Marathon critique : Federico se souvient-1

Pour Federico, la meilleure des lectures est intemporelle. Un bon livre, on s’en souvient looongtemps !

Ben oui, ce n’est pas parce qu’on a lu un livre il y a 10 ans qu’il ne sert plus à rien d’en parler, bien au contraire : si on y pense encore, c’est qu’il y a bien une raison ! C’est pourquoi notre ami lapin vous propose une nouvelle série de Marathons critiques : le « Federico se souvient ». Comme il aime faire d’une pierre deux coups, il se servira aussi de ces marathons pour rattraper son retard, et parler de livres lus il y a seulement 1 ou 2 ans et qui ont loupé le coche de la critique conejienne. Notre ami lapin est curieux de voir ce qu’il peut ressortir d’une lecture qui n’est plus toute fraîche, donc n’attendez pas une analyse détaillée !

S’il prend la peine de ressortir ces souvenirs de lecture du placard, c’est bien parce qu’elles en valent le coup, donc ce sont des livres 3 ou 4 carottes, enjoy !

L’Ombre du vent

ombreduvent4 carottes

C’était l’hiver dernier, ou celui d’avant, il ne sait plus… En tout cas, Federico se souvient bien d’avoir dévoré ce roman dans le RER, dans le TGV, et même en covoiturage ! Malgré les bruits et les ressauts des transports, il n’a eu aucun soucis à se plonger dans l’histoire de Daniel Sempere et du mystérieux écrivain Julian Carax. L’Ombre du vent, ça cause d’émois littéraires, de soubresauts de l’histoire, de déchéance familiale, d’amours maudits ou heureux, bref, une grande fresque jouissive rehaussée de personnages hauts en couleur, la joie du lecteur !

La pluie avant qu’elle tombe

la-pluie-avant-qu-elle-tombe3 carottes

Voilà une belle histoire qui a fait passer un très bon moment à Federico lors d’une rentrée automnale, ça collait bien avec le titre tiens ! Avant de mourrir, la tante Rosamund a enregistré ses souvenirs sur des cassettes audios qu’elle destine à Imogen. Mais la jeune fille est introuvable, c’est donc sa nièce Gill et ses filles qui écoutent les confessions de Rosamund. Cette dernière prend le parti de décrire des photos soigneusement sélectionnées et dévoile les histoires de famille qu’elle porte en elle depuis des années. Ce roman rentre beaucoup dans l’intimité de ses personnages, majoritairement féminins, et a rappelé au souvenir de notre ami lapin la lecture marquante de Lignes de faille de Nancy Huston.

Lumières de Pointe-Noire

couverture-Mabanckou3 carottes

C’est le premier livre d’Alain Mabanckou lu par notre ami lapin. D’emblée, Federico a été frappé par la maîtrise parfaite de la langue française ; les phrases sont assez longues, ce qui rend le texte dense, mais il se lit avec une très grande aisance et avec beaucoup de plaisir. L’auteur nous raconte l’histoire de son retour pour quelques semaines dans son pays d’origine, le Congo-Brazzaville, dans la ville de Pointe-Noire plus précisément. Sa mère et son père adoptif sont morts depuis plusieurs années déjà, et il retrouve avec nostalgie et réserve la famille et les lieux où il a grandi, quittés 23 ans plus tôt. C’est un beau roman sur les retrouvailles avec son enfance et le regard d’adulte qui y est posé.

Journal d’Anne Franck

ANNE3 carottes

Là, les souvenirs sont plus flous, mais les émotions encore très fortes. Il est difficile pour Federico de rester indifférent à Anne, une jeune fille perspicace et charmante qui ne semblait pas avoir la langue dans sa poche, ni son crayon dans sa trousse… Il est étrange de lire le journal intime d’une adolescente, notre ami lapin se trouvait impertinent d’y fourrer ses moustaches : on a beau avoir fait d’Anne une personnalité universelle, elle n’en demeure pas moins une adolescente comme les autres et donc terriblement unique. La lecture de son journal est instructive et poignante, surtout lorsque l’on sait ce qu’il advient d’elle et sa famille par la suite…

Récap’ : 

L’Ombre du vent, Carlos Ruis Zafón, Grasset/Pocket, 2006

La pluie avant qu’elle tombe, Jonathan Coe, Folio, 2010

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou, Seuil, 2013

Journal d’Anne Franck, Le Livre de Poche, 1947

Ma vie avec les chimpanzés

Un récit de Jane Goodall, traduit de l’anglais par Florence Seyvos.

3 carottes

Depuis longtemps sur son étagère, Federico a enfin pris le temps de lire ce texte de la célèbre éthologue (étude du comportement des différentes espèces animales, ndl), et il l’a dévoré en quelques heures comme un glouton !

Dans Ma vie avec les chimpanzés, Jane Goodall raconte son histoire au jeune public. Elle s’adresse ainsi directement au lecteur, mais toujours d’égal à égal dans un soucis pédagogique et de partage d’expériences. Federico a aimé ce ton sincère et plein d’humanité qui en rend la lecture plus qu’agréable et son auteure extrêmement attachante !

ma-vie-avec-les-chimpanzesJane Goodall commence par nous raconter son enfance en Angleterre pendant les années 1930 et 1940 : sa vie à la ferme et à la campagne, et l’intérêt qu’elle a très tôt pour les animaux. Petite, elle observait les poules pondre cachée dans le poulailler, elle dressait les chiens en valorisant leur intelligence, et faisait des courses d’escargots en veillant à leur quota de salade et à ne pas leur toucher les yeux pour ne pas leur faire mal… Comment ne pas être touché par tant d’empathie et de douceur ? Federico a véritablement craqué pour Jane !

Jeune femme, Jane étudie et travaille à Londres et Oxford. Puis, enfin, elle réalise son rêve en partant pour l’Afrique afin de rendre visite à une amie. Elle rencontre alors l’archéologue Louis Leakey qui, voyant son intérêt et son savoir, en fait son assistante, avant de lui proposer de mener par elle-même un programme d’observation d’une tribu de chimpanzés dans la vallée de Gombe, en Tanzanie. Elle a 23 ans.

Pendant des années, Jane observe les chimpanzés dans la jungle. Elle apprend à connaître la tribu et donne des noms à chacun ; elle assiste aux naissances, aux maladies et décès, aux prises de pouvoir, à l’éducation des plus jeunes et au développement de leur caractère, à leur façon de se nourrir, de dormir… C’est elle qui les étudia en train d’utiliser des outils, une découverte majeure à l’époque.

Notre ami lapin est tout admiratif devant cette femme qui, avec la simple observation, beaucoup de patience et un respect infini, a permis de développer l’étude du comportement animal et de sensibiliser les esprits à leur cause. On peut dire que Jane Goodall a le cœur sur la main, et son empathie envers le monde animal est sans limite. Son récit est riche de multiples anecdotes et de réflexions qui nous donnent une belle leçon d’humanisme. Une personne comme Federico aimerait en rencontrer tous les jours…

Jane Goodall, trad. Florence Seyvos, Ma vie avec les chimpanzés, L’École des Loisirs, 1988, 108 pages

Le Clan suspendu

Un premier roman d’Étienne Guéreau.

2 carottes

Après avoir dévoré Les enfants sauvages, le premier ouvrage de la nouvelle collection « Y » de Denoël, Federico s’est laissé tenté par Le Clan suspendu, et ce malgré les bandeaux rouges qui ont davantage tendance à repousser plutôt qu’à attiser le désir d’achat/de lecture de notre ami lapin. Ces bandeaux proclament « Addictif » ainsi que l’argument tapageur « Quand Antigone rencontre Hunger Games » (encore une fois, Federico s’est senti rabaissé au rang d’huître consumériste).

Pour commencer, sachez que Federico n’a pas trouvé ce roman addictif (il a failli laisser tomber plusieurs fois), et que le parallèle avec Hunger Games est tout simplement mensonger. Quant à Antigone, la pauvre n’avait rien demandé…

Mais bon, 2 carottes tout de même, alors pourquoi ? Parce qu’on oublie pas si facilement cette histoire étonnante, enfin, surtout son dénouement… C’est ballot, parce que Federico ne va pas vous dévoiler la fin, donc il va broder autour pour vous donner une idée.

Alors c’est l’histoire d’Ismène, 13 ans, qui habite avec quelques adultes et d’autres enfants dans des cabanes dans les arbres (appelé le Suspend). Ils sont contraints de vivre ainsi perché à cause d’un monstre, une ogresse, qui menace de les dévorer s’ils s’aventurent en bas. Leur vie est régie par des rituels, notamment celui de réciter la pièce de Sophocle, Antigone. L’équilibre de cette vie va être bouleversé par de nouvelles tensions au sein du Suspend : disparitions, luttes de pouvoir… Ismène quant à elle se pose beaucoup de questions, notamment liées à la puberté, et s’entiche d’un garçon, tout en attisant le désir d’un autre, cruel et dangereux.

©DenoëlFederico s’est ennuyé sévère tout au long des deux premiers tiers du bouquin (c’est beaucoup, deux tiers de 480 pages…). D’une part, l’ambiance et le contexte lui faisaient une très forte impression de déjà-vu : une communauté qui vit en vase clos, ne connaissant pas son passé et suivant des rites, des tensions qui excluent certains membres, des effets de foule panurgique… notre ami lapin a déjà lu ça dans un autre roman français pour ado, Lunerr, donc ça l’a un peu gavé. D’autre part, on s’embrouille dans les personnages au début, puis on ne s’attache pas à eux : ils sont trop naïfs, bêbêtes et sans volonté, se laissent mener par le bout du nez par un seul ado qui roule des mécaniques. L’héroïne semble plus maligne, mais elle fait preuve de très peu d’initiative, voire de jugeote, et tarde à prendre des décisions de survie. Et il ne se passe pas grand chose finalement, Federico n’avait qu’une hâte : qu’Ismène quitte le Suspend, on sait que c’est inévitable alors pourquoi tarder ?

Mais pour quelles raisons Federico a-t-il continué alors ? Parce qu’il est curieux tout de même, et qu’il voulait savoir d’où viennent ces gens, pourquoi ils sont là. Si notre ami lapin se doutait de la réponse, les derniers éléments révélés sont tout de même perturbant : on découvre un univers lubrique, fait de viol, d’inceste et de mort. Miam. Euuuh… il y a quand même un décalage entre le ton léger type roman ado et les actes des personnages, cruels, malsains… Ce que l’auteur nous décrit en fin d’ouvrage est tout de même terrifiant !

Voilà autre chose qui a gêné Federico : il y a une vision malsaine de la sexualité qui se développe dans ce livre, et si elle s’explique par leur vie reculée et étrangement primitive socialement (dans le Suspend, on ne sait pas trop ce qu’est le sexe et l’amour), cela a malgré tout horripilé notre ami lapin : les liens entre parents et enfants sont flous et arbitraires, donc peu crédibles, les personnages féminins, même non pubères, sont tous rapportés à un moment ou à un autre à leur fonction reproductive, les hommes sont des chasseurs-violeurs, etc., sans oublier la scène horripilante et inévitable des premières règles qui confèrent comme par magie du jour au lendemain le statut de femme…

Federico hésite à laisser les 2 carottes au Clan suspendu… Allez, bon prince, gardez-les ! Même s’il trouve beaucoup à redire, c’était quand même une histoire pas banale ! (Cette critique est pleine de contradictions, là on peut dire que l’avis de notre ami lapin est partagé…)

(Vous l’aurez remarqué, Antigone est complètement passée à l’as dans la critique de Federico, mais c’est aussi le cas dans le bouquin.)

Étienne Guéreau, Le Clan suspendu, Denoël, « Y », 2014, 480 pages

Les Orphelines d’Abbey Road

Une série jeunesse d’Audren.

noté 2 sur 4

C’est parce qu’il est un amoureux fou de Jane Austen et des sœurs Brontë que Federico a été attiré par les couvertures de la série Les Orphelines d’Abbey Road. Les orphelinats, les robes grises, les cols en dentelle, toussa… Les Orphelines, c’est un peu ça, mais avec d’autres choses encore ! Notre ami lapin a donc été positivement surpris par ces romans qui prennent une tournure inattendue, mais il s’est un peu ennuyé ensuite…

Au final, quelle est l’histoire ?

© L'école des loisirs, 2012Pensionnaire de l’orphelinat d’Abbey Road, Joy conserve l’espoir de revoir un jour ses parents, disparus dans un naufrage. Cela fait pourtant des années qu’elle y réside, obéissant à l’éducation stricte des sœurs et se liant d’amitié avec Margarita, June, Prudence et les autres (jeune orpheline triste, éducation sévère et amitiés de dortoirs, check ! Pour le moment, on n’est pas loin de Jane Eyre). Lorsqu’elles découvrent le souterrain sous l’abbatiale, les jeunes filles ne se doutent pas des choses étranges et dangereuses qu’elles pourront y dénicher. Depuis leur dernière excursion, Prudence est comme possédée d’un mal étrange causé par le Diable Vert (ah tiens, du surnaturel, là on se sent plus chez Mary Shelley ou sur les hauts de Hurlevent !). C’est pour la guérir que Joy, accompagnée de l’espiègle Ginger aux pouvoirs étonnants, fera connaissance avec le mystérieux monde d’Alvénir (qui ressemble beaucoup au pays des merveilles d’Alice !).

On ne sait pas trop à quelle époque se déroulent les aventures de Joy, mais on situe tout de même vers la fin du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, on est inévitablement marqué par les références de la littérature anglaise, celle du vent sur les landes et des jeunes filles ballotées par la vie. Les Orphelines d’Abbey Road mêle donc le roman d’époque, le merveilleux et le surnaturel. Certains passages inquiétants peuvent donner le frisson, tout comme l’univers d’Alvénir amuse et éveille la curiosité. Mais c’est aussi une histoire sur la construction des liens : l’autorité, la famille, l’amitié voire l’amour. Alors qu’elles rêvent tout simplement d’être des enfants aimés et écoutés, les orphelines seront conduites à se rebeller face à la déraisonnable rigidité des adultes.

Joy réfléchi beaucoup à ce qu’elle est et à ce qu’elle apprend au fil de ses aventures. Notre ami lapin l’associe à une Alice plus mature et perspicace que l’héroïne de Lewis Carroll. Quant à l’univers d’Alvénir, fluctuant et absurde, c’est un Pays des merveilles revisité et approfondi. Les dialogues sont l’occasion de jeux de mots et de réflexions sensées face aux incongruités, et ce non sans rappeler avec plaisir l’autre côté du miroir…

Tout allait bien, donc, avec une préférence pour le deuxième tome.

Mais la lecture du troisième tome a été plus mitigée. Bon, Federico n’avait pas de grandes attentes, étant prêt à se laisser emporter n’importe où ! Mais cet opus, Les lumières du passé, est assez redondant vis-à-vis du deuxième : les orphelines retournent une seconde fois dans le monde d’Alvénir pour y chercher quelque chose (Federico ne sait plus quoi). Et ça cause, et ça marche, et ça cogite… Comme ça arrive souvent dans les univers parallèles, leurs habitants ont l’air moins consistants et plus neuneus que ceux du vrai monde, ce qui est assez dommage et ennuyant à la longue. Ajoutez à ça l’héroïne qui vire fleur bleue, et vous gagnez un lapin pas fâché de terminer sa lecture pour passer à autre chose !

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1 : Le diable vert, Audren, 2012, L’école des loisirs, 288 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 2 : Le monde d’Alvénir, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 3 : Les lumières du passé, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde

Un roman ado de Philippa Gregory.

noté 1 sur 4

Que dire d’une intrigue policière lorsqu’on a trouvé la soluce à la moitié de l’enquête ? Et que dire d’un héros beau et intelligent (et aux origines mystérieuses), qui rencontre une princesse belle et intelligente (et déshéritée par son méchant frangin) ? Pour le récit original et la profondeur des personnages, on repassera…

© Gallimard jeunesse, 2013Déjà, les convocations mystérieuses dans les bas-fonds humides par des encapuchonnés moyenâgeux, ça sent le complot et la société secrète… pas la tasse de thé de notre ami lapin. Du tout. Mais passé cette mise en bouche qui ne donnait pas vraiment faim, l’intrigue se déroule principalement dans un couvent, en Italie, où Luca Vero (un moine novice de 17 ans) est envoyé pour enquêter sur la mystérieuse folie des religieuses. Tout semble mettre en cause Isolde, la nouvelle abbesse, jeune princesse à la magnifique chevelure blonde qui a fait le choix du couvent plutôt que d’épouser un prince lubrique.

Comme il vous l’a dit, Federico a trouvé le coupable très vite, ce qui rend assez agaçante la crédulité de Luca qui a beau être canon (parce qu’avoir les yeux bleus est un gage indéniable de beauté…), est également affublé de formidables œillères (sauf pour voir les jolies religieuses et culpabiliser un peu, rapport à ses vœux de chasteté). Luca est accompagné d’un serviteur, Freize, le rigolo de service, ainsi que d’un clerc, Pietro, qui lui sert de secrétaire et de comptable, c’est toujours utile quand on chasse les démons !

Alors que le premier chapitre parle de mathématiques et des infidèles qui menacent la chrétienté, toute la suite du roman ne revient que très peu là-dessus. Ce premier chapitre ne semble être là que pour justifier l’intrigue un peu louche : un modeste moinillon est mandaté par le Vatican pour enquêter sur des faits étranges. Difficile d’y croire… Dommage, car l’aperçu du Moyen Âge, sans être convaincant, n’est pas totalement irréel, en l’occurrence sur l’importance de la religion et la place des femmes (soit épouses, soit nonnes). Mais malgré tout, ces efforts sont torpillés par les personnages caricaturaux qui forment les couples attendus : le beau mec avec la jolie nana, le serviteur rigolo avec la servante maure (chacun reste à sa place et les clous sont bien gardés !).

Une fois qu’il a résolu le mystère du couvent, Luca se rend dans un village où il doit déterminer si le loup-garou capturé doit être abattu. Là encore, à peine « l’enquête » commencée, on comprend le nœud du problème. En fait, tous les faits et gestes relatés dans l’histoire sont des énormes indices ! Avec cette absence de suspense trépidant, le texte n’est pas non plus aidé par son découpage très inégal : trois ou quatre chapitres à rallonges. Malgré tout, le roman se lit assez vite, mais ne brille pas par une narration exemplaire : l’histoire est plutôt mal racontée, avec beaucoup de redites, les dialogues sont assez pauvres et irréalistes, le tout dans une mise en scène parfois ridicule et une approche historique un peu trop légère… Bref, beaucoup de pages pour pas grand chose.

Alors qu’il ne pensait pas avoir détesté le roman, notre ami lapin se rend compte maintenant que cette lecture fut assez insipide et agaçante quant au manque flagrant d’originalité dans l’intrigue et les personnages, assez pour ne certainement pas avoir envie de se jeter sur la suite lorsqu’elle sortira.

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde, Philippa Gregory, traduit de l’anglais par Alice Marchand, Gallimard Jeunesse, 2013, 320 pages

La liste

Un roman (ado) de Siobhan Vivian, traduit de l’anglais par Anne Delcourt.

noté 3 sur 4

L’auteur dont Federico va vous parler a eu la très bonne idée d’aller mettre son nez dans les affaires d’un lycée américain et de ne pas se contenter de gratter en surface. Elle y est allée au tractopelle et c’est tant mieux.

Tous les ans, le début d’année au lycée de Mount Washington est l’occasion de la publication d’une liste des plus déconcertantes : elle désigne la plus moche et la plus belle des filles de chaque niveau. En plus d’être un acte de pure méchanceté gratuite, cette liste n’est bien évidemment pas signée. Une semaine avant le bal de début d’année, le couperet tombe et les huit lauréates n’ont plus qu’à en subir les conséquences.

©NathanC’est cette semaine cruciale entre la parution de la liste et le sacro-saint bal que l’auteur nous propose de vivre aux côtés de ces filles qui se retrouvent du jour au lendemain obligées de se justifier d’être belle ou moche. Là ou Siobhan Vivian pourrait nous servir une histoire mièvre centrée sur « l’importance de la beauté intérieure » (à prononcer avec une voix de mijaurée) avec transformation des moches en bombasses (il n’y a que dans les fictions que le calque photoshop a remplacé le maquillage), elle nous épargne la guimauve. Ses héroïnes sont très humaines, sans exception. Chacune avance avec ses casseroles et lutte comme elle le peut. Que l’on soit désignée belle ou moche, le problème est le même : le regard des autres est radicalement modifié par la liste. Entre celles qui se retrouvent subitement entourées d’amies toutes neuves et celles qui luttent pour garder la tête haute, une constante demeure : il faut reprendre le contrôle de son image.

Cette étrange tradition a surtout été l’occasion de partager le quotidien de ces jeunes filles qui évoluent dans un univers où les apparences sont reines. Il ne s’agit pas de dire si c’est bien ou si c’est trop méchant, bouh. C’est pas drôle mais c’est comme ça, voyons comment le vivent ces huit là. Plus qu’une histoire avec un début et une fin, La liste est un petit instantané dans la vie de ces adolescentes dont le seul point commun est d’être placées sur le devant de la scène. La liste est une épreuve parmi d’autres : la famille, les copines, les notes, le sport, l’amour, etc, sont finalement bien plus importantes dans leur vie et c’est ce que l’auteur nous montre avec beaucoup de talent.

L’écriture est ultra basique, comme souvent en roman ado mais sa neutralité renforce l’empathie que le lecteur peut ressentir pour ses filles : on n’est pas là pour juger. L’auteur jongle entre la personnalité unique de chacune de ses héroïnes et le côté universel de leur réaction. En assemblant ces huit voix, elle compose un texte sensible plein de lucidité, mais aussi d’optimisme.

Et puis n’oublions pas la petite interrogation qui a titillé les moustaches de Federico : qui se cache derrière la liste ?

Siobhan Vivian, La liste, Nathan, avril 2013, 406 p.

La Brigade des crimes imaginaires

Un roman jeunesse de Daniel Nayeri.

noté 1 sur 4

Federico est très sceptique face à ce roman, certes atypique mais plutôt décevant. Face à la quatrième de couverture qui déploie des monceaux d’arguments commerciaux, notre ami lapin s’est senti vexé tant il a eu la désagréable impression d’être pris pour une huitre consumériste… « Toy Story, Matrix, Inception, The Watchmen », non seulement le roman s’approche très peu de ces références, mais c’est, selon lui, outrageusement déplacé de chercher à vendre un bouquin en ventant une culture populaire vaguement environnante plutôt que le livre en lui-même.

Bon, Federico descend de ses grands chevaux, oublie la couverture et entre dans le détail du roman.

En fait, il s’agit plutôt de quatre mini-romans, mais d’une qualité malheureusement inégale.

© Editions Hélium, 2012Fort d’un style narratif et d’un humour cynique bien marqué, l’auteur semble prendre plaisir à raconter ces histoires, il est vrai, étonnantes. Cependant, il est très difficile de rentrer dans chacune d’entre-elles, tant l’étrangeté des univers et la loufoquerie du ton de l’écriture déstabilisent et perdent les lapins. Il faut à chaque fois un petit moment avant de comprendre qui sont les personnages (nom, âge, mais aussi « race » car on trouve des djinns, des poissons, des jouets, des avatars de jeux vidéo, en plus d’humains plus ou moins normaux…) et dans quel univers tout ce beau monde évolue.

Par là-même, les histoires racontées ne parviennent pas à intéresser et captiver suffisamment pour prendre du plaisir à la lecture. Ceci est particulièrement vrai pour la seconde histoire : Duel à Toy Farm, dont le jeune héros est un épouvantail maladroit et patibulaire vivant dans une ferme qui cultive des jouets. L’histoire de La Brigade des crimes imaginaires (avec le concept des mauvais vœux qui se réalisent) et Notre-Dame-des-Traîtres (où le virtuel domine le monde) développent quant à elles des idées foisonnantes et inventives qui auraient méritées un roman à elles seules. Pour finir, Coco et Cloclo est une histoire d’amour de conte de fées racontée par la Mort en personne (un narrateur très cynique qui fait immanquablement penser au personnage de La Mort dans Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett) mais l’histoire est pourtant assez banale et longue à la détente…

Ainsi, les références à la culture populaire et geek mitraillées en quatrième de couverture ne sont pas au rendez-vous, et le tout se révèle assez brouillon, peu agréable à lire, maladroit, et parfois frustrant. On ne trouve presque aucun héros central à qui s’attacher, et un seul héros adolescent dont il faut un petit moment avant de déterminer s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…

Dommage : l’humour et les idées sont là, mais l’emballage est mal fait.

Daniel Nayeri, La Brigade des crimes imaginaires et autres histoires fantastiques et déglinguées, traduit par Valérie Le Plouhinec, Hélium, 2012, 372 pages

Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil

C’est drôle, récemment Federico a lu deux livres qui, sans aborder les même thèmes, arrivent à une conclusion à peu près similaire : la bonté, c’est chouette. Faire un livre sur la gentillesse et l’entraide n’est certainement pas un exercice facile en ces temps où le cynisme est à la mode. La preuve c’est que tout le monde ne s’en sort pas de la même manière.

L’atelier des miracles

 noté 1 sur 4

© JC LattèsVoici un livre dont l’écriture fluide et l’espérance d’une chute retentissante ont mené Federico jusqu’au dernières pages. La conclusion de notre ami lapin à l’issue de cette lecture était « mouais, bof ». Bon d’accord, on a déjà vu plus parlant comme phrase mais cela résume bien le manque d’intérêt de l’ouvrage. C’est l’histoire de trois personnes au bout du rouleau et plus ou moins dans la mouise qui s’offrent un nouveau départ grâce à l’Atelier, sorte de centre d’aide et de réinsertion. Cette structure est dirigée par le charismatique Jean, qui ne laisse personne indifférent. Federico a suivi le chemin de croix des trois héros avec un peu d’entrain quand même parce qu’il ressentait une certaine empathie pour eux, en particulier Mariette, la prof aux prises avec des élèves infects et mariée à un pervers narcissique. Notre ami lapin ne va pas s’en cacher : dès le début il a eu une quenotte contre le fameux Jean et voyait en lui le dirigeant d’une secte ou plus simplement un obsédé du contrôle. Malheureusement, malgré une petite virée dans le côté obscur (à peine quelques pages, pfff), le livre est bien rapidement entré dans le droit chemin avant de nous asséner une morale poussive sur l’entraide, étouétou. Excusez la dureté des propos de Federico sur un livre qui n’en méritait peu-être pas tant, mais notre ami lapin a eu la nette impression qu’il aurait pu utiliser les heures à lire ce livre à faire autre chose. Lire un autre livre par exemple.

 Valérie Tuong Cuong, L’atelier des miracles, JC Lattès, janvier 2013, 264 p.

Wonder

 noté 3 sur 4

© Pocket JeunesseVoici un roman qu’on peut qualifier de « gentil », dans le sens positif du terme. L’auteur a décidé de mettre la gentillesse sur un piedestal et de la draper de dépassement de soi et de générosité. L’histoire est celle d’August, né avec une rare anomalie génétique qui l’a laissé sérieusement défiguré. Cela en fait donc la cible idéal des regards en tous genres : plein de pitié, effrayé, moqueur, fuyant, etc. Pour lui épargner cela, ses parents ont décidé de lui épargner l’école. Quand August atteint l’âge d’entrer en 6ème, ils lui proposent quand même d’aller au collège.

Le COLLÈGE ? Vous voulez dire cette arène impitoyable où même ceux qui ont le nez à peu près au milieu de la figure vivent les pires années de leur vie ?

Autant lui proposer tout de suite une corde et une poutre.

Eh bien non, parce que c’est là que le roman devient gentil. À travers quelques épreuves initiatiques et d’importantes rencontres, August va apprendre à ne plus essayer d’être comme les autres. Malgré tous les bons sentiments qui le remplissent, Wonder évite brillamment l’écueil de la guimauve et de la morale à deux crottes de lapin. Ce livre nous offre une lecture certes pas inoubliable, mais enthousiasmante et rafraîchissante. Dès 11 ans (Fleuve Noir aussi a publié l’ouvrage pour essayer d’en refourguer dans les rayons adultes, mais ce n’est probablement pas là qu’il trouvera son public).

R. J. Palacio, traduction Juliette Lê, Wonder, Pocket Jeunesse, janvier 2013, 410 p.

Federico a écouté Comment éduquer ses parents pour vous

Les enfants l’ont bien compris : rien de tel que d’écouter une histoire. Quand il était tout lapereau, Federico adorait quand sa maman lui contait les aventures de ses héros favoris.

Il a récemment renoué avec ce plaisir grâce aux livres lus. Notre ami lapin connaissais depuis bien longtemps ces disques magiques mais il n’avait encore jamais essayé. C’est chose faîte et Federico va de ce pas vous parler du livre qu’il a lu… avec ses longues oreilles.

Depuis sa sortie en 2004, Comment éduquer ses parents de Pete Johnson s’est fait sa place dans les rayons jeunesse des librairies. Vous cherchez un ouvrage marrant pour un enfant de 9-10 ans ? N’allez pas chercher plus loin !

L’histoire est celle de Louis, 12 ans, cancre et fier de l’être, qui ambitionne de devenir humoriste. Son plan de carrière est remis en question quand il déménage avec ses parents et se retrouve dans un collège aux allures de prison. Heureusement, Louis ne va pas se laisser abattre et il est bien entouré. Écrit sous forme de journal intime, Comment éduquer ses parents est un petit bijou d’humour gentiment irrévérencieux. Louis est tout simplement irrésistible. Le livre bénéficie d’une transposition à l’oral très réussie. C’est un jeune acteur de 13 ans (enfin… en 2008) qui prête sa voix au héros et le résultat est absolument bluffant. Alexandre Knafo (c’est son nom) est remarquablement juste. Federico a écouté ce livre avec beaucoup de plaisir. Le fait de ne pas être concentré sur l’acte de lecture en fait un pur moment de détente. En plus, il a pu lire en faisant la vaisselle et les carottes râpées. Et ça, c’est vraiment chouette.

Par contre, la petite musique qui ponctue l’histoire est absolument naze.

Malgré tout, l’expérience a été un succès : Federico recommence quand vous voulez ! En attendant, il a un certain nombre de livres en papier à lire tout seul comme un grand et rien ne peut lui faire plus plaisir !

Pete Johnson, Comment éduquer ses parent, lu par Alexandre Knafo, Gallimard Jeunesse

Parution 2004 pour la version papier, 2008 pour la version audio.

Federico a presque lu pour vous

Federico n’est pas un lapin très patient et un lecteur assez volage. Par conséquent, les livres ont très peu de temps pour retenir son attention : quelques mollesses dans les premières pages peuvent suffire à notre ami lapin pour passer à autre chose. Impitoyable.

Quoique, pas tant que ça puisque Federico va dès à présent consacrer un article aux ouvrages qui lui sont tombés des pattes ces derniers mois.

D’autant plus que Federico n’est pas toujours à blâmer. En effet, même si certains pourraient en douter, votre dévoué chroniqueur à une vie et il lui arrive parfois d’avoir des moments de je-n’ai-vraiment-pas-envie-de-lire-en-ce-moment-et-ça-me-déprime. Jim Harrison a eu le malheur d’arriver lors d’un de ces passages à vide et son dernier ouvrage, Grand Maître, n’était résolument pas adapté à la situation. Il raconte l’histoire d’un flic juste retraité qui continue néanmoins à poursuivre le gourou d’une secte accusé d’abus sexuels sur mineurs. Le héros du livre, Sunderson, traîne derrière lui pas mal de boulets, dont son mariage raté, son obsession pour les femmes et son goût prononcé pour l’alcool. Tout cela tourne en permanence dans son esprit tourmenté, incapable de trouver le calme. C’est donc un bel ouvrage, assez cru et très américain, qu’avait Federico entre les pattes. Cependant, après avoir mis de longues semaines à lire la première partie, notre ami lapin a abandonné, insatisfait de ses conditions de lecture.

Jim Harrison, traduit par Brice Matthieussent, Grand Maître, Flammarion, septembre 2012, 349 p.

Dans le coin des ados, nous trouvons Beyonders, de Brandon Mull, connu par les djeuns pour sa saga fantastique Fablehaven. Beyonders est le premier tome d’une nouvelle série (ce qui d’ailleurs n’est pas du tout mentionné sur la couverture, histoire de bien tromper les amateurs de tomes uniques) qui propose au lecteur de rejoindre un univers imaginaire peuplé de créatures fantastiques. Pour cela il suffit de suivre le héros (dont le nom s’est perdu dans le cerveau de Federico) qui, après être tombé dans la gueule d’un hippopotame (!) se retrouve mêlé à une curieuse cérémonie de… suicide collectif. Autant vous le dire, il y a de la bizarrerie en perspective et donc de quoi allécher notre ami lapin. Les 50 premières pages sont intéressantes, l’écriture est respectable et l’auteur ne tarde pas à planter son décor ainsi qu’à positionner ses personnages. Sans quelques contraintes extérieures qui l’ont poussé à interrompre sa lecture, Federico aurait certainement poursuivi histoire de voir où tout cela allait l’emmener. Mais il faut se rendre à l’évidence, l’étincelle qui aurait pu reconduire notre lecteur aux longues oreilles vers cet ouvrage n’était pas là et l’expérience n’est pas allée plus loin.

Brandon Mull, traduit par Marie-José Lamorlette, Beyonders, tome 1 : Vers l’autre monde, Nathan, avril 2012, 537 p.

Il en est allé de même avec Les désorientés d’Amin Maalouf. Objectivement, on doit pouvoir considérer la première moitié du roman comme d’excellente facture. Mais d’un point de vue Federicoesque, ça n’a pas pris. N’y connaissant rien à l’histoire libanaise, Federico a trouvé dans cette lecture des éléments sur le conflit qui a déchiré le pays. Pour le reste, Federico a lu cette histoire du retour au pays d’un émigré sans y porter un grand intérêt. C’est bien écrit, on ne s’ennuie pas, mais cette lecture n’a fait naître aucune émotion chez votre serviteur, si ce n’est l’envie que l’action s’étire un peu moins et qu’on en arrive au retrouvailles promises dans le résumé. À la moité du livre, Federico a donc lâchement interrompu sa lecture à la moitié pour aller mettre ses moustaches ailleurs. Il n’est jamais revenu.

Amin Maalouf, Les désorientés, Grasset, septembre 2012, 520 p.

Au final, Federico ne regrette pas de ne pas avoir achevé ces trois ouvrages : cela lui a donné plus de temps pour en lire d’autres. Et si vous êtes sages, Federico vous en parlera prochainement.

Puisque cet article est consacré aux lectures interrompues, il est normal que la fin soit abrupte.

Passons à autre chose !

La fille de l’archer

Un roman de Serge Brussolo

Serge Brussolo a beau être un auteur très productif et surtout, très reconnu, Federico aura attendu qu’on lui mette son dernier ouvrage dans les mains pour faire sa connaissance.

Enchanté de cette rencontre, notre ami lapin va de ce pas vous en dire plus sur ce roman qui l’a tenu en haleine jusqu’à la fin.

S’il y a une leçon à retenir de La fille de l’archer, c’est que le Moyen Âge est résolument une époque où il ne fait pas bon vivre. Non seulement on était un vieillard à 40 ans (quand on était pas mort avant de pleins de morts douloureuses et purulentes) mais en plus les maisons étaient mal isolées et par dessus tout, les gens étaient franchement crades. Federico vous fera grâce des détails triviaux mentionnés par l’auteur, mais une chose est sûre : à cette époque, en France, il valait mieux ne pas avoir l’odorat trop fin.Voire pas d’odorat du tout. Car, 8 siècles plus tard, cette puanteur émane encore des pages du roman de Serge Brussolo qui nous immerge avec brio dans cette ambiance de début de guerre de cent ans.

C’est donc tout naturellement que Federico s’est retrouvé à suivre les pas de Wallah, 15 ans, fille d’un imposant guerrier Viking, Gunnar. Elle survit avec ce dernier au sein d’une troupe de saltimbanques menés par Bézélios, baratineur professionnel et montreur de fausses créatures fantastiques. Contrairement aux autres membres de ce groupe très bigarré, Wallah n’a aucun talent particulier :  elle est donc considérée comme une bouche inutile à nourrir par Bézélios, qui envisage même de la prostituer. C’est alors que tout bascule pour la troupe et surtout pour Wallah. Une succession d’événements tragiques et inattendus – dont on ne vous révélera rien ici, z’avez qu’à lire la quatrième de couverture – va métamorphoser la frêle jeune fille en une impitoyable guerrière. Fine archère – un don empoisonné ? – l’héroïne devient alors la meneuse d’une chasse qui va l’entraîner dans les coins les plus noirs de l’âme humaine.

Serge Brussolo orchestre cette quête avec un grand talent. Il balade son lecteur dans ce roman d’aventure à l’ambiance légèrement fantastique, distillant un suspens qui a souvent fait se dresser les poils de Federico sur son petit dos. Notre ami lapin a été absolument emballé par ce roman qui ne s’échappe jamais de l’intrigue principale pour mieux la détailler et la rendre vivante.

Serge Brussolo, La fille de l’archer, Fleuve Noir, juin 2012, 304 p.

Reste avec moi

Un roman (ado) de Jessica Warman

Les préjugés c’est mal.

Cette incontestable vérité, Federico la connaît bien et c’est pour cette raison qu’il lutte perpétuellement contre ces vilaines idées préconçues qui influencent ses opinions. Malheureusement, les erreurs de jugement touchent même les meilleurs et notre ami lapin va de ce pas vous le démontrer.

Voici les causes du préjugé qui a moisi la dernière lecture de Federico. La couverture du livre, tout d’abord :

Laissons reposer et envoyons la deuxième cause, le résumé de quatrième de couverture (Quoi ?! Tout cela ne serait qu’affaire de marketing ? Peut-être… Federico vous laisse en juger) :

« Quand la perfection et la beauté cachent une monstrueuse vérité…
Elizabeth avait tout pour être heureuse : belle, riche et un petit copain parfait. Pourtant, le matin de ses dix-huit ans, elle se réveille sur le bateau où elle a fait la fête avec ses amis. Et elle voit un corps flotter à la surface de l’eau : le sien…
Pourquoi est-elle encore là, spectatrice de sa propre mort ? Et pourquoi Alex, un garçon de son lycée disparu un an plus tôt, est-il avec elle ? Accident ou meurtre ? Ensemble, ils vont découvrir de terribles secrets trop longtemps enfouis… »

En voyant tout cela, Federico a commencé à regarder ce roman de haut. Un calcul s’est fait dans sa tête. Montage fantastico-romantico-toc + nuages électriques et verts (?!) + titre tout nul qui pue l’amour paranormo-impossible + champ lexical de l’atrocité insoutenable ET secrète + fille superficielle transformée en fantôme + guide mystérieux ET mort (rrrho, on ne devine pas du tout ce qu’il va advenir…) = Gossip Girl chez Black Moon.

Pour résumer, Federico s’attendait à subir une romance impossible chez les macchabées, mitonnée tout exprès pour les adolescentes qui trouvent que les mecs vivants, ça manque de mordant. Quelque chose comme ça en fait.

Alors qu’en réalité, ce n’est pas ça du tout. Mais alors pas du tout. Sauf que Federico a mis les 3/4 du livre à s’en rendre compte. Et ça lui a bien gâché sa lecture. Parce qu’à attendre quelque chose qui n’arrive pas, on passe à côté du récit et on s’ennuie. Avec le recul, cette longueur n’est pas à imputer qu’à l’erreur de jugement de notre ami lapin : Reste avec moi aurait mérité d’être moitié moins long. La première partie traîne beaucoup en longueur et brasse un peu d’air, trop occupée à planter le décor pour la deuxième partie. L’écriture, très ordinaire, ne parvient pas à relever la situation.

Malgré cela, il faut rendre justice à ce roman très sensible, sur un sujet assez douloureux (le résumé en fait un peu trop dans le genre « affreux et terrible », mais quand même, ça rigole pas souvent) qui a profité des dernières pages pour émouvoir Federico. L’auteur sonde l’âme des personnages, toute en ambiguïtés, entre zones d’ombre et moments de grâce. Alors que la fourbe couverture nous vend une histoire fantastique et effrayante, Federico y a surtout vu le portrait désabusé de quelques gamins pourris gâtés. Elizabeth est un fantôme assez intéressant qui n’a rien de mieux à faire que de dresser le bilan de son existence doré et de gratter le vernis pour percer le mystère de sa mort. L’auteur joue le jeu du fantôme jusqu’au bout : ses spectres sont incapables de la moindre action ce qui les condamne à observer les vivants et à aller puiser les réponses dans leurs souvenirs. D’où une intrigue qui n’avance pas très vite.

Reste avec moi n’est donc pas un excellent roman mais il vaut bien mieux que ce que Federico en pensait. Notre ami lapin aurait dû écouter la personne qui le lui a mis entre les pattes en lui promettant un ouvrage original et surprenant.

Et pour être surpris, il a été surpris !

Jessica Warman, Reste avec moi, Fleuve Noir, avril 2012, 477 p. (Collection « Territoires »)

Quand j’étais déesse

Un roman (jeunesse) d’Irène Cohen-Janca

Rashmila est une déesse déchue. Pourtant ce n’est pas l’héroïne d’un conte mythologique : cette jeune népalaise de 12 ans est bien réelle. À l’âge de 4 ans, elle a été choisie pour devenir la Kumari, représentante vivante de la déesse hindoue Durga. À l’instar des fillettes qui l’ont précédée et de celles qui lui succéderont, elle a été vénérée et couverte d’offrandes jusqu’à ce qu’elle soit chassée de son palais. Redevenue une simple mortelle, Rashmila refuse de dévoiler la raison qui l’a obligée à quitter sa cage dorée. C’est autour de ce secret que Quand j’étais déesse s’articule.

Dans ce (trop) court roman, Irène Cohen-Janca met deux vies en parallèle : celle de la Kumari et celle de la jeune fille qui doit réapprendre à vivre après avoir passé son enfance à regarder le monde du haut de son trône. Si l’auteur nous en apprend beaucoup sur le quotidien contraignant des Kumaris, elle insiste surtout sur le difficile retour à une vie ordinaire.

Tombé par hasard sur un documentaire télé à propos du Népal, Federico avait ainsi découvert l’étonnant destin de ces fillettes. Il s’est donc plongé avec intérêt dans la lecture de Quand j’étais déesse. Hélas, notre ami lapin s’est senti frustré tout au long du livre. Irène Cohen-Janca a réussi à l’émouvoir avec l’histoire de Rashmila mais Federico aurait aimé voir le récit s’étoffer un peu.

Pour la défense de l’auteur et de son ouvrage, rappelons qu’il s’adresse à de jeunes lecteurs et qu’il est publié dans une collection, Dacodac (très intelligente, au demeurant), qui favorise les textes courts mais percutants.

La note de deux carottes est donc un peu dure, mais comme vous le savez, Federico est un lecteur intransigeant qui ne rigole pas avec le cours du Cac Carotte ! Cela ne l’empêchera pas de conseiller ce roman aux lapereaux qui sont curieux d’autres cultures et qui veulent un livre facile à lire.

Irène Cohen-Janca, Quand j’étais déesse, éditions du Rouergue, janvier 2011, 95 p. (Collection « Dacodac »)

Hunger Games

Trois romans (ado) de Suzanne Collins.

Federico est un lapin tendance. Pour vous le prouver, il va consacrer un long article hyper structuré à ce grand succès de la littérature adolescente qu’est la trilogie Hunger Games.

L’adaptation cinématographique qui vient de sortir va-t-elle faire exploser les ventes pour faire place à un nouveau phénomène Twilight ? Lecteurs avides, vous vous ronger les patounes en vous demandant si OUI ou NON vous devez lire Hunger Games avant que le succès n’arrive, encore plus grand, encore plus médiatique. Mais n’ayez crainte ! Votre guide aux grandes oreilles est là pour trancher la question.

OUI ! Notre ami lapin vous conseille fortement la lecture de la trilogie best-seller, et il s’en va de ce pas vous expliquer pourquoi.

Introduction : La folle histoire

Federico voudrait vous parler des trois tomes de cette saga tout en rebondissements, mais il serait ainsi obligé de vous dévoiler des éléments clés des intrigues qui se nouent et se dénouent tout au long de l’histoire, et ça, il ne veut pas !

Pour résumé sans spoiler, Federico peut vous dire que l’histoire se situe à Panem, une société totalitaire construite sur les vestiges des États-Unis. Dirigée par le Capitole, elle organise chaque année des jeux de la faim, les Hunger Games, créés afin de punir et garder le contrôle sur les douze districts suite à leur rébellion 74 ans auparavant. Douze filles et douze garçons, âgés entre 12 et 18 ans, sont tirés au sort et jetés dans l’arène où ils se livrent un combat à mort sous l’œil des caméras et des juges. Toute la population de Panem est contrainte d’assister à cet abject spectacle.

Voilà pour le (joyeux) décor.

Alors que sa jeune sœur Prim est désignée pour participer aux prochains jeux, Katniss se porte volontaire pour la remplacer. Elle se retrouve projetée dans le cruel engrenage de cette arène où elle va devoir lutter pour sa survie et tenter de conserver son humanité.

Vous venez de faire connaissance avec l’effrontée et courageuse héroïne de la saga Hunger Games. Découvrez maintenant ce qui rend ces romans uniques.

Grand un, petit a : Une héroïne qui n’a rien demandé 🙁

Contrairement aux univers de la fantasy ado, Katniss n’est pas l’élue-qui-sauvera-le monde-du-méchant-qui-veut-répandre-le-mal. Elle est, malgré elle, contrainte de se battre pour sa survie mais aussi pour échapper à ceux qui veulent l’utiliser. En effet, les Hunger Games ne sont rien d’autre qu’une émission de télé-réalité avec tout ce que cela implique : images chocs, candidats soumis au bon vouloir des juges, mise en scène, exacerbation des sentiments les plus vils, voyeurisme, etc. La seule différence avec les programmes qui existent dans la vraie vie, c’est que les candidats sont éliminés… définitivement. Federico a été interpellé par ce portrait acerbe de la société du spectacle qui dénonce la manipulation des images pour servir une cause ou contrôler une population, ainsi que les dérives de ces pratiques.

Grand un, petit b : Des thématiques vachement pas ordinaires

Hunger Games est une histoire de survie, de manipulation, de médias… et d’amooour. Aux yeux de Federico, elle peut trouver écho chez les adolescents et les inciter à s’intéresser, à comprendre, et éventuellement à remettre en question le monde dans lequel ils vivent. Notre ami lapin y a lu des messages de paix, de tolérance, et même de respect de l’environnement (des problématiques assez actuelles, non ?). L’ouverture au monde est essentielle dans ces livres, en opposition à l’égocentrisme des romans sentimentaux à la mode dont on abreuve la jeunesse… Mais rassurez-vous chers lecteurs, les héros et leurs aventures haletantes ne sont pas remisés au second plan au profit d’une morale : celle-ci demeure sous-jacente.

Grand deux, petit a : Une histoire qui envoie du lourd !

Au cours de sa lecture, Federico oscillait perpétuellement entre la peur et l’excitation de tourner la page, viscéralement scotché à l’histoire, comme si sa vie était également en jeu ! Suzanne Collins réussit à instaurer un suspense qui perdure en intensité et en qualité d’un bout à l’autre des romans.

Sa recette ? Une louche de dangers mortels, de drames et d’émotions confuses, une cuillère à soupe d’hémoglobine et une pincée de sadisme. Cela a beaucoup plu à notre gentil lapin ! Mais c’est surtout la complexité des personnages et leur rôle ambigu qui l’ont captivé, jusqu’à peupler son sommeil de mille interrogations… « Qui va mourir aujourd’hui ? »

Grand deux, petit b : Une narration au poil

Un autre ingrédient magique de l’auteur est de nous plonger dans la tête de Katniss avec perfection. Le lecteur se retrouve ainsi happé au cœur de l’action, au plus près des émotions de l’héroïne. Ce point de vue est fidèlement conservé d’un bout à l’autre du récit, quitte à parfois déstabiliser le lecteur (quand il partage la confusion de Katniss), mais lui offrant un récit plus authentique et plus cohérent.

L’écriture de Suzanne Collins sert à merveille cet efficace choix narratif. Son style élaboré évite toutefois les effets faciles ; les mots s’effacent au profit de l’action et de l’émotion, abattant toutes les barrières entre le lecteur et les personnages. L’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des quiches, et ça, Federico approuve !

Conclusion : Quoi ?! Vous ne l’avez pas encore acheté ?

Vous l’avez compris, Federico a trouvé beaucoup de qualités à cette saga. Il est vrai que la violence est très présente, c’est pourquoi notre sage rongeur pense que ce livre n’est pas à placer entre de trop jeunes pattes. Cette exception faite, ces livres s’adressent à un large public et ont le mérite d’aborder des sujets très politiques en les mêlant à une intrigue passionnante. De plus, leur écriture fluide les rend encore plus accessibles et populaires.

N’hésitez plus à lire Hunger Games ! Vous ferez peut-être quelques cauchemars, mais Federico vous garantit qu’il seront plein de rebondissements et d’inventivité…

Hunger Games, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2009, 400 pages

Hunger Games : L’embrasement, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2010, 400 pages

Hunger Games : La révolte, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2011, 432 pages

Genesis

Un roman (ado) de Bernard Beckett.

La couverture de ce roman de science-fiction n’est pas passée inaperçue et avait de quoi attiser la curiosité de notre cher lapin. Le concept est prometteur : une jeune fille, Anaximandre, passe l’oral de l’examen d’entrée devant trois membres du jury de l’Académie. Son sujet d’étude : Adam Forde, l’homme qui, des années auparavant, a entraîné la fin du régime de la République de Platon. Résistant malgré lui, il sera condamné à converser avec le robot Art qui a l’apparence d’un orang-outan, et dont les capacités intellectuelles se développent lorsqu’il interagit avec des humains.

L’héroïne poursuit son exposé pendant les cinq heures qui lui sont imparties, elle doit faire preuve de son esprit d’analyse et tente parfois d’interpréter différemment les faits historiques. D’une manière étrange, toutes ses réactions émotionnelles sont scrutées par le jury qui l’entraîne dans des réflexions psychologiques et philosophiques sur la vie d’Adam Forde.

État totalitaire, révoltes, héros résistants, robots… l’univers dystopique est bien présent dans le livre, mais il se réfère à l’époque d’Adam Forde, des dizaines d’années avant le temps du récit. Des questions essentielles pour le lecteur sont sans réponse : si la République de Platon n’est plus, dans quelle société vit aujourd’hui Anax ? Quelle est cette Académie pour laquelle elle postule ? Ce manque de repères est perturbant pour le lecteur qui se plonge alors dans l’histoire d’Adam Forde, devinant que la clé du mystère s’y trouve.

L’énigme a donc de quoi tenir en haleine, et notre lapin a en effet été secoué par la révélation finale qui se dévoile à l’avant-dernière page… Mais, si c’est certes le moment logique pour donner la réponse qui explique tout le roman, c’est un peu trop tard : Federico était un peu perdu, sonné par les considérations philosophiques et les retors de la relation entre Adam et Art. De plus, l’histoire développe très peu de personnages : elle se déroule dans un huis clos entre Anaximandre et le jury, et relate principalement les échanges entre Adam Forde et Art. Federico a donc eu du mal à s’investir dans ce roman pourtant très bien construit et au dénouement, sinon brutal, efficace.

Bernard Beckett, Genesis, Gallimard Jeunesse, 192 pages, 11,50 €