La tresse

Un roman de Laetitia Colombani.

2 carottes

Ce roman est celui de trois femmes : Smita, Giulia et Sarah. Pourtant, jamais elle ne se rencontrent, chacune reste dans son pays et son milieu respectif : la caste des intouchables en Inde, une entreprise familale de perruques en Sicile et un cabinet d’avocats canadien. Le titre nous sert la métaphore qui correspond à ce livre sur un plateau : trois mèches de cheveux qui font partie d’un tout.

la tresseLa première, Smita, refuse que sa fille connaisse le même sort qu’elle, c’est-à-dire vider les latrines des autres. Cette tâche pour le moins infamante est en effet réservée aux intouchables en Inde. En plus d’exercer un boulot de merde (oui, c’était facile), Smita doit subir en permanence le mépris de ceux qui la paient une misère pour le travail qu’elle accomplit. Malgré un mari fataliste qui a baissé les bras depuis longtemps et la menace de représailles contre les intouchables qui essaient de fuir leur condition, Smita décide de tenter le tout pour le tout pour épargner à sa fille de vivre le même calvaire qu’elle.

La deuxième, Giulia voit son univers s’effondrer lorsque son père sombre dans le coma suite à un accident. Elle doit alors reprendre la fabrique de perruques familiale et découvre bien vite la situation financière catastrophique de l’entreprise. Comment va-t-elle sauver la fabrique et les femmes qui y travaillent sans lui faire perdre son âme ?

La troisième voix du livre est une femme hyper active. À quarante ans, Sarah travaille au sein d’un très prestigieux cabinet d’avocat. Divorcée, mère de deux enfants, elle sait que sa vie de famille a été sacrifiée au profit de sa carrière mais rien ne pourra l’arrêter dans sa course vers le sommet. Rien, évidemment, sauf la maladie qui va la frapper de plein fouet.

Laetitia Colombani entrecroise les parcours de ces trois femmes qui ont un point commun : leur combativité face aux difficultés. Toutes refusent de se laisser abattre, d’accepter sans rien faire les injustices, les crises, l’intolérance et j’en passe. Leur lutte est touchante, même si Federico s’est plus passionné pour Smita, dont l’énergie et la colère sont communicatives. Ce roman se lit très facilement, l’écriture est fluide et le phrasé bien tourné. Et en prime, les histoires qui sont racontées sont avant tout des récits de résilience, pleines d’énergie positive. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire le bestseller qu’il est devenu rapidement. Cependant, aux yeux de votre impitoyable chroniqueur, les femmes de ce roman auraient mérité le double de pages afin d’étoffer leur histoire. Federico s’est senti investi dans leurs luttes et aurait donc aimé avoir plus de détails sur leur vie, leur environnement. Le ton est très léger et on passe très vite sur certains aspects, là où notre ami lapin aurait souhaité s’attarder. Au final, La tresse manque un peu de substance, de réalisme. C’est une jolie histoire, mais peut-être trop jolie pour sembler vraie.

Laetitia Colombani, La tresse, Grasset, mai 2017, 224 p.

Et un grand merci à Lucie pour avoir illustré cet article avec ses jolis cheveux !

Le parfum des fraises sauvages

Un roman d’Angela Thirkell, traduit de l’anglais par Florence Bertrand et Alice Bercker.

2 carottes

Le_parfum_des_fraises_sauvages__c1_largeLe Parfum Des Fraises Sauvages a été publié en 1934 et raconte l’été que passe la jeune et désargentée Mary Preston dans la grande propriété de ses cousins beaucoup plus fortunés. Si on ajoute à cette intrigue deux frères célibataires dont l’un est un séducteur patenté, des maîtres de maison fort excentriques et un majordome accro à son gong, vous avez là tous les ingrédients d’une délicieuse comédie romantique anglaise.

Ce n’est certainement pas le roman du siècle et on ne peut pas dire qu’il ait marqué Federico à vie (cela fait à peine quelques mois qu’il l’a lu et il avait tellement oublié l’histoire qu’il a du aller relire le résumé sur internet pour écrire le premier paragraphe !).

Néanmoins, notre ami lapin a passé un court et agréable moment de lecture avec ce livre qui a bien mérité la seconde jeunesse offerte par les éditions Charleston. Après le succès retentissant de la série Downton Abbey et la passion intacte que suscite encore Jane Austen, on ne peut nier que beaucoup de gens (dont Federico !) adorent se réfugier dans les jupons de châtelaines en tous genres, pourvu qu’elles soient mêlées à des intrigues romantiques et qu’elles résident dans une verdoyante propriété anglaise.

Tout dans le roman d’Angela Thrikell est charmant, même les personnages les plus bizarres, qui le sont juste assez pour nous faire rire sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue n’est ni très originale ni très fouillée mais elle est brodée de dialogues bien maîtrisés et plein d’humour. L’auteure ne se prend pas au sérieux et cela se ressent, notamment dans les nombreux passages consacrés aux atermoiements amoureux des personnages. Cette pointe d’ironie est l’élément clé du livre : l’air de rien, Angela Thirkell transforme ce qui aurait pu être une pesante et insipide guimauve en une délicieuse crème fouettée, légère et rafraîchissante. Idéale avec une poignée de fraises sauvages !

Angela Thrikell, trad. Florence Bertrand et Alice Bercker, Le Parfum des Fraises Sauvages, Charleston, juin 2016, 288 p.

L’oiseau des neiges

Un roman de Tracy Rees, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

2 carottes

Dans les années 1830, une petite fille de bonne famille sauve de la mort un nouveau né déposé dans la neige. Elle scèle alors leur destin : entre Aurelia, la riche héritière et Amy, l’orpheline sans passé et sans avenir, va se construire une amitié fusionnelle.

oiseau des neigesQuand Aurelia succombe à une longue maladie, sa protégée est contrainte de fuir : sa présence dans la prestigieuse famille Vennanay, à peine tolérée du vivant d’Amélia, n’est plus souhaitée. Elle se retrouve donc livrée à elle même, à seize ans à peine dans un monde où elle ne semble pas avoir de place. Elle découvre bientôt qu’avant sa mort, Amélia lui a préparé une chasse au trésor afin de l’accompagner sur les traces d’un secret bien gardé. Amy, qui supporte mal  la disparition de son amie, va se jetter à corps perdu dans cette quête.

Federico a souhaité lire ce livre à cause de sa couverture, qui sentait bon la lecture enroulé dans un plaid avec des madeleines et de la tisane. Il ne s’attendait pas à ce que ce livre soit un chef d’oeuvre et la lecture ne l’a pas contredit. L’histoire est plutôt prenante et notre ami lapin s’est agréablement laissé embarqué dans les différentes intrigues, que ce soit la chasse au trésor (qui, avec le recul, est quand même relativement tirée par les cheveux, mais quand Federico lit, il ne prend pas de recul car ses pattes sont trop courtes, donc ce n’est pas grave) ou les émois amoureux des personnages, qui sont quand même vachement mignons, mais pas mièvres et raccords vis à vis de l’étiquette de l’époque.

Non, ce qui pêche dans ce livre, et c’est pourquoi Federico ne lui donne que deux carottes, c’est l’écriture. Celle-ci est quand même un peu fade et, la narration étant à la première personne, le lecteur à droit à toutes les pensées d’Amy. Ce qui n’apporte pas toujours grand chose, quand ça ne fait pas tout simplement lever les yeux au ciel. Heureusement pour notre ami lapin, il a trouvé l’héroïne plutôt intéressante et pas trop oie blanche ou super tarte comme certaines de ses consœurs (oui Patricia Wentworth, c’est à toi que je m’adresse !). La page de remerciement a invité notre ami lapin à se montrer indulgent car il s’agit d’un premier roman et qu’après tout, tout le monde ne cherche pas des livres écrits d’une plume parfaite. En définitive, même si l’écriture ne satisfait pas le fin museau de Federico, elle n’a pas empêché L’oiseau des neiges de lui faire passer un agréable moment de lecture.

Tracy Rees, trad. Françoise du Sorbier, L’Oiseau des Neiges, Presses de la Cité, octobre 2016, 496 p.

Marathon critique à la bourre

Federico ne va pas vous faire de poésie sur le temps qui passe et tout et tout. Tout est dans le titre d’façon !

Les maisons

Un roman de Fanny Britt.

3 carottes

Avec Les maisons, nous sommes dans la tête de Tessa pendant les trois journées qui précèdent ses retrouvailles avec son premier amour, Francis. Trois garçons adorables, un époux aimant, un boulot d’agente immobilière, des souvenirs d’enfance et d’adolescence… Tessa remue sa vie dans tous les sens à l’aune de cet amour passionné et jamais cicatrisé.

Et ouais, l’héroïne de Fanny Britt est une jeune maman bobo blasée par sa routine et ses rêves éteints, qui va vibrer de nouveau au retour dans sa vie de son premier amour… Mais Federico a beaucoup aimé ! Car Les maisons demeure la vraie vie, pas un conte de fée ; pas de sentimentalisme, plutôt des émotions décrites avec justesse et style.

De plus, cette totale remise en question a particulièrement intéressé notre ami lapin, parce qu’il s’est retrouvé dans ce monologue intérieur. Ne jouons-nous pas nous aussi nos drames personnels et notre insatisfaction chronique dans le cercle fermé de nos pensées, sans interruption, avec des hauts et des bas, une multitude de « et si… » et de monde refait ? Voilà ce qui se cache dans Les maisons !

img_0596Naufrages

Un roman de Biz.

2 carottes

Roman court qui se lit d’une traite, Naufrages a englouti Federico pour le recracher un peu paumé sur la plage. Car il y a un twist assez horrible au milieu de ce livre qui en précipite la lecture ; mais une fois fini, il est mieux de ne plus y penser et ce sont ses défauts qui resurgissent…

Le fait que notre ami lapin s’attendait à un ouvrage à tendance dystopique mais qui tourne en drame familial contemporain l’a déstabilisé. Frédérick est un jeune fonctionnaire qui se voit relégué au département des Archives au sous-sol, mais aucun travail ne lui est donné. Il commence à déprimer d’être aussi inutile et de s’ennuyer autant, sa jolie femme et son adorable bébé étant tout ce qui lui reste de sympa au quotidien. Alors que cette première partie a des allures d’absurde Orwellien, bim ! le twist arrive et l’histoire prend une autre direction : sortez vos mouchoirs…

Si Naufrages a beaucoup touché notre ami lapin sur le coup, il n’en reste maintenant pas grand-chose. En partie certainement en raison de cette écriture, maîtrisée certes, mais parfois trop stéréotypée, que ce soit dans la narration ou dans ses personnages souvent décrits de manière caricaturale.

La mare au diable

Un roman de George Sand.

2 carottes

400px-sand_-_la_mare_au_diable_illustration10Avec La mare au diable, classique de cette chère George Sand, notre ami lapin était content de retrouver l’univers de La petite Fadette, c’est-à-dire la campagne berrichonne et les amourettes paysannes. Ici c’est l’histoire de Germain, veuf de 28 ans dont le beau-père conseille le remariage avec une veuve d’un village voisin. Il part à cheval accompagné du petit Pierre, son fils, et de Marie, jolie fille de 16 ans qui va devenir bergère. Au crépuscule, les alentours de la mare vont faire tourner la tête à Germain.

Force et simplicité des sentiments, description et incarnation des mœurs paysannes : voilà ce qu’il y a de plaisant chez George Sand. L’histoire de La mare au diable est également entourée d’une lourde préface commentant une gravure allégorique de la vie champêtre, et de longues appendices décrivant les coutumes d’un mariage dans le Berry ; l’histoire de Germain et Marie semble toute petite à côté… C’est pourquoi Federico préfère La petite Fadette à La mare au diable, roman plus long et donc plus attachant, lu voilà plus de 6 ans mais qui l’a davantage marqué !

L’homme qui mit fin à l’histoire

Un roman de Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti.

2 carottes

Voici un court roman de science-fiction qui prend la forme étonnante d’un documentaire télé.

Les chapitres débutent donc par des didascalies nous présentant la scène et les mouvements de caméra, le récit devenant une série de reportages, témoignages et débats télévisuels. C’est le combat de l’historien Evan Wei et de son épouse physicienne Akemi Kirino qui nous est raconté. Ensemble, ils ont créé un procédé permettant d’observer le passé à une date et un lieu donné (Federico vous passe les détails techniques de leur découverte scientifique).

15933974_10158005864165082_1996396183_oLa période qu’Evan Wei choisit d’observer est celle de la seconde guerre mondiale en Chine, à Pingfang précisément. Y étaient installés les militaires japonais de l’Unité 731 qui réalisaient des expériences plus que sordides sur des prisonniers chinois. Vivisections, amputations, inoculation de maladies, viols, etc. Les témoins oculaires envoyés par Evan et Akemi attestent de ces horreurs, mais la communauté internationale a du mal à accepter cette nouvelle façon de traiter l’Histoire, surtout le Japon, bien sûr, mais aussi la Chine et dans le fond tous les pays ayant quelque chose à se reprocher (beaucoup donc).

L’auteur nous dresse une savante réflexion sur l’Histoire, la mémoire collective et le rôle des états vis-à-vis du passé. Federico a été assez touché par cette lecture, notamment par cette partie de l’histoire sinno-japonaise qui lui était inconnue. Toutefois, la brièveté du roman lui laisse un souvenir assez diffus, comme s’il manquait quelque chose pour donner corps au récit qui perd son identité SF au profit du documentaire.

Récap’ :

Les maisons, Fanny Britt, 2015, Le Cheval d’août, 222 pages

Naufrages, Biz, 2016, Leméac, 136 pages

La mare au diable, George Sand, 1846, 192 pages

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti, 2016, Le Bélial’, 112 pages

Bestiaire

Un roman de Éric Dupont.

2 carottes

Peu de temps après La fiancée américaine, Federico a lu Bestiaire, un des précédents romans d’Éric Dupont.

Bestiaire égrène les souvenirs d’enfance de l’auteur en Gaspésie, une région du Québec faite de mer, falaises et montagnes. Peu d’habitants, beaucoup d’embruns ; c’est là que son père, récemment séparé, vient installer sa maison mobile avec sa nouvelle compagne et ses deux enfants peu emballés à l’idée de quitter leur mère bien-aimée et de vivre sous la coupe du nouveau tandem.

img_0588D’ailleurs, l’auteur trouve les surnoms adéquats pour désigner les protagonistes de sa tragédie familiale : son père est Henri VIII (coureur de jupon despotique), sa mère est Catherine d’Aragon (première épouse rejetée), et sa belle-mère est Anne Boleyn (seconde épouse imposée). La vie à la maison devient celle à la Cour, avec ses règles, son paraître, ses combats (« Vive le Québec libre ! »). Le jeune garçon s’échappe comme il peut de cet univers contraignant, et choisit des figures animalières pour totems de ses souvenirs et rêveries enfantines : le chat, le chien, le grand-duc d’Amérique, les poules, le bigorneau…

Réinventé à sa sauce d’adulte et d’écrivain, le récit autobiographique d’Éric Dupont est joli, car empreint de poésie, d’images et de verbe. C’est ce style et ce sujet qui ont amené notre ami lapin à rapprocher Bestiaire de L’avalée des avalées, ce roman de Réjean Ducharme qu’il avait lu il y a quelques années : deux histoires d’une fratrie au mode de vie inusité, isolée dans la campagne québécoise.

Avec toutes ces qualités, il n’en reste pas moins que le souvenir de cette lecture est assez évanescent dans l’esprit de notre ami lapin : Bestiaire n’est pas aussi mémorable que La fiancée américaine !

Éric Dupont, Bestiaire, 2008, Marchand de feuilles, 310 pages pour la version poche.

Sous la vague

Un roman d’Anne Percin.

2 carottes

Le héros de Sous la vague, Bertrand Berger-Lafitte, est propriétaire d’un domaine de Cognac, divorcé et père d’une fille totalement hors de contrôle. Il vit dans une bienheureuse routine jusqu’à ce funeste jour de 2011 qui voit le Japon en proie à la colère des océans… et de l’uranium. Or, le pays du Soleil Levant étant son principal acheteur, l’entreprise familiale se rertouve menacée par cette catastrophe pourtant si lointaine. La révolte gronde au conseil d’administration et Bertrand est menacé d’éviction. Pour cet homme qui pensait se laisser porter tranquillement jusqu’à une retraite bien mérité, le choc est de taille.sous-la-vague Comme dans ce Japon qui le fascine tant, tout semble s’écrouler autour de lui. Un seul repère subsiste : Eddy, son dévoué chauffeur, qui l’intimide aussi bien par son aura de mystère que par sa franchise. Notre héros se met à errer dans sa vie et dans son domaine au risque de se perdre, comme lorsqu’il suit dans les bois un faon miraculeusement rescapé d’un accident de voiture (précisons que le faon n’était pas au volant). Ainsi, la même vague qui a recouvert Fukushima semble avoir enseveli notre héros, le laissant à la dérive.

Ce roman est franchement bizarre. Federico s’est longtemps demandé s’il allait aller jusqu’au bout et puis, finalement, la curiosité a pris le dessus, de même que l’étrange ambiance dans laquelle baignent les personnages. Si notre ami lapin devait créer un bandeau publicitaire pour ce livre (vous savez, ces gros machins rouges qui cachent la couverture et parfois laissent des grosses traces d’encre) il mettrait : « Sous la vague, le premier roman de terroir à la sauce teriyaki ». En effet, nous avons l’histoire d’un homme qui essaie de garder la main sur son domaine charentais, tandis que ses employés s’organisent et se battent pour conserver leur travail, racontée avec un détachement que Federico a souvent rencontré dans les romans japonais qu’il a croisé. L’effacement de Bertrand face à la situation, son désir de se fondre dans le décor et l’épure de l’écriture d’Anne Percin donnent à ce roman un je ne sais quoi de fascinant et d’envoûtant. Cela a suffisamment motivé Federico qui a donc poursuivi sa lecture jusqu’à la fin et n’a pas regretté cet étonnant et amusant moment de lecture.

Anne Percin, Sous la vague, éditions du Rouergue, août 2016, 200 p.

Home

Un roman de Toni Morrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière.

2 carottes

Federico voulait depuis longtemps lire la plume de Toni Morrison. L’élu est le court roman Home, attrapé au vol dans le rayon de sa bibliothèque de quartier. 

Home - Toni MorrisonHome est un très beau texte, fort et imagé. En de courts chapitres et quelques personnages seulement, l’auteure dépeint la dureté du parcours d’un frère et une sœur afro-américains dans les années 1950 : leur enfance soudés l’un à l’autre, leur jeune vie d’adulte catastrophique, mais surtout leur retour dans la maison natale dans une petite ville du sud des États-Unis. Alors que le frère aîné doit apprendre à vivre avec le traumatisme de la guerre de Corée où il a perdu ses deux amis d’enfance et tué des innocents, la sœur cadette fait face aux divers individus malintentionnés qui profitent de sa naïveté pour la voler ou l’asservir. Violence de tous bords et tendresse fraternelle s’entremêlent à travers les voix éprouvées de ces héros qui peinent à combattre cette vie si dure envers eux ; eux qui souhaitent simplement trouver la paix.

Malgré toute la beauté terrible de ce récit, il manque une carotte à Home (qui a failli en avoir trois), mais la faute en revient à Federico. Tout simplement parce que la lecture de ce très court roman a été assez express et distante, hachée entre deux trajets de métro et un emploi du temps chargé. Des circonstances pas si rares pour notre ami lapin, mais qui, ici pourtant, l’ont empêché d’être complètement investi dans ce livre au demeurant très bon.

Sans rancune Toni, ce n’est que partie remise !

Toni Morrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, Home, Christian Bourgois éditeur, 2012, 154 pages

Des snobs sur Belgravia

Julian Fellowes est un auteur et scénariste anglais qui a eu la riche idée de créer la série Downton Abbey, donnant ainsi à Federico de grandes joies télévisuelles. En matière de littérature il n’est pas non plus en reste même s’il y a du bon et du moins bon. Nous l’allons montrer tout à l’heure. C’est-à-dire maintenant.

fellowes

Snobs

3 carottes

Un personnage secondaire assez objectif nous raconte l’histoire de son amie, jeune et ambitieuse bourgeoise qui met le grappin sur l’un des célibataires les plus en vue de l’aristocratie anglaise. Julian Fellowes nous plonge avec délice dans le monde très fermé de la noblesse britannique qui, même à la fin du XXe siècle, reste un milieu à part, peu enclin à accepter les intrus. Son écriture est pleine d’ironie et de mordant, on sent qu’il tient à nous montrer ce milieu qu’il admire sans l’idéaliser. D’une intrigue assez basique sans action palpitante, il fait un roman qu’on lit avec délectation. Les illusions des personnages sont balayées d’un revers de la main mais le socle des aristocrates anglais est plus difficile à déboulonner. Ce monde aux mœurs délicieusement surannées nous est servi sur un plateau d’argent par l’auteur.

Belgravia

2 carottes

L’intrigue de Belgravia est née du même terreau que Snobs : comment l’aristocratie anglaise peine à gérer l’intrusion d’éléments bourgeois dans ses salons. Sauf qu’au XIXe siècle, ces derniers n’avaient pas encore envahi le paysage et la noblesse ne se contentait pas de faire de la figuration : elle dirigeait le pays (que dis-je, l’Empire !). Après s’être régalé de Snobs, Federico s’est donc jeté sur le dernier roman de Julian Fellowes avec de grandes attentes. Elles ont, hélas, été déçues. Contrairement à son prédécesseur, ce livre manque du mordant et de l’irrévérence qui aurait donné du relief à une histoire certes bien construite et pleine de personnages intéressants mais désespérément prévisible. Pour une intrigue faite de secrets de famille, de tromperies et de mensonges, c’est quand même très ennuyeux ! Federico classe donc Belgravia dans les lectures sans prises de tête, agréable mais sans plus, assortie d’un parfum de déception.

Julian Fellowes, traduit de l’anglais par Dominique Edouard, Snobs, LGF, août 2008, 407 p. (attention, cette édition est épuisée, il faudra casser votre tirelire et vous acheter la réédition de 2016 chez Lattès).

Toujours Julian Fellowes, mais cette fois traduit par Carole Delporte et Valérie Rosier, Belgravia, Lattès, juin 2016, 476 p.

La Conjuration des imbéciles

Un roman de John Kennedy Toole, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso.

Lu dans le cadre d’un club de lecture, avec des amis et un petit verre.

2 carottes

Federico a lu ce roman pendant une période littéraire creuse. Ou bien était-ce à cause de ce roman que la période était creuse ? (vous avez trois heures)

En tout cas, il lui a fallu des semaines pour en venir à bout, sans que cela soit un supplice non plus. De fait, La Conjuration des imbéciles n’est pas une lecture laborieuse ou inintéressante, mais elle n’a certainement pas été séduisante aux yeux de notre ami lapin.

laconjurationdesimbecilesTout ça, c’est la faute des personnages, qui sont tous sans exception de parfaits imbéciles (oui, d’où le titre). Non contents d’être des imbéciles, ils sont aussi de fieffés loosers et d’insupportables énergumènes. Bien entendu, la palme revient au héros, Ignatius J. Reilly, qui mériterait toutes les baffes du monde.

Imbu de sa personne, cet immonde colosse moustachu ne pense qu’à son confort personnel, consistant en l’engloutissement sans fin de hot-dogs et de pâtisseries bon marché, sa personne macérant dans une baignoire tiédasse ne sentant certainement pas la noix de coco. Ignatius est un dilettante asocial de 30 ans passés, un couard fini et un fauteur de trouble, un tanguy invétéré qui ne se prend pas pour du popo de chat, et qui se cache, vêtu d’une nuisette XXL, dans l’antre sombre et malodorante de sa chambre, au bout du couloir de la maison de sa pauvre mère, veuve, qui commence à en avoir raz-les-bigoudis de ce fiston inutile et ingrat.

Car la maigre indemnité du défunt Mr Reilly ne suffit plus pour ce train de vie ; surtout que Mrs Reilly se retrouve avec une facture salée sur les bras (suite à un petit accident entre sa vieille auto et la façade d’une ruelle du Quartier Français de La Nouvelle-Orléans, les nombreuses bières qu’elle avait enfilées auparavant y était peut-être pour quelque chose…). Aussi est-il grand temps pour Ignatius de mettre la main à la pâte et de ramener un salaire. Il va sans dire contre son gré.

Federico n’a pas tellement envie de vous faire la liste de la tripotée de personnages pénibles et paumés qui viennent jouer dans l’opéra tragi-comique d’Ignatius (et pour lequel il ne s’est fendu ni la poire ni d’une larmichette) : tout simplement parce que cette critique commence à être bien longue pour un roman qui a trop souvent agacé notre ami lapin. S’il reconnait une écriture fluide et des bons mots truculents (surtout dans la bouche d’Ignatius qui cause comme un aristocrate et se croit un grand écrivain en devenir), beaucoup de situations et de dialogues se répètent à l’identique, des longueurs qui étaient franchement épuisantes et retardait un final libérateur, autant pour le lecteur que pour les personnages (la fin n’est pas si pire).

« Mais c’est un roman pittoresque, pourrait-on entendre, qui dépeint une certaine réalité des quartiers populaires du Sud de l’Amérique des années 1960. » Ouais, ok, mais ils sont tous un peu trop barjos pour que cela semble juste vous dirait Federico. « C’est parce que c’est une satire, l’auteur se moque de ses contemporains. » Mais il n’y en a aucun pour racheter l’autre, on ne sait pas comment se placer, en qui avoir espoir ! Et surtout, le dessein de l’auteur n’est pas du tout clair. Non, Federico pense qu’il n’y a pas de grand message politique entre les pages de La Conjuration des imbéciles, et c’est ce qui aurait pu lui donner un peu d’intérêt aux yeux de notre ami lapin. (Et puis maintenant, quand on lui parle de satire, Federico pense à ce cher Jonathan, la comparaison est de haut niveau.)

En bref, Federico voit bien ce qu’il y a d’intéressant dans ce roman (comme on peut le lire ici), mais cela lui est passé bien au-dessus des oreilles.

John Kennedy Toole, trad. Jean-Pierre Carasso, La Conjuration des imbéciles, 10/18, 1981, 480 pages

NdL : les aficionados de ce roman aime raconter son histoire maudite. En effet, son auteur, se faisant refuser par tous les éditeurs son manuscrit écrit en 1963, est tombé en dépression et s’est suicidé en 1969. Sa mère a continué à le soumettre après sa mort et, finalement publié en 1980, il gagne le prix Pulitzer l’année suivante, devenant un classique de la littérature américaine. 

Sœurs de miséricorde

Un roman de Colombe Schneck.

2 carottes

IMGP2741Azul est née en Bolivie, dans un village de montagne qui ressemble à une corbeille de fruits exotiques. Élevée par une mère seule qui ne parle que le Quechua au milieu d’une fratrie unie, la vie va la conduire à poursuivre des études dans la capitale, avant de devoir partir en Europe faire des ménages pour subvenir aux besoins de ses enfants et de son mari.

Sœurs de miséricorde évoque les sœurs de sang mais aussi les sœurs de cœur, celles qui vous tendent la main pour que vous puissiez la tendre à d’autres. L’histoire d’Azul est celle d’une femme qui passe son existence à donner aux autres, sans se poser de question. À travers ses yeux innocents mais pas naïfs, le contraste entre la Bolivie colorée et fruitée de son enfance et la triste grisaille des villes européennes est saisissant.

Federico a été un peu frustré par cette lecture. Le style de l’auteure, riche en redondances et en répétitions donne une apparence simpliste au texte. Pourtant l’histoire et les personnages sont beaucoup plus complexes qu’ils n’y paraissent. On sent bien que beaucoup d’émotions sont évoquées mais l’écriture ne les laisse qu’affleurer à la surface du livre ce qui met une certaine distance entre le lecteur et le sujet. Notre ami lapin, qui aime les romans qui le bousculent, n’est jamais vraiment rentré dans cette histoire et c’est dommage car Sœurs de miséricorde est un très beau portrait de femme, abordé avec empathie et poésie. Ce roman possède la richesse du jardin de la maison d’enfance d’Azul, mais il se tient à une distance que Federico n’a jamais franchie.

Colombe Schneck, Sœurs de Miséricorde, Stock, août 2015, 210 p.

Le cœur du problème

Un roman de Christian Oster.

2 carottes

Un homme rentre chez lui et trouve un mort dans son salon. La victime a visiblement fait une chute mortelle depuis la mezzanine, dont la rambarde est brisée. Le narrateur se rend dans la salle de bain où sa compagne est en train de prendre un bain. Sans vraiment expliquer la présence de ce cadavre qui ne lui est pas étranger, elle annonce au narrateur qu’elle part, qu’elle n’est pas en mesure de gérer cette situation et qu’il vaut mieux que ce soit lui qui s’en occupe. Dès ce point de départ, Federico n’a cessé d’être déconcerté par cet ouvrage : tout y est calme, froid et très étouffé. S’il devait créer un décor pour une adaptation, notre ami lapin opterait pour des murs blancs, un mobilier sobre et une lumière très crue de type hôpital. Les rares descriptions qui apparaissent dans l’écriture contredisent la vision de Federico mais il n’a pas pu se départir de cette impression pendant toute sa lecture.

©Editions de l'olivierTout ceci est la faute du héros de ce livre, qui se retrouve contraint de se débarrasser d’un cadavre  mais aussi de s’accommoder de l’idée que la femme qu’il aime a tué quelqu’un (probablement son amant) et qu’elle a pris le large. Les décisions qu’il va prendre à partir de là sont toutes plus étranges les unes que les autres : il semble s’attacher coûte que coûte à continuer à mener une vie normale. Non seulement pour donner le change et ne pas attirer les soupçons, mais aussi pour se convaincre lui même que la situation n’est pas si grave. En effet, et cela a grandement perturbé notre ami lapin, sa réaction est d’une étonnante froideur. Alors qu’on pourrait attendre de la panique et de la colère dont résulterait un grand n’importe quoi, notre héros va s’en tenir à la requête de sa compagne : il s’occupe du problème. Alors, certes, tout cela le perturbe un peu et il est un peu inquiet, mais pas trop.

Pour assurer ses arrières, il va jusqu’à déclarer la disparition de sa compagne à la gendarmerie. C’est là qu’intervient le deuxième personnage difficile à cerner en la personne d’un gendarme nouvellement retraité qui va s’intéresser de près au cas du narrateur. Touché par son histoire (enfin, sa version de l’histoire) il lui manifeste une attention quasi paternelle qui met le lecteur super mal à l’aise parce que ça sent le roussi quand même.

Dans ce livre, nous avons donc des personnages bizarres, dans des situations extraordinaires mais qui font comme si de rien était. C’est étrange, c’est fascinant, ça met mal à l’aise. Intrigué par ce livre, Federico a été entraîné dans l’ambiance suggérée par les réactions des personnages. Cependant, force est de constater que ce roman possède une dimension psychologique que notre ami lapin n’a pas réussi à appréhender et qu’il s’adresse a un public certainement plus pointu que votre chroniqueur.

Christian Oster, Le cœur du problème, éditions de l’Olivier, août 2015, 192 p.

Black out

Un roman de Marc Elsberg, traduit de l’allemand par Pierre Malherbet.

2 carottes

Du jour au lendemain, tout le réseau électrique européen cesse de fonctionner et les centrales nucléaires résonnent de messages d’alerte. En plein hiver, des millions de gens se retrouvent privés, non seulement de lumière et de chauffage, mais aussi d’accès à l’eau courante ; les banques n’ouvrent plus, les stations essence ne fonctionnent pas, dans les exploitations agricoles industrialisées les bêtes meurent faute de soins, et dans les grandes surfaces la pénurie alimentaire guette.

black outQue se passerait-il si notre société ultra dépendante de l’électricité s’en trouvait privée ? Marc Elsberg répond avec brio à cette angoissante question à grand renfort de détails qu’on devine très bien documentés. En confiant la narration à différents protagonistes qui ont tous un rôle plus ou moins actif dans la crise (de ceux qui la génèrent à ceux qui tentent de la résoudre, en passant par ceux qui la subissent) et en alternant leur point de vue à travers de très courts chapitres, l’auteur tisse une toile entre ces personnages. Ce procédé est très efficace et a tenu Federico en haleine jusqu’à la fin.

Le gros point faible du livre ce sont les personnages en eux-même. Les situations décrites le sont avec précision et réalisme, racontées comme si le lecteur les suivait en direct à la télévision. Mais cette narration ne laisse pas le temps à l’auteur de construire réellement les personnages. Ceux-ci n’ont pas vraiment de profondeur et s’éloignent rarement du stéréotype auquel ils sont assignés. Paradoxalement, cela est surtout vrai pour les deux personnages qui sont les plus présent dans l’histoire : le hacker qui aide officieusement les dirigeants européens et la journaliste fouille merde. Ceux-ci ont évoqué à Federico les héros du seul roman de Marc Lévy qu’il ait lu (Un sentiment plus fort que la peur, placé assez haut sur l’échelle de l’ennui). Pour le coup, ce n’est pas un compliment.

Mis à part ça, Federico a trouvé ce roman bien flippant. Il a réalisé a quel point nous étions accros à la fée électricité et que l’image romantique de la soirée aux chandelles en cas de coupure est à des années lumière de la réalité qui attend nos sociétés si cela arrive sur une grande échelle et sur une longue durée. Dans les pages de Black Out on réalise que c’est toute notre civilisation qui s’effondrerait, emportant avec elle la vie des plus fragiles. L’auteur décrit très bien le contraste entre les manifestations spontanées de solidarité et les scènes beaucoup plus déprimantes où la loi du plus fort est la meilleure quand il s’agit de survie.

Black out est un thriller technologique très efficace et qui donne matière à réfléchir, mais il reste un peu raplapla niveau casting.

Marc Elsberg, trad. Pierre Malherbet, Black out, éditions Piranha, mai 2015, 475 p.

De si jolies ruines

Un roman de Jess Walter, traduit de l’anglais par Jean Esch.

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de si jolies ruinesCe roman commence dans un village isolé de la région italienne de Cinque Terre (Federico est déjà parti acheter son billet d’avion pour cette destination choquante de beauté). Un matin, alors que Pasquale tente en vain de construire une plage pour attirer les touristes dans son hôtel, un bateau arrive, transportant avec lui la somptueuse actrice américaine Dee Moray, échappée du tournage de Cléopâtre. Cette rencontre va changer la vie du jeune italien, mais aussi celle de Dee, de Claire Silver, de Shane Wheeler, de Michael Deane, etc. Le tout, de 1962 à aujourd’hui. Ça en fait du monde ! Pourtant leurs histoires respectives s’articulent tellement bien qu’on passe de l’une à l’autre avec fluidité. Le lien entre tous les personnages n’est pas évident au début (même si on devine qu’ils sont tous connectés) mais l’auteur prend son temps et fini par construire une histoire très cohérente que Federico a eu beaucoup de plaisir à lire. Jess Walter nous parle d’amour, de mauvaises décisions, d’actes manqués, de petites erreurs, de manques de chance, et plus concrètement, du monde impitoyable du cinéma. Les héros de cette comédie humaine sont d’excellents compagnons de lecture, tout particulièrement Pasquale, dont la candeur et l’honnêteté sont irrésistibles.

Cependant, malgré un univers dans lequel il a aimé se replonger à chaque fois qu’il reprenait sa lecture, c’est avec un goût amer dans la bouche que notre ami lapin l’a achevée. Pendant tout le livre, l’auteur décortique avec bienveillance les erreurs de ses personnages mais il en commet lui-même une à la fin, et Federico ne lui pardonne pas. Après 450 pages d’une histoire faite de beaux morceaux de vie, de détails, de dialogues percutants, bref une histoire tellement crédible qu’on la croirait vraie,  Jess Walter cède aux sirènes du happy ending et bricole un joli épilogue très hollywoodien à chacun des personnages, en quelques lignes, emballé, c’est pesé. Ne nous méprenons pas, Federico n’est pas un sadique qui se délecte de voir des personnages s’embourber dans les problèmes jusqu’à une fin tragique (vous êtes quand même en présence d’un fan de Jane Austen, faut pas déconner). Seulement, notre ami lapin préfère une absence de fin à une fin comme celle-ci, qui emprisonne les personnages dans 10 pages après nous avoir permis de les côtoyer intimement dans le reste de l’ouvrage. S’il avait su s’arrêter à temps en laissant la voie ouverte à toutes les possibilités, De si jolies ruines aurait été aux yeux de Federico le roman brillant dont la presse a fait l’éloge.

C’est dommage, parce que jusqu’à la page 450, c’était vachement bien.

Jess Walter, trad. Jean Esch, De si jolies ruines, 10/18, juin 2015, 480 p.

La revanche du petit juge

Un roman de Mimmo Gangemi, traduit de l’italien par Christophe Mileschi.

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L’histoire de ce roman policier se passe en Italie, en Calabre où la mafia locale, la Ndrangheta, fait sa loi.  Alors qu’il vient d’être condamné à une lourde peine de prison, un homme menace de mort le juge Giorgio Maremmi. Alors que personne ne prend au sérieux ces paroles, le juge est bientôt retrouvé mort dans la résidence réservée au personnel du palais de justice. Son collègue et ami, Alberto Lenzi, pourtant plus réputé pour ses conquêtes féminines et son manque d’investissement, décide de prendre part à l’enquête autour de cette mort mystérieuse.

©SeuilDans ce livre, Federico a aimé l’alternance de la narration, d’un personnage à l’autre, qui fait bien monter le suspens, sème des indices et embrouille tout le monde. On a le droit au juge qui meurt au début, à Alberto Lenzi bien sûr, à des gens qui ont des soucis avec la mafia et qui vont bientôt en avoir encore plus et, le meilleur pour la fin, Don Mico chef de la Ndrangheta. Ce dernier, mourant (enfin presque) croupit en prison et même si c’est lui qui y fait la loi, il aimerait bien en sortir quitte à aider un peu les enquêteur…

Dans ce livre, Federico a aimé l’ambiance et la plongée au cœur de cette mafia un peu old school qui tient à ses valeurs (si si). Le vocabulaire utilisé, les personnages, le paysage, tout cela vient créer un cadre qui vous plonge dans cette enquête pleine de dangers et de faux semblants.

Dans ce livre, Federico n’a pas du tout aimé la place des femmes. Elle n’ont jamais la parole, mais ça l’intrigue peut le justifier et le lecteur peut accorder son pardon. Elles sont divisées en deux catégories : les vieilles épouses moches et chiantes versus les beautés incendiaires qui servent à faire joli et qu’on met dans son lit. Mais après tout, nous sommes en Italie, terre de machos, on peut excuser.

Sauf qu’il y a une scène qui a fait passer à Federico l’envie de pardonner et d’excuser. Dans le passage en question notre héros bon vivant décide qu’il est temps pour une de ses jolies collègues d’arrêter de lui résister. Cette femme est une merveille de la création, il est évident qu’elle aime être désirée. C’est lui qui le dit. On ne peut que lui faire confiance puisque comme dit plus tôt, le livre ne donne jamais la parole aux personnages féminins. Le juge plaque donc la donzelle au mur. Malgré ses vagues protestations (répéter « non » à plusieurs reprises, c’est quand même super ambigu, c’est peut-être juste un « oui » maquillé. Dans le doute notre héros préfère prendre ça pour un oui) il est évident que la jeune femme brûle de désir. Tandis qu’elle continue à dire non, Alberto réfléchi à ce qu’il fait. Après tout et aussi dingue que ça puisse paraître, peut-être qu’en disant « non » elle pense « non ». « Ne serais-je pas en train de commettre une agression sexuelle manifeste ? » se demande-t-il. Et puis non en fait, elle ne se débat pas, ne donne pas de coups d’ongles, ne mord pas : par conséquent c’est qu’elle ne se sent pas agressée. Son petit tribunal intérieur continue à délibérer sur quelques lignes avant de déclarer le prévenu innocent, parce que bon, un morceau pareil, ce serait dommage de ne pas y goûter. Pendant ce temps, la jeune fille continue à dire « non » mais finalement notre héros fini par la convaincre du bien fondé de sa démarche en mettant les doigts dans sa culotte. Franchement, pas de quoi en faire tout un plat de carottes râpées.

Federico va se gêner. L’auteur a peut-être voulu décrire la vérité toute nue, mais au final cette scène est dépourvue de toute prise de recul et a rappelé une certaine vidéo sur le viol qui vous explique que c’est un des fantasme secret des femmes. Federico n’est qu’un lapin mais il se permet de remettre en question cette affirmation des plus hasardeuses.

Votre chroniqueur, seul juge de ce blog a donc rendu son verdict : à cause de ce gros dérapage et d’autres petits disséminés dans ce livre, la vengeance du petit lapin s’abat sur la note.

Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge, Seuil, avril 2015, 352 p.

À l’aide, Jacques Cousteau

Un roman de Gil Adamson, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

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©10/18Décidément, Gil Adamson et Federico ont du mal à devenir les meilleurs copains du monde. Notre ami lapin vous avait parlé de La Veuve il y a quelques mois de cela et de son quart de déception. Avec À l’aide, Jacques Cousteau, l’auteur ne convainc Federico qu’à 75 %, encore une fois. Ces statistiques tarabiscotées ne veulent pas dire grand chose si ce n’est qu’en lisant ce livre, il était souvent enthousiaste mais aussi parfois complètement paumé.

Ce livre est en effet très déconcertant. C’est une suite de moments volés dans l’intimité de la famille de Hazel, que nous suivons de l’enfance à l’entrée dans l’âge adulte. Le lecteur n’a pas vraiment le temps d’entrer dans l’ambiance d’un moment que déjà on passe à l’autre. Pour ceux qui ont vu Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le magnifique film de Michel Gondry, vous vous souvenez peut-être que les souvenirs du héros surgissent au hasard, sans vraiment de transition et avec l’ordre chronologique comme seul lien logique. Federico a eu la même impression avec ce livre. C’est donc une lecture agréable mais on a quand même l’impression que ça n’a ni queue ni tête. De plus, les moments que nous surprenons sont parfois très intimes et Federico se sentait alors un peu gêné d’y faire irruption.

Pour Federico, ce roman très court qui l’a accompagné pendant son séjour à Venise (pour la seule raison que c’était un des moins lourds de la pile de livres en attente) fait figure d’ovni : bien écrit et bienveillant avec ses personnages un peu bizarres mais en même temps désespérément normaux, mais qui ne semble aller nulle part et ne se finir que parce qu’un livre ne peux pas ne jamais s’arrêter.

Avis aux fans de Jacques Cousteau : celui-ci ne fait qu’une très brève apparition via la télévision qui trône chez Hazel. Un conseil donc, ne vous jetez pas sur ce livre !

Gil Adamson, À l’aide, Jacques Cousteau, 10/18, juin 2014, 164 p.