Am stram gram

Un roman de M. J. Arlidge, traduit de l’anglais par Elodie Leplat.

2 carottes

Dans ce roman, une personne tordue s’amuse à kidnapper des gens par deux, les enferme à double tour avec une arme à feu et un téléphone. Quand le téléphone sonne, une voix annonce aux deux victimes que la première qui tue l’autre a gagné. Voilà qui pourrait faire un bon pitch pour une émission de téléréalité, mais en attendant c’est le point de départ de ce thriller anglais.

©Les EscalesLe commandant Helen Grace est chargée de l’enquête ; elle et son équipe vont être entraînés dans une course contre la montre pour empêcher ces meurtres par procuration d’arriver. Pour Federico, le thème central du livre semble être le traumatisme : celui que vivent les survivants meurtriers malgré eux et celui que porte l’enquêtrice comme un lourd fardeau. L’histoire a plutôt tenu notre ami lapin en haleine. Les scènes d’enquêtes et de séquestrations sont méchamment bien fichues. Il y a plusieurs moments de grande tension et même si les meurtres se répètent suivant le même schéma, cela ne crée pas de redondance.

Am stram gram a tout du bon thriller et devrait plaire aux aficionados du genre. Alors pourquoi seulement deux carottes ?

Parce que ce roman est absolument déprimant ! Qui a envie de lire ça franchement ? On a envie de donner une corde et un tabouret à l’intégralité des personnages et les agissements du psychopathe-qui-a-eu-une-enfance-difficile mettent très mal à l’aise car le lecteur se retrouve dans la posture d’un spectateur voyeur.

Helen Grace, qui est bien malgré elle au centre de l’histoire est un personnage intéressant mais, comme le reste du livre, elle a mis notre ami lapin mal à l’aise. Elle a une façon de gérer ses traumatismes d’enfance et sa culpabilité plutôt expéditive. Le divan du psy, très peu pour elle. Ce qui est intéressant en revanche, c’est que l’auteur lui a appliqué des codes qui sont le plus souvent réservés aux personnages masculins badass : oubliez la mère nourricière et symbole de douceur. Helen Grace s’habille comme un homme, fait de la moto et a des liaisons sans lendemain. Vous pourrez dire que Federico sombre dans la parano et qu’il va chercher la petite bête, mais une question a hanté sa lecture : cette héroïne reçoit-elle le respect de ses homologues masculins parce qu’elle se comporte comme l’un d’entre eux ? Cet aspect du livre a soulevé beaucoup de questions chez notre ami lapin. Trop peut-être. Au bout du compte, Federico en est venu à se demander si ce n’était pas un peu sexiste de trouver ça sexiste ? Vous suivez ? Non ? Dommage…

Votre chroniqueur s’est donc dédoublé pour écrire cette critique : il y a le lecteur objectif qui reconnait les grandes qualités du roman et le lecteur subjectif qui n’a pas vraiment aimé l’humeur dans laquelle il l’a plongé.

M. J. Arlidge, Am stram gram, Les Escales, mars 2015, 364 p.

Pêcheur d’Islande

Un roman de Pierre Loti.

2 carottes

Federico a toujours connu ce roman dans la bibliothèque de ses parents. Lorsqu’il est parti en voyage en Islande, il s’est dit : « ben tiens, c’est l’occaz ! » Sauf que ce n’était pas tellement adapté en fait.

pecheurislandeLa raison première, c’est que Pêcheurs d’Islande ne se déroule pas en Islande, mais en Bretagne, à Paimpol très exactement. Notre ami lapin dut alors oublier les glaciers, les fjords et les volcans qui l’entouraient, et essayer d’imaginer la côté bretonne sous la pluie ; il dut remplacer les Kirkjubæjarklaustur et les Morsarjökull par les Ploubazlanec et autres Plouherzel…

La raison seconde de l’inadéquation de ce roman dans le voyage de Federico, était le côté fleur bleue et vieillot de l’histoire et du ton. Alors qu’il voulait de la nature et de l’aventure, il a eu de la romance et des bretonnes qui se languissent sur les falaises…

Imaginez donc Gaud, une jeune et jolie bretonne aux longues nattes blondes coiffées sous son bonnet de tissu blanc ; c’est la plus jolie du village, elle est timide, c’est la fille d’un ancien pêcheur devenu commerçant aisé. Mais la pauvre, son père vient de mourir en laissant quelques dettes… 🙁 Elle rencontre alors au cours d’une noce le grand, beau et costaud Yann Gao, qui part tous les ans pour de longues et dangereuses campagnes de pêche dans les mers islandaises. Les tourtereaux s’entre-tapent dans l’œil, tout le monde leur dit de se marier, mais il est trop fier ; Gaud, elle, attend sagement en regardant la mer… Au bout de trois ans, il se décide ! C’est la teuf, sauf qu’il repart en mer un mois après, et c’est pas la Croisière s’amuse…

Plutôt déprimant, parfois agaçant, très vieille école… même si l’histoire demeure touchante, Federico n’a pas été séduit par les embruns tels que les décrit Loti. De plus, le roman étant annoté et notre ami lapin étant curieux, il est insupportable d’aller chercher les notes en fin d’ouvrage, surtout lorsqu’elles sont inintéressantes !

Pêcheur d’Islande, Pierre Loti, Folio, 1973 (1886 pour la première édition), 224 pages

Aucun homme ni dieu

Un roman de William Giraldi, traduit de l’anglais par Mathilde Bach.

2 carottes

©AutrementEn plein milieu de l’Alaska, à Keelut, les loups ont dernièrement tendance à confondre les petits n’enfants avec leur goûter. La mère de l’un d’entre eux appelle Russel Core, un écrivain, à la rescousse. Pourquoi lui ? Parce que cet homme connaît bien les loups et saura traquer la meute infanticide. Arrivé sur place, cet homme au bout du rouleau va découvrir une communauté qui vit selon ses propres lois dans un milieu des plus hostiles.

Voici un roman qui mérite bien le qualificatif de « crépusculaire ». Le paysage de l’Alaska a beau être blanc comme neige (blague facile), on ne peut pas en dire autant de la conscience et de l’humeur des personnages.

L’histoire est assez riche en rebondissement et se lit finalement comme un roman policier à la sauce nature writing. Difficile de vous en dire plus sans vous dévoiler les ficelles de ce roman même si Federico a dénoué l’une d’entre elles dès la moitié du livre.

À ce propos, notre ami lapin se permet un aparté sur ce brûlant sujet. Vous êtes-vous déjà trouvé face à une révélation (dans un livre, un film, etc.) qui avait l’air de vouloir vous surprendre alors que l’aviez vu venir depuis longtemps ? Avez-vous aussi hésité entre plusieurs options :
a) vous êtes un dieu de la déduction, vos amis vous appellent Sherlock Poirot ;
b) l’auteur a fait exprès de faire en sorte que vous sachiez tout en faisant semblant de ne rien vous dire. Tout ceci n’est qu’un vaste complot ;
c) l’auteur n’est pas doué pour cacher ses ficelles (d’intrigue, les ficelles) ;
d) la réponse d).
Dans tous les cas, on ne saura jamais ce qu’il en est à moins de demander à l’auteur (qui est possiblement un agent double au service des illuminati).

Oui, mais on s’égare un peu là.

Au final, Federico a un peu l’impression d’être passé à côté du livre. Celui-ci, malgré des personnages très tourmentés, un cadre apocalyptique et une course poursuite bien orchestrée, n’a pas fait naître beaucoup d’émotions chez notre ami lapin. Cette lecture n’était pas désagréable, pas dénuée d’intérêt non plus, mais rapidement oubliée.

William Giraldi, trad. Mathilde Bach, Aucun homme ni dieu, Autrement, janvier 2015, 308 p.

Dans les forêts de Sibérie

Un récit de voyage de Sylvain Tesson.

2 carottes

Maintenant qu’il a un peu le temps de souffler, Federico va vous parler de ses dernières lectures, notamment celles faites au cours de ses derniers voyages (attention, ça date, mais Federico a une mémoire d’éléphant).

danslesforetsdesiberieCet été, pendant qu’il vadrouillait, campait et mangeait de la semoule, notre ami lapin avait envie de lire l’histoire de quelqu’un ayant à peu près les mêmes occupations. Il s’est donc penché sur l’un des plus récents récits de l’écrivain voyageur Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie. C’est la première fois que Federico lisait du Sylvain Tesson, des livres connus pour affiner l’âme des voyageurs et penseurs en tout genre, mais il ne sait pas encore s’il retentera l’expérience…

Dans les forêts de Sibérie raconte les six mois que l’écrivain a passé (presque) tout seul au bord du lac Baïkal, au fin fond de la Sibérie donc. Federico précise « presque tout seul » car si la majorité du temps Tesson était bien seul face à ses bouquins, sa vodka, sa cabane et son lac, il avait quand même souvent de la visite, ou bien rendait lui-même visite à ses copains, pêcheurs ou gardes forestiers russes disposant d’un bon stock de vodka eux aussi.

Bien écrit et bien pensé, le récit de Tesson embarque le lecteur dans de nobles considérations sur la nature belle et sauvage, la folie des hommes qui s’entassent et s’urbanisent irraisonnablement, le charme de la solitude et du confort rustique, etc. C’est très bien. Mais vous sentez un peu le manque de dithyrambisme de Federico ? En fait, si c’est très bien, l’auteur l’a quand même un peu saoulé, avec sa vodka et ses grands airs, il l’a trouvé parfois égocentrique et pédant… on attendrait un peu plus d’accessibilité et de philanthropie de la part de quelqu’un aimant autant la nature. Or, c’est davantage de l’élitisme que Federico a trouvé dans ces pages, un comble selon lui pour un récit de baroudeur !

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson, Gallimard, « Folio », 2011, 272 pages

Le Clan suspendu

Un premier roman d’Étienne Guéreau.

2 carottes

Après avoir dévoré Les enfants sauvages, le premier ouvrage de la nouvelle collection « Y » de Denoël, Federico s’est laissé tenté par Le Clan suspendu, et ce malgré les bandeaux rouges qui ont davantage tendance à repousser plutôt qu’à attiser le désir d’achat/de lecture de notre ami lapin. Ces bandeaux proclament « Addictif » ainsi que l’argument tapageur « Quand Antigone rencontre Hunger Games » (encore une fois, Federico s’est senti rabaissé au rang d’huître consumériste).

Pour commencer, sachez que Federico n’a pas trouvé ce roman addictif (il a failli laisser tomber plusieurs fois), et que le parallèle avec Hunger Games est tout simplement mensonger. Quant à Antigone, la pauvre n’avait rien demandé…

Mais bon, 2 carottes tout de même, alors pourquoi ? Parce qu’on oublie pas si facilement cette histoire étonnante, enfin, surtout son dénouement… C’est ballot, parce que Federico ne va pas vous dévoiler la fin, donc il va broder autour pour vous donner une idée.

Alors c’est l’histoire d’Ismène, 13 ans, qui habite avec quelques adultes et d’autres enfants dans des cabanes dans les arbres (appelé le Suspend). Ils sont contraints de vivre ainsi perché à cause d’un monstre, une ogresse, qui menace de les dévorer s’ils s’aventurent en bas. Leur vie est régie par des rituels, notamment celui de réciter la pièce de Sophocle, Antigone. L’équilibre de cette vie va être bouleversé par de nouvelles tensions au sein du Suspend : disparitions, luttes de pouvoir… Ismène quant à elle se pose beaucoup de questions, notamment liées à la puberté, et s’entiche d’un garçon, tout en attisant le désir d’un autre, cruel et dangereux.

©DenoëlFederico s’est ennuyé sévère tout au long des deux premiers tiers du bouquin (c’est beaucoup, deux tiers de 480 pages…). D’une part, l’ambiance et le contexte lui faisaient une très forte impression de déjà-vu : une communauté qui vit en vase clos, ne connaissant pas son passé et suivant des rites, des tensions qui excluent certains membres, des effets de foule panurgique… notre ami lapin a déjà lu ça dans un autre roman français pour ado, Lunerr, donc ça l’a un peu gavé. D’autre part, on s’embrouille dans les personnages au début, puis on ne s’attache pas à eux : ils sont trop naïfs, bêbêtes et sans volonté, se laissent mener par le bout du nez par un seul ado qui roule des mécaniques. L’héroïne semble plus maligne, mais elle fait preuve de très peu d’initiative, voire de jugeote, et tarde à prendre des décisions de survie. Et il ne se passe pas grand chose finalement, Federico n’avait qu’une hâte : qu’Ismène quitte le Suspend, on sait que c’est inévitable alors pourquoi tarder ?

Mais pour quelles raisons Federico a-t-il continué alors ? Parce qu’il est curieux tout de même, et qu’il voulait savoir d’où viennent ces gens, pourquoi ils sont là. Si notre ami lapin se doutait de la réponse, les derniers éléments révélés sont tout de même perturbant : on découvre un univers lubrique, fait de viol, d’inceste et de mort. Miam. Euuuh… il y a quand même un décalage entre le ton léger type roman ado et les actes des personnages, cruels, malsains… Ce que l’auteur nous décrit en fin d’ouvrage est tout de même terrifiant !

Voilà autre chose qui a gêné Federico : il y a une vision malsaine de la sexualité qui se développe dans ce livre, et si elle s’explique par leur vie reculée et étrangement primitive socialement (dans le Suspend, on ne sait pas trop ce qu’est le sexe et l’amour), cela a malgré tout horripilé notre ami lapin : les liens entre parents et enfants sont flous et arbitraires, donc peu crédibles, les personnages féminins, même non pubères, sont tous rapportés à un moment ou à un autre à leur fonction reproductive, les hommes sont des chasseurs-violeurs, etc., sans oublier la scène horripilante et inévitable des premières règles qui confèrent comme par magie du jour au lendemain le statut de femme…

Federico hésite à laisser les 2 carottes au Clan suspendu… Allez, bon prince, gardez-les ! Même s’il trouve beaucoup à redire, c’était quand même une histoire pas banale ! (Cette critique est pleine de contradictions, là on peut dire que l’avis de notre ami lapin est partagé…)

(Vous l’aurez remarqué, Antigone est complètement passée à l’as dans la critique de Federico, mais c’est aussi le cas dans le bouquin.)

Étienne Guéreau, Le Clan suspendu, Denoël, « Y », 2014, 480 pages

Les adieux à la reine

Un roman de Chantal Thomas.

2 carottes

C’est rare chez Federico de chroniquer un livre moins de dix minutes après l’avoir fini. Comme ça, c’est fait !

Vous souvenez-vous de L’échange des princesses de Chantal Thomas et de Marie-Antoinette de Stefan Zweig ? Eh bien Federico a choisit de jumeler les deux et de lire un roman de Chantal Thomas parlant de Marie-Antoinette. Bim ! notre ami lapin a nommé : Les adieux à la reine.

En gros, c’est l’histoire d’Agathe-Sidonie, une groupie de M-A, qui ne vit que pour la croiser dans les couloirs et lui faire la lecture (quand il prend l’envie à Sa Majesté qu’on lui fasse la lecture, il y a les lectrices de la reine qui sont là pour ça, tout comme il y a la « porte-chaise d’affaires de la reine », pour quand elle a besoin de faire ses royaux besoins…) L’action se déroule du 14 au 16 juillet 1789, période un peu chahutée pour le royaume de France. Au terme de ces quelques jours d’incertitude, nombre de nobles prendront la fuite, et avec eux Agathe-Sidonie…

Alors que Federico avait kiffé L’échange des princesses, il a été un peu déçu par Les adieux à la reine. C’est peut-être une overdose marie-trotinettale ? Il n’en est pas si sûr, car les passages où apparait la reine sont ceux qu’il a préférés. En fait, c’est l’errance d’Agathe-Sidonie dans le château de Versailles, parmi la Cour en déroute, qui a ennuyé notre ami lapin. La narration lente et le caractère très effacé de l’héroïne l’ont empêché de véritablement trembler dans cette atmosphère pourtant pleine de doute et de panique ! Il faut dire que Federico ne craint pas pour sa tête, et Agathe-Sidonie non plus finalement, mais il n’est pas très fun d’y entrer dans la sienne, de tête, tant elle ne vit que pour M-A et Versailles. Attention, ne faites pas dire à notre ami lapin ce qu’il n’a pas dit ! L’héroïne est tout à fait crédible, tout comme la relation des prémices de la chute de la monarchie, mais Federico n’était pas super emballé et un peu endormi, voilà tout…

Chantal Thomas, Les adieux à la reine, 2002, Seuil (collection Points), 244 pages

(Ndl : Federico n’a pas vu le film de Benoît Jacquot adapté du roman, peut-être bientôt.)

(MàJ : Federico a vu le film. Et bien l’adaptation est plutôt réussie car il s’est autant ennuyé que dans le livre !)

Le secret

Un roman de Wilkie Collins, traduit par Émile Daurant-Forgue.

noté 2 sur 4

©ArchipocheUn soir de 1829, la maîtresse du manoir de Porthgenna se meurt. (Pause dramatique) Avant de passer de vie à trépas, elle fait jurer à sa femme de chambre de révéler un terrible secret à son mari. Malgré le serment prêté, la femme de chambre fuit le domaine la nuit même, emportant avec elle l’inavouable vérité qui pourrait détruire bien des vies.

Mais pourquoi ?

C’est un Federico assez déçu qui vous parle. En faisant l’acquisition de ce roman d’un des précurseurs du roman policier, notre ami lapin s’attendait à un livre formidable, qu’il pourrait ranger avec ses classiques anglais adorés.

Le début était pourtant très prometteur : humour à la Jane Austen, œil vif à la Elizabeth Gaskell (on fait avec les références qu’on a sous la main…) et une ambiance gothique gentiment moquée mais prenante. Mais bien vite, l’intrigue s’est dégonflée. Ayant deviné quel pouvait être le fameux secret, Federico a réalisé que sans cela l’histoire se résumait à pas grand chose, et ce étiré sur une trop longue distance, ce qui a émoussé son intérêt. Et puis au bout d’un moment, les femmes qui passent leur temps à s’évanouir et se mettre dans tous leurs états au moindre choc, c’est un peu agaçant. Federico a trouvé que l’histoire ne traversait pas aussi bien les siècles que d’autres écrites à la même époque. Il est difficile d’expliquer cette impression sans ruiner votre future lecture, mais disons que notre ami lapin ne s’est pas senti projeté dans le XIXe siècle et n’a pas pu s’empêcher de juger les évènements avec son regard de lapin du XXIe siècle.

En définitive, ce roman n’a pas emporté Federico aussi loin qu’il aurait aimé. Cela est bien dommage car l’auteur ne démérite pas dans sa manière de croquer les personnages avec mordant.

William Wilkie Collins, Le Secret, Archipoche, juillet 2012, 542 p.

L’emprise

Un roman de Marc Dugain.

noté 2 sur 4

©GallimardC’est toujours étrange de lire un livre plébiscité par la critique et les lecteurs, écrit par un auteur reconnu… et trouver que c’est totalement insipide. Ce genre de situation donne toujours l’impression à Federico d’avoir raté un truc dans l’histoire.

L’emprise est un chassé croisé d’influences en politiciens, géants de l’industrie, agents du renseignements et simples maillons de la chaine industrielle. On y trouve pêle mêle un candidat à l’Élysée coincé entre sa femme dépressive et son concurrent un tantinet psychopathe ; une agent du renseignement qui couche avec les gens qu’elle doit surveiller et regarde des films en noir et blanc avec son fils autiste ; un syndicaliste qui s’ennuie tellement que l’idée de tuer sa famille le distrait étonnamment ; un chef de la DCRI ou de la DGSE (Federico n’a pas suivi) qui mange riche et fait de la moto dans sa Corse natale et enfin un vigile qui fait peur.

Voilà voilà, et tout ce petit monde se retrouve impliqué dans une affaire de soutiens politiques monnayables, financements occultes, de meurtres mystérieux et… et… Et en fait, une semaine après avoir fini sa lecture, force est de constater que Federico a déjà oublié de quoi ça parlait. Le roman a plein de choses à dire sur le pouvoir toussa toussa mais notre ami lapin n’a pas vraiment reçu le message. Il l’a lu sans déplaisir parce que c’est quand même bien écrit, mais à part son envie de baffer la moitié des protagonistes il ne lui reste pas grand chose de sa lecture.

Notre ami lapin se désintéresserait-il inconsciemment de la politique ? Ou plus largement des humains du XXIe siècle ? Ou juste des hommes et femmes de pouvoir qui pensent tenir les ficelles des autres et font des gros nœuds avec ? Une équipe de BFM tv prépare déjà une émission spéciale à ce sujet. Préparez le magnétoscope.

Marc Dugain, L’emprise, Gallimard, avril 2014, 312 p.

Le viking qui voulait épouser la fille de soie

Un roman de Katarina Mazetti, traduit par Lena Grumbach.

noté 2 sur 4

Katarina Mazetti est une suédoise avec un nom d’italienne qui s’est fait connaître en France avec sa romance douce-amère Le mec de la tombe d’à côté. Malgré pas mal d’encouragements de la part de son entourage, Federico n’a jamais été tenté par la lecture de ce roman. Il a néanmoins décidé de se lancer dans l’aventure du froid avec Le Viking qui voulait épouser la fille de soie parce qu’il trouvait que ça fleurait bon l’aventure, l’amour et la baston.

©GaïaL’histoire est celle d’une famille de Normands (les fameux Vikings du titre) au Xe siècle, installée dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Suède. Le patriarche est un flamboyant constructeur de bateau, laissé inconsolable par la disparition mystérieuse de son épouse, Alfidis. Svarte et Käre, ses fils, s’entre-déchirent depuis leur plus tendre enfance. Arnlög, la soeur d’Alfidis, vit avec eux dans leur ferme et propose ses dons de devineresse à qui veut parler avec les dieux et connaître son avenir. Par le hasard des guerres et du commerce, cette famille va voir son destin mêlé de très près à celui de Milka (Oui, Federico a vu une vache violette à chaque apparition de ce nom, maudit marketing !) et Radoslav, orphelins d’un père marchande de soieries, nés à Kiev.

Si ce résumé manque un peu de conviction, c’est que Federico n’a pas été vraiment emballé par le récit de ce choc des civilisations. Pourtant, l’histoire a un très bon potentiel et beaucoup de qualités (c’est Didier Deschamps qui l’a dit, c’est pas nous !). On sent que Katarina Mazetti s’est bien amusée à l’écrire et sa plume est bien fluide. Mais il manque un je ne sais quoi d’implication dans le texte qui fait que Federico s’est toujours senti à l’écart de la vie des personnages et n’a jamais réussi à partager leurs émotions. Cette distance n’est pas compensée par l’écriture qui, même si elle est de qualité, reste ordinaire et n’apporte pas le petit truc épique qui aurait fait du bien au récit.

Notre ami lapin a été au bout de sa lecture parce que ça ne lui demandait pas un grand effort, mais il est resté de marbre face aux tribulation de ces Vikings là.

Katarina Mazetti, Le Viking qui voulait épouser la fille de soie, Gaïa, mars 2014, 256 pages.

Femen

Quand Federico a écrit cet article en avril 2013, juste après sa lecture, il a choisi de ne pas le publier car il ne souhaitait pas se mêler aux polémiques faisant rage autour du mouvement Femen. Aujourd’hui, réalisant que la grande majorité de ceux qui vouent Femen aux gémonies ne connaissent rien à leur parcours, notre ami lapin décide de se mouiller un peu et de défendre ces jeunes femmes, pas assez discrète aux yeux des bien-pensants.

noté 2 sur 4

Avant d’avoir ce livre entre les pattes, Federico avait très rapidement entendu parlé de ces féministes aux seins nus lors d’une de leur intervention en Italie, à l’occasion des dernières élections. C’est donc sans en savoir bien long sur ce mouvement que notre chroniqueur a entamé sa lecture.

La couverture a évidemment interpellé Federico : une jeune femme seins nus, coiffée d’une couronne de fleurs virginale et brandissant un poing déterminé, ça sort de l’ordinaire. Cette jeune fille est Inna Shevchenko, elle est Ukrainienne et ne s’est pas dit un matin, « tiens, et si je faisais sauter le haut pour défendre le féminisme ? ». Non, Femen, comme Rome, ne s’est pas faite en un jour.

femenEt c’est l’atout majeur de ce livre-manifeste (il est écrit par les membres du groupe et une journaliste) : nous raconter l’aventure de ce mouvement radical et très controversé depuis sa genèse et ce, dans l’ordre chronologique. L’ensemble est donc très didactique, manque un peu de relief, mais est très intéressant. Tout commence en Ukraine quand des jeunes femmes, désabusées par la politique menée dans leur pays, se rapprochent autour d’un sujet qui leur est cher : le féminisme. Pour situer le contexte en vitesse, disons que l’Ukraine est pas mal bloquée par la corruption et que la prostitution y fait l’objet d’un marché prospère, peu gêné par les autorités. Les premières actions médiatiques des Femen ont d’ailleurs été menées pour dénoncer le tourisme sexuel en Ukraine à la veille de la dernière coupe d’Europe de football.

Depuis, il semble que rien ne peut arrêter ces amazones. Leurs combats sont multiples et ont évolué en même temps que leur mouvement s’est internationalisé. Au départ c’était surtout le tourisme sexuel en Ukraine qui était dénoncé, puis elles ont dépassé les frontières pour lutter contre le patriarcat en Europe (attaque des institutions religieuses, protestation contre les malversations politiques, défense de femmes victimes de violences, etc). Aujourd’hui des antennes de Femen existent à Paris et au Brésil.

Quant aux moyens d’action, l’observation de leur évolution a passionné notre ami lapin. Les Femen ont commencé par des manifestations qu’elles voulaient originales, pacifistes et artistiques. Rapidement, elles ont compris que leur mouvement ne serait entendu qu’en utilisant des codes forts, tels que leur nudité. À mesure que les actions se sont radicalisées, les risques pris ont augmenté. On ne va pas manifester dans une bonne vieille dictature comme la Biélorussie sans s’attirer quelques problèmes avec les autorités locales. À force de coups, de séjours en prison et d’intimidations, les Femen ont appris à se défendre et forment à présent une véritable armée de révolutionnaires jusqu’auboutistes et très entraînées.

Aujourd’hui, les Femen gênent un peu tout le monde. Ceux contre qui elles luttent mais aussi ceux qu’elles défendent. Ainsi, de plus en plus de mouvements féministes leur reprochent de représenter un féminisme trop fermé sur les autres cultures, de partir en croisade contre des traditions qu’elles ne connaissent pas. C’est, selon notre ami lapin, leur principale limite et le point faible sur lequel se basent leurs détracteurs pour les descendre en flèche, sans se soucier de mieux connaître les origines de ce mouvement.

Ce que Federico retient de cet ouvrage totalement subjectif, c’est l’impressionnante détermination de ces jeunes femmes qui s’engagent corps et âme dans ce à quoi elles croient. Malgré certains discours loin de sa philosophie, notre ami lapin admire beaucoup le culot et l’énergie créatrice qui animent les Femen.

Galia Ackerman, Anna Houtsol, Inna Chevtchenko, Oksana Chatchko, Sacha Chevtchenko, Femen, Calmann-Levy, mars 2013, 260 p.

L’incroyable histoire de Wheeler Burden

Un roman de Selden Edwards, traduit par Hubert Tézenas.

noté 2 sur 4

En lisant les premiers chapitres de ce roman, Federico s’est dit que ça sentait la critique à trois carottes. Mais en achevant sa lecture, notre ami lapin a du se rendre à l’évidence : L’incroyable histoire de Wheeler Burden a perdu une carotte en cours de route. Voici le récit de cette étonnante disparition.

En 1988, Wheeler Burden est une star internationale : ancien prodige du base-ball à l’université, idole d’une génération au sein de son groupe de rock et auteur reconnu de tous depuis la publication de son livre sur les pensées de son professeur d’histoire, Arnauld Esterhazy. Pourtant, dès le premier chapitre, Wheeler se réveille à Vienne… en 1897. Il n’a évidemment rien à faire là et pas la moindre idée de comment il y est arrivé. Pourtant, au lieu de paniquer et de se mettre à courir comme un poulet sans tête, notre héros prend les choses avec philosophie et profite de ce voyage dans le temps pour visiter cette ville qu’il connait bien sans jamais y avoir mis les pieds. Comment se fait-ce ? C’est grâce à son mentor, Arnauld Esterhazy, viennois d’origine, qui ne tarissait pas d’anecdotes sur cette ville témoin de grands événements en cette fin de XIXe siècle et au début du XXe. Résolument maître de lui-même, Wheeler dévalise un citoyen américain en voyage à Vienne et décide d’aller chercher de l’aide et une explication à sa présence ici chez… Sigmund Freud. Trop fastoche !

©Cherche MidiUn peu freiné au départ par l’écriture assez dense de l’auteur, Federico n’a mis que quelques chapitres à rentrer dans cette histoire déconcertante. La première partie du livre se consacre finalement assez peu au voyage de Wheeler, laissant la part belle au récit de son enfance, donnant ainsi lieu aux épisodes les plus intéressants du livre. Le jeune Wheeler a en effet eu un parcours haut en couleurs, grâce à son caractère et à son intelligence, mais également aux personnes formidables qui l’ont entourées. Notre ami lapin a tellement apprécié cet aspect biographique qu’il a commencé à décrocher quand le livre s’est recentré sur le voyage dans le temps. La narration y est toujours aussi agréable mais c’est plutôt l’histoire en elle-même qui a déçu Federico.

Déjà, soulignons que les révélations (genre, un parfait inconnu rencontré au hasard se révèle être un ancêtre de Wheeler) ne sont pas spécifiquement surprenantes, on les flaire à 15 pages de là. Mais cela est tellement récurrent dans le livre que Federico soupçonne l’auteur de l’avoir fait exprès. En revanche, ce que notre ami lapin n’a pas pu dépasser, c’est l’aberrante insouciance du héros. Môssieur fait un voyage dans le temps et, plutôt que de chercher à savoir comment il est arrivé là, il se fait fabriquer un frisbee (!) et fricote dangereusement avec une donzelle, sans se soucier des conséquences catastrophiques que ses actes peuvent avoir sur l’avenir. Trop occupé à fustiger l’inconscient égoïsme de Wheeler Burden, Federico ne s’est même pas rendu compte que le livre venait de changer de genre (au moins, sur ce plan, l’effet de surprise fut total). De roman d’apprentissage aventuro-fantastico-historique enthousiasmant, L’incroyable histoire de Wheeler Burden se transforme, vers le troisième tiers en conte philosophique déprimant. L’auteur y présente le temps comme un cycle immuable, à la volonté duquel les hommes sont soumis, sans aucune marge de manœuvre. Federico ne comprend pas pourquoi l’auteur a mis temps de temps à nous présenter ses personnages comme des êtres indépendants, aventureux et épris de liberté, pour au final les condamner à une absence totale de libre arbitre, les enfermer dans la fatalité.

En écrivant ces lignes, notre ami lapin prend du recul sur sa lecture et commence à voir ce livre comme une mise en abîme du travail de romancier et de l’empire qu’il exerce sur ses personnages. Mais Federico ne peut pas prétendre savoir ce que Selden Edwards avait derrière la tête pendant les trente années passées sur ce livre, il se contentera donc de dire qu’il a été fort déçu par la tournure de cette histoire.

En revanche, la ville de Vienne y est présentée de telle façon, qu’une petite excursion sera à prévoir dans les années à venir.

Selden Edwards, L’incroyable histoire de Wheeler Burden, Le Cherche Midi, janvier 2014, 650 p.

Les Orphelines d’Abbey Road

Une série jeunesse d’Audren.

noté 2 sur 4

C’est parce qu’il est un amoureux fou de Jane Austen et des sœurs Brontë que Federico a été attiré par les couvertures de la série Les Orphelines d’Abbey Road. Les orphelinats, les robes grises, les cols en dentelle, toussa… Les Orphelines, c’est un peu ça, mais avec d’autres choses encore ! Notre ami lapin a donc été positivement surpris par ces romans qui prennent une tournure inattendue, mais il s’est un peu ennuyé ensuite…

Au final, quelle est l’histoire ?

© L'école des loisirs, 2012Pensionnaire de l’orphelinat d’Abbey Road, Joy conserve l’espoir de revoir un jour ses parents, disparus dans un naufrage. Cela fait pourtant des années qu’elle y réside, obéissant à l’éducation stricte des sœurs et se liant d’amitié avec Margarita, June, Prudence et les autres (jeune orpheline triste, éducation sévère et amitiés de dortoirs, check ! Pour le moment, on n’est pas loin de Jane Eyre). Lorsqu’elles découvrent le souterrain sous l’abbatiale, les jeunes filles ne se doutent pas des choses étranges et dangereuses qu’elles pourront y dénicher. Depuis leur dernière excursion, Prudence est comme possédée d’un mal étrange causé par le Diable Vert (ah tiens, du surnaturel, là on se sent plus chez Mary Shelley ou sur les hauts de Hurlevent !). C’est pour la guérir que Joy, accompagnée de l’espiègle Ginger aux pouvoirs étonnants, fera connaissance avec le mystérieux monde d’Alvénir (qui ressemble beaucoup au pays des merveilles d’Alice !).

On ne sait pas trop à quelle époque se déroulent les aventures de Joy, mais on situe tout de même vers la fin du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, on est inévitablement marqué par les références de la littérature anglaise, celle du vent sur les landes et des jeunes filles ballotées par la vie. Les Orphelines d’Abbey Road mêle donc le roman d’époque, le merveilleux et le surnaturel. Certains passages inquiétants peuvent donner le frisson, tout comme l’univers d’Alvénir amuse et éveille la curiosité. Mais c’est aussi une histoire sur la construction des liens : l’autorité, la famille, l’amitié voire l’amour. Alors qu’elles rêvent tout simplement d’être des enfants aimés et écoutés, les orphelines seront conduites à se rebeller face à la déraisonnable rigidité des adultes.

Joy réfléchi beaucoup à ce qu’elle est et à ce qu’elle apprend au fil de ses aventures. Notre ami lapin l’associe à une Alice plus mature et perspicace que l’héroïne de Lewis Carroll. Quant à l’univers d’Alvénir, fluctuant et absurde, c’est un Pays des merveilles revisité et approfondi. Les dialogues sont l’occasion de jeux de mots et de réflexions sensées face aux incongruités, et ce non sans rappeler avec plaisir l’autre côté du miroir…

Tout allait bien, donc, avec une préférence pour le deuxième tome.

Mais la lecture du troisième tome a été plus mitigée. Bon, Federico n’avait pas de grandes attentes, étant prêt à se laisser emporter n’importe où ! Mais cet opus, Les lumières du passé, est assez redondant vis-à-vis du deuxième : les orphelines retournent une seconde fois dans le monde d’Alvénir pour y chercher quelque chose (Federico ne sait plus quoi). Et ça cause, et ça marche, et ça cogite… Comme ça arrive souvent dans les univers parallèles, leurs habitants ont l’air moins consistants et plus neuneus que ceux du vrai monde, ce qui est assez dommage et ennuyant à la longue. Ajoutez à ça l’héroïne qui vire fleur bleue, et vous gagnez un lapin pas fâché de terminer sa lecture pour passer à autre chose !

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1 : Le diable vert, Audren, 2012, L’école des loisirs, 288 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 2 : Le monde d’Alvénir, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 3 : Les lumières du passé, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Drôle de temps pour un mariage

Un roman de Julia Strachey, traduit par Anouk Neuhoff.

noté 2 sur 4

C’est Virginia Woolf qui a publié la première ce roman, qu’elle présentait comme « un très joli texte, intelligent, acide, franchement assez remarquable ». Eh bien sachez madame Woolf que notre ami lapin n’est pas du tout d’accord avec vous. Pan. Il est vrai que cette peinture d’une journée de mariage dans la haute bourgeoisie anglaise ne manque pas d’acidité, mais Federico s’attendait à tellement plus de mordant qu’il a senti dès les premières pages que le courant ne passerait pas entre lui et Julia Strachey. L’intérêt de Virginia Woolf pour ce livre n’est pas surprenant car on y retrouve l’ambiance toute en retenue de Mrs Dalloway. Dolly s’apprête à épouser Owen et pendant qu’elle biberonne du rhum dans sa chambre, sa mère use les nerfs de tout le monde au rez de chaussée, éminemment contrariée par la présence de Joseph, ancien amour de sa fille. Ancien ? C’est la question qui accompagne le lecteur au cours de cette journée en forme de vaudeville tragico-flegmatique. On guette le drame…

©LGFAu yeux de Federico, la faiblesse du roman réside dans l’écriture, à cause de l’usage abusif de descriptions imagées assez incongrues qui font trébucher le lecteur et l’empêchent d’entrer dans une histoire pourtant bien menée. En quelques conversations et situations simples, l’auteur habille ses personnages pour l’hiver et semble s’en prendre à l’hypocrisie qui règne autour de l’institution du mariage (de raison ?) et des sentiments amoureux (tout sauf passionnés). Point d’effusions dans ce roman, gardons notre sang froid ! Mais on ressent très bien les douleurs des cœurs dans les non dits et les piques qui font mouche.

C’est finalement grâce à l’adaptation cinématographique de 2012 que Federico a porté un nouveau regard sur l’ouvrage de Julia Strachey et ce, pour le meilleur. Chaque personnage est incarné avec beaucoup de talent par des acteurs très charismatiques qui sentent bon le sable chaud, Elizabeth McGovern et Luke Treadaway en tête. Ce n’est pas compliqué : on s’y croirait. À partir du roman, les auteurs du film ont tiré quelques bons fils afin d’étoffer l’histoire sans en trahir l’essence. Ainsi, on passe régulièrement de la journée froide du mariage aux chaudes journées d’été qui abritent les souvenirs des héros, beaucoup moins développés dans le livre. Il en résulte un film plein d’une délicatesse qui ne demande qu’à éclater en morceaux.

Le film a donc permis à notre ami lapin de saisir tout le potentiel de cette histoire mordante, qui lui avait paru bien fade sur le papier. C’est suffisamment rare pour mériter d’être signalé.

Julia Strachey, Drôle de temps pour un mariage, Le Livre de Poche, avril 2013, 126 p.

Le cycle de Fondation (1/2)

Cinq romans d’Isaac Asimov.

Après s’être délecté de La Horde du contrevent, Federico s’est lancé dans la lecture du pilier de la littérature de science-fiction qu’est le cycle de la Fondation de l’incontournable Isaac Asimov.

Eh bien c’était cool, et en effet « incontournable » pour qui s’intéresse à la science-fiction. Mais notre ami lapin doit toutefois préciser que son intérêt pour ces livres a été progressif, vous pouvez en juger par la notation du Cac Carotte : seulement 1 carotte pour le premier tome, 2 carottes pour les deux suivants, et 3 carottes pour les deux derniers.

Fondation

noté 1 sur 4

© FolioFondation, le premier tome, a été une lecture un peu laborieuse pour Federico, et ce pour une seule raison : notre ami lapin venait de terminer La Horde du contrevent, une intense et magnifique épopée à l’écriture extrêmement travaillée. Il est passé d’une perfection littéraire (oui oui) à un recueil de nouvelles SF publiées en feuilleton dans des magazines des années 1950. Autant dire un grand écart.

Federico sait qu’il ne doit pas être trop dur (Asimov était à ses débuts un vulgarisateur scientifique, pas un écrivain, et on n’attend pas de la grande littérature dans la « pulp fiction ») mais voici ce qui est : le premier volume du cycle de Fondation est vraiment très mal écrit. Sujet-verbe-complément. Du coup, ce n’est pas très facile à lire (étrangement) pour peu qu’on soit un grand lecteur. Pour tout dire, notre ami lapin était sur le point d’abandonner, mais la personne incitatrice de cette lecture a planqué tous les autres livres alentours, donc Federico s’est accroché, et il en est content aujourd’hui.

Mais de quoi ça parle au fait ?

© Folio20 000 ans après notre ère, l’être humain a conquis la galaxie. Il existe des millions de mondes habités régis par l’Empire qui siège sur la ville-planète Trantor. Un érudit, Hari Seldon, crée la science de la « psychohistoire » qui consiste à prévoir l’avenir de la galaxie à travers l’étude des comportements humains à l’échelle de milliers d’individus. C’est ainsi que Hari Seldon prévoit la chute de l’Empire dans les siècles à venir, et une période sombre de conflits et de barbarismes pour les 10 000 ans qui suivront. Afin de réduire cette période à 1 000 ans seulement, il crée la Fondation, une congrégation de scientifiques envoyés sur Terminus, une planète isolée aux limites de la galaxie, afin qu’ils y rédigent l’Encyclopedia Galactica qui rassemblera toutes les connaissances humaines.

Ceci est le pitch de base, mais l’histoire évolue au fil des tomes, de mieux en mieux selon Federico. Mais on va dire que, pour les trois premiers tomes, c’est d’actualité. Au passage, il faut préciser que, dans tout le cycle, chaque histoire fait un bond dans le temps, parfois de 30 ans, parfois de plusieurs siècles.

Fondation et Empire & Seconde Fondation

noté 2 sur 4

Notre ami lapin a davantage apprécié ces tomes car : 1. ils sont mieux écrits, et 2. deux des héros sont des héroïnes.

© FolioEn effet, l’évolution de l’écriture est flagrante : les phrases sont plus longues et il y a davantage de descriptions des décors, des situations et des personnages. Ainsi, l’intrigue tient davantage en haleine, car on s’attache mieux aux personnages, mais aussi parce que l’univers des livres nous apparait alors plus dense et plus complexe, et tout simplement parce qu’il y a du suspens, c’est tout bête.

Il y est toujours question de la Fondation, mais aussi de la chute progressive de l’Empire, puis d’un individu perturbateur qui n’était pas prévu dans les prédictions de Hari Seldon (également appelées « plan Seldon ») : le Mulet, un être difforme doué de pouvoirs psychiques. Enfin, on en apprend peu à peu davantage sur la Seconde Fondation, un autre groupe créé par Hari Seldon qui semble œuvrer dans l’ombre. Parmi les personnages principaux, on trouve donc Bayta Darell, une jeune femme qui va sauver la galaxie, puis sa petite fille, Arcadia Darell, une adolescente de 14 ans à la langue bien pendue. Federico a trouvé que toutes-deux étaient comme un vent d’air frais dans le cycle.

Federico vous parle de la suite ici.

Fondation, (version originale parue 1951), Folio SF, 416 pages

Fondation et Empire, (version originale parue 1952), Folio SF, 432 pages

Seconde Fondation, (version originale parue 1953), Folio SF, 432 pages

Shenzen & Chroniques birmanes

Deux bandes dessinées de Guy Delisle.

Souvenez-vous (pour les nouveaux, qu’est-ce que vous attendez pour vous plonger dans les entrailles de la bibliothèque de Federico ?), il y a 1 an, votre ami lapin vous parlait de Pyongyang et Chroniques de Jérusalem. Depuis tout ce temps, il a lu les deux autres récits de voyages de Guy Delisle. Cette fois-ci, Federico est partagé. Alors que Pyongyang et Chroniques de Jérusalem l’avaient régalé chacun à leur manière, Shenzen et Chroniques birmanes ne sont pas sur le même pied d’efficacité. En fait, c’est surtout Chroniques birmanes qui a déçu et un peu ennuyé notre ami lapin.

Chroniques birmanes

noté 2 sur 4

© Delcourt, 2007

Cet opus suit le même principe que Jérusalem : la somme de petites anecdotes qui retracent la vie quotidienne de l’auteur dans une ville, ici Rangoun sous le régime birman. Alors que son épouse travaille pour Médecins sans frontières, lui est homme au foyer, s’occupant de son fils et peinant à travailler sur ses bandes dessinées ; il s’ennuie pas mal, déprime un peu, et fait beaucoup de ballades à poussette (comme sur la couverture). Il n’y peut rien, le pauvre, mais c’est ça qui a refroidi Federico qui ne retrouvait pas le décryptage passionnant présent dans Jérusalem et qui permettait de mieux connaître la ville en question. Bien que l’on apprenne quantité de choses sur la Birmanie, cela demeure un peu flou, voire noyé dans le reste de la BD, les chroniques birmanes étant un peu longues pour le coup.

Chroniques birmanes, Guy Delisle, 2007, Delcourt, collection « Shampoing », 224 pages

Shenzen

noté 3 sur 4

© L'Association, 2000Quant à Shenzen, votre lapin favori a vraiment apprécié ! De tous, cet opus est celui où l’humour est le plus visible. Normal : face à l’incongruité et la monotonie de cette ville chinoise où les gens ne font que travailler, à deux pas de l’effervescence et du multiculturalisme de Hong Kong, on se délecte du regard grinçant et amusé de l’auteur, mais avec une pointe de tristesse tout de même. En parallèle avec Pyongyang où la dictature est (on va dire) « assumée », Shenzen montre les ressorts (et les failles) de la puissance mondiale qu’est désormais la République populaire de Chine. Le dessin est plus sombre, dense et travaillé, moins « ligne claire » que celui de Jérusalem et Birmanes, et donne un aspect déprimant et fantomatique à cette ville. La bande dessinée jouit alors d’une identité plus singulière et romancée que le simple carnet de voyage.

Shenzen, Guy Delisle, 2000, L’Association, 200 pages