Bludzee

Peut-être vous a-t-il déjà fait de l’œil chez votre libraire, Federico vous présente Bludzee, un chat noir avec de grands yeux bleus seul dans un appartement rempli de plantes vertes (vertes et d’autres couleurs aussi).

S’il est abandonné par son maître, Bludzee n’en a que faire et continue sa vie pépère, mais bientôt les croquettes viendront à manquer. Par contre, ce qui ne manquera pas, ce sont les ennuis et autres éléments perturbateurs : un chien impoli, un voisin trop gourmand, un géant méchant poisson vert, pleins de tueurs à gages et des policiers aussi. Bludzee aura l’occasion de surfer sur le net, il découvrira une machine à améliorer mais qui rend bête, et se fera des amis, mégalomanes et meurtriers certes, mais des amis quand même.

Cette petite-grosse bande dessinée est jubilatoire et drôle, très drôle. Les aventures trépidantes et saugrenues du chaton tiennent un rythme effréné sans cesse renouvelé par l’imagination que l’on connait de la part de Lewis Trondheim.

Lewis Trondheim, Bludzee, Delcourt, 2010, 25 €


Pentathlon critique spécial BD

S’il pleut derrière votre fenêtre en ce mois d’août, peut-être avez-vous envie de vous pelotonner dans un fauteuil avec une bonne BD (ça n’est pas interdit en été, vous avez même droit à un chocolat chaud quand la météo ose vous faire un truc pareil). Si, au contraire, il fait un soleil magnifique, peut-être avez-vous envie de vous prélasser dans le transat avec une grenadine et une bonne BD (gentil mois d’août).
Quelque soit la décision de la météo, Federico peut vous aider sur un point : quelle BD ? Sur ce, voici cinq BD coups de cœur de notre lapin, qu’elles lui aient transpercé le cœur (au sens positif) il y a cinq ans, cinq mois ou cinq jours.

PARRONDO José, La presqu’île, L’Association, collection « Patte de mouche », 2007, 22 pages, 3 €

Tourdoreille est un petit bonhomme seul sur son îlot.
Seul, tout seul, il s’ennuie ? Pas le moins du monde. Il est bien trop occupé à penser, à dormir, à rêver et à se promener sur son territoire de 50 cm². Quitter son île lui permettra de vivre de folles aventures en mer.
Idiot et philosophe, peureux et téméraire, Tourdoreille est un petit personnage burlesque qui se révèle des plus attachant, tout comme le dessin minimaliste certes mais si expressif de Parrondo.

COMÈS Didier, Silence, Casterman, 1993, 153 pages, 17 €

Silence est muet, c’est l’idiot du village.
Il ne connait ni la colère, ni la haine ; c’est un être pur, doux comme un agneaux. Il est perdu au milieu du monde rural, violent et injuste, du milieu du XXe siècle où être différent est condamnable. Avec l’aide de la sorcière qui vit reculée dans les bois, il découvrira le secret de sa naissance, une porte ouverte au déchainement de la folie humaine.
Silence est une fresque magistrale en noir et blanc qui ne peut pas s’oublier.

PEDROSA Cyril, Trois ombres, Delcourt, collection « Shampooing », 2007, 268 pages, 17,50 €

C’est l’histoire d’une famille : le père, la mère, l’enfant, innocent. Est-ce son innocence qui lui vaut son départ, son sacrifice ?
Une aventure calme, une quête bouleversante, un mythe et une anecdote.
Federico ne sais pas comment interpréter ce livre, si ce n’est un voyage pour adieu, la douceur d’un souvenir triste, l’amour et le dévouement de parents, le renoncement au combat vain, le danger du bonheur, l’acceptation du malheur…
Mais à quoi bon l’interprétation face à la narration poétique et au trait courbé de Pedrosa ?

THOMPSON Craig, Blankets, manteau de neige, Casterman, collection « Écritures », 2004, 582 pages, 24,95 €

Il est difficile de parler du pavé graphique qu’est Blankets, tant il est bouleversant de sincérité et de mélancolie.
C’est son enfance dans une Amérique puritaine que Thompson trace à la mine grasse de son crayon. Un premier amour émouvant, un long questionnement sur la foi, la dureté du rapport aux autres…
Aussi léger qu’un flocon de neige, ce graphic novel est une véritable avalanche une fois refermé.

ACOCELLA MARCHETTO Marisa, Cancer and the City, L’iconoclaste, 2007, 212 pages, 22,90 €

Federico n’y connait pas grand chose en bande dessinée américaine, rien du tout même. Aussi, la découverte de Cancer and the City en fut une vraie, de découverte.
Marisa est une illustratrice-journaliste new-yorkaise pimpante et fashion. Ses articles couvrent aussi bien une enquête sur le « hype » que la tragédie du 11 septembre 2001. Atteinte du cancer du sein, elle relate alors son combat contre la maladie aidée par son entourage, notamment sa mère hypocondriaque et son nouveau petit ami aux petits soins.
Frais, drôle et émouvant, on s’habitue vite au graphisme énergique et coloré qui fait mouche.

Alim le tanneur

Alim est un hors-caste. Il vit seul avec sa fille, Bull, et son beau-père dans une pauvre cahute en marge de la ville, la majestueuse Brahmalem.

L’univers fantasy – sans dragons ni guerrières plantureuses – est le théâtre des déchirements religieux entre les civilisations. L’ordre religieux dévoué au culte du prophète Jésameth régit la vie de son peuple et part en croisade soumettre les païens – blancs, blonds et barbus… – sacrifiés lors des grandes célébrations, joyeuses et sanglantes. Victime de la répression envers les hors-castes, Alim et Bull échapperont de peu à la mort et seront voués à l’exil. Mais où qu’ils aillent, la folie expansionniste du culte Jésaméthien les rattraperont, même au bout du monde.

L’histoire est dessinée en toute simplicité et avec une douce précision pastel, tel un poème mélancolique sans prétentions qui nous conte la triste épopée d’Alim, simple tanneur. Une bonne bande dessinée divertissante qui parvient à se démarquer parmi les autres standards du genre.

Alim le tanneur, Wilfrid Lupano et Virginie Augustin, Delcourt, 2006, 4 tomes