Blast

Une bande dessinée en quatre tomes de Manu Larcenet.

4 carottes

Federico a failli ne jamais écrire cette critique.

Encore maintenant, à l’heure où il écrit ces lignes, rien ne peut affirmer qu’il cliquera un jour sur « Publier ». (MàJ : finalement oui)

Car depuis qu’il a fini la lecture de la fameuse série de Manu Larcenet, le temps a filé, la première ébauche de critique s’est perdue… Mais Blast est resté ; notre ami lapin ne pouvait envisager de ne pas parler de cette bande dessinée, c’est pourquoi il tente un nouvel essai.

Car il s’agit d’une œuvre tout de même impressionnante et pas banale. Et aussi très belle ; Federico aime beaucoup le dessin de Larcenet dans ses dernières publications, plus adultes. Les forêts sombres, les rivières, les oiseaux et autres animaux… C’est une vraie claque picturale, Federico aimerait être aussi doué.

blast

Dans Blast, on trouve donc la nature, plutôt belle et sauvage, mais surtout la folie, la violence, la tristesse des hommes. (youpi) Au centre de cette fresque sombre et dure, il y a Polza Mancini, un colosse obèse qui, après le décès de son père, laisse derrière lui son travail, sa femme, sa vie, pour errer dans les campagnes en quête d’une existence simple, mais surtout à la recherche du blast.

Ce qu’il appelle « blast », c’est cet état de transe causé par un vif choc émotionnel (ou plus simplement par des substances très illicites non conseillées par votre pharmacien) où tout devient perfection et extase, comme le rêve éveillé de la beauté et la vérité pure ; le tout sous l’égide des massifs moaï, les statues de l’Île de Paques… un chouette bad trip quoi !

Le hic, c’est que Mancini est présentement arrêté et interrogé par deux policiers ; parce que Carole est entre la vie et la mort. Mais qui est Carole ? Pourquoi les flics sont-ils aussi durs avec leur suspect qui a l’air doux comme un agneau ? Mancini ne veut pas se prêter au jeu des questions-réponses, il veut mener la danse. Il se lance alors dans le récit de son histoire, troublante, particulière, terrible.

Blast remue un peu, beaucoup. D’ode au vagabondage dans ses débuts, le récit a des airs de thriller dans son dénouement, lui faisant prendre une tournure un peu plus classique mais au combien déstabilisante. Peuplée de personnages marginaux, l’histoire laisse entrapercevoir tout un monde en rupture… A-t-on plus à craindre de l’inhospitalité des hommes ou de la nature ?

Manu Larcenet, Blast, 4 tomes : Grasse carcasse (2009), L’Apocalypse selon Saint Jacky (2011), La Tête la première (2012), Pourvu que les bouddhistes se trompent (2014), Dargaud

Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

3 carottes

Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages

Le grand méchant renard

Une bande dessinée de Benjamin Renner.

3 carottes

Dans l’imagerie populaire le renard est un animal roublard, élégant et gourmand qui trompe habilement son monde et parvient toujours à ses fins aux dépends de celui qui l’écoute.

Cette bande dessinée vient contredire la légende et nous présente un spécimen de vulpes vulpes qui cultive l’art de la loose avec soin. Le renard de cette histoire (il n’a pas de nom, pas plus que les autres personnages) est tellement naze que ce sont les poules qui l’agressent quand il tente une incursion dans un poulailler très mal gardé, sous le regard compatissant du lapin et du cochon. Ce dernier, bonne âme, ne manque jamais d’offrir un panier de navet à notre malheureux renard.

©ShampooingAlors qu’il dresse le bilan de sa mauvaise journée avec le loup, vraie terreur des environs, celui-ci met au point un plan diabolique : puisque personne à la ferme ne craint le renard, il n’aura aucun mal à subtiliser quelques œufs. Ces œufs deviendront des poussins puis des poulets bien gras que nos deux compères se feront une joie de dévorer.

Comme vous l’imaginez, le plan ne va pas se dérouler exactement comme prévu et c’est tant mieux parce que cela offre une bonne grosse crise de rires au lecteur ! Ce qui est génial dans ce livre c’est que, même si l’idée de départ est excellente, l’auteur ne se repose pas sur ses lauriers et nous régale de bonnes surprises jusqu’à la fin. C’est un peu creux dit comme ça, sans exemples, mais Federico préfère que vous en fassiez le constat vous même.

L’histoire tient la route, donc, et le casting est franchement bon. On adore se moquer du renard mais on a un peu de peine pour lui et Federico (c’est un comble pour un lapin !) s’est surpris à espérer le voir mettre le grappin sur une poule… Les personnages secondaires sont tout aussi excellent : le loup, vilain ténébreux et cynique ; le chien de garde, génial glandeur ; les poules vindicatives qui montent un boot camp anti-prédateurs et enfin l’improbable duo cochon/lapin, deux bons gros boulets avec un cœur en or. Benjamin Renner leur a dessiné des têtes impayables à chacun et donne vie à ce petit monde grâce à un dessin plein d’énergie, de tendresse et d’humour. Ajoutez à cela des répliques qui fusent et frappent où ça fait mal, et ce sont vos zygomatiques qui vont souffrir !

Federico oublie presque le plus important dans ce livre : les poussins.

Les POUSSINS !

Imaginez des poussins élevés par un renard en quête de reconnaissance… Imbroglio parental et identitaire en vue. D’autant plus que les poussins en question sont aussi dingues que les autres personnages. Pour qualifier ces trois infernales boules de plume, Federico a choisi le néologisme suivants : ils sont attachiants !

Si vous êtes un peu ric-rac au niveau budget ce mois-ci parce que vous avez acheté une maison ou une voiture ou un râtelier, Federico accepte de vous donner le lien du blog de l’auteur (cliquez sur le renard). Benjamin Renner a en effet eu la bonne idée de publier les premières planches de son livre, précédées de la genèse de l’histoire, pour vous donner envie de le lire vite vite. Mais après, vous irez l’acheter, hein ?

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Maintenant, si vous n’avez plus de questions, Federico va aller lire tout le blog de Benjamin Renner où l’attend l’histoire d’un canard, d’un cochon, d’un lapin et du Père Noël

Benjamin Renner, Le grand méchant renard, Delcourt, janvier 2015, 192 pages. (Collection « Shampooing »)

Marathon critique BD, in 2014 we trust

La honte… Federico vous promettait de chouettes lectures le mois dernier, mais il est lâchement parti en vacances, vous laissant vous morfondre des semaines sans savoir quelles bandes dessinées lire sur la plage/montagne/couette/glacier/parapluie/pirogue/métro (choisissez le bon lieu de villégiature)… Pour se faire pardonner, voilà de la BD cru 2014, qui, elles, ne vous décevront pas. C’est parti mon kiki !

© Ankama, 2013Adrastée

Commençons par un coup de cœur !

Un roi immortel se réveille après mille ans passés immobile sur son trône ; son palais de l’ancien royaume d’Hyperborée est désert, envahi par la végétation. L’homme retrouve peu à peu ses souvenirs sur sa naissance, son règne et la femme qu’il a aimé mais dont il ne se rappelle ni le visage ni le nom. En colère sur sa condition d’immortel, il décide de se rendre au mont Olympe pour questionner les dieux. Au cours de son voyage, il rencontre géants, sphinges, nymphes, mais aussi des soldats querelleurs, des cités orgiaques et une reine toute puissante et maudite…

Pour Federico, Adrastée est une fable étonnante et singulière sur l’immortalité, mais demeure avant tout une ode © Ankama, 2014au monde mythologique. À travers les pas de ce roi mélancolique, l’auteur nous offre une réflexion poétique sur ce qui fait le mythe, sa source et sa propagation, entre le fantastique et le réel.

Cette bande dessinée magnifique est un véritable voyage sur la terre des dieux, mortels et autres créatures fantastiques ; la nature luxuriante et indomptée ainsi que les ruines abandonnées et autres palais somptueux, sont dessinés avec une minutie déconcertante. À chaque page, les couleurs explosent et se renouvèlent, conférant aux deux tomes complémentaires une unité maîtrisée. C’est ce dessin, ces couleurs et cette fable poétique qui ont emmené notre ami lapin dans ce voyage, au premier abord confus et incertain, mais qui ne perd jamais le nord… Chapeau bas !

Moderne Olympia

Federico adore Catherine Meurisse lorsqu’elle nous parle de ses hommes de lettre ; et même s’il a été un peu étouffé par le frénétique enthousiasme de son dernier né, c’est encore sa copine. Car oui, Moderne Olympia, c’est quand même un beau boxon !

© Futuropolis, Musée d'Orsay, 2014Imaginez le musée d’Orsay comme un mix entre une grande foire très animée et un plateau de tournage… La grande star en est Vénus (celle de Cabanel), accompagnée de ses chérubins, elle est de tous les tableaux. Et il y a Olympia qui, fidèle à l’œuvre de Manet, se balade à poil ! Elle aimerait percer dans le showbiz, mais enchaîne gaffe sur gaffe, s’attirant les foudres de Vénus. Mais cela ne l’empêchera pas de rencontrer Romain sur le tournage de Romains de la décadence, et de rejouer West Side Story dans l’ancienne gare parisienne…

Ça part donc dans tous les sens, c’est bien rigolo, et notre ami lapin s’est amusé à reconnaître les tableaux de ce musée qu’il apprécie particulièrement… mais qu’est-ce que c’est épuisant par tant de désordre ! Federico a pu reprendre son souffle une fois la bande dessinée refermée, et s’est tourné vers quelque chose d’un peu plus reposant, comme Kanopé par exemple.

Kanopé

© Delcourt 2014Voilà une bande dessinée sympa, juste sympa. Dessin agréable, scénario qui tient debout, personnages attachants, morale gentille. Federico ne voit pas trop ce qui aurait pu être retiré ou ajouté pour faire de cette bande dessinée sympa une bande dessinée extraordinaire, intense ou mémorable. Mais ce n’est pas grave, car il a eu beaucoup de plaisir à la lire ; et si elle est un peu idéaliste, elle n’est pas non plus stupide.

Kanopé est donc une histoire de science-fiction post-apocalyptique assez classique : sur Terre, dans la forêt amazonienne, des anciens rebelles appelés « éco-martyrs » vivent séparés de la civilisation restante rongée par la surtechnologie, la pollution et une terrible maladie radioactive. L’héroïne, Kanopé, vit seule dans sa cabane, jusqu’à ce que débarque Jean, un hacker en fuite. Les premiers contacts sont rudes, mais bien vite Jean se rendra compte qu’il aura besoin de Kanopé pour survivre, et plus si affinités… Ouais, c’est love !

Notre ami lapin a aimé le ton sincère, sensible et prometteur de l’auteure. Rien de plus à ajouter.

Délices, ma vie en cuisine

C’est la mode des blogs BD, certes, et le rayon cuisine est lui aussi bien fourni. Mais en avez-vous lu beaucoup des bandes dessinées qui parlent d’alimentation, bouffe et autres joyeuses ripailles ? Pas des masses… et bien maintenant, il y a Délices, et quel délice ! (oui, c’est facile)

© DelcourtEt c’est une américaine qui nous parle de ses plaisirs des papilles, à travers ses souvenirs d’enfance, d’adolescence et de jeune femme. Pour Lucy Knisley, manger, c’est aussi cuisiner et surtout partager. Passer un bon moment, donc, dans la confection du repas et dans sa dégustation, se créant ainsi des souvenirs tout aussi savoureux. Il faut dire que sa mère fut cuisinière puis maraichère, et son père fin gastronome… Sa sensibilité à la nourriture et aux saveurs se fit tôt, dans les cuisines de restaurants new-yorkais, puis dans la campagne du New Jersey, aux grands repas de famille, au cours de voyages au Mexique, au Japon et en Europe, dans une coloc’ étudiante à Chicago, etc.

Federico a littéralement savouré ce récit autobiographique : d’une part parce que le ton de l’auteure est touchant de franchise et de naturel, et d’autre part parce que la bande dessinée fait la part belle au plaisir décomplexé de bien manger, que ce soit varié, équilibré, gras, innovant, banal, simple, compliqué, tout seul, à plusieurs, bref, tant qu’on suit ses envies !

Tout ça donne la patate… et faim ! Ça tombe bien, Lucy nous donne quelques recettes !

Beta… civilisations

Beta civilisationsL’entreprise de Jens Harder est ambitieuse : raconter l’histoire de l’humanité en bande dessinée ! Dans Alpha… directions, paru en 2009, il exposait 40 milliards d’années de vie, du Big Bang à la création de la Terre, jusqu’à l’apparition des premiers hommes (Federico ne l’a pas lu, mais il n’a plus qu’à trouver ce premier opus afin d’en faire son quatre heure !). Cinq ans plus tard, avec Beta… civilisations (première partie), il démarre 80 millions d’années avant notre ère, juste après l’extinction des dinosaures, pour nous raconter l’histoire de l’être humain… rien que ça !

L’auteur s’attèle donc à l’évolution des mammifères, des premiers singes puis des hominidés, inextricablement liée à celle des animaux, de la flore et des différents changements climatiques (mouvements des eaux et de la végétation, réchauffements, glaciations). Il retrace les nombreux flux migratoires et le peuplement progressif de la planète, avant d’embrayer sur 30 000 ans d’histoire des civilisations humaines, jusqu’à notre ère, marquée par l’an 0. Ouf !

Beta… civilisations est une encyclopédie imagière pléthorique et passionnante reflétant la vision personnelle de l’auteur. Elle est construite de rapprochements visuels inattendus qui forment un kaléidoscope d’images, comme des échos à travers l’histoire : tableaux, photos, événements, célébrités, films, bandes dessinées, d’hier et d’aujourd’hui, sont mis en parallèle avec l’évolution humaine. Federico a véritablement été bluffé par ce travail titanesque, et cette longue et grandiose aventure lui rappelle qu’il n’est qu’un pauvre petit lapin à l’existence éphémère…

Adrastée, tomes 1 & 2, Mathieu Bablet, 2013 & 2014, Ankama, 80 pages chacun

Moderne Olympia, Catherine Meurisse, 2014, Musée d’Orsay-Futuropolis, 72 pages

Kanopé, Louise Joor, 2014, Delcourt, collection Mirages, 124 pages

Délices, ma vie en cuisine, Lucy Knisley, traduction de Margot Negroni, 2014, Delcourt, 176 pages

Beta… civilisations (volume 1), Jens Harder, traduction de Stéphanie Lux, 2014, Actes Sud, collection l’An 2, 368 pages

Marathon critique BD, les recalés de 2013

Mouais, pas terrible ! Ces bandes dessinées n’ont pas réussi à convaincre Federico l’année dernière, contrairement à celles-ci, mais toutefois pas aussi pire que celles-là… Voilà donc des BD pas mauvaises (pour la plupart), mais qui n’ont pas fait vibrer notre ami lapin. Allez hop, et après on passe aux choses sérieuses.

Come Prima

© Delcourt, 2013Voilà donc le Fauve d’or 2014. L’histoire d’un road trip estival à travers la France par deux frères fâchés. Federico a trouvé ça pas mal, mais sans plus. La narration est maîtrisée, rythmée, entre souvenirs douloureux et péripéties de la route ; le dessin étoffé donne une ambiance particulière, lourde de sens et de chaleur… Bref, une bande dessinée qui tient debout, mais sans surprises ni attachement pour notre ami lapin. C’est peut-être le scénario qui ne l’emballe pas, ou certainement le manque de petite flamme pour faire vibrer le tout, ou alors le déjà vu : ce côté road trip des années 1960 qui déterre le passé et réconcilie les gens… Une petite déception vis-à-vis du prix du meilleur album donc, mais sans vraie rancœur néanmoins.

Ma révérence

© Delcourt, 2013C’est exactement la même chose qu’a ressenti Federico à la lecture de Ma révérence : une bande dessinée polar au scénario efficace et au dessin enlevé, mais un peu trop années 1980 cette fois-ci, autant par les personnages que par le sujet et l’ambiance (on sent l’influence de Baru à plein nez), même si l’action se déroule de nos jours.

Rapido : c’est l’histoire d’un jeune gars paumé et je-m’en-foutiste qui veut braquer un fourgon blindé afin de partir se la couler douce au soleil. Il s’associe avec un roublard du style Johnny Hallyday (vieux rockeur santiags aux pieds et alcool dans le nez…), et les deux comparses vont en effet changer de vie, mais pas vraiment comme ils s’y attendaient. Pour faire le lien avec Come Prima, on n’échappe pas au road trip, semble-t-il une clé scénaristique incontournable des histoires de mecs 60’s-80’s like. Voilà donc une bande dessinée bien ficelée, mais notre ami lapin en a vu plusieurs, de ficelles… ce qu’il aurait aimé voir, c’est un peu d’originalité pour casser le genre.

Les jardins du Congo

C’est vraiment très très rare que Federico ait du mal avec le dessin d’une bande dessinée. Du simpliste au réaliste, en passant par le style underground américain torturé ou le cartoon, notre ami lapin est rarement gêné par le dessin. Et ben là, si. Federico est désolé pour l’auteur auquel il présente ses excuses en avance, mais il trouve que c’est mal dessiné, en particulier les personnages. Si ce n’était que ça… mais en plus l’histoire n’est pas terrible. C’est ballot, parce que c’est une histoire vraie !

© La boîte à bulles, 2013Les jardins du Congo raconte l’histoire à la première personne d’un homme assez antipathique, Yvon (le grand-père de l’auteur, d’où la gêne de notre ami lapin). Encore adolescent, Yvon se cache dans les bois de la campagne wallonne pour échapper aux camps de travail nazis, ce qui lui vaudra le rejet de son père qui le taxe de lâcheté (bravo le modèle paternel). La guerre terminée, il décide de tenter sa chance dans les colonies belges, au Congo. Le voilà qui devient donc un bon petit colon, sans beaucoup de jugeote et pas mal de racisme, qui retourne dans son pays natal pour y chercher femme, exploite ses travailleurs, déforeste la jungle, tue des bêtes sauvages pour sa collection, avant d’échapper de justesse aux représailles lors de l’indépendance du Congo. Le reste de sa vie est alors tristounette au possible, pleine de rancœur et de nostalgie, mais quand même occupée par la gestion tyrannique d’une petite usine campagnarde…

Pour sa défense, on peut relever qu’Yvon n’est pas un heureux tortionnaire car il est sans cesse hanté par ses démons issus de ses années passées dans les bois ; mais, il ne fait à vrai dire pas grand chose pour se racheter… On peut aussi se dire qu’Yvon est prisonnier de son époque et de sa génération, mais tout de même, l’esprit colonisateur des années 1950 n’est pas le même que dans les années 1920… Beaucoup de « mais », donc.

Federico est vraiment mal à l’aise face à cette bande dessinée mal fichue qu’il perçoit assez négativement. Est-ce vraiment l’idée et les sentiments que l’auteur voulait faire passer ? Si oui, pourquoi avoir fait cette BD qui rend si peu hommage à son héros ? Cela reste un mystère.

Cessons donc avec ces déconvenues, demain Federico vous parle de bandes dessinées plus chouettes !

Come Prima, Alfred, 2013, Delcourt, collection Mirages, 224 pages

Ma révérence, Wilfrid Lupano et Rodguen, 2013, 128 pages

Les jardins du Congo, Nicolas Spitz, 2013, La boîte à bulles, 144 pages

Marathon critique BD, back in 2013

Allez hop, finis la glandouille ! Parce qu’il sait qu’il ne peut pas revenir dans la place avec des petites critiques en loucedé, Federico vous offre ce marathon critique BD. Ne le remerciez pas, il est périmé depuis un an… Et oui, que des bandes dessinées datées de 2013 !

Les 24 heures (Notes, tome 8)

© Delcourt, 2013Alors que les derniers tomes de Notes perdaient peu à peu l’intérêt de notre ami lapin, celui-ci, Les 24 heures, est plutôt pas mal. C’est principalement parce qu’on y retrouve les chouettes histoires de Boulet imaginées et créées pendant les 24 heures de la BD. En plus des récits originaux, Federico salue aussi les planches de transition qui apportent ici une vraie valeur ajoutée par rapport aux tomes précédents, tout simplement parce que Boulet nous parle de son métier d’auteur de bande dessinée : d’où vient l’inspiration, comment être imaginatif, quelles sont nos références, les avantages des contraintes, les problèmes du scénariste et ceux du dessinateur, etc., le tout avec en arrière-plan (on y échappe pas) les ingrédients du « personnage Boulet » : thématiques de l’enfance, du fantastique et de la nature, humour, onirisme, geekitude et parisianisme. Et non, la couverture n’est pas phosphorescente, un manque qui aurait dû conduire à un échec éditorial et commercial. Comprend pas.

Angela et Clara

© Gallimard, Bayou, 2013Federico ne s’y attendait pas, mais cette bande dessinée est vraiment très sympa ! C’est à cause de la couverture, aux couleurs un peu délavées et au dessin enfantin, que notre ami bédéphile avait des doutes. Mais une fois ouverte, c’est la surprise ! Le style graphique n’est autre que celui de la ligne claire (Hergé, si tu nous entends), un peu vieille école au premier abord mais finalement bien maîtrisé, vivant et donc efficace. Ajoutez à cela un humour doux et décalé, une grande sociabilité, beaucoup de bonne humeur, et vous obtenez les aventures de ce duo attachant : Angela et Clara. Dégourdies et baroudeuses, ces deux pré-ados espagnoles traînent dans le quartier les mains dans les poches pendant les longues journées ensoleillées, repoussant l’heure des devoirs pour zoner avec leurs potes ou en binôme. L’apparente simplicité est étoffée par des personnages secondaires bien approfondis, mais aussi par les thématiques abordées : les rots et les pets, la masturbation, la sexualité des parents et les prostituées, sans jamais en faire des tonnes et sans vulgarité, conservant une fraicheur bienvenue et des émotions tout aussi fortes. Vraiment sympa, vous dit Federico ! La suite va-t-elle être traduite ?

Le boxeur

© Casterman, 2013Après Angela et Clara mais dans un tout autre registre, Le boxeur a également été une surprise pour Federico qui ne s’attendait pas à être accroché par cette bande dessinée pas gaie du tout. Il s’agit de l’histoire vraie de Hertzko Haft, un jeune polonais qui, pour survivre dans les camps de la mort, est contraint de mener des combats de boxe contre d’autres prisonniers afin de divertir les officiers nazis. Après la libération des camps, il remporte le championnat de Munich avant d’émigrer aux États-Unis dans l’espoir d’y retrouver son amour de jeunesse. Le dessin énervé à l’encre noire fait écho à ce jeune homme impétueux et rageur qui a dû se battre pour sa survie tout au long de son adolescence. Le ton et le sujet du Boxeur (le récit du père retranscrit en bande dessinée par le fils) font immanquablement pensé à Maus d’Art Spiegelmann, et au plus récent Deuxième génération de Michel Kichka, que vous devriez déjà avoir lus, chenapans !

Marx

© Dargaud, 2013« La vie de Marx, racontée par Marx », c’est le principe de la bande dessinée. « Intéressant mais rapide », voilà ce qu’en a pensé Federico… Certes, le ton direct et le dessin souple, coloré et animé, nous rendent ce petit personnage familier et attachant, tout en relevant les incongruités de son mode de vie par rapport à l’idéal de son discours : bien qu’il connut en effet des périodes de grande pauvreté, Marx put bénéficier de plusieurs héritages (!) grâce à son ascendance bourgeoise juive, et à celle, catholique, de son épouse. Mais si la bande dessinée fait l’autoportrait complet de Marx et de sa vie, on regrette qu’elle approfondisse si peu la philosophie du père du communisme : l’aperçu donné sur l’athéisme, l’anarchie, l’anticapitalisme, est assez bref et ne nous donne pas de véritables clés pour comprendre l’évolution de ses idées. La bande dessinée reste néanmoins une lecture divertissante et instructive pour approcher le personnage de Marx, mais pas indispensable pour ceux qui veulent faire la révolution…

Les 24 heures, Notes : tome 8, Boulet, Delcourt, 2013, 208 pages

Angela et Clara, Calo, Gallimard, « Collection Bayou », 2013, 96 pages

Le boxeur, Reinhard Kleist, Casterman, collection « Écritures », 2013, 208 pages

Marx, Corinne Maier et Anne Simon, Dargaud, 2013, 62 pages

Mon ami Dahmer

Une bande dessinée de Derf Backderf.

noté 3 sur 4

Certains ont des amis d’enfance qui deviennent policier ou prof, d’autres ont des potos qui aiment le risque et choisissent libraire ou bibliothécaire… Mais vous en avez déjà eu un qui est devenu serial killer ? Non ? Eh bien l’auteur de cette bande dessinée, oui !

© Ça et là, 2013Voici donc Mon ami Dahmer, le biopic troublant et fascinant de Jeffrey Dahmer, tueur en série américain ayant « œuvré » autour des années 1980. Mais c’est de son adolescence dont nous parle le journaliste et dessinateur Derf Backderf.

Dahmer était un ado bizarre et réservé, mais il fréquentera tout de même la bande d’ami de Derf pendant plusieurs années, dans le lycée d’une petite ville du côté de Cleveland, dans l’Ohio. Son environnement familial était plutôt instable : sa mère était assez rigide en plus d’avoir parfois des crises de démence, son père (un chimiste, ce qui permit au petit Dahmer de jouer à dissoudre des animaux dans divers bocaux…) semblait souvent absent, et le divorce final a été particulièrement violent. C’est au moment de la séparation de ses parents et la fin de ses études secondaires (donc vers ses 18 ans) que Dahmer commet son premier meurtre, le premier sur 17.

Se basant sur ses souvenirs et ceux de ces anciens camarades, en plus d’un tas d’autres sources, l’auteur nous fait le triste portrait de Dahmer, un adolescent avant tout solitaire et décalé, mortifié par ses pulsions sexuelles, qui devint de plus en plus imprévisible, morbide et alcoolique au fil des ans…

Certes, notre ami lapin reconnait que le dessin n’est pas des plus ravissant, mais on s’habitue très vite au style de Backderf, et on se passionne pour le personnage flippant qu’était celui qui deviendra « le cannibale de Milwaukee », condamné à 957 ans de prison ! (il n’en fera que 3 ans car il est assassiné par un autre pensionnaire pas très fréquentable)

À défaut d’êtres humains, Federico a véritablement dévoré cette bande dessinée soutenue par des appendices (préface et notes) vraiment passionnantes pour tout savoir sur la genèse d’un serial killer.

Mon ami Dahmer, Derf Backderf, 2013, Ça et là, 224 pages

Saison brune

Une bande dessinée de Philippe Squarzoni.

noté 4 sur 4

Federico a trouvé cette bande dessinée au festival d’Angoulême.

Comment ça « le festival n’a pas encore eu lieu » ? Ah mais notre ami lapin vous parle de l’édition de l’année dernière ! Eh oui, il a mis un an à lire Saison brune. Pour être précis : 6 mois à s’y mettre, et 6 mois pour le lire. Pourquoi ?

Trois choses simples :

1. cette BD est un pavé : 480 pages, en noir et blanc.

2. cette BD est une enquête scientifique, économique et sociétale, sur le climat. Pointu donc.

3. cette BD est déprimante. Et oui, le changement climatique et la fin du monde, c’est déprimant.

Federico va avoir du mal à disserter sur cette bande dessinée, car il n’est pas un lapin savant, il aurait peur de dire des bêtises, et parbleu, 6 mois c’est long, on en oublie des trucs !

Quoi qu’il en soit, il FAUT que vous lisiez Saison brune ! Il s’agit d’un recueil condensé et un peu romancé des recherches et bilans sur le changement climatique (et une parfaite synthèse des documentaires d’Arte). On y parle du GIEC et de ses rapports, des ères climatiques, de l’activité humaine et de ses impacts, de la crise énergétique (et donc des énergies renouvelables et des énergies fossiles), des climato-sceptiques, des lobbys, de la hausse du niveau de la mer et ses conséquences, des mouvements de population, de l’ouragan Katrina, des gaz à effet de serre, des 4×4, de la surconsommation, des seuils critiques et des points de non retour, etc., etc. Toutes ces choses formidables et gaies qui donnent la banane à Federico !

© Delcourt, 2012Après avoir creusé à fond son sujet et esquissé les solutions promues par les défenseurs du climat, Squarzoni a une triste conclusion, avec laquelle malheureusement Federico est d’accord… Elle se résume en 3 points. 1. On sait ce qu’il faut faire pour éviter le point de non retour, 2. La porte de sortie est très étroite, 3. Mais on ne va pas prendre cette porte et foncer dans le mur, le changement de nos sociétés aura alors lieu, mais sous la contrainte et dans un climat d’inégalités aggravées entre les peuples. Youpi.

Néanmoins, notre ami lapin est très content d’avoir lu Saison brune, car il aime bien être au courant, et parce que c’est une bande dessinée de qualité : elle est extrêmement documentée, donc très sérieuse, mais certes ardue, donc il faut se concentrer. C’est autre chose que ça. Bon d’accord, ç’a n’est pas comparable !

En plus, le ton de l’auteur est nostalgique et parfois poétique. Et si le lyrisme est parfois trop éparpillé, cela reste bienvenue dans un livre politique et engagé (où on a parfois des pages entières de retranscription d’entretien…), et le message n’en est que plus fort : la beauté du monde que l’on connait actuellement est éphémère… et c’est nous qui en sommes le destructeur.

Il faut aussi compter avec les dessins qui gèrent agréablement le noir et blanc, d’un réalisme minutieux, à la fois figés et vivants… on dirait des photos en fait.

Pour notre ami lapin, cette bande dessinée est un pavé de chevet, un livre de référence, une source de questionnement et de réflexion. Et maintenant, il va lire le dernier Astérix.

Saison brune, Philippe Squarzoni, Delcourt, 2012, 480 pages

Marathon critique BD, spécial 0 carotte !

Il est d’usage de parler des lectures qui passionnent, questionnent ou enragent. Que l’on décerne 1 ou 4 carottes, tous les livres méritent leur critique (ou pas, si on a la flemme). Comme beaucoup de lecteurs, Federico en lit parfois des vertes et des pas mûres qui ne méritent même pas une critique 0 carotte, des « choses » qui font honte au papier recyclé sur lequel elles sont imprimées. Voici donc un marathon critique de BD qui, selon Federico, n’auraient pas dû être éditées…

noté 0 sur 4 Partout

Panda aime

© Delcourt, 2013Voilà un livre qui ne sert à rien, mais à rien du tout. Panda aime est l’adaptation d’un blog BD où sont relatés les activités et passions d’un panda : Panda aime arroser les réverbères, Panda aime le café, Panda aime le froid, se mettre en colère, se dissoudre… avec l’illustration qui accompagne le texte. Autant notre ami lapin se refuse d’avoir un avis tranché sur cette initiative bloguesque (lui-même est un lapin victime des trucs aussi intéressants que débiles du ouèbe), autant il ne cautionne absolument pas la publication papier du blog. Aucun intérêt, voilà tout. Federico pourrait se lancer dans un discours hargneux sur la nouvelle mode consistant à publier les blogs BD à la va-comme-je-te-pousse, histoire d’être sur le marché blogosphère et d’essayer de rafler les lecteurs du blog sans vraiment se questionner sur la pertinence d’une publication papier et d’une diffusion en librairie de ce genre de truc conçu à la base pour et par Internet. Dans la même veine, notre lapin agacé a lu l’adaptation papier de Le petit monde de Liz (blog mignon qu’il suit lui-même mais qui n’a pas grand intérêt une fois imprimé) et La petite mort, qu’il n’a pas trouvé aussi drôle que cela promettait.

starfuckeuseStarfuckeuse

Encore une BD qui non seulement ne sert à rien, mais qui est en plus très moche. Moche dans le dessin et les couleurs, mais aussi moche dans le texte et l’humour. Un humour qui n’est donc franchement pas drôle, ressemblant davantage à une private joke de l’auteure et ses copines. Federico a eu honte pour elle, mais aussi honte de lire ces pages totalement vide de sens et surtout de finesse. Il l’avoue, il a esquissé un sourire deux fois, mais ça ne suffit pas ! Ah mais il faut peut-être vous raconter de quoi ça cause. *soupir* Alors, c’est l’auteure qui nous raconte les fois où elle a couché (ou pas) avec des stars : Léonardo, Brad, Johnny, Richard, Angelina, Britney, etc. Deux questions demeurent : « Pourquoi ? » et « Mais qui va acheter ça ? »

Les Aventuriers de la mer, tome 1 : Vivacia

© Soleil, 2013Lorsqu’il était un lapereau boutonneux, Federico a englouti les romans fantasy de Robin Hobb : les cycles de L’Assassin royal et des Aventuriers de la mer. C’était génial ! L’adaptation en bande dessinée de L’Assassin royal ne l’avait pas vraiment convaincu, et il s’était arrêté au deuxième tome. Lorsqu’il a vu la couverture des Aventuriers de la mer, Federico s’est dit « noooonnn ! » Cette adaptation est la preuve intangible qu’il n’est pas donné à toute œuvre littéraire d’être adaptée sous une autre forme, que ce soit un roman adapté en BD, ou un livre adapté en film. Ici, la saga de Robin Hobb est buldozerée par la grosse machine Fantasy-Soleil : dessin approximatif et stéréotypé du genre, personnages vidés de toute profondeur et hissés au rang de tropes, subtilités du scénario lessivées à grands renforts de violons… Bref, c’est beurk.

Maintenant vous savez ce que vous n’avez pas besoin de lire, Federico a perdu quelques minutes de son temps précieux rien que pour vos beaux yeux… Merci qui ?

Panda aime, Keison, Delcourt, 2013

Starfuckeuse, Hélène Bruller, Delcourt, 2014

Les Aventuriers de la mer, tome 1 : Vivacia, Audrey Alwett (scénario) et Dimat (dessin), Soleil Productions, 2013

Bad Ass, tomes 1&2

Deux bandes dessinées de Herik Hanna, Bruno Bessadi et Gaétan Georges.

Tome 1 : Dead End

noté 3 sur 4

© Delcourt, 2013 Dans le tome 1, le héros s’appelle Dead End et c’est un super-vilain qui écume les rues de Roman City en laissant derrière lui quelques gouttes de sang et autres dents cassées. Justicier uniquement pour sa pomme, il extermine autant les mafieux locaux que les super-héros (ceux qui défendent la veuve et l’orphelin)… Alors que Dead End se déchaine dans un flot d’hémoglobine et de bons mots, on découvre en parallèle son passé, alors qu’il n’était que Jack Parks, adolescent pustuleux, maladroit et souffre-douleur de son lycée.

Bad Ass est un comics savoureux au rythme endiablé. C’est son humour particulièrement noir qui a séduit notre ami lapin ! Les actions s’enchaînent avec efficacité et nous tissent un portrait complet de cet adolescent assez peu moral qui, après avoir été dangereusement lynché par ses persécuteurs, s’est vu doté d’un pouvoir extraordinaire : troquer sa laideur et sa malchance pour un charisme et une assurance à toute épreuve. Quant à sa rancœur et sa méchanceté, il les a conservées…

Les codes du comics sont ici revisités à la française, d’un point de vue à la fois admirateur et narquois qui prend plaisir à s’approprier ce genre adulé aux États-Unis. Très divertissante, la lecture de Bad Ass fait immanquablement penser aux films de Quentin Tarantino par son impolitesse, ses exagérations, ses dialogues acérés, et avec le second degré nécessaire pour prendre du recul face à la violence mise en scène. Ce premier tome fut donc pour Federico une approche plaisante et, surtout, originale des histoires de super-héros.

… Jusqu’à ce qu’arrive le deuxième tome…

Tome 2 : The Voice

noté 1 sur 4

badass2Le deuxième tome a laissé notre ami lapin dubitatif quant à l’efficacité de l’histoire de Sophie, super-vilaine appelée The Voice.

Dans ce tome, on ne retrouve pas le suspens qui fonctionnait plutôt bien dans le premier : celui de découvrir au fur et à mesure le passé du héros, en quoi consiste son pouvoir et se qu’il cache derrière son masque. Pour The Voice, il est évident dès les premières cases que l’héroïne, Sophie, a la faculté de lire dans les pensées et de dicter sa volonté à n’importe qui, en plus d’être véritablement cinglée, perverse et insensible. Peu bavarde, Sophie ne nous régale pas des dialogues percutants qui avaient fait mouche dans Dead End, et il y a très peu d’évolution de son personnage qui nous est présenté uniquement comme une petite fille puis une jeune femme à la folie dangereuse et injustifiée. De plus, le scénario se ficelle beaucoup moins habilement, donnant l’impression de vouloir accumuler le maximum de scènes violentes et malsaines pour satisfaire un public en quête de gore et d’une héroïne sexy…

Moins réussi au niveau du scénario et de la construction des personnages, The Voice insiste trop sur la provocation et l’immoralité, deux éléments qui n’était pourtant pas les seuls atouts du premier tome de Bad Ass, dommage.

Bad Ass, tome 1 : Dead End & tome 2 : The Voice, Herik Hanna, Bruno Bessadi et Gaétan Georges, Delcourt, 2013

Shenzen & Chroniques birmanes

Deux bandes dessinées de Guy Delisle.

Souvenez-vous (pour les nouveaux, qu’est-ce que vous attendez pour vous plonger dans les entrailles de la bibliothèque de Federico ?), il y a 1 an, votre ami lapin vous parlait de Pyongyang et Chroniques de Jérusalem. Depuis tout ce temps, il a lu les deux autres récits de voyages de Guy Delisle. Cette fois-ci, Federico est partagé. Alors que Pyongyang et Chroniques de Jérusalem l’avaient régalé chacun à leur manière, Shenzen et Chroniques birmanes ne sont pas sur le même pied d’efficacité. En fait, c’est surtout Chroniques birmanes qui a déçu et un peu ennuyé notre ami lapin.

Chroniques birmanes

noté 2 sur 4

© Delcourt, 2007

Cet opus suit le même principe que Jérusalem : la somme de petites anecdotes qui retracent la vie quotidienne de l’auteur dans une ville, ici Rangoun sous le régime birman. Alors que son épouse travaille pour Médecins sans frontières, lui est homme au foyer, s’occupant de son fils et peinant à travailler sur ses bandes dessinées ; il s’ennuie pas mal, déprime un peu, et fait beaucoup de ballades à poussette (comme sur la couverture). Il n’y peut rien, le pauvre, mais c’est ça qui a refroidi Federico qui ne retrouvait pas le décryptage passionnant présent dans Jérusalem et qui permettait de mieux connaître la ville en question. Bien que l’on apprenne quantité de choses sur la Birmanie, cela demeure un peu flou, voire noyé dans le reste de la BD, les chroniques birmanes étant un peu longues pour le coup.

Chroniques birmanes, Guy Delisle, 2007, Delcourt, collection « Shampoing », 224 pages

Shenzen

noté 3 sur 4

© L'Association, 2000Quant à Shenzen, votre lapin favori a vraiment apprécié ! De tous, cet opus est celui où l’humour est le plus visible. Normal : face à l’incongruité et la monotonie de cette ville chinoise où les gens ne font que travailler, à deux pas de l’effervescence et du multiculturalisme de Hong Kong, on se délecte du regard grinçant et amusé de l’auteur, mais avec une pointe de tristesse tout de même. En parallèle avec Pyongyang où la dictature est (on va dire) « assumée », Shenzen montre les ressorts (et les failles) de la puissance mondiale qu’est désormais la République populaire de Chine. Le dessin est plus sombre, dense et travaillé, moins « ligne claire » que celui de Jérusalem et Birmanes, et donne un aspect déprimant et fantomatique à cette ville. La bande dessinée jouit alors d’une identité plus singulière et romancée que le simple carnet de voyage.

Shenzen, Guy Delisle, 2000, L’Association, 200 pages

La Casati

Pfiou, que de retard notre ami lapin a dans ses critiques en bande dessinée ! Et encore, comme vous devez vous en douter, il ne vous parle pas de tout ce qui lui passe sous le museau… Car il faut dire que Federico n’a pas eu de grandes révélations bédéesques, mais il y en a toutefois quelques unes qu’il a eu plaisir à lire, et il va de ce pas vous conter fleurette de l’une d’entre elles.

La Casati, la muse égoïste

noté 3 sur 4

Cette BD a pas mal étonné Federico, parce qu’elle changeait un peu de ce qu’on a pris l’habitude de nous faire lire à tout va. D’un côté il y a le dessin, coloré, libre et sans manières. D’un autre côté, il y a le ton du reportage qui a été adopté pour raconter l’histoire. Et d’un troisième côté (oui, cette BD est un triangle), il y a la vie étonnante de cette marquise pas comme les autres, sorte de « Lady Gaga de la Belle Époque ».

© Dargaud, 2013La bande dessinée enquête donc sur l’excentrique marquise italienne Luisa Casati Amman qui vécut pendant la première moitié du XXe siècle entre l’Italie, son pays natal, et Paris. Luisa et sa sœur Francesca perdent leurs parents lorsqu’elles sont adolescentes et deviennent alors toutes deux l’une des plus grandes fortunes italiennes. Au fil de ses rencontres et voyages, celle qu’on surnomme « La Casati » entre dans le milieu de l’art en devenant à la fois muse et mécène. Loin des convenances et grande adepte de la démesure, elle dilapide sa fortune en multipliant les réceptions mondaines, les dépenses luxueuses en châteaux, ameublements et vêtements, et autres frasques en tout genre. Se considérant elle-même comme une œuvre d’art, elle se teint les cheveux en rouge ou vert, se maquille les yeux de plus en plus noirs, et se promène dévêtue dans les rues, escortée de guépards et de serpents… quoi, vous ne faites pas ça, vous ? Dans les années 1930, endettée et démodée, la marquise voit ses biens vendus et se terre à Londres jusqu’à sa mort en 1957, un peu la loose quoi.

La Casati a fait le buzz, mais a été un peu oubliée (Federico lui-même ne la connaissait pas avant de lire cette BD), ne laissant de traces que dans les peintures dont elle fut modèle. C’est sûr qu’aujourd’hui, Google et Facebook auraient conservé bien plus qu’une dizaine de tableaux sur ses serveurs. Ce sont donc les trois côtés du triangle qui ont plu à notre ami lapin, car ils permettent de mettre un peu de légèreté et d’originalité dans une biographie dessinée, en résonance à l’exubérance d’une femme hors norme.

La Casati, la muse égoïste, Vanna Vinci, Dargaud, 2013

Ndl (note du lapin) : La bande dessinée est l’adaptation d’une biographie romancée écrite par Camille de Peretti et parue chez Stock.

Pyongyang & Chroniques de Jerusalem

Deux bandes dessinées de Guy Delisle.

Ce n’est pas parce qu’il ne vous parle pas beaucoup de bande dessinée que Federico n’aime pas ça. Bien au contraire, il adore la BD ! Votre serviteur lapin va donc se rattraper sans délai et vous parler de cases et de bulles.

Pyongyang et Chroniques de Jérusalem sont deux récits de voyage, ou plutôt de séjour car Guy Delisle est resté un petit bout de temps dans ces villes bien particulières : deux mois à Pyongyang en Corée du Nord, dans le cadre de son travail dans l’animation de dessins animés, et une année à Jérusalem, accompagnant sa femme qui œuvre pour une ONG.

Fin observateur, l’auteur livre pour chacune de ces expériences un portrait étonnant de la vie quotidienne d’un étranger sur un territoire assez spécial… La Corée du Nord et l’Israël combinent tous deux divers taux d’horreur, d’obscurantisme, d’injustice et d’absurde. Le non-sens de la dictature nord-coréenne et des pratiques des colonies israéliennes se révèle avec force. Dans Pyongyang, la réalité de ce régime totalitaire est dure à croire tant l’on se croit dans un livre de science-fiction : la propagande, la surveillance, les camps de détention, tout ça existe bel et bien, et c’est hallucinant… Dans Chroniques de Jérusalem, l’engrenage dans lesquels les peuples juifs et palestiniens ont été pris est tout aussi effrayant : l’avancée constante des colonies qui s’installent par la force et en toute impunité sur les quelques restes des territoires palestiniens, mais aussi la multitude de communautés religieuses différentes qui cohabitent plus ou moins bien dans cette ville phare, c’est hallucinant pareil.

La lecture de ces récits hautement documentaires est donc fortement conseillée par votre dévoué lapin. Avec énormément de curiosité et un détachement assez marqué, Guy Delisle parvient à porter très peu de jugements personnels sur les faits et les gens qu’il rencontre ; sa désapprobation est peu mise en avant, la priorité étant davantage à la découverte et la tentative de compréhension de ces villes altières. La curiosité de l’auteur a vivement piqué celle de Federico, qui n’a désormais plus qu’à se précipiter sur les autres chroniques du voyageur réalisées en Chine et en Birmanie

Pyongyang, Guy Delisle, L’Association, 2003, 180 pages

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, Delcourt, collection « Shampooing », 2011, 336 pages

Lucille

Une bande dessinée de Ludovic Debeurme.

noté 4 sur 4

Lucille a été une de ces lectures qui vous retournent un lapin comme une crêpe… Ce pavé de papier (500 pages) a été englobé par Federico d’une seule traite, et c’est comme cela qu’il se déguste : sans reprendre son souffle, impossible de toute façon.

C’est l’histoire de Lucille, auparavant une enfant boulotte, aujourd’hui une adolescente souffrant d’anorexie. C’est également l’histoire d’Arthur, fils de marin qui ne souhaite pas suivre les traces de son père. L’une habite au fond des bois, l’autre sur la falaise. Après leur dures épreuves solitaires, c’est l’histoire de leur rencontre, une découverte amoureuse à la fin de l’adolescence qui les fera renaître pour qu’ils puissent enfin prendre goût à la vie. Mais ces âmes combattantes pourtant longtemps éprouvées n’ont peut-être pas droit au bonheur…

Federico a été véritablement touché par la lecture de ce roman graphique qui se démarque en bien des points de ce qu’on peut avoir l’habitude de lire. Tout d’abord, pas de cases : le dessin de Ludovic Debeurme occupe la page comme bon lui semble mais avec ordre et logique, la lecture demeurant fluide et naturelle. Ainsi, une grande place est donnée aux espaces vides, laissant alors libre court aux décors et aux personnages qui se libèrent. De plus, le dessin défie les lois de l’anatomie, de la beauté et de la perfection : les têtes sont parfois disproportionnées, les corps chétifs, comme les héros ballotés par la vie.

La première partie du roman graphique développe un univers très onirique, qui vous transporte entre forêts, falaises et mer menaçante, les esprits de la nature ne semblent pas loin et le dessin torturé les suggère parfois… Le trait de Ludovic Debeurme est en effet déconcertant, pouvant faire penser aux dessinateurs américains. Si le lecteur peut être réticent au début, on apprend à apprécier ce trait épuré et libre à travers lequel les émotions passent avec force.

Oui, Lucille est une histoire triste et dure, mais la violence et la défaite n’empêchent pas la bande dessinée de faire passer une très belle et poignante histoire d’amour qui ne laisse pas indifférent…

Si vous appréciez Lucille, lisez la suite, Renée. Plus dure, elle a tiré une larme à Federico…

Lucille, Ludovic Debeurme, Futuropolis, 2006, 512 pages, 30 €

La Pastèque

Vous n’en croyez pas vos oreilles, la communauté des lapins non plus… voici le 100e article de Federico sabe leer ! Pour fêter dignement cet événement monumental, votre lecteur poilu préféré a la joie de vous raconter un chouia sa vie ! En partance au Québec pour quelques mois, Federico va vous parler de ces trouvailles littéraires et lapines qui pullulent ici, de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour sa première chronique, notre ami lapin a décidé de vous parler non pas d’un seul et unique livre, mais d’une maison d’édition québécoise de bande dessinée, il s’agit de La Pastèque. Ses livres sont de beaux objets, on y sent le soin infini qui a été mis dans chaque projet d’édition. Ainsi, le catalogue de la maison regorge de perles et de curiosités où l’on aimerait avoir le temps d’aller fourrer ses moustaches. Federico a donc toutes les peines du monde à faire une sélection des titres et des auteurs qu’il apprécie le plus et espère de tout cœur qu’il réussira à vous donner l’envie d’aller voir par vous-même ce qu’il y a de chouette chez La Pastèque.

Macanudo

Une des premières découvertes de Federico chez La Pastèque fut celle de la traduction en français des strips de l’auteur argentin Liniers. La série Macanudo parait chaque jour dans le quotidien La Nacion, et trois tomes sont parus à ce jour chez l’éditeur québécois.

Au fil des cases, le lecteur de Macanudo se familiarise avec la rêveuse Madariaga, petite fille et grande lectrice, et de son chat Fellini, avec Z-25 le robot sensible qui pourrait parvenir à vous faire pleurer, avec une pléthore de pingouins et de lutins qui s’amusent comme des petits fous mais toujours avec un flegme assuré (sans compter une vache cinéphile, des olives, et que sais-il encore…).

En quelques mots, Macanudo c’est de la finesse, du burlesque et de l’optimisme. À lire sans prise de tête, le cœur et l’esprit ouvert !

Les éditeurs de La Pastèque parviennent à mettre davantage de mots sur le travail de Liniers, Federico invite donc les lecteurs dont la curiosité a été titillée à aller les lire sur leur site.

Valentin

Vous aimez les chats ? Eh bien ce n’est pas forcément nécessaire pour aimez Valentin. Car si Valentin est le nom d’un bon gros matou câlin, il est aussi l’élément perturbateur de l’histoire car il vient carrément chambouler la vie d’un couple !

C’est donc l’histoire de Stéphanie, montréalaise, la trentaine, qui tombe en amour avec ce chat si adorable et affectueux. Le problème, c’est que son chum (son mec) est terriblement allergique à ces bêbêtes. Il pose un ultimatum à sa blonde (sa meuf) : c’est Valentin, ou lui ! Qui Stéphanie va-t-elle choisir ? L’histoire, entre drame et comédie, se joue avec naturel sur un ton humoristique inattendu. Le trait fin du dessin associé à de très jolies couleurs aquarelles nous permettent de suivre avec délice les saisons qui se succèdent dans la ville québécoise ; ils allument l’espace urbain où l’on aimerait prendre une marche avec les personnages.

Avec cette bande dessinée, Federico a découvert l’auteur québécois Pascal Girard. Chez La Pastèque, vous pouvez lire de cet auteur Paresse, une série de strips autobiographiques plein d’auto-dérision et de réflexions quotidiennes, ainsi que Jimmy et le Bigfoot.

Paul à la pêche

Pour finir cette courte sélection, Federico ne peut passer à côté de la série Paul, véritable succès littéraire au Québec et à l’international. L’auteur québécois Michel Rabagliati vient de publier le sixième opus de son héros et alter ego de papier, Paul au parc, déjà en tête des ventes au Québec.

Que dire, sinon que Paul est une série à la fois moderne et classique. En noir et blanc, les dessins font penser au style atome des années 1950 et il est impossible de ne pas penser à Tintin et la ligne claire (Rabagliati est un grand fan de bande dessinée, notamment de Hergé). Mais l’auteur a un trait et une voix bien à lui : ses personnages attachants évoluent avec force sous nos yeux et ses décors sont étonnamment détaillés. Certes profondément ancrés dans la culture et le quotidien québécois (et la langue !), les livres traitent de thèmes universels avec tact et émotion. Eh puis, comment ne pas aimer ce brave Paul ?

Federico a choisi Paul à la pêche (mais toute la série est à dévorer !). On y parle de pêche, bien entendu, mais l’écologie n’est pas très loin… On y parle aussi d’usines qui se robotisent et délocalisent, et d’assistanat social. On y parle aussi du désir de maternité de Paul et Lucie, et des coups durs éprouvants qu’ils encaissent avant d’être enfin parents… Coudon ! Si vous n’avez pas les larmes aux yeux avec cette histoire-là, en quoi êtes-vous fait ?

Federico aime l’hypertexte, voici de quoi vous informer et vous donner envie de lire les aventures de Paul :

– d’un point de vue québécois.

– d’un point de vue français.

Régalez-vous !

Liniers, Macanudo, La Pastèque, 2008, 96 pages

Yves Pelletier et Pascal Girard, Valentin, La Pastèque, 2010, 136 pages

Michel Rabagliati, Paul à la pêche, La Pastèque, 2006, 208 pages