Promenons-nous dans les bois

Un roman de Bill Bryson, traduit de l’anglais par Karine Chaunac.

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Connaissez-vous l’Appalachian Trail ? Ce mignon sentier de randonnée sillonne la côte Est des États-Unis sur 3 500 kilomètres, soit à travers quatorze états, du Maine à la Géorgie. Comme son nom l’indique, il traverse la chaîne de montagne des Appalaches, et permet aux randonneurs de s’attaquer à des monts aux noms prometteurs tels que Great Smoky Mountain, Cumberlands ou Blue Ridge.
promenons nous

Des personnes de tous horizons se lancent sur ce mythique sentier, avec des objectifs très variés, tout comme le sont leurs capacités physiques et leur sens de l’orientation. Mais concentrons-nous plutôt sur Bill Bryson qui nous raconte son aventure dans Promenons nous dans les bois, drôlatique récit de voyage et véritable encyclopédie sur l’Appalachian Trail (AT pour les intimes).

Federico n’a pas lu énormément de récits de voyage, son incursion la plus marquante dans le genre restant En Patagonie de Bruce Chatwin. La découverte des écrits de Bill Bryson lui donne résolument l’envie de se plonger plus souvent dans ce genre de livres.

Tout comme son illustre prédécesseur, Bill Bryson partage son livre entre son expérience de marcheur et de riches explications sur l’AT, son histoire et ceux qui l’ont écrite au passé comme au présent. On apprend donc énormément de choses et c’est ce sens de l’anecdote qui donne un excellent rythme au récit. Non pas que les aventures de l’auteur ne soient pas intéressantes : Federico a beaucoup ri en lisant le récit de ses préparatifs et la naissance d’une passion immodérée pour les burgers après plusieurs jours passés dans la nature. Néanmoins, notre ami lapin a beaucoup apprécié les évocations de marcheurs qui sont entrés dans l’histoire ainsi que les révélations sur la gestion catastrophique de certains tronçons du sentier. Quant aux ours, qui ont été la pire crainte de l’auteur, les passages qui leurs sont consacrés sont narrés avec un humour qui fait mouche à chaque fois. Bill Bryson se montre avant tout comme un randonneur assez proche du commun des mortels, qui peine à porter ses vingt kilos de matériel, s’émerveille devant certains paysage et déprime devant d’autres. Il n’hésite pas non plus à se montrer sous un jour moins favorable en décrivant les moments où il se comporte de façon assez exécrable avec d’autres randonneurs, à commencer par son propre compagnon de voyage, Stephen Katz, pas vraiment taillé pour l’aventure.

Au-delà de tout cela, Promenons-nous dans les bois est aussi une critique acerbe de ses contemporains étasuniens, incapables de faire le moindre trajet sans leur voiture et de prendre soin de leur magnifique patrimoine naturel. Le live a été écrit dans les années 1990 et la situation n’a pas dû s’améliorer depuis…

Bill Bryson, trad. Karine Chaunac, Promenons-nous dans les bois, Éditions Payot & Rivages, 2013, 243 p.

Clementine Churchill, la femme du lion

Une biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit.

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clementine churchillWinston Churchill est entré dans l’histoire mondiale comme étant l’homme qui a vaincu Hitler. Tout seul, avec ses petites mains potelées. Mais ce n’est pas pour ça que Federico l’aime bien. Ce qui lui plait chez ce bon vieux Winston c’est qu’il voyait tout en grand. Animal politique, chef de guerre, redoutable tacticien, écrivain nobelisé, peintre de talent… Tous les qualificatifs qu’on peut lui attacher viennent avec des superlatifs. Winston Churchill est un personnage passionnant, et son arbre généalogique en fait un pur produit de cette noblesse anglaise qui fascine Federico. En amour non plus il n’a pas fait comme les autres : à une époque où les mariages de raison étaient légion et s’achevaient souvent en divorce, Churchill épouse une femme qu’il va aimer passionnément du premier regard jusqu’à son dernier souffle. Elle s’appelle Clémentine Hozier et Federico l’aime aussi.
Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, auteurs de la biographie Clémentine Churchill, La femme du lion ont l’air eux même très amoureux de cette femme : le portrait qu’ils en font est exempt de regard critique et la montre sous un jour très flatteur. On tombe donc inévitablement sous le charme de cette femme très aimée outre-Manche et plutôt méconnue dans les terriers français.

clemy

Est-ce qu’elle n’a pas trop la classe ?

Ce qui a d’emblée séduit Federico c’est que Clémentine ne s’est jamais contentée d’être la femme derrière le grand homme. Elle était certes très investie dans la vie politique de son mari, le soutenant, le conseillant et le contredisant (il était conservateur ; elle était libérale et ne renonça jamais à ses idées politiques) et jouait parfaitement son rôle de maîtresse de maison, mais elle a aussi menée une vie très riche en parallèle de toutes ses responsabilités d’épouse et de first lady. En lisant cette biographie Federico a eu bien du mal à se figurer comment ces voyages, ces amis, ces rencontres, ces engagements politiques, ces enfants, ces déménagement, ces cérémonies, sans oublier ce cher Winston (qui lui réclamait beaucoup d’attention), ont pu tenir dans une seule vie. Notre ami lapin en avait parfois le tournis ! Par ailleurs, il ne s’y est jamais vraiment retrouvé parmi les noms qui sont cités au fil du livre : tout le gotha international y passe et Federico a beau être un grand fan de Downton Abbey, ça ne fait pas de lui le successeur de Stéphane Bern ! Il retiendra donc seulement quelques noms, dont celui d’une autre grande figure de l’aristocratie de l’époque : Consuelo Vanderbilt Balsan, héritière fortunée venue des États Unis pour épouser le duc de Marlborough, le cousin de Winston.
Si elle manque un peu d’objectivité, cette biographie n’en est pas moins un livre sérieusement documenté qui se lit comme un roman, celui d’une belle histoire d’amour au cœur de cette époque passionnante qu’a été la première moitié du XXe siècle.

Philippe Alexandre, Béatrix de L’Aulnoit, Clementine Churchill, la femme du lion, Tallandier et Robert Laffont, octobre 2015, 397 p.

Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

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Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages

Ru

Un roman de Kim Thúy.

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Dans les classiques de la littérature contemporaine québécoise, il y a Putain, qui n’a pas séduit Federico, et il y a Ru, qui l’a au contraire charmé !

Notre ami lapin ne connaissait pas ce mot : un ru, c’est un petit ruisseau. Il ne connaissait aussi que vaguement la tragédie des boat people. Le témoignage de Kim Thúy vient y mettre des images fortes et limpides, avec des mots justes minutieusement choisis, et des chapitres courts qui transitent de l’un à l’autre avec finesse. Comme un ru peut-être.

IMG_0092Kim Thúy est la fille d’une famille aisée de Saïgon, au Sud Viêt Nam ; les troupes communistes du Nord Viêt Nam envahissent la ville en 1975. Après quelques années de cohabitation difficile, ses parents décident de prendre la fuite sur des bateaux de fortune surchargés affrétés par les passeurs. La dangereuse traversée restera indélébile dans l’esprit de la jeune fille alors âgée de 10 ans. Par la suite, c’est dans un camp malaisien que les boat people (comme les appellent les médias occidentaux) survivront tant bien que mal avant d’être accueillis en tant que réfugiés, au Québec notamment.

Il semble à notre ami lapin qu’aucun conflit identitaire ne bouscule l’auteure : vietnamienne d’origine, québécoise d’adoption, exilée assumée. Sûre d’elle, riche de sa double culture, elle semble avoir pleinement maîtrisé le traumatisme vécu pendant son enfance et fait preuve d’une émouvante nostalgie non seulement de sa terre natale, où elle retourna d’ailleurs vivre pendant trois ans une fois adulte, mais aussi des premiers temps de l’arrivée de sa famille dans la campagne québécoise.

En parallèle au ru, Federico comparerait ce texte à un merveilleux tissage, constitué d’un camaïeu de fils de couleurs reconstituant la fresque de la tragédie familiale. Les images, les sons et les odeurs fourmillent dans les souvenirs de l’auteure, et nous donnent le privilège d’entrapercevoir la richesse de son histoire personnelle.

Une courte, émouvante et belle lecture ; malgré son sujet dur et sa tristesse, Ru nous fournit une bonne dose de tendre sagesse, ce qui nous fait tant de bien ces temps-ci…

Kim Thúy, Ru, Libre Expression, 2009, 152 pages

Bad Girl. Classes de littérature

Un roman de Nancy Huston.

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Quel plaisir de retrouver Nancy Huston ! Son roman Lignes de faille avait vraiment bousculé notre ami lapin il y a quelques années, et il était pressé d’avoir le temps de mettre son museau dans son dernier né, Bad Girl.

Pour Federico, il est impossible de ne pas être captivé par la prose de Nancy Huston. Bon, même s’il ne s’agit là que de sa deuxième incursion dans sa bibliographie, il est tout autant époustoufflé par la puissance de ses textes. Ce qui est fou avec Nancy, c’est que sa langue maternelle est l’anglais mais qu’elle écrit en français, ou bien traduit elle-même ses œuvres.

IMG_0070Bref, il en sort une véritable voix chantante et incroyablement riche, Federico kiffe ! En plus, il adore qu’on lui raconte des histoires, et l’auteure est bonne conteuse et fine psychologue. Ses sujets de prédilection semblent être les histoires de famille et la transmission entre générations, c’est ce que Federico avait adoré dans Lignes de faille.

Et là, dans Bad Girl, elle applique cette recette à sa propre vie, son propre passé familial. Elle cause donc de son père Kenneth et de sa mère Alison, un couple qui ne fera pas long feu, de sa tripotée d’aïeuls, parfois dérangés et souvent pauvres, venus des quatre coins du Canada. Elle-même bougera beaucoup dans son pays natal et aux États-Unis, jusqu’à s’exiler à Paris où elle vit depuis 30 ans.

L’auteure fait des membres de sa famille des personnages hauts en couleur, entremêle son récit d’anecdotes et pensées diverses, met en perspective les choses passées avec les faits présents, tisse page après page sa propre tragédie familiale… C’est fort, c’est passionnant, c’est délicieux !

Nancy Huston, Bad Girl. Classes de littérature, Actes Sud, 2014, 265 pages

Someone in Brooklyn

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En l’espace de quatre mois, Federico a lu deux livres consacrés à des femmes d’origine irlandaise et à leur vie dans le quartier de Brooklyn. Coïncidence ? Je ne pense pas. Une telle manipulation du destin méritait bien un article un peu foutraque avec pour thématiques, en vrac : Brooklyn, les irlandais, les romans qui pincent le cœur, le bleu des couvertures de la collection Quai Voltaire, Nick Hornby, etc.

New York, Cape Cod, Boston -

Le paillasson de Brooklyn, par Baptiste, via nature-etc.net

Commençons avec Someone de Alice McDermott, que Federico a lu en juin et qui lui a permis d’entamer brillamment la saison de la rentrée littéraire (oui, Federico lit les romans avant leur sortie, parce qu’il a des amis hauts placés). someone (2)Someone est un beau roman à bien des niveaux. Notre ami lapin ne se lasse pas d’admirer sa couverture d’un superbe bleu (auquel la photo ci-contre ne rend pas du tout hommage) et agrémentée d’un bandeau qui nous change des habituels placards publicitaires qui n’apportent pas grand chose esthétiquement parlant. Il s’agit ici d’une photo de Ralph Morse intitulée « Spring Comes to Brooklyn« . Instantané dans la vie d’un quartier, elle résume parfaitement le roman.

En effet, si on s’intéresse à ce qui est écrit dans cet écrin bleu, on rencontre Marie, fille d’immigrés irlandais qui raconte, par petites touches et dans le désordre, sa vie de fillette, de jeune femme pendant la seconde guerre mondiale et de mère. Des rues de son enfance à une maison de retraite anonyme, le lecteur la suit à pas feutrés. Alice McDermott possède ce talent rare de transformer le quotidien ordinaire des gens ordinaires en une lecture touchante et captivante. En quelques scène d’une apparente banalité mais riches de détails précieux, elle évoque, l’air de rien, des questions sensibles (mort, famille, oubli, etc.) avec beaucoup de justesse.

Federico vous laisse une quinzaine de minutes pour filer chez votre libraire et acheter ce livre.

C’est bon, vous êtes revenus ?

Bien, passons à Brooklyn, de Colm Tóibín qui lui n’a pas brillé lors de cette rentrée littéraire et pour cause, sa parution en France date de 2011. Federico a découvert ce livre à travers la bande annonce de son adaptation cinématographique, sur vos écrans en mars 2016 et scénarisé par Nick Hornby, oui, celui-là. L’histoire se déroule dans les années 1950 et suit le parcours d’Eilis, une jeune irlandaise sans emploi poussée par sa sœur à aller tenter sa chance aux États-Unis. Elle rejoint alors le quartier de Brooklyn où, après une adaptation difficile, elle va poser les premières pierres de sa nouvelle vie.

brooklynUne fois que vous avez vu la bande annonce du film et lu le résumé du livre, vous connaissez à peu près 80 % de l’intrigue mais franchement ce n’est pas si grave : lisez-le, il est génial. Federico l’a dévoré en quelques jours, à la faveur des vacances, et Eilis a continué à le suivre pendant un moment après sa lecture. Son imagination a certainement été dopée par la bande annonce, qui magnifie l’esthétique de l’époque et dans laquelle la talentueuse Saoirse Ronan prête ses traits à l’héroïne. Cela apportait donc plus de substances aux habituels visages flous que Federico se figure lors de ses lectures.

Néanmoins, l’intérêt de notre ami lapin pour cette histoire est à mettre au crédit de la virtuosité de l’auteur qui a créé une héroïne toute en nuances. Au cours du livre, Eilis se retrouve régulièrement tiraillée entre deux univers : le cocon familial irlandais et la vie qu’elle s’est construite aux États-Unis. L’impossibilité de concilier ces deux mondes est symbolisée par cet océan Atlantique qu’on ne traverse à l’époque qu’en bateau, au prix de quelques jours de mal de mer.

À plusieurs reprises dans le livre, on voit la jeune fille faire face à des décisions qui ne sont pas les siennes et qui changent radicalement sa vie, mais auxquelles elle se plie par amour ou sens du devoir. Partir à Brooklyn n’est pas le choix d’Eilis : c’est sa sœur qui a tout organisé avec l’aide d’un prêtre qui, sur place, lui trouve un travail et un logement. C’est finalement dans les rares moments où elle reprend sa vie en main, à travers des détails, des petites transgressions ou dans des situations beaucoup plus graves, qu’Eilis se révèle et devient encore plus intéressante aux yeux du lecteur. Au final, c’est son sens des responsabilités qui va primer et quand le roman s’achève, elle n’est plus une jeune fille hésitante mais une adulte prête à assumer ses choix.

Pour résumer : ces deux romans ont permis à Federico de découvrir une facette de l’histoire de l’exil à travers deux très beaux portraits de femmes. Trois carottes pour eux !

Alice McDermott, trad. Cécile Arnaud, Someone, La Table Ronde, août 2015, 264 p.

Colm Tóibín, trad. Anna Gibson, Brooklyn, 10/18, octobre 2012, 331 p.

L’arbre aux haricots

Un roman de Barbara Kingsolver, traduit de l’anglais par Martine Aubert.

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Souvent, Federico entend des lecteurs dire qu’ils ont envie de lire un livre qui ne leur prenne pas la tête. Certains d’entre eux se dirigent donc vers des romans écrits au lance-pierre avec une histoire simpliste et des personnages caricaturaux. C’est leur droit, Federico ne juge personne.

Ahem.

©RivagesNotre ami lapin aimerait bien lire des livres qui ne prennent pas la tête et qui répondent aux critères ci-dessus. Mais en fait, ça l’énerve les livres comme ça. Vous avez pu le constater dans la dernière critique, une faiblesse dans l’ensemble et pan, c’est la fuite des carottes. Heureusement, pour détendre Federico, il y a des livres comme L’Arbre aux haricots, un roman qu’il a lu pendant ses vacances, en trois jours, dans le train, dans les transports en commun, dans un café, sous un arbre. Bref, un livre dont on peut lire plein de chapitres comme trois pages, et qu’on reprend à chaque fois avec plaisir et sans difficulté pour raccorder les personnages et les évènements. Le tout grâce à une écriture sans fioritures mais mordante, une histoire pleine de rebondissements et des personnages très très attachants.

L’histoire est celle de Taylor, une jeune femme qui après observation constate que l’avenir que lui propose son Kentucky natal (mariage-enfants-ennui) ne la satisfait pas. Elle abandonne donc sa maman adorée et part au volant d’une voiture qui a connu des jours meilleurs, direction : n’importe où. Enfin presque, puisque notre héroïne se promet de s’installer à l’endroit où sa voiture rendra l’âme. Cette dernière va tenir sa part du marché puisqu’elle lâche à Tucson, où Taylor va rencontrer des gens qui vont apporter de nouvelles couleurs à sa vie. Cependant, avant cela, la jeune fille a fait une halte dans une réserve Cherokee de l’Oklahoma et s’est vue confier une fillette par une vieille femme qui a ensuite disparu dans la nature. Normal.

Le lecteur suit donc Taylor, Turtle (c’est le nom de la fillette) et les autres personnages de ce roman au gré des situations plus ou moins difficiles, des beaux moments et des petites choses du quotidien. Tout cela est amené avec beaucoup de naturel et a beaucoup intéressé notre ami lapin, simplement parce que c’est raconté avec une empathie communicative. La vie des héros est loin d’être rose, pourtant il se dégage de ce roman une grande énergie positive, et il regorge de bonnes surprises, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Voici donc une belle comédie-dramatico-sociale pour vos moments de détente !

Barbara Kingsolver, trad. Martine Aubert, L’arbre aux haricots, Rivages poche, septembre 2014, 315 p.

Marathon critique : Federico se souvient-1

Pour Federico, la meilleure des lectures est intemporelle. Un bon livre, on s’en souvient looongtemps !

Ben oui, ce n’est pas parce qu’on a lu un livre il y a 10 ans qu’il ne sert plus à rien d’en parler, bien au contraire : si on y pense encore, c’est qu’il y a bien une raison ! C’est pourquoi notre ami lapin vous propose une nouvelle série de Marathons critiques : le « Federico se souvient ». Comme il aime faire d’une pierre deux coups, il se servira aussi de ces marathons pour rattraper son retard, et parler de livres lus il y a seulement 1 ou 2 ans et qui ont loupé le coche de la critique conejienne. Notre ami lapin est curieux de voir ce qu’il peut ressortir d’une lecture qui n’est plus toute fraîche, donc n’attendez pas une analyse détaillée !

S’il prend la peine de ressortir ces souvenirs de lecture du placard, c’est bien parce qu’elles en valent le coup, donc ce sont des livres 3 ou 4 carottes, enjoy !

L’Ombre du vent

ombreduvent4 carottes

C’était l’hiver dernier, ou celui d’avant, il ne sait plus… En tout cas, Federico se souvient bien d’avoir dévoré ce roman dans le RER, dans le TGV, et même en covoiturage ! Malgré les bruits et les ressauts des transports, il n’a eu aucun soucis à se plonger dans l’histoire de Daniel Sempere et du mystérieux écrivain Julian Carax. L’Ombre du vent, ça cause d’émois littéraires, de soubresauts de l’histoire, de déchéance familiale, d’amours maudits ou heureux, bref, une grande fresque jouissive rehaussée de personnages hauts en couleur, la joie du lecteur !

La pluie avant qu’elle tombe

la-pluie-avant-qu-elle-tombe3 carottes

Voilà une belle histoire qui a fait passer un très bon moment à Federico lors d’une rentrée automnale, ça collait bien avec le titre tiens ! Avant de mourrir, la tante Rosamund a enregistré ses souvenirs sur des cassettes audios qu’elle destine à Imogen. Mais la jeune fille est introuvable, c’est donc sa nièce Gill et ses filles qui écoutent les confessions de Rosamund. Cette dernière prend le parti de décrire des photos soigneusement sélectionnées et dévoile les histoires de famille qu’elle porte en elle depuis des années. Ce roman rentre beaucoup dans l’intimité de ses personnages, majoritairement féminins, et a rappelé au souvenir de notre ami lapin la lecture marquante de Lignes de faille de Nancy Huston.

Lumières de Pointe-Noire

couverture-Mabanckou3 carottes

C’est le premier livre d’Alain Mabanckou lu par notre ami lapin. D’emblée, Federico a été frappé par la maîtrise parfaite de la langue française ; les phrases sont assez longues, ce qui rend le texte dense, mais il se lit avec une très grande aisance et avec beaucoup de plaisir. L’auteur nous raconte l’histoire de son retour pour quelques semaines dans son pays d’origine, le Congo-Brazzaville, dans la ville de Pointe-Noire plus précisément. Sa mère et son père adoptif sont morts depuis plusieurs années déjà, et il retrouve avec nostalgie et réserve la famille et les lieux où il a grandi, quittés 23 ans plus tôt. C’est un beau roman sur les retrouvailles avec son enfance et le regard d’adulte qui y est posé.

Journal d’Anne Franck

ANNE3 carottes

Là, les souvenirs sont plus flous, mais les émotions encore très fortes. Il est difficile pour Federico de rester indifférent à Anne, une jeune fille perspicace et charmante qui ne semblait pas avoir la langue dans sa poche, ni son crayon dans sa trousse… Il est étrange de lire le journal intime d’une adolescente, notre ami lapin se trouvait impertinent d’y fourrer ses moustaches : on a beau avoir fait d’Anne une personnalité universelle, elle n’en demeure pas moins une adolescente comme les autres et donc terriblement unique. La lecture de son journal est instructive et poignante, surtout lorsque l’on sait ce qu’il advient d’elle et sa famille par la suite…

Récap’ : 

L’Ombre du vent, Carlos Ruis Zafón, Grasset/Pocket, 2006

La pluie avant qu’elle tombe, Jonathan Coe, Folio, 2010

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou, Seuil, 2013

Journal d’Anne Franck, Le Livre de Poche, 1947

Funny Girl

Un roman de Nick Hornby, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

3 carottes

Federico a lu deux romans de Nick Hornby : Vous descendez, farce drôlatique sur des candidats au suicide qui vont changer de vie plutôt que d’y mettre un terme et Juliet, naked, chronique existentielle qui met en scène un couple et un chanteur mythique. Notre ami lapin garde un très bon souvenir de ces deux lectures et Funny Girl lui en laissera un meilleur encore.

funny girlCe livre l’a plongé dans l’univers de la télévision anglaise des années 1960 et plus précisément au cœur de l’élaboration d’une série humoristique pour la BBC. Cette série se proposant d’être un miroir de la société de l’époque, le roman devient à son tour une jolie chronique sur l’industrie du divertissement des sixties, à travers le parcours de quelques uns de ses rouages. En tête du casting, l’irrésistible Barbara, reine de beauté qui a quitté son Angleterre profonde pour Londres et la vie excitante qu’elle promet. Mais si Barbara rêve d’être actrice, ce n’est certainement pas pour jouer la potiche ni les faire-valoir : ce qu’elle veut, c’est faire rire. Évitant les pièges et la facilité, elle devient rapidement une vedette du petit écran. Bientôt, cette comédienne née qui n’a pas la langue dans sa poche mais la tête sur les épaules découvre que son personnage dans la série est bien plus qu’un alter ego aux yeux du public.

Autour de ce personnage solaire gravitent acteurs, scénaristes, producteurs et metteurs en scène. Comme il y a peu de personnages, Nick Hornby peut développer le caractère et la vie de chacun. Aussi, même si Barbara est clairement au cœur de ce roman, les seconds couteaux n’en sont pas vraiment, ne serait-ce que parce qu’ils occupent une place centrale dans la vie de la jeune actrice. Les dialogues quant à eux sont aux petits oignons : percutants et plein d’esprit. On suit la petite équipe sur plusieurs années – qui correspondent aux saisons de la série – au rythme des évolutions professionnelles et personnelles des personnages. Le roman reste égal du début à la fin : toujours difficile à lâcher. Federico n’avait pas envie de quitter cette ambiance sixties et d’être séparée de cette joyeuse bande disparate.

Funny Girl est une très belle chronique sociale et humaine, sensible et drôle.

Nick Hornby, trad. Christelle Barbaste, Funny Girl, Stock, août 2015, 432 p.

Je viens

Un roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

3 carottes

Parfois, quand il emprunte un livre, Federico le choisit sans en lire le résumé. Ce n’est pas désagréable de commencer une lecture sans trop savoir où l’on va et c’est toujours drôle de découvrir le résumé à la fin puis de confronter son ressenti au regard de l’éditeur (ou du stagiaire).

je viensPour Je Viens, la situation est un peu différente mais le résultat est le même. Premièrement, cet ouvrage a été offert à notre ami lapin, donc il n’a pas eu à le choisir. Deuxièmement, ce pauvre lagomorphe n’a résolument rien compris au résumé. Celui-ci semble cultiver l’art du mystère et accumule les concepts qui sonnent creux aux oreilles de Federico.

Par conséquent, il n’a pas eu d’autres choix de se laisser porter par ce roman étonnant.

Je viens a trois narratrices : Nelly, une vieille femme, Gladys, sa fille et Charonne, la fille adoptive de cette dernière. Il est donc organisé en trois parties dans lesquelles Charonne, Nelly et Gladys racontent successivement leur histoire et celle de leur famille de leur propre point de vue. Même si ces trois femmes habitent sous le même toit, leurs personnalités diamétralement opposées ont donné à Federico la sensation de lire une nouvelle histoire à chaque partie. Afin de mieux comprendre comment leur regard sur le monde change tout au récit, une mise au point est importante : il a dans cette famille un gros litige autour de l’amour. Nelly n’a pas assez aimé son premier mari et trop aimé le deuxième. Gladys considère que ses parents ne l’ont pas aimée et aime passionnément son demi-frère, Serge, qu’elle a épousé au grand dam de sa mère. Charonne a été abandonnée à sa naissance et adoptée vers 5 ans par Gladys et Serge. Au bout de quelques temps, constatant que leur fille devenait de plus en plus noire (si si) et persuadés qu’elle était un méchant petit être incapable d’affection, ils ont essayé de la rendre au foyer dont ils l’avaient sortie.

Ambiance.

C’est dans ce décor que nos héroïnes évoluent, commençant, continuant ou terminant leur vie. Même si le précédent paragraphe fleurait bon le drame familial, voire une ambiance à la Dickens, il n’en est rien. Point de mélo : c’est au contraire la révolte qui exsude de chaque page du livre. Je viens dégage d’un bout à l’autre cette même rage d’exister, cette même colère. Certes, elle est exprimée différemment en fonction des personnages. Le contraste est d’ailleurs saisissant entre Charonne et sa mère adoptive. La première, enfant abandonnée et mal aimée, qui fait preuve d’un optimisme à toute épreuve et laisse couler sur elle les multiples critiques qui sont faites à propos de son physique. La deuxième, gâtée matériellement mais frustrée affectivement, ne s’exprime qu’en une longue plainte. Persuadée d’avoir percée l’hypocrisie du monde à jour, elle voit le mal partout (surtout chez Charonne) et se persuade que son bonheur lui a été ravi par… à peu près tout le monde. Accrochée comme une tique à ses meubles chinés, elle se revendique pourtant d’une philosophie de vie crypto-bouddhiste et prône le dénuement. Elle se targue de ne pas accorder d’importance aux apparences mais le physique de sa fille (elle est noire ET obèse) la consterne. Toutes ces contradictions ont bien fait rire notre ami lapin, faisant de la partie consacrée à Gladys la plus amusante des trois (aux dépens d’un personnage qui se prend bien trop au sérieux).

Je viens est un roman à trois voix, celui de trois femmes qui ont des choses à dire et certainement pas l’intention de se taire ! Federico est curieux de découvrir les autres personnes à qui Emmanuelle Bayamack-Tam a donné la parole dans ses autres romans.

Emmanuelle Bayamack-Tam, Je viens, POL, décembre 2014, 461 p.

Ma belle-mère russe et autres catastrophes

Un roman de Alexandra Fröhlich, traduit de l’allemand par Lorraine Cocquelin.

3 carottes

La dernière fois que Federico a autant ri en lisant un livre, c’était probablement devant une bande dessinée ou un roman jeunesse. Mais certainement pas grâce à une comédie romantico-ethnologique.

belle mere russeDans Ma belle-mère russe… Alexandra Fröhlich nous gâte en matière de comique de situation et de personnages au potentiel humoristique pleinement exploité.

C’est l’histoire de Paula, une avocate allemande qui repart de zéro après son divorce. Elle ouvre un cabinet qui peine à trouver sa clientèle jusqu’au jour où un couple de russes débarque et tente de lui expliquer dans un allemand quasi inexistant le grave différent qui l’oppose à son ancien bailleur. Cette première entrevue totalement hallucinante est suivie d’une autre un peu plus compréhensible puisque cette fois, Artiom, le fils des deux énergumènes est là pour jouer les interprètes… et ravir de le cœur de Paula.

Comme vous vous en doutez, entre les deux univers (d’un côté des allemands psychorigides et de l’autre des russes extravagants et imprévisibles) le choc est brutal. Ne connaissant pas ces deux cultures, Federico ne saurait dire si ce roman est un ramassis de préjugés ou une brillante comédie sur le choc des cultures. Reste que tout cela est quand même très bien amené et fort bien écrit. Narrateur plongé jusqu’au cou dans cette danse, Paula raconte l’histoire du point de vue de celle qui est coincées entre deux univers d’apparence irréconciliables. S’ils ne sont pas au centre de l’histoire comme le sous entend le titre, les rapports entre la belle-mère et sa bru sont évidemment très présent et représentent les moments les plus épiques du livre. Mais le reste des personnages n’est pas en reste : l’auteur nous régale d’une belle galerie de caractères bien trempés qui, loin de faire de la figuration, donnent naissance à plusieurs intrigues secondaires assez drôles et traitées avec tout le soin qu’elles méritent.

En épousant Artiom, c’est donc un véritable raz-de-marée qui submerge la vie calme de Paula. Mais rassurez vous, même si ce n’est pas gagné au départ, tout ceci s’avère positif pour tout le monde, et le taux de tolérance augmente au fil du roman.
Federico a dévoré ce livre en deux jours car il est facile à lire et foisonne de bonnes idées et de bons mots. Le tout s’enchaîne sans temps morts et a entraîné notre ami lapin qui ne pouvait tout bonnement plus s’arrêter. Mention spéciale au premier chapitre, qui a le mérite de nous faire entrer dans l’histoire avec un enchaînement de gags absolument irrésistibles !

Alexandra Fröhlich, trad. Lorraine Cocquelin, Ma belle-mère russe et autres catastrophes, Piranha, juin 2015, 246 p.

Les messagers de la nuit

Un roman de Alicia Gimenez Bartlett, traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

3 carottes

©Rivages/PayotC’est sur le conseil d’une dévoreuse de polar que notre ami lapin s’est intéressé à ce livre pour le moins étonnant. En effet, après un passage à la télé espagnole pour vanter les mérites de la police, l’inspecteur Petra Delicado commence à recevoir des centaines de lettres de la part du public. Si cette femme assez discrète trouve la situation plutôt incongrue, sa nouvelle célébrité va bientôt virer au cauchemar lorsqu’un petit paquet arrive mêlé au courrier. En l’ouvrant, elle découvre avec effroi qu’il contient… un pénis ! Sectionné chirurgicalement et conservé dans le formol, ce membre mystérieux et ceux qui vont arriver ensuite vont plonger Petra et son équipe dans une enquête épuisante qui piétine et use les nerfs de tous. En effet, l’expéditeur de ce macabre colis semble chercher à orienter l’enquête grâce à ces indices phalliques mais il apporte plus de questions que de réponses.

Si l’intrigue a intéressé notre ami lapin (difficile de vous en dire plus sans dévoiler des aspects cruciaux de l’histoire) c’est surtout le traitement des personnages qui lui a plu. La narration est confiée à Petra Delicado une femme flic qui n’estime ne rien avoir à prouver. Elle ne se comporte pas comme un homme le ferait pour avoir le respect de ses pairs et quand elle veut se faire obéir de ses subalternes elle leur rappelle simplement que c’est elle qui commande.

Ouverture d’une parenthèse.

En se réjouissant devant le personnage de Petra, Federico ne peut pas s’empêcher de penser au décalage avec l’enquêtrice de Am Stram Gram qui suscite l’admiration de ses collègues du fait qu’elle est une dure à cuire qui fait de la moto vroum-vroum et sait se battre. Si vous ne voyez pas où notre ami lapin veut en venir, précipitez-vous sur le blog de Mirion Malle qui (entre autres) fustige le sexisme dans les séries et les films. Alors que Federico était en train de galérer sur cet article, l’auteure a eu le bon goût de publier une note sur les personnages féminins et la virilité qui colle assez avec ce que notre ami lapin n’arrive pas à écrire. Par conséquent, plutôt que de s’embourber dans les mots, Federico laisse parler les images.

Fermeture de la parenthèse.

Il est très amusant d’observer sa relation avec son adjoint, Fermín Garzón. Ce dernier est assez protecteur à son égard et on rigole de leur joutes verbales où s’affrontent le côté paternaliste de Fermín et l’indépendance de Petra. Malgré cela, leur équipe fonctionne à merveille car au final ils se complètent assez et chacun est assez grand pour défendre sa position. Federico a beaucoup apprécié la façon dont Petra – certes choquée de recevoir des pénis en boîtes – décrit la réaction de Fermín Garzón. Pour lui, priver un homme de son membre viril est le plus vil des crimes et il va mettre du temps à se remettre de cette atrocité. Elle se moque gentiment de son collègue, mais pas trop. Il y a quand même plusieurs mecs qui se baladent avec un truc en moins dans le slip et ils sont peut-être même très morts ! L’enquête emmène ces deux personnages assez loin dans la bizarrerie humaine et Federico a été un peu décontenancé par le dénouement, mais cette lecture lui a plutôt bien plu !

Alicia Gimenez Bartlett, Les messagers de la nuit, Payot Rivages, février 2003, 384 p.

Le grand méchant renard

Une bande dessinée de Benjamin Renner.

3 carottes

Dans l’imagerie populaire le renard est un animal roublard, élégant et gourmand qui trompe habilement son monde et parvient toujours à ses fins aux dépends de celui qui l’écoute.

Cette bande dessinée vient contredire la légende et nous présente un spécimen de vulpes vulpes qui cultive l’art de la loose avec soin. Le renard de cette histoire (il n’a pas de nom, pas plus que les autres personnages) est tellement naze que ce sont les poules qui l’agressent quand il tente une incursion dans un poulailler très mal gardé, sous le regard compatissant du lapin et du cochon. Ce dernier, bonne âme, ne manque jamais d’offrir un panier de navet à notre malheureux renard.

©ShampooingAlors qu’il dresse le bilan de sa mauvaise journée avec le loup, vraie terreur des environs, celui-ci met au point un plan diabolique : puisque personne à la ferme ne craint le renard, il n’aura aucun mal à subtiliser quelques œufs. Ces œufs deviendront des poussins puis des poulets bien gras que nos deux compères se feront une joie de dévorer.

Comme vous l’imaginez, le plan ne va pas se dérouler exactement comme prévu et c’est tant mieux parce que cela offre une bonne grosse crise de rires au lecteur ! Ce qui est génial dans ce livre c’est que, même si l’idée de départ est excellente, l’auteur ne se repose pas sur ses lauriers et nous régale de bonnes surprises jusqu’à la fin. C’est un peu creux dit comme ça, sans exemples, mais Federico préfère que vous en fassiez le constat vous même.

L’histoire tient la route, donc, et le casting est franchement bon. On adore se moquer du renard mais on a un peu de peine pour lui et Federico (c’est un comble pour un lapin !) s’est surpris à espérer le voir mettre le grappin sur une poule… Les personnages secondaires sont tout aussi excellent : le loup, vilain ténébreux et cynique ; le chien de garde, génial glandeur ; les poules vindicatives qui montent un boot camp anti-prédateurs et enfin l’improbable duo cochon/lapin, deux bons gros boulets avec un cœur en or. Benjamin Renner leur a dessiné des têtes impayables à chacun et donne vie à ce petit monde grâce à un dessin plein d’énergie, de tendresse et d’humour. Ajoutez à cela des répliques qui fusent et frappent où ça fait mal, et ce sont vos zygomatiques qui vont souffrir !

Federico oublie presque le plus important dans ce livre : les poussins.

Les POUSSINS !

Imaginez des poussins élevés par un renard en quête de reconnaissance… Imbroglio parental et identitaire en vue. D’autant plus que les poussins en question sont aussi dingues que les autres personnages. Pour qualifier ces trois infernales boules de plume, Federico a choisi le néologisme suivants : ils sont attachiants !

Si vous êtes un peu ric-rac au niveau budget ce mois-ci parce que vous avez acheté une maison ou une voiture ou un râtelier, Federico accepte de vous donner le lien du blog de l’auteur (cliquez sur le renard). Benjamin Renner a en effet eu la bonne idée de publier les premières planches de son livre, précédées de la genèse de l’histoire, pour vous donner envie de le lire vite vite. Mais après, vous irez l’acheter, hein ?

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Maintenant, si vous n’avez plus de questions, Federico va aller lire tout le blog de Benjamin Renner où l’attend l’histoire d’un canard, d’un cochon, d’un lapin et du Père Noël

Benjamin Renner, Le grand méchant renard, Delcourt, janvier 2015, 192 pages. (Collection « Shampooing »)

L’embellie

Un roman de Audur Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

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Enfin Federico a trouvé un chouette livre à bouquiner lors d’un voyage en Islande ! Mais vous pouvez le lire n’importe où, hein, c’est juste que ça se passe en Islande.

Tout simplement, c’est l’histoire d’une fille qui part en road trip sur la route circulaire de l’île, de Reykjavík (à l’ouest) aux fjords de l’est. C’est à cause de son divorce avec son mari, un pauvre gars qui lui préfère une pépette plus blonde qu’il a mise enceinte. Faut dire que la narratrice n’est pas « facile » à vivre pour ce bougre : trop bohème, trop négligée, trop imprévisible… et puis elle ne veut pas d’enfant.

9782757833155Notre ami lapin, contrairement à ce rabat-joie de première, a adoré la personnalité de l’héroïne, une jeune femme qui vit la vie sans se poser trop de question, qui a l’air extrêmement détachée et profite de l’instant présent comme jamais. Bon, elle cogite quand même un peu, mais se laisse très facilement emporter par le vent sans tergiverser trois plombes !

Dans son aventure, elle embarque Tumi, le fils de quatre ans de sa meilleure amie, une femme aussi allumée qu’elle et enceinte jusqu’aux yeux. Dans sa bulle, ce petit gars presque sourd qui porte d’énormes binocles est fort attachant, somme toute un bon compagnon de route pour la narratrice.

Des personnages bien altiers dans L’Embellie, c’est ce qui fait le charme de ce bouquin qui fleure bon l’Islande : l’air frais, les plaines volcaniques désertes, les stations services le long de la route 1 qui servent à toute heure des hot-dogs, du fish’n chips, de la pizza et du chocolat…

Par contre, un regret pour notre ami lapin : aucun indice n’est donné pour savoir si l’héroïne effectue son trajet ouest-est par le nord ou par le sud… un petit plus qui aurait ravi la lecture de Federico, lui permettant alors de s’imaginer les paysages pour de vrai et en détail, un luxe !

Audur Ava Ólafsdóttir, trad. Catherine Eyjólfsson, L’Embellie, éditions Zulma, 2012, en poche chez Points, 400 pages

L’amant

Un roman de Marguerite Duras.

3 carottes

Federico ne sait pas comment parler de sa lecture de L’Amant de Marguerite Duras.

amantdurasCe sont des images et des sensations qui lui reviennent : les paysages humides de l’Indochine ; un bac sur un fleuve, le Mékong ; l’air moite dans une pièce étroite, la garçonnière ; les bruits et les cris de la rue, Saïgon… Et puis cette jeune fille, petite blanche qui se prend des airs de dame avec son chapeau d’homme, sa robe claire et ses souliers dorés. Federico se l’imagine avec un air espiègle, avide, les paupières lourdes et ennuyées, et le regard ailleurs… d’après les portraits de l’auteure à cet âge. (À l’occasion de cette recherche photographique, notre ami lapin s’est perdu dans les archives de l’INA…)

Le récit de Duras est extrêmement sensuel, rempli de sentiments durs, peuplé de personnages à fleur de peau. Elle tire de sa mère un portrait poignant et dérangeant, à la fois plein d’amour pour cette femme veuve et ruinée, et dépité par sa dépression et sa folie latente. Et la présence du grand frère violent et mauvais n’arrange pas l’équilibre instable du foyer. Une ambiance familiale malsaine qui fait trembler les pages du roman, autant que l’amour fou du riche chinois envers la petite blanche les fait vibrer de désir…

Une lecture suave pour notre ami lapin, qui sait enfin ce qui se trouve entre les pages de L’Amant et dans la prose de Duras. Une expérience à renouveler.

Marguerite Duras, L’Amant, Les éditions de Minuit, 1986, 148 pages