqué à outrance. Ici Sherlock Holmes n’est plus un détective infaillible mais un frère dont Enola doit se cacher si elle ne veut pas se retrouver engoncée dans un corset au sein d’une institution pour jeunes filles comme il faut. Enola multiplie donc les couvertures afin de passer incognito et de mener ses enquêtes en toute tranquillité dans ce XIXe siècle où la place des femmes était plutôt à la maison à faire la popotte et à mourir en couches que sur la piste de dangereux criminels.

Dans ce tome 5 des aventures de la jeune détective (qui se lit tout à fait indépendamment des autres), Enola remue ciel et terre (discrètement) pour retrouver sa logeuse et éclaircir le mystère qui plane autour de son enlèvement. Cette enquête est d’autant plus importante pour elle que, sa mère ayant disparu quelques temps auparavant, elle considère sa logeuse comme une mère de substitution.

C’est cette profondeur psychologique qui donne sa force au récit. Enola Holmes est une jeune femme qui doit composer avec ses faiblesses pour résoudre ce mystère. Et elle va avoir du travail car Nancy Springer a concocté une intrigue très complète, riche en rebondissements et en personnages ambigus. En plus, elle écrit très bien et ne prend pas son lectorat pour un banc d’huîtres : le style est soigné et le vocabulaire assez recherché pour une série adressée initialement à un public de collège. Et pour couronner le tout, elle a créé un personnage attachant et drôle, ce qui ne gâte rien !

Un livre à recommander aux lecteurs de 11 à 111 ans (si votre mamie à 112 ans elle peut le lire aussi, ça lui rappellera son jeune temps…).

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 5 – L’énigme du message disparu, Nancy Springer, Nathan, avril 2010, 191 p, 13 € 90.