Tout n’est pas perdu

Un roman de Wendy Walker, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau.

1 carotte

Attention ! Federico n’a pas aimé ce livre et n’a aucune envie de vous inciter à le lire, et donc par conséquent, il n’a aucun scrupule à vous dévoiler des éléments clés de l’intrigue. Vous voilà prévenus.

tout n'est pas perduFederico n’aime pas les thrillers, mais pourtant il essaie. Vraiment. Il s’est lancé tout frétillant dans la lecture de Tout n’est pas perdu, roman qu’on lui a présenté comme un phénomène à la hauteur de Les Apparences (que votre chroniqueur avait beaucoup aimé pour le coup, comme quoi, tout n’est pas perdu, huhuhu !)

C’est l’histoire d’une adolescente américaine violée lors d’une fête, qui va subir un traitement spécial, réservé aux militaires souffrant de stress post-traumatique, pour effacer tout souvenir de ce crime atroce. Le lecteur n’a pas cette chance et aucun détail du viol ne lui est épargné. Federico était donc assez mal à l’aise dès le départ. Mais puisqu’on lui avait promis une intrigue passionnante et un dénouement diabolique, il a bien voulu poursuivre sa lecture. C’est Alan Forrester, un psychologue qui nous raconte l’histoire de Jenny Kramer et de sa famille. Il la connaît bien puisque c’est lui qui commence à suivre la jeune fille après qu’elle ait fait une tentative de suicide. Et oui, effacer les souvenirs c’est bien joli, mais le corps a une mémoire et lui, il n’a rien oublié. Ce psychologue va donc essayer de retrouver les souvenirs effacés afin de reconstituer la mémoire de sa patiente et aider les autorités à retrouver le coupable. Alan suit aussi les parents de la victime et découvre de lourds secrets qui n’attendaient que ce drame pour leur exploser au visage. Hors du cabinet, l’enquête se poursuit, piétine et des suspects vont émerger. Alan ayant accès aux secrets et aux confidences de chacun, il va découvrir que la vérité pourrait le mettre en danger.

Sur cette base, l’auteur construit brillamment, et avec une excellente maîtrise de la digression, l’histoire de la manipulation que va orchestrer ce psychologue un peu plus louche à chaque chapitre. Cet homme a hautement conscience de son pouvoir sur l’esprit de ses patients et va en abuser, dans leur intérêt au début, puis le sien.

Suspens, suspicion…

Mais finalement, non, au dernier moment, l’auteur balaie la toile d’araignée qu’il a solidement construite d’un revers de manche, et, de cette même manche, sort un psychopathe. C’est lui qui a tout fait, par ce que c’est un méchant psychopathe et qu’il avait plein de raisons tordues pour faire ça. L’auteur essaie bien de nous faire croire que tout cela a du sens, que tout est lié et qu’il a vraiment un esprit super diabolique mais Federico n’a pas été convaincu. La fin du livre joue beaucoup sur la sympathie que le lecteur éprouve pour Alan, mais notre suspicieux lagomorphe n’a jamais ressenti autre chose que de la gêne à son égard. Même les révélations finales n’ont pas suffit à titiller l’empathie de Federico.

Wendy Walker, Tout n’est pas perdu, Sonatine, mai 2016, 345 p.

Putain

Un roman autobiographique de Nelly Arcan.

1 carotte

Au commencement, ce livre avait 3 carottes.

La narration était limpide et franche, l’écriture bien tournée, embarquant Federico dès les premières lignes dans des phrases immenses (s’étalant souvent sur plusieurs pages) dans un récit outrageusement déstabilisant qui a fait couler beaucoup d’encre lors de sa parution. Car Nelly Arcan fait dans Putain le récit intérieur d’une jeune prostituée retranchée dans son être autant que dans sa chambre d’hôtel en haut de sa tour du centre-ville de Montréal. Crue, sans pudeur ni illusion, l’auteure développe un œil tristement analyste et nous fait douter des frontières entre sa réalité et la fiction, puisqu’elle fut elle-même escort lors de ses études en littérature. Elle parle aussi beaucoup du suicide ; c’est embarrassant car on sait comment ça finit

Puis, ce livre est tombé à 2 carottes.

putain-nellyarcanCar, de plus en plus, Federico avait la nette impression que la narratrice (ou l’auteure) prenait le lecteur pour son psy. Elle ne s’arrêtait plus de ressasser les mêmes affaires, éternisant ses réflexions sur sa putasserie (comme elle aime à répéter ce mot), et remplissant des pages et des pages sur sa mère puis son père, son père encore et sa mère de nouveau, rabâchant continuellement les mêmes obsessions œdipiennes. Notre ami lapin fut bien content d’arriver à la fin de cette litanie !

Mais il ne reste plus qu’une carotte au compteur…

Car, en écrivant sa critique, Federico réalise ne pas avoir un très bon souvenir de cette lecture, finalement décevante, voire agaçante. Cet épanchement intimiste et égocentrique l’a au bout du compte épuisé et lassé, les propos touchants et intéressants ne pesant finalement plus grand-chose au regard de cette sordide et longue confession.

Et puis il y a certainement aussi cette vision insupportable de la femme et de son image qui déplait férocement à Federico et que Nelly Arcan entretient : dans ses mots, la femme est comme un bout de viande victime de sa condition de bout de viande, une fatalité qui serait en définitive dans l’ordre des choses… Eurk.

Nelly Arcan, Putain, Éditions du Seuil, 2001, 190 pages

Les fugueurs de Glasgow

Un roman de Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

1 carotte

Vous ne le saviez certainement pas (parce qu’il n’en n’a pas pas parlé ici) mais Federico a déjà lu un roman de Peter May, L’île du serment, il y a quelques mois et il l’avait beaucoup aimé. L’histoire, l’ambiance et les personnages : tout l’avait séduit dans ce polar mélancolique sur fond de quête des origines.

les fugueurs de glasgowAussi, en commençant Les fugueurs de Glasgow, notre lapin était plus qu’enthousiaste et les premiers chapitres l’ont maintenu dans cet état. L’histoire est celle d’un groupe d’amis originaires de Glasgow qui vont fuguer vers Londres. Une première fois en 1965, alors qu’ils ont 17 ans et des rêves plein la tête. La deuxième fois, cinquante ans après, afin de respecter les derniers volontés de l’un des leurs qui est en train de mourir d’un cancer. Ce dernier veut les conduire sur les lieux où leur vies ont été irrémédiablement changées afin de leur révéler la vérité sur un crime commis cinquante ans plus tôt.

Peter May excelle à créer une ambiance qui change d’une époque à l’autre. On ressent très bien l’exaltation des ados en fuite : leur motivation et leur moral jouent au yoyo au fil des tuiles qu’ils doivent affronter (et pas des moindres) mais aussi des rencontres qu’ils font (l’amûûûûûr, le vrai, le seul, le dégoulinant, entre autres). Le ton est radicalement différent quand il s’agit de retrouver nos héros cinquante ans plus tard. La mélancolie et l’amertume sont de mises car ils ont tous plus ou moins raté leur vie et n’ont d’autre perspective que leur fin prochaine. Ces sentiments dominants sont pourtant souvent nuancés par la joie de partir à l’aventure alors qu’ils n’attendaient plus rien de la vie.

Donc tout allait bien jusqu’à ce que, patatras, notre ami lapin cesse d’aimer ce livre. Cela n’est pas arrivé aussi brutalement qu’il n’y paraît. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme par exemple l’histoire d’amour entre le narrateur et une jeune femme qui est racontée avec autant d’originalité que dans un roman pour ados pas trop regardants. Malheureusement, cela ne s’arrête pas là : dans la deuxième partie du livre, Federico est resté de marbre face aux situations les plus chargées en émotions à cause de la platitude de leur description. La palme est décernée au dernier chapitre, celui où la vérité éclate, qui a vaguement rappelé à notre ami lapin l’époque où il regardait les feuilletons de l’été de TF1 chez sa mamie. Cette fin vient porter le coup de grâce au roman, d’autant plus qu’au regard du reste du livre, elle n’était pas vraiment nécessaire. Federico a eu l’impression qu’elle n’était là que pour justifier la présence du livre dans une collection policière.

C’est vraiment dommage parce que ce roman aurait pu être un beau double road trip avec des personnages qui se demandent d’où ils viennent et où ils vont. Heureusement que l’écriture de Peter May reste agréable malgré les faiblesses du scénario, cela a grandement aidé Federico a poursuivre sa lecture jusqu’à la fin !

Peter May, trad. Jean-René Dastugue, Les fugueurs de Glasgow, éditions du Rouergue, septembre 2015, 332 p.

Quand Federico se force à lire…

… c’est rarement pour le meilleur.

Notre ami lapin n’est pas un lecteur patient ou compréhensif. Il peut suffire d’une phrase un peu maladroite au détour de la page 4 pour que Federico rejette un livre avec une moue dédaigneuse. Beaucoup de livres ont connu ce sort peu enviable.

Parfois pourtant un quelque chose dans l’écriture ou l’influence de critiques dithyrambiques peuvent l’inciter à poursuivre une lecture alors qu’il n’est pas plus convaincu que ça. Et parfois il s’en mord les pattes. Exemples.

L’île du Point Némo, de Jean-Marie Blas de Roblès

1 carotte

©ZulmaC’est typiquement le genre de livre qui commence super bien avant de se barrer en cacahuète mais que Federico a lu jusqu’au bout parce que le début était bien et que tout le monde semble l’adorer. Non ! Pas tout le monde ! Notre ami lapin, lui, n’a pas aimé. Il a lu ce livre, certes bien écrit, sans comprendre où on l’embarquait. L’île du Point Némo raconte le périple entrepris par des aventuriers tout droit sorti d’un Jules Verne pour retrouver… euh… un truc (Federico a déjà oublié), en parallèle on suit la vie d’une fabrique de cigares reconvertie en usine de tablettes numériques, enfin, de temps en temps on découvre, médusé, les dernières péripéties sexuelles d’un couple frappé d’impuissance. Tout ça est mélangé dans un roman foisonnant et plein d’inventivité. L’auteur s’amuse avec les conventions du roman, le pacte de lecture est haché menu : le lecteur n’a qu’à s’adapter. Les personnes qui ont aimé ce roman ont certainement adoré abandonner tous leurs repères en lisant ce livre qui célèbre la capacité d’une histoire à libérer les hommes. Federico n’a juste rien compris. Quand il a atteint la fin de ce voyage halluciné, il était vraiment perdu et surtout très déçu, il avait envie de dire « Hein ? Quoi ? Qu’est-ce ? ». Ce n’est pas une sensation facile à décrire avec des mots. Essayons avec une image :

source / reactiongifs.com

Voilà, c’est clair non ? (merci Maraouté pour ta participation)

La maison du loch, de Patrica Wentworth, traduit par Élisabeth Kern

1 carotte

©10/18Ce livre avait en apparence tout pour plaire à Federico : une intrigue policière au XIXe siècle, une héroïne en danger qui ne se laisse pas faire et une réflexion intéressante sur la place de la femme dans la société de l’époque. Bref, le résumé vendait du rêve. Malheureusement, ce dernier ne s’est pas réalisé. Patricia Wentworth nous raconte l’histoire d’une jeune femme sans le sous qui trouve une place de dame de compagnie auprès d’une vieille bourgeoise. Ce qu’elle ignore c’est qu’elle est l’héritière d’un oncle fortuné et que cet emploi providentiel est en réalité un piège destiné à la faire disparaître pour que sa cousine touche le pactole. Pour parvenir à leurs fins les méchants l’embarquent l’air de rien dans leur maison sur un loch super menaçant. Cela ne vous semble pas clair ? Ce n’est pas grave, lisez les premiers chapitres du roman et vous aurez le plan diabolique des méchants dans son détail. La seule qui n’est au courant de rien c’est évidemment l’héroïne qui passe donc le roman à se poser trente fois la même question et à se demander si oui ou non elle doit épouser son ami super riche. Dans les trois premiers quarts du livre, il ne se passe pratiquement rien. Les personnages ont chacun un trait de caractère et un comportement type (la vieille qui critique tout, la femme de ménage du cru rongée par la superstition, le fils lourdingue, l’héroïne qui se pose des questions et qui a des vapeurs, etc) reproduit à l’infini. L’action se résume à quelques rendez-vous secrets au clair de lune et une course poursuite en barque. Le mystère est vainement créé par des volets qui grincent et un diplodocus qui fait de la natation dans le loch.

Bref, arrivé aux trois quarts du livre, notre ami lapin faisait cette tête là :

source : reactiongifs.com

Malgré tout, plutôt que de reposer le livre pour ne plus jamais le rouvrir, Federico a décidé de le parcourir en diagonale, juste pour voir comment il se termine (et aussi parce qu’il était en voyage à ce moment là et qu’il n’avait rien d’autre sous la patte). Eh bien il n’a pas été déçu… C’est du grand n’importe quoi ! C’est facile de balancer ce jugement comme ça, sans apporter de preuves, mais Federico ne voudrait pas vous gâcher le plaisir de lecture. Hé hé hé !

Si malgré tout, vous brûlez d’envie de courir chez votre libraire, voici quelques informations bibliographiques :

Jean-Marie Blas de Robles, L’île du Point Némo, Zulma, août 2014, 464 p.

Patricia Wentworth, traduction de Elisabeth Kern, La maison du loch, août 2012, 384 p.

Trente-six chandelles

Un roman de Marie-Sabine Roger.

1 carotte

De Marie-Sabine Roger, Federico a aimé La théorie du Chien Perché, brillant recueil de deux nouvelles sur le handicap, touchant et drôle. Des précédents romans de Marie-Sabine Roger, Federico n’a entendu que du bien.

Du dernier roman de Marie-Sabine Roger, Federico va vous dire du mal.

©Le RouergueLe pitch est pourtant sympa : le héros, Mortimer, est victime d’une malédiction familiale qui veut que tous les mâles meurent le jour de leur trente-sixième anniversaire. C’est comme ça chez les Décime depuis des générations et des générations. Prévoyant, Mortimer n’a rien laissé au hasard pour que sa mort se passe sans encombre : appartement rendu, démission donnée, il a même enfilé son costume. C’est bien simple : il est prêt à être enterré. Sauf qu’arrivé au soir de son trente-sixième anniversaire, il faut se rendre à l’évidence : il n’est pas mort. Oui, mais pourquoi ?

La quatrième de couverture (la fourbe !) nous indique que passé l’étonnement de sa non-mort, Mortimer se retrouve dans une situation unique pour lui : continuer à vivre sans savoir quand sera la fin. Sauf que dans le livre, Mortimer met un temps infini à continuer à vivre. Déjà il nous explique en long en large et en travers les tenants et les aboutissants de la malédiction familiale. C’est long. Et après il nous raconte sa vie d’avant ou plutôt comment il a choisi de ne pas vivre pour mieux accepter la mort. Et comment il a laissé partir l’amour de sa vie. C’est long aussi.

Dit Marie-Sabine, il commence quand ton livre ?

Eh ben, justement, il ne commence pas. On reste englué dans le pitch de départ pendant 90 % de la lecture. Alors au début c’est marrant, les personnages sont sympas et originaux, les bons mots fusent. Mais rapidement on tombe dans le cliché, les personnages ne s’épaississent pas, l’histoire tourne en rond, devient prévisible. Arrivé au 10 % de la fin, on passe en mode guimauve et morale à deux balles : « il faut vivre ses rêves, suivre l’amour jusqu’au bout du monde et courir dans des prairies » [insérer un poney arc-en-ciel ici]

Alors oui, Federico est dur, mais il ne fallait pas l’habituer à de la qualité, lui promettre du très bon et lui servir cette gentille histoire un peu creuse.

Marie-Sabine Roger, Trente-Six Chandelles, éditions du Rouergue, août 2014, 277 p.

La séance

Un roman de John Harwood, traduit par Danièle Mazingarbe.

noté 1 sur 4

Quand Federico emprunte un livre et qu’il sent que la lecture ne va pas aboutir à grand chose, il l’interrompt rapidement. En revanche, quand notre ami lapin investit dans le papier, il se dit que quitte à avoir un livre dans sa bibliothèque, autant l’avoir lu jusqu’au bout. Avec l’indiscutable qualité de l’écriture, c’est la seule raison que Federico invoquera pour avoir lu cet étrange ouvrage en entier.

Encore une fois, on se demande ce qui a traversé l’esprit de la personne en charge du résumé de quatrième de couverture. Voyez plutôt :

©Pocket« Wraxford Hall, dans le Suffolk… Le vieux manoir anglais surplombe un pays noir et sinistre qu’aucun braconnier n’approche. Qui y croise le fantôme du moine, dit-on, ne vivra pas pour le raconter. Comme Cornélius, l’alchimiste, et son neveu Magnus, morts tous deux en d’étranges circonstances. Ou Eleanor Unwin et sa fille, qui ont mystérieusement disparu.
Janvier 1889. Constance Langton, jeune orpheline londonienne, est contactée par un avocat. Des parents éloignés lui ont laissé un héritage inattendu : Wraxford Hall. Charge à elle d’en dissiper les brumes et d’en lever les mystères… »

Bon, jusque là, tout va bien. En lisant cela, Federico s’attendait à suivre la jeune Constance dans cette mystérieuse demeure et découvrir avec elle ses affreux secrets. Et bien non, pas du tout. Si Cornélius Waxford disparaît dans la première partie de l’ouvrage, il faut attendre la page 250 pour que Eleanor, Magnus et la petite Clara se décident à faire de même. Quand à Constance, elle ne prend le chemin de Wraxford Hall que vers la page 320 de ce livre qui en compte… 416 ! Un grand merci au rédacteur de ce résumé qui nous permet de connaître les trois quart du livre avant d’en commencer la lecture. Super. Gé-nial !

Il faut néanmoins reconnaître que le résumé ne peut pas être le seul coupable dans cette entreprise littéraire ratée. Pourtant, Federico était plutôt bien parti, emballé qu’il était par la fluidité du style et par le récit de l’enfance de Constance. Délaissée par sa mère qui ressasse en permanence le décès de son autre fille, la jeune femme décide de la conduire à une séance de spiritisme afin de l’aider à faire son deuil. Malheureusement, le récit délaisse bien vite cette piste intéressante pour nous conduire sur les traces de Cornélius, Magnus et Eleanor et nous raconter leur vie par le menu jusqu’à leur mystérieuse disparition. En résultent des passages sans intérêt aucun, qui sèment des vraies fausses pistes et qui, au lieu de captiver notre ami lapin, l’ont plongé dans un état assez proche de l’ennui. La quatrième de couverture (encore elle), s’appuie sur les critiques d’éminent magazines pour nous assurer d’une lecture délicieuse, ensorcelante et pleine d’énigmes. Federico a surtout eu l’impression d’être totalement laissé pour compte dans cette affaire, comme si ce n’était pas à lui que l’histoire était racontée et qu’il n’en était qu’un lointain spectateur. À aucun moment il ne s’est senti concerné par le destin des personnages.

Federico a été au bout de ce livre car il espérait que les ressorts de l’intrigue, quand ils seraient révélés, apporteraient du sel à cette lecture sans saveur. Nenni. C’est un quidam sorti de nulle part qui révèle une bonne partie du pot aux roses lors d’une excursion fantaisiste et bâclée au manoir. Le reste, ce sont les certitudes hasardeuses de Constance qui en viennent à bout.

Quel était le but de tout cela ? Nous divertir ? Dans le cas de notre ami lapin, c’est raté.

John Harwood, La Séance, Pocket, octobre 2013, 416 pages

Bad Ass, tomes 1&2

Deux bandes dessinées de Herik Hanna, Bruno Bessadi et Gaétan Georges.

Tome 1 : Dead End

noté 3 sur 4

© Delcourt, 2013 Dans le tome 1, le héros s’appelle Dead End et c’est un super-vilain qui écume les rues de Roman City en laissant derrière lui quelques gouttes de sang et autres dents cassées. Justicier uniquement pour sa pomme, il extermine autant les mafieux locaux que les super-héros (ceux qui défendent la veuve et l’orphelin)… Alors que Dead End se déchaine dans un flot d’hémoglobine et de bons mots, on découvre en parallèle son passé, alors qu’il n’était que Jack Parks, adolescent pustuleux, maladroit et souffre-douleur de son lycée.

Bad Ass est un comics savoureux au rythme endiablé. C’est son humour particulièrement noir qui a séduit notre ami lapin ! Les actions s’enchaînent avec efficacité et nous tissent un portrait complet de cet adolescent assez peu moral qui, après avoir été dangereusement lynché par ses persécuteurs, s’est vu doté d’un pouvoir extraordinaire : troquer sa laideur et sa malchance pour un charisme et une assurance à toute épreuve. Quant à sa rancœur et sa méchanceté, il les a conservées…

Les codes du comics sont ici revisités à la française, d’un point de vue à la fois admirateur et narquois qui prend plaisir à s’approprier ce genre adulé aux États-Unis. Très divertissante, la lecture de Bad Ass fait immanquablement penser aux films de Quentin Tarantino par son impolitesse, ses exagérations, ses dialogues acérés, et avec le second degré nécessaire pour prendre du recul face à la violence mise en scène. Ce premier tome fut donc pour Federico une approche plaisante et, surtout, originale des histoires de super-héros.

… Jusqu’à ce qu’arrive le deuxième tome…

Tome 2 : The Voice

noté 1 sur 4

badass2Le deuxième tome a laissé notre ami lapin dubitatif quant à l’efficacité de l’histoire de Sophie, super-vilaine appelée The Voice.

Dans ce tome, on ne retrouve pas le suspens qui fonctionnait plutôt bien dans le premier : celui de découvrir au fur et à mesure le passé du héros, en quoi consiste son pouvoir et se qu’il cache derrière son masque. Pour The Voice, il est évident dès les premières cases que l’héroïne, Sophie, a la faculté de lire dans les pensées et de dicter sa volonté à n’importe qui, en plus d’être véritablement cinglée, perverse et insensible. Peu bavarde, Sophie ne nous régale pas des dialogues percutants qui avaient fait mouche dans Dead End, et il y a très peu d’évolution de son personnage qui nous est présenté uniquement comme une petite fille puis une jeune femme à la folie dangereuse et injustifiée. De plus, le scénario se ficelle beaucoup moins habilement, donnant l’impression de vouloir accumuler le maximum de scènes violentes et malsaines pour satisfaire un public en quête de gore et d’une héroïne sexy…

Moins réussi au niveau du scénario et de la construction des personnages, The Voice insiste trop sur la provocation et l’immoralité, deux éléments qui n’était pourtant pas les seuls atouts du premier tome de Bad Ass, dommage.

Bad Ass, tome 1 : Dead End & tome 2 : The Voice, Herik Hanna, Bruno Bessadi et Gaétan Georges, Delcourt, 2013

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde

Un roman ado de Philippa Gregory.

noté 1 sur 4

Que dire d’une intrigue policière lorsqu’on a trouvé la soluce à la moitié de l’enquête ? Et que dire d’un héros beau et intelligent (et aux origines mystérieuses), qui rencontre une princesse belle et intelligente (et déshéritée par son méchant frangin) ? Pour le récit original et la profondeur des personnages, on repassera…

© Gallimard jeunesse, 2013Déjà, les convocations mystérieuses dans les bas-fonds humides par des encapuchonnés moyenâgeux, ça sent le complot et la société secrète… pas la tasse de thé de notre ami lapin. Du tout. Mais passé cette mise en bouche qui ne donnait pas vraiment faim, l’intrigue se déroule principalement dans un couvent, en Italie, où Luca Vero (un moine novice de 17 ans) est envoyé pour enquêter sur la mystérieuse folie des religieuses. Tout semble mettre en cause Isolde, la nouvelle abbesse, jeune princesse à la magnifique chevelure blonde qui a fait le choix du couvent plutôt que d’épouser un prince lubrique.

Comme il vous l’a dit, Federico a trouvé le coupable très vite, ce qui rend assez agaçante la crédulité de Luca qui a beau être canon (parce qu’avoir les yeux bleus est un gage indéniable de beauté…), est également affublé de formidables œillères (sauf pour voir les jolies religieuses et culpabiliser un peu, rapport à ses vœux de chasteté). Luca est accompagné d’un serviteur, Freize, le rigolo de service, ainsi que d’un clerc, Pietro, qui lui sert de secrétaire et de comptable, c’est toujours utile quand on chasse les démons !

Alors que le premier chapitre parle de mathématiques et des infidèles qui menacent la chrétienté, toute la suite du roman ne revient que très peu là-dessus. Ce premier chapitre ne semble être là que pour justifier l’intrigue un peu louche : un modeste moinillon est mandaté par le Vatican pour enquêter sur des faits étranges. Difficile d’y croire… Dommage, car l’aperçu du Moyen Âge, sans être convaincant, n’est pas totalement irréel, en l’occurrence sur l’importance de la religion et la place des femmes (soit épouses, soit nonnes). Mais malgré tout, ces efforts sont torpillés par les personnages caricaturaux qui forment les couples attendus : le beau mec avec la jolie nana, le serviteur rigolo avec la servante maure (chacun reste à sa place et les clous sont bien gardés !).

Une fois qu’il a résolu le mystère du couvent, Luca se rend dans un village où il doit déterminer si le loup-garou capturé doit être abattu. Là encore, à peine « l’enquête » commencée, on comprend le nœud du problème. En fait, tous les faits et gestes relatés dans l’histoire sont des énormes indices ! Avec cette absence de suspense trépidant, le texte n’est pas non plus aidé par son découpage très inégal : trois ou quatre chapitres à rallonges. Malgré tout, le roman se lit assez vite, mais ne brille pas par une narration exemplaire : l’histoire est plutôt mal racontée, avec beaucoup de redites, les dialogues sont assez pauvres et irréalistes, le tout dans une mise en scène parfois ridicule et une approche historique un peu trop légère… Bref, beaucoup de pages pour pas grand chose.

Alors qu’il ne pensait pas avoir détesté le roman, notre ami lapin se rend compte maintenant que cette lecture fut assez insipide et agaçante quant au manque flagrant d’originalité dans l’intrigue et les personnages, assez pour ne certainement pas avoir envie de se jeter sur la suite lorsqu’elle sortira.

Hérétiques, tome 1 : Le mystère Isolde, Philippa Gregory, traduit de l’anglais par Alice Marchand, Gallimard Jeunesse, 2013, 320 pages

Citrus County

Un roman de John Brandon, traduit par Denyse Beaulieu.

noté 1 sur 4

La quatrième de couverture de ce livre promet une grosse claque littéraire. Federico n’a senti qu’un vague courant d’air.

©LGFCitrus County est un roman noir dont le titre évoque une région de la Floride sans palmiers mais avec des moustiques. Il n’y a rien, absolument rien à y faire et l’ennui le plus mortel s’insinue partout. Chez les héros du roman, cet ennui est devenu un poison qui assombrit leur esprit et leur donne des idées bien flippantes, de la délinquance à la planification d’un meurtre.

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman, donc inutile d’aller plus loin dans le résumé. Shelby, Toby et M. Himba, respectivement nouvelle élève, petit délinquant et professeur d’histoire géo passent beaucoup de temps à réfléchir sur eux mêmes. Ils se demandent tous ce qu’ils font là, comment ils pourraient s’en sortir, veulent-ils s’en sortir, méritent-ils de s’en sortir. De ces questions nait une ambiance assez lourde qui a mis notre ami lapin un tantinet mal à l’aise. Force est de reconnaître que ces personnages sont très bien décrits, et apparaissent dans toute leur complexité : malgré leur côté tordu et assez antipathique, ils dégagent une étrange lumière. Une lumière sombre, grisâtre mais en même temps un peu aveuglante. C’est un peu tiré par le pompom, mais notre ami lapin ne la décrirait pas autrement.

Même s’il l’a lu plutôt vite, Federico n’a pas dévoré ce livre parce qu’il le passionnait mais plutôt parce qu’il était curieux de voir comment cela allait mal se terminer. Ses attentes ont été assez déçues, même si a la fin il n’en restait plus grand chose : son intérêt, assez prononcé au départ, s’est amenuisé de pages en pages. Ce livre est objectivement bien écrit, construit intelligemment, mais il a laissé Federico perdu en pleine Floride.

John Brandon, Citrus County, Le Livre de Poche, novembre 2013, 312 p.

Le cycle de Fondation (1/2)

Cinq romans d’Isaac Asimov.

Après s’être délecté de La Horde du contrevent, Federico s’est lancé dans la lecture du pilier de la littérature de science-fiction qu’est le cycle de la Fondation de l’incontournable Isaac Asimov.

Eh bien c’était cool, et en effet « incontournable » pour qui s’intéresse à la science-fiction. Mais notre ami lapin doit toutefois préciser que son intérêt pour ces livres a été progressif, vous pouvez en juger par la notation du Cac Carotte : seulement 1 carotte pour le premier tome, 2 carottes pour les deux suivants, et 3 carottes pour les deux derniers.

Fondation

noté 1 sur 4

© FolioFondation, le premier tome, a été une lecture un peu laborieuse pour Federico, et ce pour une seule raison : notre ami lapin venait de terminer La Horde du contrevent, une intense et magnifique épopée à l’écriture extrêmement travaillée. Il est passé d’une perfection littéraire (oui oui) à un recueil de nouvelles SF publiées en feuilleton dans des magazines des années 1950. Autant dire un grand écart.

Federico sait qu’il ne doit pas être trop dur (Asimov était à ses débuts un vulgarisateur scientifique, pas un écrivain, et on n’attend pas de la grande littérature dans la « pulp fiction ») mais voici ce qui est : le premier volume du cycle de Fondation est vraiment très mal écrit. Sujet-verbe-complément. Du coup, ce n’est pas très facile à lire (étrangement) pour peu qu’on soit un grand lecteur. Pour tout dire, notre ami lapin était sur le point d’abandonner, mais la personne incitatrice de cette lecture a planqué tous les autres livres alentours, donc Federico s’est accroché, et il en est content aujourd’hui.

Mais de quoi ça parle au fait ?

© Folio20 000 ans après notre ère, l’être humain a conquis la galaxie. Il existe des millions de mondes habités régis par l’Empire qui siège sur la ville-planète Trantor. Un érudit, Hari Seldon, crée la science de la « psychohistoire » qui consiste à prévoir l’avenir de la galaxie à travers l’étude des comportements humains à l’échelle de milliers d’individus. C’est ainsi que Hari Seldon prévoit la chute de l’Empire dans les siècles à venir, et une période sombre de conflits et de barbarismes pour les 10 000 ans qui suivront. Afin de réduire cette période à 1 000 ans seulement, il crée la Fondation, une congrégation de scientifiques envoyés sur Terminus, une planète isolée aux limites de la galaxie, afin qu’ils y rédigent l’Encyclopedia Galactica qui rassemblera toutes les connaissances humaines.

Ceci est le pitch de base, mais l’histoire évolue au fil des tomes, de mieux en mieux selon Federico. Mais on va dire que, pour les trois premiers tomes, c’est d’actualité. Au passage, il faut préciser que, dans tout le cycle, chaque histoire fait un bond dans le temps, parfois de 30 ans, parfois de plusieurs siècles.

Fondation et Empire & Seconde Fondation

noté 2 sur 4

Notre ami lapin a davantage apprécié ces tomes car : 1. ils sont mieux écrits, et 2. deux des héros sont des héroïnes.

© FolioEn effet, l’évolution de l’écriture est flagrante : les phrases sont plus longues et il y a davantage de descriptions des décors, des situations et des personnages. Ainsi, l’intrigue tient davantage en haleine, car on s’attache mieux aux personnages, mais aussi parce que l’univers des livres nous apparait alors plus dense et plus complexe, et tout simplement parce qu’il y a du suspens, c’est tout bête.

Il y est toujours question de la Fondation, mais aussi de la chute progressive de l’Empire, puis d’un individu perturbateur qui n’était pas prévu dans les prédictions de Hari Seldon (également appelées « plan Seldon ») : le Mulet, un être difforme doué de pouvoirs psychiques. Enfin, on en apprend peu à peu davantage sur la Seconde Fondation, un autre groupe créé par Hari Seldon qui semble œuvrer dans l’ombre. Parmi les personnages principaux, on trouve donc Bayta Darell, une jeune femme qui va sauver la galaxie, puis sa petite fille, Arcadia Darell, une adolescente de 14 ans à la langue bien pendue. Federico a trouvé que toutes-deux étaient comme un vent d’air frais dans le cycle.

Federico vous parle de la suite ici.

Fondation, (version originale parue 1951), Folio SF, 416 pages

Fondation et Empire, (version originale parue 1952), Folio SF, 432 pages

Seconde Fondation, (version originale parue 1953), Folio SF, 432 pages

Marathon critique, encore

Pas à la hauteur, pas passionnant, pas assez long, pas courageux… Voici les diverses raisons pour lesquelles Federico n’a pas écrit un vrai article pour les ouvrages suivants. Ce n’est pas grave, un petit marathon critique, c’est bien aussi !

Indigo

Catherine Cusset, Gallimard, janvier 2013, 320 p.

noté 2 sur 4

indigoAprès avoir entendu les meilleures choses sur cette auteure, Federico s’est avidement jeté sur son nouvel ouvrage. Le fait que l’action ait lieu en Inde, pays qui intéresse plutôt notre ami lapin, participait à son enthousiasme. Malheureusement, celui-ci s’est évanoui dès les premières pages. Non pas que le livre soit mal écrit, les personnages mal dépeints ou l’histoire pas intéressante. Au contraire, cette parenthèse indienne dans le quotidien de héros bien différents qui arrivent tous avec leurs failles et repartent changés à jamais est bien menée. Mais jamais Federico n’a réussi a aimer ce livre autant qu’il aurait voulu. Pire, la lecture fut longue et un peu forcée, en attendant une étincelle qui n’est jamais venue.

Un sentiment plus fort que la peur

Marc Levy, Robert Lafon, février 2013, 440 p.

noté 1 sur 4

Parce qu’il ne faut pas mourir idiot, Federico a lu son premier Marc Levy. De part sa réputation d’auteur utilisant les même ficelles depuis 14 livres, Marc Levy n’avait jamais fait les yeux doux à notre rongeur. Après une lecture outrageusement rapide, ce n’est toujours pas le cas. L’écriture est très fluide, c’est un bon point à noter : Marc Levy sait choisir les mots sur lesquels le cerveau ne butera pas. Alors oui, c’est super méga trop facile à lire, mais ce n’est pas ce que cherche Federico quand il attaque un bouquin. Que dire du contenu ? L’histoire, qui mêle espionnage et questions poltico-éologiques actuelles, tient la route mais tout sonne creux, aucune émotion n’a germé dans le petit corps de Federico aux moments cruciaux de l’intrigue… ni aux autres d’ailleurs.

La guerre des saints

Michela Murgia, Seuil, janvier 2013, 115 p. 

noté 3 sur 4

murgiaVoici un roman qui aurait mérité quelques pages de plus. L’auteur nous embarque en Sicile, à Crabas plus précisément, petit village qui va brusquement se retrouver secoué par une querelle de clochers. Au sens propre du terme puisque l’objet de la discorde est la création d’une nouvelle paroisse au sein de la commune. Au cœur de cette truculente histoire, c’est surtout l’amitié qui est célébrée à travers les liens de trois enfants. Ce roman plein de soleil et de gaieté est un peu comme les vacances : on est à peine dedans que c’est déjà fini !

La Brigade des crimes imaginaires

Un roman jeunesse de Daniel Nayeri.

noté 1 sur 4

Federico est très sceptique face à ce roman, certes atypique mais plutôt décevant. Face à la quatrième de couverture qui déploie des monceaux d’arguments commerciaux, notre ami lapin s’est senti vexé tant il a eu la désagréable impression d’être pris pour une huitre consumériste… « Toy Story, Matrix, Inception, The Watchmen », non seulement le roman s’approche très peu de ces références, mais c’est, selon lui, outrageusement déplacé de chercher à vendre un bouquin en ventant une culture populaire vaguement environnante plutôt que le livre en lui-même.

Bon, Federico descend de ses grands chevaux, oublie la couverture et entre dans le détail du roman.

En fait, il s’agit plutôt de quatre mini-romans, mais d’une qualité malheureusement inégale.

© Editions Hélium, 2012Fort d’un style narratif et d’un humour cynique bien marqué, l’auteur semble prendre plaisir à raconter ces histoires, il est vrai, étonnantes. Cependant, il est très difficile de rentrer dans chacune d’entre-elles, tant l’étrangeté des univers et la loufoquerie du ton de l’écriture déstabilisent et perdent les lapins. Il faut à chaque fois un petit moment avant de comprendre qui sont les personnages (nom, âge, mais aussi « race » car on trouve des djinns, des poissons, des jouets, des avatars de jeux vidéo, en plus d’humains plus ou moins normaux…) et dans quel univers tout ce beau monde évolue.

Par là-même, les histoires racontées ne parviennent pas à intéresser et captiver suffisamment pour prendre du plaisir à la lecture. Ceci est particulièrement vrai pour la seconde histoire : Duel à Toy Farm, dont le jeune héros est un épouvantail maladroit et patibulaire vivant dans une ferme qui cultive des jouets. L’histoire de La Brigade des crimes imaginaires (avec le concept des mauvais vœux qui se réalisent) et Notre-Dame-des-Traîtres (où le virtuel domine le monde) développent quant à elles des idées foisonnantes et inventives qui auraient méritées un roman à elles seules. Pour finir, Coco et Cloclo est une histoire d’amour de conte de fées racontée par la Mort en personne (un narrateur très cynique qui fait immanquablement penser au personnage de La Mort dans Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett) mais l’histoire est pourtant assez banale et longue à la détente…

Ainsi, les références à la culture populaire et geek mitraillées en quatrième de couverture ne sont pas au rendez-vous, et le tout se révèle assez brouillon, peu agréable à lire, maladroit, et parfois frustrant. On ne trouve presque aucun héros central à qui s’attacher, et un seul héros adolescent dont il faut un petit moment avant de déterminer s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…

Dommage : l’humour et les idées sont là, mais l’emballage est mal fait.

Daniel Nayeri, La Brigade des crimes imaginaires et autres histoires fantastiques et déglinguées, traduit par Valérie Le Plouhinec, Hélium, 2012, 372 pages

Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil

C’est drôle, récemment Federico a lu deux livres qui, sans aborder les même thèmes, arrivent à une conclusion à peu près similaire : la bonté, c’est chouette. Faire un livre sur la gentillesse et l’entraide n’est certainement pas un exercice facile en ces temps où le cynisme est à la mode. La preuve c’est que tout le monde ne s’en sort pas de la même manière.

L’atelier des miracles

 noté 1 sur 4

© JC LattèsVoici un livre dont l’écriture fluide et l’espérance d’une chute retentissante ont mené Federico jusqu’au dernières pages. La conclusion de notre ami lapin à l’issue de cette lecture était « mouais, bof ». Bon d’accord, on a déjà vu plus parlant comme phrase mais cela résume bien le manque d’intérêt de l’ouvrage. C’est l’histoire de trois personnes au bout du rouleau et plus ou moins dans la mouise qui s’offrent un nouveau départ grâce à l’Atelier, sorte de centre d’aide et de réinsertion. Cette structure est dirigée par le charismatique Jean, qui ne laisse personne indifférent. Federico a suivi le chemin de croix des trois héros avec un peu d’entrain quand même parce qu’il ressentait une certaine empathie pour eux, en particulier Mariette, la prof aux prises avec des élèves infects et mariée à un pervers narcissique. Notre ami lapin ne va pas s’en cacher : dès le début il a eu une quenotte contre le fameux Jean et voyait en lui le dirigeant d’une secte ou plus simplement un obsédé du contrôle. Malheureusement, malgré une petite virée dans le côté obscur (à peine quelques pages, pfff), le livre est bien rapidement entré dans le droit chemin avant de nous asséner une morale poussive sur l’entraide, étouétou. Excusez la dureté des propos de Federico sur un livre qui n’en méritait peu-être pas tant, mais notre ami lapin a eu la nette impression qu’il aurait pu utiliser les heures à lire ce livre à faire autre chose. Lire un autre livre par exemple.

 Valérie Tuong Cuong, L’atelier des miracles, JC Lattès, janvier 2013, 264 p.

Wonder

 noté 3 sur 4

© Pocket JeunesseVoici un roman qu’on peut qualifier de « gentil », dans le sens positif du terme. L’auteur a décidé de mettre la gentillesse sur un piedestal et de la draper de dépassement de soi et de générosité. L’histoire est celle d’August, né avec une rare anomalie génétique qui l’a laissé sérieusement défiguré. Cela en fait donc la cible idéal des regards en tous genres : plein de pitié, effrayé, moqueur, fuyant, etc. Pour lui épargner cela, ses parents ont décidé de lui épargner l’école. Quand August atteint l’âge d’entrer en 6ème, ils lui proposent quand même d’aller au collège.

Le COLLÈGE ? Vous voulez dire cette arène impitoyable où même ceux qui ont le nez à peu près au milieu de la figure vivent les pires années de leur vie ?

Autant lui proposer tout de suite une corde et une poutre.

Eh bien non, parce que c’est là que le roman devient gentil. À travers quelques épreuves initiatiques et d’importantes rencontres, August va apprendre à ne plus essayer d’être comme les autres. Malgré tous les bons sentiments qui le remplissent, Wonder évite brillamment l’écueil de la guimauve et de la morale à deux crottes de lapin. Ce livre nous offre une lecture certes pas inoubliable, mais enthousiasmante et rafraîchissante. Dès 11 ans (Fleuve Noir aussi a publié l’ouvrage pour essayer d’en refourguer dans les rayons adultes, mais ce n’est probablement pas là qu’il trouvera son public).

R. J. Palacio, traduction Juliette Lê, Wonder, Pocket Jeunesse, janvier 2013, 410 p.

Prochain épisode

Suite des lectures hivernales et québécoises de Federico autour de la thématique historique « Révolution tranquille » avec un roman de Hubert Aquin, Prochain épisode.

Autant vous le dire tout de go, Federico n’a pas du tout aimé ce roman dont il a expédié la lecture pour pouvoir rapidement passer à autre chose…

Déjà, la situation du récit est pas mal floue : c’est l’histoire d’un homme en prison, en attente de son jugement, qui écrit une histoire qui semble être la sienne, c’est-à-dire celle-ci :

Un québécois est mandaté par les groupes nationalistes du FLQ pour assassiner un agent canadien du mouvement contre-révolutionnaire. L’action se déroule en Suisse, entre Genève, Lausanne et le lac Léman, sur les routes montagneuses et dans les belles résidences des bois.

Federico n’y connait rien à la géographie de ce pays alpin, mais cela n’aurait pas été un problème si le narrateur ne passait son temps à ressasser dans tous les sens les lieux qu’il a visité, qu’il visite et qu’il visitera, en Suisse et au Québec. Si ce n’était que ça… mais c’est toute sa vie qu’il ressasse : K « la femme qu’il aime » et leur rencontre entre « le 24 juin et le 26 juillet », l’homme à abattre H. de Heutz, son rendez-vous à six heure et demi sur la terrasse de l’Hôtel d’Angleterre, pour ne citer que quelques lubies… Le peu d’action est englouti dans le flot de pensée du narrateur, retirant alors tout l’intérêt que le lecteur aurait pu avoir dans l’intrigue a priori pleine de suspens.

Ce sont donc toutes ces incessantes références répétées à longueurs de paragraphe qui ont épuisé notre ami lapin et empêché toute attache à l’histoire et à ses personnages. Si Federico n’a rien contre les réflexions littéraires sur la vie, l’amour et la mort, celles-ci, longues, pénibles et infructueuses, l’ont laissé aussi froid que le marbre du salon d’un château suisse.

Prochain épisode, Hubert Aquin, Bibliothèque québécoise, 1965, 174 pages

La fameuse invasion de la Sicile par les Ours

Roman jeunesse de Dino Buzzati

Quand on achète un livre de Dino Buzzati en forme de conte pour enfant qui vous raconte la façon dont les ours sont descendus de leurs montagnes pour aller botter l’arrière train d’un grand duc pas très fin, on s’attend à passer un grand moment. Federico s’y attendait.

Trois semaines après avoir achevé le livre, il attend toujours.

C’est très désagréable ce genre de chose : lire un livre d’un auteur mondialement reconnu pour ses qualités littéraires et ne rien ressentir. On peut détester, adorer, trouver ça consternant, chiant, drôle, etc. Mais ne rien ressentir, ça c’est déconcertant !!

Un déception que Federico sanctionne d’une seule carotte : cette fois Buzzati a manqué sa cible. Néanmoins, il reste une chance à ce livre : une lecture à voix haute faite par un conteur digne de ce nom ou une adaptation théâtrale pourrait peut-être donner vie à ce conte.

La fameuse invasion de la Sicile par les ours, Dino Buzzati, Stock, décembre 2010, 12 €.